- Très drôle, t'es un petit comique toi, tu t'es visiblement trompé de filière dans tes cours du soir.
- Et en plus, elle fait de l'humour? C'est obligé, je me suis réveillé dans un monde étrange qui tourne à l'envers, répond t-il en continuant de rires aux éclats.
C'est plus fort que moi, je ris avec lui alors qu'il s'installe à mes côtés. Après quelques instant, le temps que nous retrouvions notre souffle, il reporte son attention sur le terrain de Basket.
- Alors dis moi, tu es là pour observer ces magnifiques athlètes se défouler?
- Pas le moins du monde. C'est ma pause déjeuner, dis-je en montrant mon sandwich. Et ici, il y a un peu d'ombre alors j'en profite avant de retourner travailler.
- Tu es en train de me dire qu'avec tout le panel que tu as face à toi, aucun de ces jeunes bourrés d'hormones ne trouve grâce à tes yeux?
- C'est exactement ce que je suis en train de te dire. Pour être franche, c'est pas du tout mon style.
- Difficile, dit-il en sortant une bouteille d'eau de son sac.
- Je dirais plutôt, concentrée sur autre chose. Et toi, qu'est ce que tu fais là?
- Je viens de terminer le travail pour ce soir, du coup, je profite d'un peu de temps libre pour me dépenser. Je suis pas un pro mais au moins ça me fait courir. J'ai encore un peu de mal à me faire à ce mode de vie moins actif.
- ça viendra, dis-je en continuant de manger.
- Tu restes encore un peu?
- Comme tu vois, j'ai pas fini, donc oui. Je reste encore un peu.
- Alors je vais avoir une supportrice, dit-il en souriant avant de se lever.
- T'as trop regardé la télé toi. Tu crois que je vais t'encourager sur le bord du terrain, tu te plantes carrément.
- Outch, dit-il mimant le fait de s'être prit un coup. Tu viens de briser mes espoirs.
- Je suis sûr que tu vas t'en remettre, dis-je en riant. Allez fonces champion, va leur coller la raclée du siècle.
- De toute façon, on se revoit ce soir, déclare t-il en me faisant un clin d'œil.
Je ne réponds pas mais le regarde s'éloigner pour rejoindre les autres sur le terrain. Comme la veille, il retire son tee-shirt et se lance dans la partie. Une fois de plus, je le détaille avec un peu trop d'attention. En comparaison, les autres joueurs ressemblent à des gosses alors qu'il se dégage une certaine maturité de ce Loup, une force qui me pousse à le regarder un peu plus longtemps.
"Arrêtes ça, déclare ma Louve. On a déjà un compagnon et pas n'importe lequel!"
"Je suis largement au courant. Tu peux me croire. Je ne fais que regarder, rien de plus!"
"C'est une trahison envers notre compagnon!"
"N'importe quoi! Je te rappelle que la saison des chaleurs ne va pas tarder à arriver et je doute qu'il reste sagement à nous attendre!"
"à qui la faute?"
"OK OK, on va s'arrêter là. Tu vas continuer à faire la gueule et moi je vais rester à me rincer l'œil encore un peu! Le débat est clos!"
Elle sait pourtant que j'ai raison. La saison des chaleurs impacte tout les Loups. Qu'importe où nous nous trouvons. Il est le Roi, notre Roi et je ne doute pas que les Louves vont se précipiter pour faire la queue devant sa porte. Il n'a aucune raison de résister, aucune raison de ne pas en profiter. Nous ne nous sommes rien promis, ni fidélité, ni d'attendre bien sagement d'être en présence de l'autre. Il en était conscient quand il m'a offert ce délais, ce temps loin de lui. Il ne pouvait ignorer que moi aussi je serais touchée par ce phénomène qui est tout ce qu'il y a de plus normal pour nous.
J'ai prévu de rester enfermée chez moi durant cette période. Ma relation avec ma Louve est déjà assez compliquée et je ne compte pas envenimer la situation. Je comprends qu'elle attende avec impatience de le retrouver. Pour elle, le fait d'avoir notre Roi comme compagnon est le plus grand honneur qui soit.
Maël est à des lieux de mes préoccupations, il joue et se donne à fond. Même si je suis à bonne distance, je n'ai aucun mal à voir la sueur parcourir son corps, à distinguer ces muscles roulant sous sa peau. Je me surprends même à incliner légèrement la tête afin d'apprécier un peu plus le spectacle qu'il m'offre. De temps à autre, il tourne la tête vers moi, probablement pour voir si je suis encore là. Et une fois mon sandwich terminé, une fois ma pause officiellement finie, je n'ai plus de raison de rester là, sauf celle de le regarder quelques minutes de plus.
Je range mes affaires et me lève au moment où il me regarde. Il me fait un signe de la main en comprenant que je m'en vais, signe auquel je réponds avant de lui tourner le dos pour retourner au café. Lorsque j'arrive, Jonathan ne fait aucune remarque sur mon retard. Je prends sa place et le laisse partir afin de terminer ma journée.
Comme la veille, j'appelle Laly en fermant la caisse.
- Tout s'est bien passé, dis-je en éteignant les lumières extérieurs.
- Parfait.
- James va bien?
- Il va bien. J'ai suivis tes conseils. On a parlé de son père.
- Tant mieux. ça a été?
- Difficilement au début, mais je ça m'a soulagée d'un poids. Depuis le temps que je gardais tout ça pour moi, ça m'a fait du bien et à lui aussi.
- C'est super, je suis heureuse pour vous. Bon, je te laisse, je rentre rapidement chez moi et je file à mon cours.
- ça marche. Bon cours, dit-elle avant de raccrocher.
Je range mon portable et quitte le café avant d'aller chez moi. Après une bonne douche et un encas rapide, je me rends à mon cours où Maël m'attend déjà à l'extérieur.
- Re, dit-il en me voyant.
- Re. C'est bon, t'as lâché ton ballon?
- Ouais. Je l'ai troqué contre mon appareil.
- Alors allons-y, dis-je en passant la première.
Chacun de nous s'installe et comme à mon habitude, j'étale mon travail sur le bureau pour avoir un autre point de vue, une autre lumière. Les autres élèves arrivent petit à petit, certains plus bruyamment que d'autres. Une fois tout le monde présent, la prof ramasse notre travail, non sans ajouter quelques petites remarques par moment avant de nous dire.
- Maintenant que les bases sont acquises et que vous avez tous bien progressé, je vous propose un exercice un peu différent.
Elle attrape une boîte sur son bureau qu'elle secoue en souriant.
- à l'intérieur, il y a vos noms. Pour le prochain exercice, vous allez devoir travailler en équipe. Vous allez former des binômes. La consigne est la suivante. Vous allez avoir deux semaines pour constituer un book, à l'intérieur, je veux qu'il y ait des photos des deux participants, sans qu'elles ne soient clairement identifiées. Vous devez travailler ensemble, vous adapter à la manière de faire de l'autre, ajoute t-elle en ouvrant la boîte. Quand vous aurez votre diplôme, vous allez vite réaliser que même si vous avez votre propre style, par moment, le choix du client est plus important et nous force à dévier de notre manière de travailler. C'est important pour un photographe de pouvoir s'adapter, se modeler aux envies de ces clients. Vous allez me montrer ce dont vous êtes capable.
Je soupire alors qu'elle commence à fouiller dans sa boîte. Je ne suis pas fan des travaux de groupe, mais je veux ce diplôme et si je dois en passer par là, je vais le faire. Du coin de l'œil, je remarque Loïc, un mec qui se prend pour un playboy et que j'ai déjà éconduis plusieurs fois, me faire des signes en espérant être avec moi. Je prie, croisant les doigts pour ne pas tomber avec ce crétin qui se croit meilleur que tout le monde et quand mon prénom sort, je ferme les yeux en implorant la déesse de la Lune.
- Héléna tu feras équipe avec Maël, dit-elle après avoir tiré son prénom.
Nous nous regardons en souriant, je dois avouer que sur ce coup, je suis soulagée de tomber sur lui. Une fois la répartition faîtes, il vient s'installer à mon poste de travail et me donne un léger coup de coude.
- Décidément, on va plus se quitter, dit-il en souriant.
- On dirait bien, dis-je en regardant la tête déconfite de Loïc.
- C'est moi ou on dirait qu'il aurait préféré être avec toi.
- Il aurait préféré, mais pas moi. Ce mec ne comprend pas que non c'est non, dis-je en soupirant.
- T'inquiète je te servirais de garde du corps si il le faut, déclare Maël en bombant le torse ce qui me fait rire, même si je suis pas certain que tu en ais besoin.
- En effet, mais merci pour la proposition.
- Avec plaisir. Alors, si tu me montrais un peu ton travail que je vois un peu mieux ce que tu fais.
- Tiens, dis-je en lui tendant plusieurs clichés.
à son tour, il me montre ces photos que j'observe longuement. Il y a beaucoup de paysages dans ces clichés. Sa manière de jouer avec les ombres m'impressionne, il est doué, très doué même. Je reconnais quelques endroit, un parc où jouent les enfants la journée. Une fontaine où les humains lancent des pièces pour qu'elle exauce leur vœux. Mais aussi, les montagnes éclatantes alors que le soleil se couche.
- C'est vraiment très bon, dis-je en le regardant.
- Je te retourne le compliment. Même si, je ne sais pas pourquoi, mais il y a une forme de tristesse dans tes photos.
Ma prof me l'a déjà fait remarquer plusieurs fois. Moi, je ne les vois pas pareil mais pour un œil extérieur, je suppose qu'on distingue une certaine part de moi dans mes clichés.
- Je suis content de travailler avec toi. Tu es une très bonne photographe, dit-il en me rendant mes travaux.
- Merci, je fais de mon mieux et je dois avouer que je ne suis pas mécontente de travailler avec toi.
- Tu sais que ça veut dire qu'on va devoir se voir plus souvent, déclare t-il avec un grand sourire.
- M'en parle pas, je suis pas certaine de pouvoir supporter ta présence autant de temps, dis-je en lui rendant son sourire.
- Et voilà, une nouvelle fois, tu me brises le cœur, dit-il en faisant comme si une flèche venait de lui traverser la poitrine.
- Tu t'en remettras va.
C'est étrange, alors que je me suis toujours plus ou moins isolée des nôtres, je ne me sens pas mal à l'aise avec lui. Il arrive à me détendre, à me faire sourire et rire comme on le ferait avec un ami. Durant le reste du cours, nous parlons du book que l'on va devoir constituer. On va avoir beaucoup de travail, mais je suis certaine qu'on va y arriver. Après tout, il semble aussi désireux que moi de faire ces preuves dans ce domaine. Nous avons une passion commune et je suis sûr que ça va s'en ressentir dans notre travail.
Une fois le cours terminé, alors que nous sortons, il me demande.
- Au fait, ma mère aimerait savoir si tu manges de tout?
- Rassures là, je suis certaine que je vais apprécier.
- Super, tiens, dit-il après avoir griffonner quelque chose sur un morceau de papier. C'est mon numéro. Appelle moi pour qu'on fixe un planning pour bosser.
- ça marche. à demain Maël.
- à demain Héléna, dit-il en me saluant de la main.
"Tu joues avec le feu!"
"Laisse moi respirer pour une fois!"