En rentrant chez moi, je me sens étrangement bien. Ce petit moment m'a fait du bien et même si je reste sur mes gardes, je continue de croire que cette famille ne m'a pas mentit. Ils ont tout quitté eux aussi, la seule différence entre eux et moi c'est que moi, je connais déjà la date qui me ramènera dans cette prison, dans ce rôle que je ne désire pas.
Je ne comprends toujours pas comment je pourrais être une Reine, comment je pourrais les gouverner alors que ma vision de ce monde est bien différente de celle de celui qui m'est destiné. Une fois chez moi, je file prendre une longue douche avant de terminer mon travail. Je dois être prête pour le cours de demain soir. Je ne peux pas me permettre de foirer ce cursus qui m'a coûté tant de sacrifices.
Les cheveux encore mouillés, vêtu d'un simple débardeur et d'une culotte, je me plonge dans mes photos afin de terminer ce que j'ai commencé toue à l'heure. Je reste un bon moment à bosser jusqu'à ce que je sois satisfaite. Mes yeux me brûlent et mon corps me fait comprendre qu'il est plus que temps pour moi d'aller me reposer un peu.
Je me glisse avec plaisir dans mon lit tout en vérifiant que mon alarme est bien activée. Cette fois, je ne tarde pas à m'endormir, même si la présence d'autres Loups continue de me perturber, le fait de les avoir vu, de leur avoir parlé, a légèrement apaisé mes craintes. Quand je me réveille, je sens aussitôt que mon corps est lourd et courbaturé. J'aurais du attendre un peu avant de me transformer à nouveau. Mais je n'ai pas le temps de me plaindre. J'ai une journée chargée qui m'attend
Après une bonne dose de caféine, je fonce au travail sous un soleil qui décidément n'a pas décidé de se calmer, à croire que la température va rester élevée pendant encore un bon moment. Heureusement, je savoure rapidement les joies de la climatisation et ouvre le café en accueillant les premiers clients. Je sers les même commandes tout en parlant un peu avec les clients. En travaillant ici, j'ai appris que c'était important de nouer des liens avec les habitués, c'est ce qui les pousse à revenir, jour après jour.
Tout se passe le plus normalement du monde, jusqu'à ce que je me tende en percevant l'odeur d'un Loup. D'une Louve pour être précise. Mon regard se fixe sur la porte d'entrée jusqu'à ce que je vois Caroline entrer en souriant. Je me doutais qu'ils vivaient dans le coin mais je ne pensais pas qu'un membre de cette famille viendrait jusqu'ici, sur mon lieux de travail. Elle s'installe à une table après m'avoir fait un signe de la main. Je me mords la lèvre pour éviter de soupirer et m'avance jusqu'à elle pour prendre sa commande.
- Bonjour Héléna, dit-elle d'une voix douce.
- Bonjour Caroline. Je peux prendre votre commande?
- Un thé glacé s'il te plaît. Depuis que j'ai découverts cette boisson, je crois bien que je suis accro.
- Quel parfum?
- Framboise, ajoute t-elle sans se défaire de son sourire. Je ne te dérange pas j'espère?
- Le café est ouvert à tout le monde, dis-je en m'apprêtant à la laisser pour aller la servir.
- Pour tout dire, je n'avais pas prévu de m'arrêter. J'avais à faire dans le coin et je t'ai sentis, alors j'ai poussé la porte, je me suis dis que c'était l'occasion parfaite pour te remercier encore une fois.
- Je vous l'ai déjà dis, y a vraiment pas de quoi. Je vais vous chercher votre Thé glacé, dis-je en la laissant seule.
Je n'aime pas ça. Mon lieu de travail c'est un peu comme lorsque je vais en cours, c'est mon endroit, ma petite bulle qui explose encore une fois. Je ne comprends pas pourquoi ils cherchent absolument à se rapprocher de moi. Pourquoi est ce qu'ils veulent tant qu'on fasse connaissance.
"Les Loups ne sont pas fait pour vivre seuls, tu devrais le savoir, tonne ma Louve."
"Merci, je m'en doutais un peu!"
"Alors pourquoi est ce que tu es si surprise? Mise à part toi, les autres Loups cherchent le contacts avec les leurs, c'est dans notre nature. C'est pour cette raison que nous vivons en meute!"
Je ne lui réponds pas. En ce moment, elle est de plus en plus irritable et je dois avouer que nos rapports sont de plus en plus tendus. Je prépare le Thé de Caroline et lui apporte en le déposant sur la table. Jonathan arrive au même moment et s'approche de moi en posant sa main sur mon épaule.
- Salut Héléna. Merci d'avoir parlé à Laly, je prends mon service un peu plus tôt du coup.
- Pas de problème Jonathan. Je te laisse les commandes, dis-je en dénouant mon tablier.
- J'arrive au bon moment, déclare Caroline. Que dirais-tu de prendre un Thé glacé avec moi.
Je ne suis pas certaine que ça soit une bonne idée, mais après tout, j'ai terminé mon travail pour ce soir et j'ai un peu de temps à tuer. Je m'installe alors face à elle alors que Jonathan m'apporte un Thé.
- Donc tu es serveuses, dit-elle.
- Si on veut oui. Disons que je fais ce qu'il faut pour payer mon loyer et mes cours du soir.
- Maël m'a dit que tu étais vraiment très douée en tant que photographe.
- J'essaye de faire de mon mieux.
- Tu n'es pas très bavarde, n'est ce pas?
- Disons que depuis que je suis arrivée, je reste sur mes gardes.
- Tu n'as pas à t'inquiéter. Je te garantis que tu ne crains rien avec nous. Nous sommes en quelques sorte tous des fugitifs.
- Maël m'a parlé de votre histoire.
- Ce qui continue de me surprendre. Mon fils n'est pas du genre à se confier aussi facilement. Je suppose qu'il a perçut que tu étais une bonne personne, une bonne Louve, ajoute t-elle plus bas. En tout cas, grâce à toi, hier soir nous avons tous pu nous défouler et j'avoue que ça nous a fait le plus grand bien. Même ma moitié était plus détendu en rentrant.
à ce mot, je ne peux m'empêcher de me tendre, ce qu'elle remarque. Malgré ça, elle ne relève pas et ne fait aucune remarque à ce sujet. Je décide alors de changer de sujet, afin d'éloigner nos anciennes vie de cette conversation.
- Est ce que vous avez trouvé du travail? dis-je en savant que c'est assez difficile dans cette ville.
- Oui, heureusement, Steeve est très doué avec le bois, il a trouvé une place dans une menuiserie. Il s'y plaît, ça le change de toutes ces anciennes responsabilités. Pour ma part, j'ai trouvé un emploi à temps partiel en tant que caissière dans une moyenne surface. C'est pas grand chose, mais ça nous permet de vivre, de payer nos factures, tout ce qu'on avait pas avant. Maël a toujours aimé la photo, alors on l'a inscrit à des cours du soir comme tu le sais déjà. Notre fille, Laurine, essaye de se mettre à niveau pour commencer une scolarité classique, mais elle a un peu de mal, il faut dire qu'en matière de langues étrangères, on a beaucoup de retard.
- Je suis certaine qu'elle va s'y faire et qu'elle pourra rapidement aller en cours comme tout les autres de son âge.
- Je l'espère. L'isolement lui pèse. Elle a besoin de rencontrer d'autres jeunes de son âge, d'avoir des amis, de pouvoir s'amuser tout simplement.
Elle prend le temps de boire quelques gorgées de sa boisson, d'un point de vue extérieur, je suis certaine qu'on nous prend pour deux amies qui discutent de tout et de rien. Cette femme semble d'une grande douceur et surtout très protectrice envers sa famille ce qui se comprend. Petit à petit, je me détends et apprécie cette petite pause improvisée.
Elle n'essaye pas de me poser des questions trop personnelles, d'en savoir plus sur les raisons qui m'ont poussées à venir vivre ici. Elle respecte ma vie privée et mes secrets. Nous parlons de tout et de rien, de cette chaleur presque étouffante, de la saison des chaleurs qui ne va pas tarder à nous toucher qu'importe où nous sommes et du cours de ce soir où je vais retrouver son fils. Au bout d'une bonne heure, alors qu'elle sort l'argent pour payer nos consommations, je l'arrête pour lui dire,
- Laissez, c'est pour moi, j'ai des prix sur les consos, avantage de travailler ici.
- Dans ce cas, pour te remercier de tout ce que tu as fais pour nous, laisses moi t'inviter à dîner.
- Dîner?
- Je te promets que tu ne crains rien. Et puis, je suis plutôt bonne cuisinière. Tu pourrais apprécier tu sais, dit-elle en me souriant.
J'hésite une seconde, avant de finalement accepter même si je ne suis pas certaine que son compagnon soit aussi enthousiaste qu'elle.
- Demain soir, tu es libre?
- Oui.
- Parfait. Voici notre adresse, dit-elle en sortant un papier et un crayon de son sac à main.
Elle me tend le morceau de papier que je regarde avec attention alors qu'elle se lève.
- On t'attend pour 20H, d'accord?
- D'accord, dis-je en me levant à mon tour.
- Géniale, alors à demain, dit-elle en quittant le café et en me faisant un signe de main.
- à demain dis-je plus pour moi même vue qu'elle est déjà dehors.
Jonathan me fait sursauter en passant derrière moi et en me disant,
- On dirait que tu t'es fait une nouvelle amie.
- Mouais, on verra, dis-je en soupirant.
je regarde rapidement ma montre alors que mon estomac m'indique qu'il est serait intelligent de me nourrir.
- Je vais manger un bout, dis-je à Jonathan. Je reviens d'ici une heure.
- Pas de problème. Je ne bouge pas, ajoute t-il en débarrassant la table.
Je file attraper mon sac et sors de l'établissement pour affronter cette chaleur de plomb. Je connais les environs par cœur et je n'ai aucun mal à trouver de quoi manger avant d'aller m'installer à l'ombre des arbres, près du terrain de sport. Un groupe de jeunes jouent en défiant la chaleur, se passant le ballon dans une sorte de danse que je ne comprends pas. Le sport, c'est bien un truc qui ne me passionnera jamais. Mais après tout, chacun son truc. J'attrape mon appareil après quelques bouchées de mon sandwich et capture l'instant, ce moment d'insouciance entre ces humains que je ne connais pas.
- Décidément, on passe notre temps à se croiser, déclare la voix de Maël en me faisant sursauter. Je vais finir par croire que tu me suis.
- J'étais là la première, dis-je en posant mon appareil.
- C'est vrai, un point pour toi.
- En plus, c'est moi qui vais finir par me dire que toi et ta famille me suivait. Ta mère est venue me trouver sur mon lieux de travail. Elle m'a invité à venir dîner chez vous demain soir.
- Sérieux? Tu as refusé, je suppose?
- Même pas. J'ai accepté.
Il reste une seconde, la bouche grande ouverte comme si je venais de dire la plus grosse énormité de tout les temps. C'est plus fort que moi, je me mets à rire en voyant sa tête ahurit, ce qui le surprend encore plus.
- Tu sais rire toi? Vraiment? Et tu as accepté de venir manger chez nous? C'est pas possible, je suis dans un monde parallèle, dit-il en riant à son tour.