C'était sa salutation. Pas « Est-ce que tu vas bien ? » Pas « Je suis désolé de t'avoir laissée tomber dans la neige. »
« Légère commotion », dis-je, d'une voix plate. « Les médecins ont dit qu'elle va bien. Elle dort. »
Damien a laissé échapper un souffle qu'il semblait retenir depuis des heures. Ses épaules se sont affaissées.
« Bien. Bien. »
Il s'est frotté le visage.
« Hélène, j'ai besoin que tu fasses quelque chose. »
J'ai attendu.
« Va à la boutique de cadeaux. Ou trouve une boutique à proximité. Prends un panier. Des fleurs. Quelque chose de joli. Elle aura peur quand elle se réveillera. »
Je l'ai regardé fixement. L'audace était à couper le souffle. C'était presque impressionnant.
« Tu veux que ta femme achète un cadeau pour ta pute ? »
Le mot est resté en suspens dans l'air.
L'expression de Damien s'est assombrie. Il s'est approché, me dominant.
« N'utilise pas ce mot », gronda-t-il. « C'est une victime. Sois utile, Hélène. Arrête d'être mesquine. »
Mesquine.
J'avais envie de crier. Au lieu de ça, j'ai hoché la tête.
« Je serai utile, Damien. »
Je me suis retournée et je suis partie.
Je ne suis pas allée dans une boutique. Je suis allée à la cafétéria de l'hôpital. J'ai acheté un café noir et je suis restée assise là, à regarder les départs de vols sur mon téléphone.
Une heure. J'avais juste besoin de survivre une heure de plus.
Je suis remontée au troisième étage. Je n'avais pas de panier cadeau.
J'ai entendu des rires venant de la chambre 304.
Ce n'était pas le rire d'une femme traumatisée. C'était le rire d'une femme qui avait gagné.
Je me suis arrêtée devant la porte. Elle était légèrement entrouverte.
« Tu aurais dû le voir », disait Sophie. Elle avait l'air joyeuse. « Il l'a laissée dans un banc de neige, Enzo. Littéralement laissée tomber. Il est si facile à manipuler. C'est une question de pouvoir, pas d'amour. »
La voix d'un homme a gloussé. Basse. Inconnue.
« Il se prend pour le roi de Paris », a dit l'homme. « Mais tu le tiens en laisse. »
J'ai poussé la porte.
Sophie était assise dans son lit, vérifiant son maquillage dans un poudrier.
Un homme en blouse se tenait près de la fenêtre. Il s'est retourné rapidement quand je suis entrée. J'ai vu un éclair de tatouage de serpent sur son cou avant qu'il ne remonte son col et ne se glisse hors de la porte en me dépassant.
Enzo Romano. Un soldat rival. Déguisé.
Sophie m'a regardée. Son sourire ne s'est pas effacé. Il s'est aiguisé.
« Où est mon panier ? » a-t-elle demandé.
Je me suis approchée du pied du lit.
« Tu ne l'aimes pas », dis-je.
Sophie a ri. « L'amour ? Oh, petit oiseau. Ce n'est pas un conte de fées. Je veux la place en bout de table. Damien n'est que la chaise sur laquelle je m'assois. »
Elle s'est penchée en avant.
« Il t'a larguée dans la neige, Hélène. Il m'a choisie. Il me choisira toujours. Tu n'es rien. Tu n'es qu'un bouche-trou jusqu'à ce que je m'ennuie. »
Quelque chose en moi s'est brisé. Ce n'était pas un claquement bruyant. C'était silencieux. Final.
J'ai contourné le lit.
Sophie m'a regardée, amusée.
J'ai levé la main et je l'ai giflée.
C'était une gifle violente. Ma paume a heurté sa pommette avec un craquement satisfaisant. Sa tête a basculé sur le côté.
« Salope ! » a-t-elle hurlé.
Elle s'est jetée sur moi, les griffes dehors.
La porte s'est ouverte en grand.
Damien.
Sophie s'est rejetée sur les oreillers. Elle a éclaté en sanglots instantanément.
« Elle m'a frappée ! » a-t-elle gémi. « Damien ! Elle est folle ! Elle a essayé de me faire du mal ! »
Damien a vu rouge. Je l'ai vu se produire. La logique a quitté ses yeux.
Il a traversé la pièce en deux enjambées.
Il n'a pas demandé ce qui s'était passé. Il ne m'a pas regardée. Il a regardé la femme qui pleurait sur le lit.
Il m'a poussée.
Ce n'était pas une poussée douce. C'était une bousculade violente destinée à éliminer une menace.
J'ai volé en arrière.
Ma tête a heurté le mur. Violemment.
La douleur a explosé derrière mes yeux. J'ai glissé jusqu'au sol.
J'ai touché l'arrière de ma tête. Mes doigts sont revenus humides et rouges.
Damien n'a pas vérifié si j'allais bien. Il était à genoux près du lit, caressant les cheveux de Sophie, vérifiant sa joue.
« Tu vas bien ? Elle t'a fait mal ? »
Il a regardé par-dessus son épaule vers moi. Ses yeux étaient remplis de dégoût.
« Dégage de ma vue, Hélène. »
J'ai regardé le sang sur mes doigts.
J'ai regardé le mari qui venait de faire couler mon sang pour protéger son ennemie.
« C'est ce que je vais faire », ai-je murmuré.
Je me suis levée. La pièce a tangué.
Je suis sortie de la chambre. J'ai descendu le couloir. Je suis sortie de l'hôpital.
J'ai hélé un taxi.
« À l'aéroport ? » a demandé le chauffeur.
« Non », dis-je. « Ramenez-moi à la maison. Je dois sortir les poubelles. »