Il avait fallu qu'elle quitte cet endroit à quatre heures du matin, c'était l'heure à laquelle elle avait ouvert les yeux avant de se rendre compte qu'elle n'était pas chez elle mais dans cette loge.
Elle n'avait aucune idée du moment où il était partie et ce n'était d'ailleurs pas important tant qu'il n'avait pas compromis leur choix de ne rien savoir l'un sur l'autre.
Elle avait du mal à rentrer chez elle à cette heure-là et ne pouvait plus dormir vu que le temps ne jouait pas en sa faveur.
Elle baillait sans retenue lorsque la tête de son patron apparut. Il avait le visage fermé et la mâchoire serrée ; du Dominic McCoy tout craché.
Elle se rendit compte qu'elle allait encore passer une dure journée.
Il la regarda de haut en bas sans jamais prononcer un seul mot, puis partit dans son bureau.
Alors qu'elle pensait que tout allait bien, la sonnerie du fixe lui arracha un vif soubresaut. Elle avala sa salive travers en sachant exactement de qui ça venait.
« M. vous... »
« Dans mon bureau ! »
Elle éloigna le combiné de son oreille à cause du ton de sa voix qui laissait transparaitre toute la froideur qui pouvait exister en lui.
Bonne nuit, mauvaise journée. Elle avait hâte que la journée finisse et qu'elle puisse retrouver son bel inconnu pour oublier tout ça.
Elle souffla un grand coup et partit vers son bureau.
La porte était déjà ouverte, l'attendant certainement. Elle entra la tête baissée alors qu'il la regardait d'un œil mauvais.
« Vous avez des cernes, Mlle Torres. »
Elle passa instinctivement ses doigts en-dessous de ses yeux comme si elle pouvait les sentir. Elle savait qu'il avait parfaitement raison vu sa nuit qui avait été de très courte durée.
Dalhia osa un regard vers lui et ouvrit grand les yeux sous l'effet de la surprise. Il n'était pas si innocent qu'il le faisait croire, constata-t-elle.
« Ai-je quelque chose sur le visage, Mlle Torres ? »
Elle se passa la langue sur la lèvre inférieure en détournant le regard. Elle ne pouvait pas risquer son travail en lui disant la vérité.
« Je pense vous avoir posé une question et je sais que vous avez une bouche pour parler n'est-ce pas ? »
« Je... c'est rien M. »
Dominic se carra mieux contre le dossier de son fauteuil, desserra sa cravate et ouvrit un bouton de sa chemise et tout ça sous le regard brûlant de Dalhia qui devenait rouge.
« un rien, » dit-il en claquant la langue. « Je voudrais bien vous croire mais le problème c'est que vous n'êtes pas vous-même convaincue de ce rien, Mlle Torres. »
« M. je... »
Dominic se leva tel un félin et Dalhia cessa de parler. Il fit rentrer le fauteuil en arrière, contourna le bureau et se plaça derrière elle.
Elle avait l'impression de sentir son souffle dans son dos, son cœur battait plus que la normale et ce n'était pas normal.
Il ne la touchait pas et pourtant elle pouvait sentir la chaleur de son patron se rependre dans tout son corps. C'était fou comme ça lui faisait penser à son bel inconnu.
« Je vais vous dire Mlle Torres. Vous avez été surprise en voyant quelque chose sur mon visage. C'était quoi ? »
« Vous... vous avez une salle de bain dans ce bureau M. » bredouilla-t-elle.
« C'est vrai mais je préfère que vous soyez ce miroir pour moi alors retournez-vous. »
Elle se retourna lentement et c'était comme si leurs corps se touchaient presque. Il semblait ne pas avoir de problème et pourtant elle ne supportait plus.
« Si vous faites vite, vous serez vite libérée. »
Elle leva les yeux et lorsque son regard plongea dans le sien, elle perdit tous ses sens. La lueur qui brillait dans les yeux de son patron la paralysait. Elle pouvait y lire un désir qui n'avait qu'un seul objectif. S'exprimer à tout prix.
Elle descendit les yeux jusqu'à ses lèvres et ouvrit légèrement la bouche pour absorber plus d'air. Elle mourrait d'envie de l'embrasser.
Lorsqu'il se racla la gorge, elle se reprit en secouant la tête.
« Vous avez aussi des cernes comme si... »
« Comme si je n'ai pas dormi cette nuit ? C'est ce que vous avez fait, Mlle Torres ? Vous n'avez pas dormi cette nuit ? »
Et une fois encore ça se retournait contre elle. Elle voulait tout simplement lui expliquer les choses et rien d'autre.
« Où avez-vous passé la nuit et avec qui ? » lui demanda Dominic.
Où ? Dans une maison close et avec qui ? Un bel inconnu. C'était la réponse à la question mais elle ne pouvait pas la lui donner.
« J'étais chez moi. J'ai regardé un film et je n'ai pas vu le temps passer. »
Dominic ne savait pas pourquoi est-ce qu'il n'arrivait pas à la croire. Il attrapa ses mèches de cheveux dans sa main et les caressa sans la quitter des yeux.
C'était comme si c'était les même que ceux qu'il n'avait pas arrêté de caresser toute la nuit. Ceux qui chatouillaient son visage lorsqu'il plongeait la tête dans le cou de sa belle inconnue.
Il avait l'impression qu'elle lui mentait. Tous les détails qu'il relevait dans le noir correspondaient à sa belle assistante mais elle avait raison. Ça ne pouvait pas être elle.
Il relâcha ses cheveux et rentra en arrière. Elle était troublée pour une raison qu'il ignorait.
« Vous allez bien ? »
« Oui M. mais... »
« Oubliez ce qui vient de se passer. C'était juste une erreur de ma part et je le reconnais. »
Dalhia ne le croyait pas du tout. Il cherchait quelque chose depuis même si elle ne savait pas quoi. Il cherchait des réponses.
« J'ai des cernes parce que pour la première fois de ma vie j'ai fait ce que je m'étais promis de ne jamais faire, Mlle Torres. J'ai envie de regretter et pourtant je n'y arrive pas. C'était une très belle expérience mais rassurez-vous elle ne se reproduira plus. »
« Et c'était quoi, M. ? »
Un sourire en coin se dessina sur les lèvres de Dominic et Dalhia baissa la tête. Il venait carrément de lui demander si elle s'attendait à ce qu'il lui dise réellement ce qu'il faisait de sa vie et il avait parfaitement raison. Il n'allait rien lui dire parce qu'ils n'étaient pas des amis.
« Je ne voudrais pas que mes associés pensent que je vous maltraite dans cette entreprise alors la prochaine fois, cachez vos cernes avant de venir ici. »
« Bien entendu M. »
Elle fut sur le point de partir lorsqu'il lui demanda d'attendre. Sa voix était mystérieuse accroire que son interrogatoire n'était pas encore terminé.
« Avez-vous une quelconque relation qui pourrait nuire à votre travail, Mlle Torres ? »
« Non, M. »
« Pas une petit copain exigent ? »
« Non M. »
« Je le dis parce que je vous ai appelé à quatre heure et demi ce matin mais sans aucune réponse. Je suppose que c'est à cette heure que vous vous êtes souvenue que le sommeil est bon pour la santé. »
Quatre heures et demie ? Dalhia ne se souvenait plus exactement de l'heure à laquelle elle avait quitté la maison close mais elle espérait simplement que cet homme n'avait pas vu son téléphone.
Il fallait toujours que quelque chose vienne la mettre en mal.
« Je dormais certainement. C'était pour quoi cet appel ? »
« Pour vous dire que j'accuserai un retard. Je ne l'avais pas prévu hier sinon je vous l'aurais dit avant votre départ. »
En plus d'être un tyran né, il allait encore lui créer des problèmes. Elle n'avait pas envie de faire peur à son inconnu à cause d'un patron qui ne connaissait pas lui-même ce qu'il voulait faire de ses journées et de ses soirées.
« Vous pouvez disposer, Mlle Torres. »
« Bien M. »
Elle sortit de son bureau et une fois dans le sien, elle se mit à fouiller son sac. Elle récupéra son téléphone et vérifia la liste des appels manqués. Il avait raison ; elle avait vraiment manqué son appel à quatre heures du matin.
A cette heure-là, elle était certainement en train de rentrer et s'il n'avait pas fait foirer sa soirée pour cette fois, ça pouvait arriver une autre fois alors, elle ajouta son numéro à sa liste noire. Les histoires du travail se réglaient au bureau et rien d'autre.