Je repas sans me retourner. Mon corps est encore épuisé par ma dernière transformation et je sais déjà que demain je souffrirais encore plus. Mais après tout, si il dit la vérité, on m'a moi aussi tendu la main quand je suis arrivée, alors pourquoi ne pas faire la même chose avec quelqu'un qui est de ma race.
"C'est n'importe quoi! Tu veux rester seule, loin de notre compagnon et là, tu fraternises avec un autre Loup! déclare ma Louve."
"Je ne fraternise pas! Je lui donne un coup de main, rien de plus! Fous moi la paix un peu, ça me fera des vacances tu sais! Et puis tu ne vas pas te plaindre ça te permettra de courir un peu."
Je clos ainsi le débat et fonce jusqu'à chez moi pour prendre une bonne douche et manger sur le pouce. Plus l'heure s'approche de le revoir et plus je doute. Peut-être que je ne devrais pas l'aider. Peut-être que je ne devrais pas aller là bas mais c'est trop tard maintenant, je lui ai donné l'adresse et il ne tardera pas à sentir ma piste pour retrouver ce territoire que je me suis appropriée. Finalement, je me rends sur place et suis surprise de le voir déjà sur place en compagnie de ces parents, du moins c'est ce que je suppose au premier abord.
- J'ai emmené mes parents, dit-il. Ils sont comme moi, eux aussi ont besoin de laisser leurs Loups sortirent.
- Je comprends, dis-je en soufflant. Quand je suis arrivée ici, c'est ce qui a été le plus dur. Ne pas pouvoir laisser ma Louve faire ce pourquoi elle est faîtes. Vivre, tout simplement. On va devoir marcher un bon kilomètre avant d'être en sécurité, après, comme je l'ai dis à votre fils, vous n'aurez qu'à continuer un peu plus loin, suffisamment pour que nos territoires ne se croisent pas.
Son père s'approche de moi, le visage fermé, l'aire grave comme un bon Alpha, enfin je suppose.
- Tu es seule?
- Je ne vois pas en quoi ça vous regarde, dis-je sur la défensive.
- Je me pose la question. Mon fils rentre à la maison et nous informe qu'il a fait la connaissance d'une Louve. Une Louve qui comme nous, semble fuir son ancienne meute. Je ne crois pas aux coïncidences.
- Moi non plus, je n'y crois pas une seule seconde. Maël m'a raconté votre histoire, j'ai eu l'impression qu'il ne mentait pas. Je suis arrivée ici il y a plusieurs mois déjà. Je sais qu'au début, c'est difficile. Alors j'ai accepté de l'aider, pour cette unique fois.
- Qu'est ce que tu fais là?
- ça ne regarde que moi!
- Excusez mon compagnon, déclare la femme. Depuis que nous sommes arrivés, nous avons du mal à nous faire à ce nouveau mode de vie, néanmoins, nous vous sommes reconnaissant de votre aide. Je m'appelle Caroline et voici Steeve mon compagnon, dit-elle en me tendant une main pour que je la serre.
- Héléna, dis-je en lui serrant la main. Je comprends, ne vous en faîtes pas, mais une fois que vous aurez délimité votre territoire, nos routes ne se croiseront plus, soyez en assuré. J'ai compris que vous cherchiez à fuir votre Alpha, sachez qu'en quelque sorte, c'est un peu la même chose pour moi. Maintenant, si vous êtes prêt, allons-y. Je n'avais pas prévu de sortir ce soir et j'avoue que j'ai hâte de rentrer chez moi.
Je lance un rapide regard à Maël qui au vue de sa tête semble me dire "désolé, je les contrôle pas". Je passe la première en maintenant une bonne allure. Rapidement, Maël s'approche de moi.
- Désolé, mon père est sur les nerfs depuis qu'on est là.
- C'est rien, on est tous pareil. Aucun de nous n'a atterrit ici sans faire de sacrifice.
- T'as vraiment fuit ton Alpha toi aussi?
- Si on veut, dis-je en mordant la lèvre. Je préfère éviter d'en parler si ça te dérange pas.
- Comme tu veux. T'es bien mystérieuse quand même.
- C'est peut-être ce qui m'a permit de rester libre jusqu'à maintenant. On a tous vécu nos expériences c'est ce qui fait ce que nous sommes aujourd'hui.
- Tu es venues seule?
- Oui. J'ai débarquée seule. Et il y a de fortes chances que je le reste jusqu'à mon départ.
- Donc tu comptes repartir dans ta meute si je comprends bien?
- Je n'ai pas le choix, j'ai passé un contrat, à la fin du temps impartis, je devrais rentrer.
- C'est étrange non, tu es en train de me dire que tu vas vivre libre pendant quelques temps avant de repasser derrière les barreaux d'une meute.
Je soupire alors qu'il est bien loin du compte. On ne parle pas de n'importe quels barreaux. Si j'avais cédé la première fois, il plierait le genoux face à moi et m'appellerait sa Reine. Je secoue la tête en essayant de chasser cette image le plus loin possible de moi.
- Je te l'ai dis, j'ai pas envie d'en parler.
- OK, comme tu veux. En tout cas merci. Merci pour ce que tu fais pour nous. Mon père allait devenir fou à tourner en rond chez nous. On est pas des humains, on a besoin de laisser nos Loups courir en toute liberté.
- Pas de quoi, dis-je en avançant un peu plus vite.
Je sens qu'il est heureux d'être là mais moi, je continue d'être sur la défensive. Comme l'a si bien dit son père, je ne crois pas aux coïncidences, je n'y ai jamais cru et ça n'est pas prêt de changer. Pourtant, il y a quelque chose chez ce jeune Loup. Quelque chose qui flirte avec l'innocence. Avec la naïveté. Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas croisé un Loup tel que lui et même si je ne compte lier aucune amitié, j'en suis ravie, cela me prouve qu'il n'y a pas que du noir et comme je le pense il y a bien plus de nuances de gris que ce que l'on voudrait croire.
Nous finissons par arriver à destination, à l'entrée de mon territoire si je peux l'appeler ainsi. Je ferme les yeux en inspirant à plein poumons. J'adore cet endroit, ce lieux de paix et de liberté. Les arbres ont souvent des formes étranges, s'adaptant aux montagnes pour leur donner des angles tortueux. Je pose ma main sur l'un d'eux et contemple ce paysage alors que le soleil se couche définitivement.
- On est arrivé, dis-je en souriant. Il n'y a pas de troupeaux ici, pas plus que d'humains. Je suis loin d'avoir tout explorée, mais vous trouverez rapidement les limites de mon territoire. En ce qui concerne le reste de la montagne, tout comme vous, je n'ai croisé aucun autre Loup ici, alors allez y, profitez en.
- Merci pour tout, déclare Caroline.
- Y a pas de quoi.
Maël commence à se déshabiller. Non pas que la nudité soit un problème pour les nôtres, il est habituel de se déshabiller avant les transformation, c'est juste que je n'ai plus l'habitude et par réflexe, je détourne le regard afin de ne pas m'attarder sur son corps. Je l'imite à mon tour et sans plus y réfléchir, je laisse ma Louve prendre le dessus et leur montrer l'étendu de son territoire. Mais avant même que l'on s'élance, le Loup de Maël passe devant moi, trop heureux de pouvoir enfin se défouler.
Je l'observe quelques instant, me rappelant moi même ma première fois sur cette terre, cette sensation unique de liberté face à une telle étendu sauvage. Je ne peux m'empêcher de sourire intérieurement avant de me lancer à sa poursuite et de courir à ces côtés. Ces parents partent de leur côtés, je suppose que lorsqu'on est un couple de Loup on a besoin de se retrouver un peu seul.
Je constate que Maël possède un Loup puissant, d'un simple coup d'œil je peux le deviner. Si bien que je décide de le tester un peu et accélère en lui passant devant le nez. Il n'hésite pas une seconde et accélère à son tour pour me rattraper. Durant un long moment, nous filons à travers les arbres, surprenant l'autre en déboulant sans crier gare. Je dois avouer que cela faisait bien longtemps que je n'avais pas prit autant de plaisir en laissant ma Louve en liberté. Même elle, est satisfaite de ce moment, de cette course qui lui permet de se défouler.
Au bout de quelques minutes, un son attire notre attention. Le bruit d'une branche qui craque, signe qu'il y a du gibier à proximité. Maël me regarde et en une seconde, nous nous mettons d'accord. Une bonne partie de chasse ne peut pas me faire de mal. Nous nous lançons sur les traces de ce gibier, rien de trop gros au vue du son qu'il a produit puis son odeur nous aide à remonter la piste. Un lièvre. Pas un butin énorme mais c'est suffisant pour s'amuser un peu.
Nos Loups se coordonnent comme on nous l'a apprit dans nos meutes respectives, l'un passant devant l'autre et ainsi de suite. Le son de notre course se fait entendre sur une bonne distance, nos pattes soulèvent des morceaux de terre qui volent avant de retomber sur le sol. On fonce à toute allure, la proie n'est peut-être pas énorme, mais les lièvres sont des créatures agiles et qu'il n'est pas si aisé de chasser.
Maël pousse un léger grognement pour me faire comprendre de bifurquer sur ma droite alors qu'il en fait de même sur sa gauche. Petit à petit, nous gagnons du terrain jusqu'à ce que nous fondions sur cette petite créature qui n'a aucune chance face à des prédateurs tel que nous. D'un simple coup de crocs, il met à mort l'animal avant de pousser un hurlement, fier et heureux de cette première chasse depuis son arrivé ici.
Son Loup repousse dans ma direction le corps de l'animal du bout du museau. Il veut partager sa proie avec moi mais ma Louve refuse et le laisse dévorer le lièvre. Elle refusera n'importe quelle nourriture qui n'est pas offerte par notre compagnon, je le sais et je ne peux rien y faire. Nous partageons peut-être le même corps mais nous avons une manière de voir le monde totalement différente. Je recule de quelques pas en le regardant faire.
Il a à peine finit sa proie que ces parents le rappelle à l'ordre en hurlant pour qu'il vienne les retrouver. Durant une seconde, il reste devant moi à m'observer. Je ne bouge pas non plus, face à cette sorte de remerciement silencieux et finalement, il s'en va en me laissant seule. Je reviens alors sur mes pas, retourne là où je me suis déshabillée. Ils n'ont plus besoin de moi maintenant. Je reprends ma forme humaine et commence à me rhabiller tout en observant le ciel étoilé.
Concentrée, je n'entends Maël arriver qu'à la dernière minute, au moment ou je fini de passer mon tee-shirt. Je me retourne pour le découvrir aussi nue qu'au jour de sa naissance, souriant, malgré les traces de sang qui maculent son visage.
- Merci Héléna. Il y avait une éternité que je ne m'étais pas sentis aussi bien. J'ai compris que tu ne voulais pas te lier avec d'autres Loups ici, et je dois dire que je le regrette. J'aimerais beaucoup avoir l'occasion de te revoir et surtout de te rendre la pareil.
- T'inquiète pas pour ça. On m'a tendu la main moi aussi quand je suis arrivée, il est normal que j'en fasse de même. Je vous laisse, je suppose qu'on se reverra demain, au cours de photos.
- J'y serais sans faute. à demain Héléna, répond t-il en souriant un peu plus.
- à demain Maël, dis-je avant de commencer à m'éloigner.