Pourtant, au fond de moi, une autre pensée se bousculait. C'était une occasion. Une tâche de moins à gérer, une illusion de moins à maintenir. Mon esprit, déjà épuisé par les annulations de la journée, s'est agrippé à cette facilité inattendue. Oui, simplifier. Tout simplifier.
Je me suis retournée, mon visage un masque de calme forcé.
- D'accord, ai-je dit, ma voix étonnamment stable. Si tu penses que c'est une bonne idée.
Gauvain a cligné des yeux, visiblement surpris par ma rapide acceptation. Il s'attendait à une discussion, à des larmes, à des arguments. Il s'attendait à ce que je me batte pour chaque détail de notre mariage, comme je l'avais toujours fait. Mais le combat était terminé pour moi.
Je l'ai vu chercher dans mes yeux une trace de colère, de tristesse. Mais il n'y a trouvé qu'un vide. Je savais qu'il allait demander pourquoi. Je pouvais presque entendre les mots dans son esprit.
- C'est juste que... Mélisse a eu une petite frayeur aujourd'hui, a-t-il finalement craché, évitant mon regard. Elle s'est sentie un peu faible. Je dois aller la voir demain matin pour m'assurer que tout va bien. Et puis, la lumière ne serait pas idéale pour les photos... On les fera plus tard, quand elle sera plus en forme.
Plus tard. Quand elle serait plus en forme. Quand son enfant serait là. Les mots sonnaient creux, une excuse transparente pour sa priorité évidente. Son ton était distant, sa décision déjà prise, comme toujours. Mon cœur, ou ce qu'il en restait, a refusé de s'attarder sur l'ironie. Il n'a même pas la décence d'être honnête.
- Comme tu veux, ai-je simplement répondu.
La pensée que je serais partie avant ce "plus tard" a traversé mon esprit, apportant une étrange satisfaction. Demain, j'allais rayer cette séance photo de mon calendrier. Un autre lien coupé en silence.
Gauvain, dérouté par mon manque de réaction, a haussé les épaules. Il a attrapé sa veste, son téléphone à la main. Juste à ce moment-là, son téléphone a vibré. Un message de Mélisse. Il a souri, ce même sourire radieux que j'avais vu sur les photos, et s'est précipité hors de l'appartement.
Le lendemain matin, je me suis réveillée tôt. Gauvain était déjà réveillé, en train de s'habiller.
- Je pars pour quelques jours, a-t-il dit, sans me regarder. Mélisse a besoin de moi, et ses parents veulent que je les accompagne à une sorte de retraite pour la soutenir.
Mon sang s'est glacé. Quelques jours. Juste avant le mariage.
- Et le mariage ? ai-je demandé, ma voix encore plus neutre que je ne l'aurais cru possible.
Il a attaché sa cravate, un air préoccupé sur le visage, mais pas pour moi.
- Tu t'en occupes, bien sûr. Tu es la meilleure pour ça. Fais simple, tu sais. Pas besoin de trop de fioritures. On a déjà tant de choses à gérer.
Fais simple. J'ai failli sourire amèrement. Il voulait faire simple. Après des mois de préparatifs intenses, de mes efforts pour chaque détail. Après avoir repoussé mes propres projets pour ce mariage.
- D'accord, ai-je dit.
Ma réponse courte l'a visiblement déconcerté. Il a froncé les sourcils, ses yeux cherchant à percer mon calme.
- Tu es bizarre, Constance. Tout va bien ?
J'ai hoché la tête, m'efforçant de ne laisser aucune émotion transparaître.
- Ça va.
Il a hésité un instant, puis a repris :
- On a parlé de la lune de miel, il y a quelques semaines. Tu voulais aller en Polynésie. On pourrait y aller, juste toi et moi, une fois que tout cela sera derrière nous. Ce serait notre moment.
Mon esprit a fait un bond en arrière. La lune de miel. Des années que je rêvais de ce voyage. Des années que Gauvain repoussait l'idée, trop cher, trop loin, pas le bon moment. Et maintenant, il me le proposait, comme une récompense, une consolation, un baume sur une blessure qu'il avait lui-même infligée. C'était une proposition vide de sens, un simple geste pour apaiser sa conscience.
- Non, merci, ai-je dit, ma voix claire et sans appel. Je n'en ai pas envie.
Il m'a regardée, choqué. Puis, sans un mot de plus, il a attrapé sa valise et a quitté l'appartement.
- On en reparle à mon retour ! a-t-il crié en fermant la porte.
Le silence est retombé, lourd. Je me suis dirigée vers le calendrier et j'ai barré la date de la séance photo. Puis, j'ai compté les jours. Quinze jours avant le mariage. Quinze jours avant ma liberté.
J'ai commencé à ranger. Pas à nettoyer, mais à désencombrer ma vie. J'ai vidé mes armoires, trié mes livres, mes souvenirs. Chaque objet, chaque photo de nous deux, était une piqûre. J'ai remarqué à quel point peu de choses appartenaient réellement à Gauvain dans cet appartement. Ses affaires étaient minimalistes, comme s'il n'avait jamais complètement investi cet espace.
Il avait toujours détesté que je touche à ses affaires, que j'arrange son bureau, que je choisisse ses vêtements. C'est mon espace, Constance, tu étouffes ma liberté. Ses mots résonnaient dans mon esprit, ironiques. Il n'avait jamais voulu partager notre "chez-nous", notre "nous". Ce n'était que mon espace, qu'il habitait.
J'ai mis de côté mes affaires, celles que j'emporterais à Ouessant. Le reste, je m'en débarrasserais. Je ne laisserais rien derrière moi qui puisse le retenir, ou me retenir. Pas un fil, pas une photo, pas un souvenir.
Il ne resterait que le vide. Pour lui. Et pour moi, la promesse d'une vie nouvelle.