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Elle enveloppe l'enfant dans son habit après l'avoir nettoyer dans cette eau froide. Elle ne peut faire qu'avec ce qu'elle a sous la main. Elle est restée assise dans l'eau. L'enfant est enfoui en elle. Il ne cesse de pleurer. Elle ne sait quoi faire ni quoi dire. Elle a le regard tantôt vers le ciel tantôt vers l'eau.
Azoum : ai-je fait quelque chose de mal pour mériter tout ceci ? Suis-je coupable d'un mal quelconque ? Que les dieux me répondent, qu'ils me parlent.
Elle ne reçoit aucune réponse comme d'habitude. Elle voit le temps défiler sous ses yeux. Elle voit le jour se lever. L'enfant n'a pas cessé de pleurer. Elle ne sait pas s'il faut lui donner le sein ou autre chose. Elle le laisse tout simplement pleurer.
La première personne arrive au marigot. En voyant la scène, elle laisse tomber son seau et rebrousse chemin aux pas de course, sous des cris aigus.
-la sorcière a accouché, elle a accouché dans l'eau du marigot.
Les gens viennent de partout pour poser l'œil sur ce qui se raconte depuis des mois. Ceux qui n'y avaient pas cru ont désormais la preuve vivante. La vierge vient de mettre au monde un garçon. Elle est assise au milieu de cette eau et ne bouge pas. Les enfants se tiennent derrière, les adolescents forcent le passage, les plus âgés sont devant. Les sages du village arrivent à leur tour.
La sage femme, chantrie avance son batton vers Azoum. Elle tâte pour s'assurer qu'il s'agit bien d'un bébé entre ses mains. L'enfant pousse un petit cri. Tous reculent d'un pas. Azoum n'a pas changé sa position, elle n'a pas levé la tête.
Chantrie : comment as-tu fait pour accoucher seule ?
Elle ne répond pas. Elle ne voit pas l'intérêt de lui dire comment elle a souffert pour avoir cet être entre les bras.
Chantrie : on va t'amener à la grande cour. Puisque tu as accouché, ton procès peut être ouvert. J'espère que tu as bien réfléchi et que tu vas dires ce qu'on attend de toi. Si tu ne le fais pas, cette chose que tu tiens dans tes mains sera détruite et on te chassera d'ici.
Entendre que son enfant va lui être enlevé et tué crée un pincement dans son cœur. Elle lève la tête. On remarque son visage détruit par la souffrance.
Azoum : je ne sais pas comment cet enfant est entré en moi, je sais qu'il est sorti et que je vais le garder. Je vais le garder car c'est lui qui va me conduire jusqu'à son père.
Chantrie : les sages ont dit qu'aucun homme ne s'était jamais introduit en toi. Ils ont dit que cet enfant n'a aucune origine humaine. C'est une abomination.
Azoum : alors c'est mon abomination. Je le garde. Si vous voulez me mettre à la porte, laissez moi partir avec lui.
Chantrie : on ne laissera pas un démon grandir librement comme si de rien n' était. On tue le mal à la racine.
Azoum : s'il est né de moi, ça veut dire que vous allez tuer la mauvaise racine. Vous m'avez traité comme une sauvage alors je vais me comporter comme telle. Que personne ne s'approche de moi.
La sage femme prend du recul. Elle se sait très veille.
Chantrie : qu'on fasse venir les guerriers, qu'on lui prenne l'enfant et qu'on les amène tous les deux à la grande cour.
Azoum : ne me touchez pas. Je peux arriver à la cour en tenant mon enfant. Ne le touchez pas.
Sa mère est placée dans la foule. Elle pleure toutes les larmes de son corps. Elle ferme les yeux et jette un coup d'œil dans le passé. Elle revient tout de suite à elle. Elle sait que cet enfant n'est pas la racine. Elle regarde ces hommes traîner sa fille sur le sol. Elle prie pour qu'elle tienne le coup. Elle sait que le mieux pour elle c'est d'être chasser. C'est le seul moyen pour qu'elle vive.
Une fois à la grande cour, Azoum est balancée comme une pierre sur le sol. Son enfant lui est jeté dans les bras. Le chef arrive, le regard froid et méprisant. Un dictateur hors pair, un homme des lois meurtrières. Il tient ce morceau d'ivoire en main, c'est l'un de ses signes de puissance. Il l'utilise pour pointer Azoum.
Le chef : il y'a quelques mois, tu étais une enfant comme tous les autres. Tu avais une vie de rêve, tu étais promise au plus beau des mes enfants. Au lieu de te contenter de ta vie, tu en as voulu plus, plus et encore plus. Dis-nous la vérité. Dans quel sorcellerie es-tu entré?
Azoum : roi des rois, jamais je n'ai vu de pratiques obscures, jamais je n'en ait prariqué. Je vous jure, je le jure sur la tête de mon père qui m'a renié. Je suis innocente.
Une voix s'exprime dans la foule, la voix de son père, le guerrier le plus sanguinaire. Son nom, Mbarga.
Mbarga : ôte donc mon nom de ta bouche, je n'ai pas mis au monde une abomination. J'ai accouché une belle jeune fille, ce n'est pas toi. Tu as choisi de te détruire, tu es mon déshonneur. Dis nous la vérité, qu'on en finisse une bonne fois pour toute.
Le chef : même ta famille te pointe du doigt. Nous n'avons pas toute la journée ici. Si tu ne parles pas, tu sais ce qui va se passer.
Azoum : je ne puis dire ce que je ne connais pas, je ne puis avouer ceux dont je suis ignorante. Faites de moi ce que vous voulez.
Sa mère sort de la foule. Elle n'en peut plus de se taire. Elle n'en peut plus de faire semblant. Elle veut parler, elle veut plaider en faveur de son enfant. Lorsqu'elle veut bouger ses lèvres, son mari pose un regard menaçant sur elle. Elle baisse la tête. Elle comprend que si elle ouvre la bouche, la vie de sa fille ne tiendra plus qu'à un bout de fil.
Azoum : parle mama, parle. Dis leur que ta fille n'a rien fait. Dis leur que ta fille est innocente. Tu as à dire, dis-le.
Elle retourne aux côtés de son mari Mbarga. Il tient sa main dans et la sert fortement, assez fort fort pour lui broyer les os.
Mbarga : tu comptais faire quoi ? C'était quoi cette petite scène ? Tu veux faire de moi l'homme le plus insignifiant du village ?
Elle ne répond. Elle ne sait pas quoi dire.
Mbarga : suis moi, allons un peu derrière la chefferie. Il faut qu'on parle un peu. Je crois que je ne t'ai pas bien donné ta leçon ce matin.
Il lui tient la main et l'attire loin de la foule. Une fois derrière le grand édifice, il guette dans tous les sens pour s'assurer que l'air n'a pas d'oreilles.
Mbarga : tu m'explique ?
Katana : mon mari, mon homme, je t'en supplie, elle n'a pas à souffrir comme ça. C'est notre fille et elle n'a rien fait. Nous devons dire la vérité, c'est nous qui sommes sensé être sur cette cour en train d'être jugé. Je te prie de m'aider à la libérer.
Mbarga : je vois que tu veux mourir, je vois que tu veux partir de ce monde avant ta fille. Ta mission est de tout faire pour que l'enfant ne soit pas tué. Pour ta fille, qu'elle meurt ou qu'elle vive, nous ne gagnons rien. Faisons ce que nous avons à faire et partons d'ici.
Katana : je refuse de la laisser mourir. Je vais dire tout ce que je sais. Je vais dire toute la vérité à tout le monde. Tu vas voir.
Elle veut prendre la direction de la foule. Son mari lui donne une gifle qui la bouscule par terre.
Mbarga : je crois qu'on ne se comprend pas très bien, je crois que tu deviens même folle.
Il la prend par les cheveux et se met à la traîner sur le sol. Ils prennent la direction des champs. Elle hurle mais le peuple est tellement concentré sur Azoum que personne n'entend ses hurlements. Mbarga l'entraîne jusqu'à leur maison d'habitation. Ils sont seuls à la maison. Il entre avec elle et verrouille toutes les issus. Elle supplie,
Katana : tue moi si tu veux, finis en avec moi mais laisse ma fille en vie. Va la délivrer, elle n'a pas à vivre ça. Elle est jeune, elle mérite de vivre.
Mbarga : tu es en train de jouer à un jeu où tu vas sortir perdante. Tu sais que je ne suis pas très patient. Hier encore, on était d'accord. Pourquoi tu parles comme ça aujourd'hui ?
Katana : libère mon enfant, libère la. Tu ne connais pas la douleur que j'ai en moi depuis des mois, tu ne connais pas le mal qui me ronge. Tu ne sais pas à quel point les Remords me rongent. Je ne vivrai pas avec une telle chose sur ma conscience.
Mbarga : si tu ne peux pas vivre avec cela sur ta conscience alors tu ne mérites pas de vivre, tu n'as pas droit à la vie.
Mbarga sort une lame bien tranchante de sa hanche. Il a le regard dans celui de sa femme. Cet homme sans cœur, ce guerrier entraîné par la cour royale pour tuer, n'hésiterait pas à poignarder tous ceux qui se mettent sur son chemin. Son cœur est fait de pierre, même la petite famille qu'il a réussi à avoir ne lui a pas rendu la paix. Il est né dans le feu, dans le feu de la méchanceté, de la rancœur et de la jalousie. Il a un amour inconditionnel pour la couronne, il ne rêve que de voir son derrière se poser sur le trône du roi.
Mbarga : tu sais que tu peux régner à mes côtés, tu peux devenir la plus grande des reine et non cette cultivatrice que tu es. Pourquoi tu veux faire foirer notre coup ?
Katana : les choses ne devaient pas se passer comme ça. La vie de mon enfant ne figuraient pas dans les termes de ce maudit contrat. Je ne suis plus d'accord.
Mbarga : à l'heure qu' il est, on doit être entrain de lui poser d'autres questions. Sûrement elle répond à la négative comme à toutes les autres. C'est elle qui se met à mort car elle refuse de mentir pour se sauver. Si elle avoue, elle va en prison pour quelques temps, on me donne l'enfant pour tuer mais je pars le garder. On rempli notre part du marché et tout change dans nos vies. C'est ta fille qui refuse de nous faciliter la tâche.
Katana : si mon enfant souffre, je te jure que peu importe où je serai, je reviendrai pour te retrouver. Tu sais que je ne blague pas.
Mbarga : lorsque les sages nous unissaient, je t'avais murmuré à l'oreille que si tu devenais un jour un frein à mes aspirations, je n'allais pas hésiter à te tuer.
Katana : aujourd'hui je te dis que si jamais j'y passe, tu vas y passer. Je reviendrai pour toi.
Mbarga ouvre les portes. Il traîne à nouveau sa femme sur le sol. Les pierres sur ce sol lui déchirent les pieds. Il l'amene jusqu'à un tronc d'arbre où il la balance comme un déchet. Elle sent sa fin arriver, elle sait qu'il ne va pas l'épargner. Elle supplie,
Katana : mon mari, réfléchi. Ne fais pas ça, nous pouvons répondre de notre crime et avoir le pardon des dieux. Mon époux réfléchi, réfléchi s'il te plaît.
Mbarga : j'ai déjà pensé à tout, j'ai déjà tout écrit quelque part. Je connais déjà mon avenir, je sais que je vais troner comme je le mérite. Tu as fait ton choix, je dois respecter ta volonté.
Il s'approche de sa femme, la mère de ces cinq enfants. Il se met à son niveau, il lui souri.
Mbarga : tu sais que je n'ai jamais voulu que tu accouches des filles. Tu en a accouché trois. Sache que si tu n'es plus là alors je n'ai plus aucune raison de les garder. Elles vont te rejoindre dans peu de temps.
Katana écarquille les yeux. Une peur bleue l'envahi, une peur de mère. Le se jette aux pieds de son mari, elle lui baise les pieds avec ses lèvres.
Katana : je suis ton disciple, je suis ton esclave. Fais de moi ce que tu voudras, fais de moi ce que bon te semble. Arrache moi le cœur si ça te fait envie, je suis ta femme, ton objet. Viole moi autant de fois que tu en as envie mais laisse mes enfants. Laisse mes filles.
Mbarga se bouche les oreilles. Il n'aime pas les supplications. Il soulève la tête de sa femme en la tenant par les cheveux. Il pose la lame sous son cou. On a encore l'impression qu'il fait juste une farce, on se dit que c'est une menace en l'aire. On ne croit à cette réalité que lorsqu'il lui tranche la gorge comme on égorge une poule. Il envoie la lame assez profondément pour qu'elle ne puisse pas crier. Il en fini avec sa femme sans aucun scrupule, sans le moindre Remord. La seule qu'il ignore, c'est que lui même n'a jamais su qui était réellement celle qu'il a épousé.
Pendant qu'elle agonise, pendant qu'elle se baigne de son sang rouge, le rouge de la mort, il essuie son arme du crime sur sa robe.
Il se relève comme si de rien n'était. Il souri et crache sur sa femme. Les vingt années de mariage avec cette femme ne représentent rien pour lui. C'était une passade vers sa vie de rêve. Il se nettoie les mains et reprend la route du procès où sa fille innocente est torturé.
À son arrivé, les moyens ont changé. L'interrogation n'est plus orale. Le chef a décidé d'utiliser d'autres moyens.
Le chef : la loi veut qu'on tue l'enfant et qu'on te banisse d'ici. Je suis la loi et je dis que vous serez tous les deux brûlé. Qu'on les attache au bûché et qu'on les brûle.
Mbarga sait que l'enfant doit vivre. Il avance jusqu'au roi et lui murmure à l'oreille,
Mbarga : que l'enfant soit épargné. Ma femme m'a fait des révélations. Seul Azoum doit être tué, c'est elle la sorcière. Laissez moi lui murmurer quelques mots à l'oreille.
Le chef : comme il te plaira
Mbarga : je vous remercie, mon roi
Il avance vers sa fille en ordonnant aux gardes de la laisser. Elle est toute sale. Malgré tout ce qui arrive, elle tient fermement l'enfant. En voyant son père arriver, elle a de plus en plus peur. Elle sait de quoi il est capable. Il se met à son niveau, il prend la même position qu'il a prise pour tuer sa Katana.
Mbarga : j'ai parlé au chef, il y'a un moyen de vous épargner, l'enfant et toi. On va te nettoyer et te donner à manger. Tu pourras aussi allaiter l'enfant. Donne le moi, ta mère veut s'en occuper en attendant.
Azoum : père... Dis-moi que tu me crois, dis-le moi, s'il te plaît.
Mbarga : je te crois ma fille, donne-moi l'enfant.
#À_suivre