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Les jeunes filles n'éprouvent aucune peur. Elles savent que c'est leur mama et qu'il faut la suivre. Elles plongent dans ce monde où il n'y a personne, juste ce grand espace bordé d'eau. Elles ne voient pas katana.
Ama : mamaaaaa, pourquoi nous ne te voyons pas ?
La voix de katana résonne.
Katana : raprochez vous de l'eau, ce n'est que là que vous pouvez me voir.
Elles courrent vers l'eau. Le visage de katana y est dessiné. Elles se baissent pour mieux la contempler.
Ama : mama, est-ce que tu vis dans l'eau ?
Katana : on va dire que j'y ai fait un petit tour. Pourquoi tu ne parles pas, Ada ?
Ada : pourquoi tu es partie ? Mama est-ce que tu as vu ce que père nous a fait ? Il est cruel.
Katana : je n'ai pas eu d'autre choix que de partir. Je suis désolée mes petites chéries. Je dois rester loin de vous pour un moment. Mama est très malade et ne peut retourner sur la terre sans être guérie. Je vais vous amenez voir grand-mère Edza pour qu'elle vous prenne en charge. Restez là, bientôt elle va venir à vous.
Ada : et Azoum ? Et son fils ? C'est qui, grand-mère Edza ?
Katana : sois heureuse ma petite, contente toi d'être heureuse. Il y'a des choses que ta petite ne comprendrait pas.
Ama : je veux vivre dans l'eau, comme toi. Je veux aussi avoir mon visage dessiné sur l'eau.
Katana : vous n'avez pas eu mes gènes. Le sang de votre père a été plus fort que le mien. Une seule personne a eu mes gènes.
Ada : je ne comprends pas mama, ça veut dire quoi, tout ça ?
Katana : c'est ce que je disais. Tu ne peux pas comprendre certaines choses. Quand je vais sortir de l'eau, je vais vous raconter toute l'histoire. D'accord ?
Ama : c'est quand ? Tu vas sortir quand ?
Katana : je ne sais pas. Pour le moment, je vais vous mettre à l'abri. Bientôt, j'irai chercher vos frères. Même eux, ne sont pas en sécurité entre les mains de Mbarga.
Son visage disparaît. Les jeunes filles sont tellement heureuses qu'elles dansent sur place en chantant.
Ama : notre mama vit dans l'eau, elle est super forte. Nous avons voyagé dans une bassine.
Ada : et même qu'on ne va pas retourner chez ce monstre. On est sauvé.
La joie de ces jeunes innocentes est débordantes. Elles revoient l'espoir qu'elles venaient de perdre.
Elles se couchent sur le sol et ferment les yeux un moment. La fatigue de depuis deux jours les emportent et elles tombent de sommeil. À leur réveil, tout à changé. Elles sont allongées sur ce lit en bambou qui a accueilli leur sœur des heures plus tôt. Ada se lève brusquement.
Ada : on est où ? Mama, mama...
Edza arrive rapidement.
Edza : calme toi ma petite, calme toi. Je suis là, je suis la grand-mère Edza. Tu n'as pas à t'en faire, ta mère vous a confié à moi.
Ada : elle est où ?
Edza : elle n'est pas encore partie mais vous ne pouvez plus la voir. Je vais aller lui parler. Reste là avec ta sœur, je ne mets pas long. Il y'a à manger dans la marmite au fond. Tout ça, c'est pour vous.
Ada se sent entre de bonnes mains. Ama se frotte les yeux et répond au sourire de la veille Edza. Les jeunes enfants descendent du lit et foncent vers la marmite. Edza a mal de les voir engloutir ces pommes de terre comme si elles n'avaient rien avalé depuis des années.
Edza : un jour mes enfants, un jour vous allez bannir l'esclavage. Vous êtes née pour accomplir la prophétie.
Ada : vous parlez de quoi grand-mère ?
Edza : quand tu seras plus grande, tu comprendras ce que je dis.
Elle se tourne lentement et se dirige vers la sortie. Elle avance jusqu'au lac autour de sa case. Le visage de katana est toujours dans l'eau. Il est pâle, elle a l'aire très faible.
Edza : tu devrais y aller, si tu forces, tu ne sortiras pas de l'eau à temps.
Katana : mes fils, je dois t'amener mes fils. Ils sont entre de très mauvaises mains.
Edza : je vais me débrouillée pour les amener. Tu dois bien récupérer et vite sortir de l'eau avant que tes démons ne se réveillent. Tu sais que tu ne dois pas passer plus de deux lunes dans l'eau. C'est ta dernière vie.
Katana : tant que tous mes enfants ne seront pas en sécurité, j'aurai toujours cette boule dans le cœur. Je vais aller les chercher. Si jamais je n'arrive plus à sortir de l'eau, tu sais très bien ce qui va se passer. Je vais redevenir le diable d'autre fois. Je te prie de garder mes enfants loin de moi. Tu dois faire tout ton possible pour qu'ils ne sachent pas qui je suis réellement.
Edza : tu vas sortir de l'eau. Il faut juste que tu retourne te reposer. Cette époque dont tu parles est déjà passée.
Katana : ne nous voilons pas la face. Cette vie est ma toute dernière. Je dois bien récupérer de mes maux si je veux reprendre forme humaine avant deux lunes. Sauf que j'ai utilisé trop d'énergie tant pour sauver mes filles que pour avertir Mbarga. Maintenant il m'en faut encore pour sauver mes fils. Une fois qu'ils seront là, tu partiras le plus loin possible avec eux. Très loin. Si dans deux l'une je ne suis pas sorti de l'eau, il faudra savoir que le mal est revenu.
Son visage disparaît. Edza à mal au plus profond de son cœur mais elle sais qu'elle ne peut rien faire de plus. Elle retourne vers les fillettes. Elles ont fini la marmite de nourriture.
Edza : venez les enfants, venez que je vous raconte une histoire.
Ama esquise un sourire. Elle est toute petite et toute souriante. Elle a hâte d'écouter l'histoire. Ada la rejoint. La nuit est déjà toute sombre. Elles sont toutes les deux assisent sur le sol, en face d'Edza qui est assise sur le lit. Une petite lampe illumine la case.
Edza : on raconte qu'il existe au fond des eaux un monde comme le nôtre. On dit qu'il y vit des êtres mi humain, mi poisson. Le saviez vous ?
Ama : waaaaaaouh... Raconte grand-mère, raconte toute l'histoire. On veut tout savoir, tout, tout et tout.
Edza : dans les temps anciens, il y'a déjà mille ans, une femme, une habitante des eaux a mis au monde son enfant. C'était une fille avec une petite queue de poisson. On appelle ces êtres des sirènes.
Ama : mama nous a raconté des histoires sur des sirènes. De très belles histoires.
Ada : cesse de parler et écoute.
Edza : la petite sirène était méchante et jalouse de ses sœurs. Elle était la dernière et voulait être la reine des eaux. Elle a cultivé la haine en elle. Elle a demandé l'aide des sorciers de l'eau pour devenir la plus puissante. Ils ont fait d'elle une sirène sorcière qui mange les enfants humains pour avoir plus de pouvoir. Elle attendait sur la rive pour prendre les nouveaux nées et partir avec eux.
Ama : elle est méchante. Mama dit que les méchants vont être punis par les dieux.
Edza : un jour, alors qu'elle partait prendre un autre enfant, elle a rencontré un homme. Elle a aimé cet homme de tout son cœur. Ils ont vécu une belle histoire d'amour. Elle en a oublié qu'elle était une sorcière. Aussi, elle avait oublié qu'elle ne devait pas rester sur la terre pendant longtemps, sous la forme humaine.
Ada : elle pouvait avoir des jambes ?
Edza : elle pouvait prendre toutes les formes qui existent. Je dis bien toutes. Même en oiseau, elle pouvait être transformée.
Ada : il s'est passé quoi avec son amoureux ?
Ama : c'est quoi un amoureux ?
Edza : hahaha, demande à ta sœur. Je n'ai jamais prononcé ce mot. Bien, elle est restée sur la terre pendant trop longtemps. Elle est morte parce qu'elle ne pouvait plus respirer et elle ne voulait plus retourner dans l'eau.
Ama : nooonnnn... Mais pourquoi ?
Edza : sur terre elle était gentille mais dans l'eau elle devenait la méchante sirène mangeuse de nouveaux nées.
Ama : mais ce n'est pas bien, elle devait avoir une autre chance. Mama dit qu'elle a eu beaucoup de chance dans sa vie.
Ezda : heureusement pour elle, une sirène à trois vie.
Ama : youpiiiii... Je veux devenir une sirène moi aussi. Elle a eu une autre vie... Raconte grand-mère, raconte.
Ada : je vais mettre de la colle sur ta bouche si tu interromps encore grand-mère Edza.
Edza : elle a eu une autre chance et elle pouvait désormais rester sur terre tout le temps. Malheureusement pour elle, elle a été ressuscité à une époque où son homme était déjà mort.
Ama : nooonnnn... Non, non, non. Je refuse cette histoire. Je ne veux plus l'écouter... Bon, raconte encore un peu.
Edza : elle a épousé un autre homme parce qu'elle voulait aussi avoir des enfants. Elle ne l'aimait pas beaucoup. Elle l'a tout de même épousé et elle a eu trois filles et deux fils. Son mari était un homme méchant et cruel.
Ada : comme notre père
Edza : un jour il l'a tué et sa deuxième vie est terminée.
Ama : elle en avait encore une troisième, pas vrai ? Tu as dit qu'une sirène a trois vies. Qu'a-t-elle fait de la troisième vie ?
Edza : à chaque fois qu'elle meurt, elle doit aller dans l'eau pour ressusciter. Pour la troisième vie, elle ne doit pas faire plus de deux lunes (deux mois) dans l'eau. Si elle ne sort pas, passé ce délai, elle redevient méchante. Si elle redevient méchante, elle va détruire le royaume des eaux et toute espèce marine va disparaître. Il n'y aura plus rien dans l'eau. C'est une malédiction lancée par les sorciers de l'eau sur elle.
Ama : elle est sortie ? Elle a rompu la malédiction ?
Edza : elle a utilisé trop d'énergie pour sauver ses enfants des griffes de leur mauvais père. On doit prier pour qu'elle sorte de l'eau à temps. Sinon, la grande guerre l'opposera a l'une des personnes qu'elle aime le plus dans sa vie.
Ada : c'est qui cette personne ?
Edza : je vais continuer l'histoire un autre jour. Je suis fatigué et j'ai aussi faim. Vous avez terminé la nourriture. On va dormir et se réveiller tôt pour cuisiner.
Ama : et la suite de l'histoire ? Je veux savoir. S'il te plaît grand-mère.
Edza : on va terminer l'histoire une autre fois. Je ne vous ai pas encore raconté les responsabilités qui pèsent sur ses enfants. L'histoire est encore longue. Allons dormir. Il se fait très tard.
De son côté, Mbarga s'est remis de ses douleurs. Il est un homme fort. La nuit tombe, il n'a trouvé aucun enfant à donner. À cette heure de la nuit, il n'y a aucun enfant dehors. Il sillonne autour des maisons, il guette partout mais il n'y a personne. Il retourne chez lui. À son arrivé, son œil se pose directement sur son jeune garçon de cinq ans. Il se dit à lui même,
Mbarga : le sorcier a dit moins de cinq ans. Si je lui en apporte un de cinq ans, où est le souci ? Je vais partir avec les deux. Ça va faire l'affaire.
Cet homme qui par le passé avait ôté la vie à sa propre mère n'a aucun remord en parlant du sacrifice qu'il est sur le point de faire. Vendre toute sa famille pour le pouvoir n'est pas un problème pour lui. Il s'en sent capable.
Ses fils sont entrain de manger. Le plus grand n'a que sept ans. Mbarga s'approche d'eux et se met à leur niveau.
Mbarga : mangez bien, mes petits. Bientôt tout ceci va finir.
Ils ne répondent pas. Ils ont peur de leur père comme s'il était la peste.
Mbarga : faites vite, on doit aller puiser de l'eau au marigot.
Il se dirige vers sa chambre et se jette sur le lit.
Mbarga : j'aurai une autre femme quand je serai roi. Elle va me donner d'autre enfant, des fils. Ceux ci en valent la peine d'être sacrifiés. C'est pour la bonne cause.
Il se repose un moment. À son réveil, il ne manque plus que dix minutes pour minuit. Mbarga sort de la chambre. Ses fils ont déjà chacun une bouteille vide en main pour de l'eau. Mbarga les tient par les épaules et commencent à avancer avec eux.
Le plus petit ne peut se retenir. La noirceur de la nuit lui fait peur. Il se met à pleurnicher. Mbarga se fiche complètement de lui. Il continue sa route. Il n'y a pas de lune pour éclairer. Mbarga à des yeux de chats qui voient un peu de partout.
Une fois au marigot, le sorcier arrive au même moment.
Le sorcier : tu n'as pas ce que j'ai demandé
Mbarga : c'est tout ce que j'ai pu avoir. Ils ont mon sang, ils vont faire l'affaire.
Le sorcier : ce sont tes propres enfants et tu veux les vendre ? Tes véritables fils ?
Mbarga : ne me dis pas que toi, sorcier, tu as un cœur.
Le sorcier : es-tu donc comme ces mères poules qui picorent leurs œufs lorsqu'elles ont faim ? De toutes les façons, on allons faire avec. C'est ton choix.
Mbarga : commençons
Le sorcier entoure les enfants par un cercle poudré de blanc. Ils sont assis à l'intérieur, ils ont peur et froid. Ils se regardent, ils ne parlent pas.
Le sorcier fait jaillir le feu autour de ce cercle.
Le sorcier : Mbarga d'Azoul, dis aux maîtres ce que tu veux et ce que tu donnes en échange.
Mbarga : je veux la puissance, je veux la force des créatures de l'eau, je veux les vaincre. Je veux devenir le plus puissant des maîtres de la terre. En échange, je vous donne le sang de mes fils. Je vous donne Mbam d'Azoul, cinq ans et Aris d'Azoul, sept ans. Qu'ils plaisent aux maîtres de répondre favorablement à ma requête.
Le feu autour des enfants devient vert. Il augmente et fonce droit vers eux. Une puissance rouge entre progressivement en Mbarga. Il écarte les bras et soulève son torse, il rit aux éclats. Ses yeux deviennent rouge, rouge de sang.
Plus sa puissance augmente, plus ses fils deviennent faibles. Pendant ce temps, il y'a cette créature dans l'eau qui nage à la vitesse d'une fusée dans les l'air. On voit juste une queue de poisson qui trace une ligne au passage. Elle fonce droit vers le lieu du sacrifice. Une fois sur place, elle sort de l'eau et se projecte dans les airs. Son visage est connue de tous, c'est la Katana sous sa vraie forme. Sa queue bordé de bleue brillant se balance dans les airs. Il y'a de la fureur dans ses yeux. Elle tient un trident en main, c'est l'arme ultime, la plus puissante qui soit. Elle utilise sa dernière énergie, elle doit sauver ses fils.
Elle pointe l'arme vers le cercle en feu vert, elle y propulse un vague d'eau mais les pouvoirs de Mbarga sont déjà à l'extase. Il se retourne et d'une main, il propulse l'eau vers elle.
#À_suivre