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Le peuple libre
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Chapitre 6 Chapitre 6

Quand Laly vient le rechercher à l'heure convenue, j'ai eu moins de temps que je ne le voulais pour bosser sur mes tirages, mais je reste satisfaite de ce que j'ai sortis. Je place les clichés dans ma pochette avant de me préparer à sortir. Je prends mon temps pour me rendre à mon cours, à cette heure, les gens commencent à se détendre, c'est l'heure de l'apéro, une tradition bien humain mais qui leur permet de décompresser à la fin de la journée tout en partageant un bon moment entre amis.

Le soleil de cette fin de journée me caresse le visage, faisant naître un sourire sur mes lèvres. Comme souvent, je suis l'une des premières à arriver et sans perdre de temps, je vais m'installer à mon poste de travail. Je sors mes clichés que j'étale sur la table prévue à cet effet. Je prends une seconde pour les regarder une nouvelle fois avant les premières retouches. Un couple de dos, se tenant la main alors qu'ils sont au centre d'une rue piétonne. Un enfant sur son vélo, s'inventant probablement une destination fantastique où se rendre. Une grand mère, appuyée sur sa canne, la main au dessus de ces yeux pour se protéger de ce soleil trop éclatant pour son regard usé par le temps. Un Patou, gros chien, gardiens de troupeaux, la queue fièrement dressée alors qu'il est au pied d'une montagne immense. Puis le couché de soleil, s'enfonçant derrière les montagnes pour disparaître et se faire désirer jusqu'au lendemain.

- Très joli, déclare ma prof en passant derrière moi. Tu as réussis à capter les différents ombrages dans chaque situation. C'est du beau boulot, vraiment Héléna. Tu ne cesses de m'étonner. Continue sur cette lancée, ajoute t-elle pour m'encourager.

- Merci, dis-je en passant mes doigts sur les clichés.

Quelques minutes plus tard, le cours commence avec une surprise de taille. Un nouvel élève. Un Loup que je sens avant même qu'il ne passe le seuil de la pièce.

- Bienvenu parmi nous Maël. Installes toi où tu le souhaites, j'étais justement en train d'expliquer sur quoi nous allons travailler.

Nos regards se croisent alors que ma respiration se bloque dans ma poitrine durant une seconde. Depuis que je suis ici, je n'ai rencontré aucun autre Loup. ça ne peut pas être une coïncidence. Je suis certaine que c'est lui qui l'a envoyé. Qu'il est là pour moi. Pour me ramener à ces côtés. Il s'installe tout en continuant à m'observer jusqu'à ce que je tourne la tête pour me concentrer sur mes photos.

Nerveuse, je sens mon corps trembler. Mon cœur se mettre à battre à toute allure. Ma respiration s'accélérer sans que je n'arrive à me contrôler. La prof continue de parler mais déjà, sa voix si fait si lointaine que je l'entends à peine. Je reste bloquée, le regard dans le vide, sans être capable de réfléchir. J'essaye de me concentrer, de ne pas paniquer mais durant tout le reste du cours, je ne suis pas à fond, je n'arrive pas à oublier sa présence.

21H sonne la fin du cour. Je range rapidement mes affaires dans l'espoir de partir le plus vite possible mais je ne suis pas assez rapide, car je le sens s'approcher alors que j'attrape mes photos.

- Salut, dit-il en me faisant sursauter. Désolé, je pensais que tu allais me sentir arriver. Je ne voulais pas te faire peur.

Je ne suis pas certaine de savoir quoi faire, ni même quoi répondre. Je redoute déjà ce qu'il va me dire ensuite.

- Je suis arrivé dans le coin il y a un peu plus d'un mois. Je commençais à me dire que j'étais le seul ici. T'es la première que je croise, ajoute t-il avec enthousiasme.

Je fini de rassembler mes affaires et referme ma pochette. Il faut que je parte, maintenant. Tant que ça n'est pas lui, j'ai encore une chance de m'en sortir.

- Moi c'est Maël et toi?

Je me mords la lèvre en soupirant. Il joue la comédie, j'en suis certaine. Il sait qui je suis et c'est pour cette unique raison qu'il m'a adressé la parole.

- Comme si tu ne le savais pas. Maintenant tu m'excuseras mais à mon dernier décompte, il me reste encore du temps. Tu n'as qu'à lui répéter. Sur ce, aurevoir, dis-je en commençant à partir.

- J'ai pas la moindre idée de ce que tu racontes, mais OK, je te laisse. On se verra au prochain cour. Enfin j'espère. On est rare ici autant se serrer les coudes.

Je m'empresse de quitter la pièce. Une fois dehors, je marche vite, aussi vite que je le peux sans me retourner. Je ne crois pas aux coïncidences. Il ne peut pas être là par pur hasard. C'est juste impossible. Dès que j'arrive chez moi. Je ferme ma porte à double tour même si je sais qu'un Loup n'aurait aucun mal à la faire voler en éclat. Je me précipite sur mes volets que je ferme également avant de m'installer sur mon fauteuil, mes bras autours de mes jambes comme le ferait un enfant apeuré. Ce qui est le cas. Je ne peux pas abandonner, pas encore, je ne veux pas partir. J'ai tellement de choses à voir, à faire. Je ne peux pas y retourner, pas maintenant alors que je commence tout juste à apprécier ma nouvelle vie.

Une larme coule sur ma joue. Il m'avait donné sa parole. Il m'avait promis qu'aucun Loup ne viendrait me chercher avant l'heure. Alors pourquoi? Pourquoi maintenant? Mon portable sonne en me faisant sursauter. J'hésite un instant à le regarder avant de me dire que personne de mon ancienne vie ne possède mon numéro. Le nom de Laly s'affiche et je décroche, soulagée mais toujours aussi nerveuse.

- Salut Héléna, ton cours c'est bien passé?

- Ouais, si on veut, dis-je en me levant pour aller me chercher une bière dans mon frigo.

- Tu as une drôle de voix, quelque chose ne va pas?

- Si si, ça va, t'inquiète pas pour moi. Des nouvelles de ta baby-sitter?

- M'en parle pas, elle en a pour une bonne semaine clouée au lit. D'où mon appel. Je suis désolée de te demander ça, mais est ce que tu pourrais faire plus d'heures pour le restant de la semaine?

- Pas de problème, j'ai rien contre quelques heures supplémentaires. Il y a un nouvel appareil photo que j'aimerais acheter et il coûte une petite fortune, enfin pour moi.

- T'es géniale ma grande. J'aurais besoin que tu fasses l'ouverture et la fermeture. Avec une coupure entre les deux bien sûr. Jonathan s'occupera du milieu de la journée.

- ça marche. Et puis comme ça, tu auras un peu de temps à passer avec James, c'est une bonne chose. Ne te fais pas de soucis, on va faire tourner la boutique.

- Ouais, c'est aussi pour ça que je t'appelle. James m'a posé des questions sur son père et j'aurais aimé savoir si il en avait parlé avec toi?

- Disons que je lui ai conseillé d'avoir cette conversation avec toi.

- Le truc, c'est que je sais pas vraiment quoi lui répondre. J'évite ce sujet depuis tellement longtemps que je ne sais pas par où commencer.

- Par le début miss. James est un petit garçon très intelligent. Il comprendra. Il a juste besoin de savoir la vérité.

- C'est plus facile à dire qu'à faire, répond t-elle en soupirant.

- Je sais, tu peux me croire. Mais c'est important pour lui et il se peut que ça vous rapproche encore un peu plus. C'est un ado, plus un bébé. Parles lui avec ton cœur, comme tu l'as fais pour moi lors de notre rencontre et je suis certaine que ça lui fera du bien, ainsi qu'à toi.

- Par moment, je me demande comment je m'en sortais avant que tu ne déboules dans ma vie.

- M'en parles pas, j'en ai pas la moindre idée, dis-je en riant.

C'est con, mais le simple fait de parler un peu avec elle me fait du bien et quand elle raccroche, je me sens un peu plus détendus. Je m'installe dans mon fauteuil en allumant la télé tout en buvant une gorgée puis une deuxième. Mes pensées bifurquent rapidement sur ce Maël. Il empiète sur ma vie en participant à mon cours et ça, je ne le supporte pas. Je pourrais toujours chercher un autre cours mais avec mes horaires au boulot, je ne peux me libérer que le soir. Et j'ai déjà eu assez de mal à réunir l'argent pour me payer la totalité du cursus que je ne peux pas abandonner.

Une part de moi, espère que je ne le recroiserais pas, alors qu'au fond, je sais que ça n'est que le début. Je soupire en retirant mes chaussures et en posant mes pieds sur la table basse. Je suis crevée, j'ai besoin de repos, d'une bonne nuit de sommeil qui finira de dénouer mes muscles. Pourtant, avant d'aller me coucher, je prends le temps de vérifier à l'extérieur en entre ouvrant les volets. Une fois certaine de ne rien voir d'étrange, je file dans mon lit tout en étant sûr de ne pas trouver le sommeil si facilement.

Lorsque je me réveille, je n'ai pour ainsi dire pas dormis et quand j'y suis parvenu ça n'a été que pour cauchemarder en me voyant me faire kidnapper afin qu'on me ramène à lui. Quand je passe dans la salle de bain et que je vois mon reflet dans le miroir, je soupire, déprimée. Je me passe de l'eau fraîche sur le visage et compte sur une bonne dose de caféine afin de tenir toute la journée.

Une fois prête, dès que je mets le pied dehors, je me prends une bouffée de chaleur qui annonce déjà la couleur pour la journée. Aucun nuage à l'horizon, pas l'ombre d'une brise, rien d'autre qu'un soleil cuisant qui dore un peu plus ma peau. J'arrive au bar et savoure la clim du bâtiment qui rafraîchit l'aire. Il va y avoir beaucoup de clients aujourd'hui, beaucoup de personnes qui cherchent à se rafraîchir un court instant. Comme à mon habitude, je commence par nouer mon tablier avant d'allumer la caisse et de faire l'ouverture. Les premiers clients sont déjà là, des habitués pour la plupart. Les travailleurs faisant un arrête minute avant l'embauche, les retraités qui ne louperaient pour rien au monde leur café matinal assis face à leur journal.

J'affiche mon plus beau sourire et me lance dans le balais soutenus des commandes à a chaîne. Les heures passent rapidement, le travail me permet d'oublier le reste, mes petits problèmes qui se noient dans le flot de cette population ayant besoin de mon attention. Si bien que lorsque Jonathan arrive, je n'ai pas eu une minute pour me poser.

- Salut, dit-il en s'épongeant le front. Je vais finir par crever avec cette chaleur, ajoute t-il en secouant son tee-shirt. ça va?

- ça va. Je te laisse les commandes, dis-je en dénouant mon tablier. Je vais m'installer dans un coin, j'ai du boulot et il fait meilleur ici que dans mon appartement.

- à qui le dis tu. Je suis à deux doigts de passer mes nuits sur le toit. C'est une fournaise chez moi. Pas moyen de faire baisser la température. Le réchauffement climatique, dit-il en levant les mains au ciel. Depuis le temps qu'on nous en parle sans que personne n'agisse, voilà maintenant qu'on paye l'addition et je te garantis que c'est qu'un début.

Jonathan et le deuxième serveur du bar, un jeun écolo qui pense pouvoir sauver le monde en brandissant des pancartes lors de manifestations. Je l'aime bien, il est passionné et c'est quelque chose d'assez rare chez les humains, je l'ai appris durant ces derniers mois.

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