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Trois ans, un gros mensonge
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Chapitre 3

Damien quitta l'hôpital, mais il ne rentra pas directement chez lui. Il se retrouva sur l'autoroute, direction nord, à l'opposé de son appartement. Il ne savait pas pourquoi. Il conduisait, simplement, les lumières de la ville défilant en un flou, son esprit étrangement vide.

Le silence dans la voiture était lourd. Clara était toujours celle qui comblait le silence, bavardant sur sa journée à l'hôpital, une chose drôle qu'un patient avait dite, ou une nouvelle recette qu'elle voulait essayer. Il se contentait généralement de grogner en réponse, écoutant à moitié tout en pensant au travail ou à Linh. Maintenant, l'absence de sa voix était une présence physique.

Il quitta finalement l'autoroute et fit demi-tour, un sentiment de malaise inconnu s'installant dans son estomac alors qu'il se garait dans son garage. Il sortit de la voiture, s'attendant à moitié, espérant à moitié voir la voiture de Clara de retour à sa place. Elle n'y était pas.

Il entra dans la maison. Le poulet rôti froid était toujours sur le comptoir, maintenant recouvert de film plastique. Une seule assiette était mise sur la table. Son assiette.

Une vague d'irritation le submergea. C'était tellement théâtral. Elle essayait de marquer un point, de le faire se sentir mal. Ça marchait, et ça l'irritait encore plus.

Il vit la femme de ménage, Maria, en train de finir dans la cuisine.

« Bonsoir, Dr Dubois », dit-elle, ses yeux pleins d'une sympathie qu'il ne voulait pas.

« Maria. Est-ce que... est-ce que Mme Lefèvre est revenue ? » demanda-t-il, essayant de paraître décontracté.

« Non, Docteur. Elle est partie hier soir. Elle a pris un petit sac. » Le regard de Maria était entendu. Elle était avec eux depuis des années. Elle avait tout vu.

« D'accord », dit-il en se détournant. « Eh bien, vous avez fini pour ce soir. Je fermerai. »

Après son départ, le silence retomba, plus épais cette fois. Il traversa les pièces. Tout était net, bien rangé, exactement comme Clara le gardait toujours. Mais l'endroit semblait stérile, vide. Comme une chambre d'hôtel.

Il ne pouvait pas le supporter. Il attrapa ses clés et se dirigea vers Le Wallace.

Léo était déjà au bar, une bière l'attendant. « Le voilà ! Le nouveau célibataire ! » Léo lui tapa dans le dos. « À la liberté ! »

Damien but une longue gorgée de sa bière, le liquide froid ne faisant pas grand-chose pour calmer le nœud dans son ventre.

« Alors, elle est vraiment partie ? » demanda Léo, son ton plus sérieux maintenant.

« On dirait bien », dit Damien en haussant les épaules. « Elle a enfin compris le message. »

« Quel message ? Que tu te joues d'elle depuis trois ans ? » Léo le dit avec un rire cynique, mais les mots restèrent en suspens dans l'air.

« Ce n'était pas comme ça », répliqua Damien, plus sur la défensive qu'il ne l'aurait voulu.

« Bien sûr que non », dit Léo, levant les mains en signe de reddition. « Écoute, je suis content pour toi, mec. Tu en as enfin fini avec cette comédie. Linh va mieux, tu peux être avec elle. C'est ce que tu as toujours voulu, non ? »

« Oui », dit Damien, forçant le mot à sortir.

« Je veux dire, Clara était gentille et tout », continua Léo, inconscient de l'humeur de Damien. « Un peu trop gentille, tu sais ? Genre, la parfaite fée du logis. Toujours à cuisiner, toujours à nettoyer, toujours à te demander comment s'est passée ta journée. Ça devait être épuisant. »

Damien tressaillit. Il n'y avait jamais pensé de cette façon. C'était juste... ce que Clara faisait.

« Elle m'a envoyé les papiers du divorce », dit Damien, changeant de sujet. Il avait reçu l'e-mail de son avocat cet après-midi. Cela lui avait semblé surréaliste.

« Divorce ? Vous n'étiez pas mariés », dit Léo, confus.

« C'est symbolique, je suppose », marmonna Damien. « Sa façon de marquer le coup. »

« Eh bien, tant mieux », dit Léo, faisant signe au barman pour une autre tournée. « Signe-les, renvoie-les, et c'est fini. Une rupture nette. Tu peux te concentrer sur Linh maintenant. C'est elle que tu aimes, non ? »

« Bien sûr », dit Damien, la voix plate. Il se le répéta, un mantra qu'il chantait depuis des années. J'aime Linh. Je fais ça pour Linh.

Mais pour la première fois, une lueur de doute s'insinua. Il pensa au visage de Clara la nuit dernière, à la façon dont la lumière s'était éteinte de ses yeux quand il lui avait dit la vérité. Il pensa à sa force tranquille, à sa loyauté inébranlable, à la façon dont elle lui avait tenu la main pendant des heures après la mort de son propre père, sans dire un mot, juste en étant là.

« Ça va, mec ? » demanda Léo en le bousculant. « Tu as l'air à des kilomètres. »

« Juste fatigué », dit Damien en vidant sa deuxième bière. « Longue journée. »

Ils burent pendant des heures, Léo parlant du travail, des femmes, du sport – toutes les conneries habituelles. Damien se contentait de hocher la tête, son esprit rejouant les dernières 24 heures. Son visage. La lettre. La maison vide.

Quand Léo lui tapa finalement sur l'épaule pour partir, il était bien après minuit. « Sérieusement, mec, félicitations. Tu es libre. Ne gâche pas tout. »

Damien rentra chez lui, l'alcool lui faisant tourner la tête. Il trébucha dans la maison sombre, le silence lui hurlant aux oreilles. Il sortit son téléphone, son pouce planant sur le contact de Clara. Il voulait appeler. Pour lui crier dessus d'être si dramatique. Pour lui demander où elle était. Pour entendre sa voix.

Il s'arrêta. Non. C'était ce qu'il voulait. Une rupture nette.

Il entra dans la chambre et tomba sur le lit, tout habillé. Il se tourna sur le côté, face à l'espace vide à côté de lui. Un parfum léger et doux flottait dans l'air. Son shampoing. Vanille et quelque chose de floral.

Une douleur étrange et aiguë perça la brume alcoolique. Ce n'était plus seulement de l'irritation. C'était comme une perte. Il ferma les yeux, essayant de chasser ce sentiment.

Elle reviendrait. Il le fallait.

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