Chapitre 5 05

Elle sentit la chaleur de sa main envelopper la sienne, une chaleur qui se propagea lentement dans ses veines, la faisant frémir malgré elle. C'était étrange, cette sensation de sécurité qui venait de lui. Elle n'avait rien demandé, mais elle ne pouvait nier l'étrangeté de l'attraction qu'elle ressentait. Ses instincts la combattaient, mais une partie d'elle, plus profonde, semblait se réveiller, prête à s'abandonner à ce qui semblait inévitable.

Il la guida silencieusement à travers la vaste maison. Les murs semblaient dénués de toute chaleur, froids et indifférents à sa présence. L'endroit était imposant, presque effrayant, et elle se demandait, à chaque pas, où il l'emmenait. Il ne disait rien, comme si sa simple compagnie était suffisante pour comprendre ce qu'il attendait d'elle.

Ils arrivèrent enfin dans une pièce vaste et sobrement décorée, une grande fenêtre laissant entrer la lumière pâle du matin. Le mobilier était moderne, mais il y avait une certaine austérité dans chaque objet, une volonté de ne rien laisser au hasard. Il la laissa entrer, ses yeux ne la quittant pas un instant.

"Installe-toi," dit-il enfin, sa voix grave résonnant dans la pièce silencieuse. "Tu es ici pour rester, Élise. Ce n'est pas juste une question de l'enfant que tu portes. C'est ta place à mes côtés. C'est là que tout commence."

Elle se tourna lentement, cherchant à se ressaisir, mais les paroles qu'il avait prononcées, lourdes de sens, se collaient à elle comme une chape de plomb. Ce n'était pas un simple mot. Ce n'était pas une simple promesse. C'était une déclaration. Elle n'avait pas d'autre choix que de le suivre. Pourtant, quelque part, au fond d'elle, un désir irrationnel la poussait à le repousser, à se battre encore contre ce destin qui se jouait d'elle.

Elle prit une profonde inspiration, se forçant à poser les pieds sur le sol froid. "Tu parles de place. Mais ce n'est pas ma place. Ce monde... ce monde n'est pas le mien. Je n'appartiens pas ici."

"Tu t'y feras," répondit-il d'une voix presque douce, bien que ses mots n'aient rien de réconfortant. "Tu n'as pas le choix, Élise. Tout ceci fait partie de ce que tu es désormais. C'est dans ton sang, dans ton âme."

Elle ferma les yeux un instant, laissant la tension s'accumuler dans ses muscles. Les événements qui l'avaient conduite ici lui paraissaient de plus en plus irréels, comme si tout cela n'était qu'un mauvais rêve. Mais la réalité, cruelle et implacable, était là. Elle se sentait étrangère à elle-même, comme si ce corps qu'elle habitait n'était plus entièrement sien.

Il s'approcha d'un pas, et une étrange force semblait émaner de lui. Elle pouvait sentir son aura puissante l'envahir, l'encercler, la restreindre. Cela la perturbait, mais d'une manière qu'elle ne savait pas expliquer. Il n'avait pas besoin de mots pour la dominer, il n'avait qu'à être là, près d'elle, pour qu'elle sente la prise qu'il avait sur elle. La frustration, la colère montaient en elle, mais elles étaient rapidement étouffées par cette présence qu'il imposait.

Elle se retourna brusquement, ses mains serrant ses bras dans un geste protecteur. "Je ne comprends rien à ce que tu me dis. Je suis... je suis une prisonnière. C'est tout ce que je vois. Une prison."

Ses mots brisaient le silence, mais il resta calme. Trop calme. "La prison n'est pas là où tu crois qu'elle est, Élise. Ce n'est pas ici. Elle est dans ton esprit, dans tes peurs. Mais tu dois comprendre que ce que tu ressens n'est qu'une étape. Tout ça t'amène vers une vérité plus grande. Et je serai là pour t'aider à la découvrir."

"Ne parle pas de cette manière !" Elle ne pouvait plus le supporter. Elle sentait la colère monter en elle, lui brûlant la gorge. "Je ne veux pas de cette vérité ! Je n'ai rien demandé, rien du tout !"

Mais ses cris se perdirent dans le vide. Il la regarda avec une étrange douceur dans les yeux, presque une forme de pitié. Cela la rendait folle. "Tu veux lutter, Élise, mais tu finiras par comprendre que tout ce que tu veux est déjà à l'intérieur de toi. Tu veux juste accepter ce que tu ressens. Ce qui est inévitable."

Elle le détestait. Elle le haïssait pour sa certitude, pour son calme qui frôlait l'arrogance. Il savait des choses qu'elle ignorait, des choses qu'il ne voulait pas lui révéler. Mais la vérité qu'il portait dans ses yeux, dans ses mots, ne laissait aucun doute : il savait exactement ce qu'il faisait.

Un silence pesant s'installa entre eux. Elle le fixa intensément, les mâchoires serrées, ses poings se fermant. Puis, après un long moment, elle murmura, presque dans un souffle, comme une promesse qu'elle se faisait à elle-même : "Je me battrais. Jusqu'au bout. Même si je dois le faire seule."

Il la regarda en silence, et pour la première fois, il sembla hésiter, une lueur d'incertitude traversant ses yeux. Mais en un instant, il se reprit. Il était l'Alpha. Il ne pouvait pas se permettre de montrer la moindre faiblesse.

"Tu n'es pas seule, Élise," répondit-il finalement, sa voix se durcissant à nouveau. "Et tu ne le seras jamais."

Elle déglutit, un frisson parcourant son échine. L'heure était venue d'accepter l'inévitable, d'affronter un futur qu'elle ne pouvait pas contrôler. Mais ce combat qu'il lui proposait, elle le mènerait à sa manière. Et peut-être qu'elle pourrait, un jour, trouver un moyen d'en sortir, même si tout semblait impossible.

Elle se détourna lentement, cherchant à fuir le poids de ses propres pensées. Mais chaque pas qu'elle faisait semblait être dirigé par une main invisible, la ramenant toujours à lui. Elle se sentit étrangère dans cet espace qui lui semblait plus un piège qu'un refuge. Chaque objet, chaque mur, chaque fenêtre semblait l'observer, la juger. Elle était dans une cage dorée, sans aucune issue visible.

Elle s'arrêta près de la fenêtre, scrutant le paysage lointain. Le monde extérieur semblait si lointain, presque irréel. La vie, la liberté, tout cela semblait un mirage. Elle se demanda, pour la énième fois, comment elle en était arrivée là. Pourquoi n'avait-elle pas vu venir tout cela ? Pourquoi n'avait-elle pas compris plus tôt qu'une simple soirée entre amies pourrait la conduire dans les griffes de ce... monstre ? Ou était-ce elle qui, d'une certaine manière, l'avait attiré à elle ?

Elle frissonna en pensant à tout ce qu'il avait dit. "Ce que tu ressens est inévitable." Comment pouvait-il être si certain de ce qu'il disait ? N'était-elle qu'un simple pion dans un jeu auquel elle n'avait jamais consenti à participer ?

Elle soupira profondément. Elle savait au fond d'elle que ce combat qu'il lui offrait était plus qu'une simple lutte contre lui. C'était une lutte contre ce qu'elle devenait, contre la transformation qu'il voulait imposer à son âme. Ce bébé, cette nouvelle vie qu'elle portait en elle... C'était sa prison, mais aussi un lien qu'elle n'avait pas cherché, un fardeau qu'elle ne voulait pas, mais qu'elle ne pouvait pas non plus abandonner.

Elle tourna lentement la tête pour regarder l'Alpha. Il était là, silencieux, presque figé, mais toujours aussi imposant. Cette attitude froide et distante la perturbait. Comment pouvait-il être si sûr de lui, si détaché, alors qu'il avait brisé sa vie en un instant ?

Il s'avança sans un mot, et une fois de plus, l'aura qui émanait de lui la fit frissonner. Il s'arrêta juste derrière elle, à une distance qui ne laissait place à aucune fuite. Elle se tendit instinctivement, prête à se défendre, mais il n'agissait pas. Il la laissa simplement respirer, pesant chaque seconde avant de dire enfin quelque chose.

"Tu as une chance, Élise. Une chance de comprendre. De voir au-delà de ce que tu crois être ta réalité. Mais cette chance est fragile. Si tu la laisses s'échapper, il n'y aura pas de retour en arrière."

Elle se tourna lentement vers lui, les yeux brûlants de colère et de confusion. "Tu parles de chance, mais tu me parles comme si je n'étais qu'un simple pion sur un échiquier. Tu n'as aucune idée de ce que c'est d'être piégée comme ça, de ne pas pouvoir faire de choix."

Il la fixa intensément, son regard pénétrant et calculateur. "Tu as toujours eu des choix, Élise. Ce sont tes peurs qui t'ont fait croire autrement."

Ses mots la frappèrent comme un coup de poing. La vérité qu'il déballait si froidement la fit vaciller. Comment pouvait-il être si clairvoyant, si assuré de ce qu'elle pensait ? Chaque mot qu'il prononçait semblait avoir pour but de pénétrer profondément dans son esprit, de dénouer chaque doute et chaque résistance qu'elle avait.

Il s'éloigna alors, laissant une distance froide entre eux. "J'aimerais que tu comprennes ce qui se passe réellement, Élise. Que tu arrêtes de lutter contre ce que tu es. Nous avons beaucoup de choses à partager, mais pour cela, tu dois d'abord accepter de regarder la vérité en face."

Elle le regarda partir, chaque mot résonnant dans sa tête comme une cloche qui ne cessait de sonner. Elle ne savait pas comment elle pouvait encore continuer à se battre. Lui, il semblait tout savoir, tout contrôler, tout comprendre. Elle, elle n'avait que des doutes, des peurs et cette colère sourde qui bouillonnait en elle, prête à éclater.

Mais elle savait aussi qu'elle ne pouvait pas simplement se laisser engloutir. Elle n'avait pas encore tout perdu. Il y avait cette petite étincelle en elle, cette volonté farouche de ne pas se laisser écraser. Peu importe la situation, peu importe le destin qui lui était imposé, elle ne cèderait pas aussi facilement. Elle trouverait une manière de se battre.

Elle tourna la tête à nouveau vers la fenêtre, fixant un point au loin, une lueur d'espoir au fond de ses yeux. Le chemin serait long et semé d'embûches, mais elle finirait par retrouver sa liberté. Peu importe ce qu'il en pensait. Peu importe ce qu'il voulait lui faire croire. Elle n'était pas encore prête à se soumettre.

                         

COPYRIGHT(©) 2022