Pour ce que j'en sais, ce s'rait Bérubé, l'associé de mon cousin, qui lui aurait fait cette cicatrice lors d'un interrogatoire quand il était encore un des chefs de bridage de l'ancien Pakhan de Moscou.
Mais le chef de la Bravta, à Moscou et dans tout l'est de la Russie, c'est moi maintenant et non plus cette enflure de Sergueï Kafran. Et Fritz n'a pas hésité à retourner sa veste pour me prêter allégeance.
Mais je suis toujours un peu méfiant. La seule raison pour laquelle je l'ai nommé à ce poste, c'est que les trois quarts de Boyeviks ici à Moscou le respectent et l'apprécie, alors je ne peux pas faire sans lui.
Tout en examinant mon cellulaire pour le cas où j'aurais reçu un texto, je lui demande distraitement quelle est la situation à Saint-Pétersbourg. Cela fait à peine quatre mois que nous avons pris possession de ce territoire, alors je désire m'assurer que les chefs de brigade et les Boyeviks que j'ai dépêchés sur place ont la situation bien en main.
Fritz me fait un rapport complet et me signale au passage qu'ils ont enfin réussi à démanteler tout le réseau de trafic humain que l'ancien Pakhan de Saint-Pétersbourg avait mis en place. Enfin... Exception faite d'un type qui leur a échappé.
- Il se fait appeler The breaker et ce serait une sorte de ''dresseur'' auquel les trafiquants faisaient appel pour briser les victimes les plus récalcitrantes avant de les vendre au plus offrant. Il parait que de sales richards font aussi appel à lui quand leurs épouses ne sont pas suffisamment dociles, pour les briser si tu vois ce que j'veux dire.
Oui, je vois très bien.
Je lui ordonne de faire circuler des portraits-robots de cette enflure et de faire passer le mot à tous nos contacts. J'offre aussi une récompense assez juteuse! Nous allons aussi mettre sa tête à prix sur le Dark Net, eh, eh!
J'ai ma propre escouade de pirates informatiques... Notre organisation fait la majeure partie de son beurre sur internet, à arnaquer des gogos ou à pirater leurs comptes bancaires. Nous sommes très réputés pour notre expertise dans le milieu criminel et surtout dans le monde virtuel! Alors, un seul mot de notre part sur le Dark Net et nous devrions coincer ce salopard d'ici peu de temps...
Je chasse Fritz de mon bureau une fois que j'ai terminé de lui balancer des ordres et je me lève pour aller me servir un verre de vodka au mini bar. Je m'allume un cigare et je m'écrase dans un fauteuil près du foyer antique au feu qui brule dans l'âtre. Je profite de cette petite pause bien méritée. Plus qu'une petite heure avant le diner. Il ne me reste que peu de temps avant de devoir rejoindre ma mère pour rompre le pain en sa compagnie.
Ma mère qui ne manquera pas de me demander des nouvelles d'Andrea.
Mais des nouvelles, je n'en ai pas. Je me lamente intérieurement tout en soufflant un petit nuage de fumée, savourant mon cigare cubain, gracieuseté de La Costa, lorsque nous nous sommes croisés la dernière fois...
Même sur son lit d'hôpital après avoir essuyé une pluie de balles, ce p'tit con trouvait l'tour de rigoler avec nous et de nous offrir des p'tits cadeaux pour nous remercier de nous être tous déplacés au Japon pour le visiter à l'hôpital.
Ah! Rafael La Costa me surprendra toujours.
Mon regard s'obscurcit quand je me remets à fixer l'écran de mon cellulaire...
Avant, Andrea m'envoyait toujours un ou deux messages par jour... Elle prenait dévotement aussi un selfie d'elle-même en position soumise agenouillée, le soir avant de se mettre au lit, pour me l'envoyer. Elle ne manquait pas non plus d'écrire dans son journal virtuel de soumise ce qu'elle avait mangé lors de ses repas, les trucs qu'elle avait fait... histoire de me tenir informé par le biais de cette application en partage avec moi et que je lui ai fait installer.
Mais depuis qu'elle est partie chez les Torpederos pour subir cet entrainement intensif...
Je n'ai pas eu de nouvelle.
Pas un texto, pas un seul coup de fil, même pas la plus petite photo et encore moins d'entrées dans son journal...
Bref, elle me bat froid et m'ignore complètement.
Oh... elle a une excuse toute fournie.
Soi-disant que les communications avec le monde extérieur sont coupées lors de ses entrainements chez les Torpederos.
Mais, quand j'étais au Japon, j'ai entendu très clairement Sofia, la femme de La Costa, qui est le chef des Torpederos, échanger avec la grand-mère de la soumise de Koto Tanaka chez qui nous étions hébergés, et qui est lui-même un membre de notre confrérie de criminels de haut vol... le Graveyard. (Mais c'est une tout autre histoire...)
Enfin, lors de cet échange, les deux femmes mentionnaient très clairement une collaboration, avec Andrea et nos autres femmes, pour cette collection de vêtements qu'elles comptent présenter à Milan au printemps prochain. Et si Andrea a pu contacter la vieille dame qui se chargera des motifs brodés sur ces vêtements, cela veut dire qu'elle a trouvé un moyen de communiquer avec le monde extérieur, même si on lui a confisqué tous ses gadgets technos à son arrivée chez les Torpederos.
Andrea n'est donc pas vraiment coupée du reste du monde.
L'un comme l'autre... Andrea est un petit génie de l'informatique. Si elle désirait me contacter, elle qui est pleine de ressource l'aurait fait depuis longtemps...
Je caresse mon smartphone et surtout la photo du fond d'écran d'accueil qui l'illumine.
Andrea.
Belle et farouche Colombienne.
Mychonok.
Ma petite souris.
Oh bébé... si tu savais comme tu me manques!
Je dépose mon cellulaire à plat sur ma cuisse pour attraper mon verre sur la table d'appoint et le porter à mes lèvres, soupirant fortement.
Je prends une lapée dans mon verre de vodka et je tire une bouffée de mon cigare avant de le déposer dans le cendrier et de le laisser s'éteindre doucement.
Je couche ma tête sur le repose-tête de mon fauteuil antique et je pousse un nouveau soupir, fermant les yeux.
Je ne pensais jamais qu'une soumise puisse un jour me tenir par les couilles!
Et quelle soumise!
La première fois que mon regard s'est posé sur Andrea, j'ai tout de suite flairé l'arnaque.
Cette fille n'était pas un top-modèle. Loin de là. Elle était petite et un peu boulotte. Mais elle avait tout ce qu'il faut, là où il faut. Des formes volumineuses, et aussi un tempérament très chaud. Le sang bouillant des latinos coulait dans ses veines.
Elle avait aussi un sourire magnifique et quand je la regardais un peu trop longtemps ou que je lui faisais du gringue... Elle rougissait de manière très mignonne.
À première vue, Andrea parait aussi très innocente.
La bonté incarnée.
Mais il n'en est rien, croyez-moi!
Andrea est la femme la plus cruelle et la plus vicieuse que j'ai jamais connue.
Le traitement du silence qu'elle me fait subir depuis un peu plus de trois mois le prouve parfaitement.
Si jeune... et déjà si cruelle!
Oh... doux venin de l'amour!
Andrea a toujours un mot gentil pour tout le monde. Elle donne l'impression à tous de ne se soucier de rien ni de personne... Elle est aussi toujours la première à rendre service et quand elle reçoit une critique, cela semble lui couler sur le dos, comme l'eau sur un canard.
Mais en fait, cette attitude d'apparente insouciance est une manière pour elle de préserver une distance, de ne s'attacher à personne.
De ne laisser personne entrer dans ce petit cœur blessé qui est le sien.
Il m'aura fallu un an pour le réaliser.
Moi aussi je fus trompé comme toutes les personnes qui l'entourent.
Abusé par ce doux visage rond aux yeux noisette et au petit nez si charmant.
Je croyais avoir compris... démasqué Andrea pour ce qu'elle était vraiment, retiré toutes les pelures d'oignon et même découvert toutes ses failles, toutes les crevasses de sa petite personne.
Ses qualités, ses défauts, ses rêves, ses aspirations... ses aptitudes.
Ses mensonges.
Je suis un dom d'expérience. Il n'est pas facile de me duper.
Je croyais donc avoir compris le beau et grand mystère d'Andrea Garcia.
Après tout, elle était si jeune... et donc forcément très naïve.
Au mariage de mon cousin, j'ai un peu flirté avec Andrea, pour le plaisir... J'avais la désagréable sensation que cette jeune femme portait un masque. Elle se disait fascinée par le mode de vie... mais son langage non verbal me disait le contraire.
En fait, il arrivait souvent qu'Andrea mente effrontément sur ses gouts et, même sur des choses très banales.
Son attitude me rappelait beaucoup celle de Yelena, mon ancienne petite amie, qui manifestait de l'intérêt pour tous mes centres d'activités uniquement pour me plaire... Je croyais qu'Andrea mentait aussi pour se donner un genre... pour avoir l'air d'être dans l'coup, comme la femme de mon cousin ou celle de son associé Bérubé, qui se passionnait pour le BDSM et sont dans le mode de vie.
Andrea me semblait simplement surfer sur cette vague... feindre cet intérêt, dans l'espoir que nous deux, ça finirait au lit. Après tout, Andrea cherche à perdre cette virginité depuis si longtemps... Je la croyais toute identique à ces autres femmes qui ne s'intéressent à moi que pour ma belle gueule ou encore pour mon argent.
Le mariage de mon cousin s'est étalé sur plusieurs jours de festivité, comme tous les mariages russes qui se respectent! J'ai donc eu de nombreuses occasions d'échanger avec Andrea et j'ai alors acquis la conviction que tout, à propos de cette jeune femme était faux, archi faux!
Ça me démangeait de lui donner une leçon.
Comme à toutes les autres «Yelena» de ce monde.
Il faut savoir que ma dernière relation D/S exclusive m'avait infligé une blessure très profonde et que je trouvais souvent mon plaisir en tant que dom, à démasquer les fausses soumises... celles qui fréquentent les clubs BDSM dans le but d'accrocher des mecs super riches. Je déteste ces femmes plus que toutes autres.
Mon cousin a bien senti que mon intérêt pour Andrea manquait de sincérité et que je désirais jouer un peu avec ma petite proie si charmante, comme le méchant dominant trop cruel et surtout le sale playboy que je suis. Il a donc mis son pied à terre. Il m'a bien signifié que cette jeune femme est une des analystes de sa société militaire privée... et que donc il me défendait de jouer avec son petit coeur fragile, ce qui risquerait de lui faire perdre un élément de grande valeur au sein de son entreprise.
Il se trouve qu'Andrea est directement sous les ordres de son associé Bérubé, qui est un dominant lui aussi, tout comme moi et mon cousin.
Bérubé, je l'ai appris plus tard à me dépens, est extrêmement surprotecteur envers sa fine équipe de nerds, dont Andrea fait partie.
Mon cousin Drake m'a bien fait comprendre que si je lui brisais le cœur, à cette petite ou si je profitais de sa naïveté... je m'en mordrais les doigts!
Naïveté.
Tu parles!
Andrea n'est pas du tout naïve...
Avec le temps, j'en suis même venu à douter de la seule chose que je n'ai jamais remise en question à propos d'Andrea.
Sa virginité.
Mon cœur se serre dans ma poitrine, parce que maintenant, je connais son secret.
Je sais qu'elle avait de bonnes raisons de me mentir, à moi ainsi qu'à tous les autres...
Mais, si elle m'a aussi menti sur ce point, et connaissant maintenant son passé... cela voudrait dire que sa première fois ne s'est pas passée très bien et que, comme cela fait partie de ce passé qu'elle désire oublier...Andrea a décidé de le nier.
Je refuse de poursuivre cette réflexion parce que chaque fois que mes pensées s'égarent dans cette direction...
Je ne veux même pas y penser.
Non. Sur cela, elle ne m'a jamais menti, je veux y croire!
N'empêche qu'Andrea n'a pas eu la vie facile... Ma poigne se resserre sur le verre que je tiens à la main. Si je pouvais les tenir tous au creux de ma main, ces Podlets (salauds) qui ont fait de sa vie un véritable enfer quand elle était si jeune. Ceux qui lui ont fait perdre tout espoir en la race humaine!
Mon verre se brise dans ma main.
Piz-dets! (bon sang!)
Je bondis de ma place et je vais prendre une petite trousse dans la salle petite de bain rattaché à mon bureau, et je fais couler l'eau sur ma plaie avant de la panser.
Revenant dans mon bureau, je me serre un autre verre de vodka sur le minbar pendant que mon cigare s'est éteint dans le cendrier. Je dois donc le rallumer avec ce briquet en or que m'avait offert Andrea à mon anniversaire l'été dernier.
Andrea a toujours été si bonne envers moi, si patiente... alors que moi, je ne cessais de la tester, de l'éprouver... de la pousser dans ses derniers retranchements.
Je savais qu'elle me mentait et je voulais connaitre la vérité.
Quand j'ai enfin réalisé mon erreur... je ne pouvais plus me retenir et je n'avais qu'un seul désir: me rachetter.
Je lui ai alors demandé de pardonner ma bêtise et je lui ai fait part de mes sentiments... Je m'en souviens comme si c'était hier. C'était à l'hôpital, après qu'elle fut blessée lors de sa dernière mission.
Foutue mission au cours de laquelle, justement, la vérité sur son passé me fut enfin révélée...
Je rumine intérieurement mon idiotie.
De toute évidence, il est trop tard.
J'ai épuisé la patience d'Andrea envers moi.
Je l'ai pressée comme un citron et maintenant, elle n'a plus une goutte d'énergie à me consacrer...
Quand je lui ai confessé mon amour, elle ne m'a même pas répondu...comme si mon amour n'était pas partagé.
Ensuite, à sa sortie de l'hôpital, j'ai beaucoup insisté pour qu'elle vienne passer quelques semaines chez moi, ici, en Russie, pour récupérer complètement avant de se lancer dans cet entrainement intensif chez les Torpederos qu'elle désirait suivre.
Mais, durant toute la durée de son séjour ici, même si elle était présente de corps, son esprit était ailleurs.
Tout occupée à cette vengeance qu'elle désire prendre sur son ennemi juré: Sa propre mère.
Même les autres ont remarqué que quelque chose n'allait pas entre nous, au mariage de notre ami Julian cet été, juste avant qu'elle parte pour cette formation... Mais moi, je me voilais la face... J'avais du mal à accepter la vérité, il faut croire.
Andrea a épuisé toute sa patience envers moi. Elle me repousse et ne veut sans doute plus d'un dom aussi possessif, autoritaire et intransigeant que je le suis! Je ne peux la forcer. Cela irait à l'encontre de tous mes principes en tant que dominant. Je peux simplement attendre que l'occasion se présente pour moi de regagner son affection.
En attendant, je ne peux que l'aimer en secret.
La main tremblante, je déverrouille l'écran d'accueil de mon cellulaire et je me décide à faire la seule chose possible dans les circonstances: envoyer un texto à La Costa, pour lui quémander des nouvelles d'Andrea, ENCORE.