Chapitre 3 03

Elle se laissa tomber en arrière sur le lit, le regard perdu dans le plafond, sans voir ce qui se trouvait au-dessus d'elle. Les voix dans sa tête, les échos de tout ce qui venait de se passer, résonnaient comme un tambour sourd. Il y avait ce lien, cet enfant... Ces hommes. Ceux qui semblaient tirer les ficelles de sa vie, comme des marionnettistes dans l'ombre. Mais pourquoi elle ? Pourquoi maintenant ?

Elle ferma les yeux, tentant de chasser les images de cette pièce, de l'homme mystérieux, et de celui qui était toujours dans son esprit. Mais il n'y avait aucun échappatoire. Ce qu'ils avaient dit... c'était trop lourd pour qu'elle puisse simplement l'oublier. Ils étaient là, dans sa tête, et l'enfant qu'elle portait... Cela la liait à eux d'une manière qu'elle ne comprenait pas, et qui lui échappait encore.

Elle se tourna sur le côté, le ventre douloureux sous le poids de ses pensées. Ce n'était pas juste la peur. Ce n'était pas juste la panique. C'était un mélange de confusion et de certitude. Ils avaient raison sur un point : elle ne pouvait pas fuir. Chaque mouvement qu'elle faisait, chaque décision qu'elle prenait, la conduisait droit vers eux. Vers ce qu'ils étaient, vers ce qu'elle devait devenir.

Elle se leva brusquement, le corps tendu, chaque fibre de son être vibrante sous l'effet de la tension. Elle n'arrivait pas à rester là, à être prise au piège dans cette chambre, dans cette maison qui ne lui appartenait pas. Elle devait savoir. Elle devait comprendre. Elle devait trouver une réponse. Même si cela signifiait affronter sa propre peur.

Elle traversa la pièce en quelques pas précipités, s'empara de sa veste et sortit. La maison semblait déserte, les murs résonnaient du silence oppressant. Le vent frais la saisit dès qu'elle ouvrit la porte, mais elle n'eut pas le temps de s'en réjouir. Elle avait un objectif en tête. Elle devait aller quelque part, n'importe où, tant qu'elle s'éloignait de cet endroit, de cet enfer.

Les rues étaient désertes à cette heure-là, seules quelques lampadaires émettaient une lumière tamisée qui baignait les pavés d'une lueur fantomatique. Elle avança sans but précis, se perdant dans les ruelles, espérant que cette promenade nocturne ferait taire les voix dans sa tête, mais plus elle marchait, plus elles semblaient s'amplifier.

Il était impossible d'échapper à ce qu'elle ressentait. Il n'y avait aucun endroit où se cacher. Ses pas résonnaient sur les pavés, solitaires et lourds, et à chaque coin de rue, elle s'attendait à le voir surgir, à sentir sa présence derrière elle, comme une ombre qu'elle ne pouvait pas fuir.

Elle s'arrêta enfin, devant un vieux parc à l'abandon. Le vent soufflait fort, emportant les feuilles mortes qui jonchaient le sol. Elle s'assit sur un banc, le dos droit, le regard tourné vers l'horizon. Le monde semblait lointain, comme un endroit où elle ne pouvait plus appartenir. Que faire maintenant ?

Elle ferma les yeux, espérant trouver une réponse dans le silence de la nuit, mais ce n'était pas le silence qui la réconfortait. C'était la solitude, la douleur de comprendre que ce qu'elle avait fait, ce qu'elle était en train de vivre, n'avait rien de volontaire. Elle avait été entraînée dans ce tourbillon, un tourbillon dont elle ne comprenait pas encore la force. Le lien. L'enfant.

Elle savait qu'elle ne pouvait pas revenir en arrière. L'enfant qu'elle portait était une vérité qu'elle ne pourrait pas ignorer. Peu importe combien elle se battait contre ça. Peu importe combien elle essayait de s'échapper. Il y avait ce lien, et avec lui, un avenir qui s'imposait à elle.

Le cri d'un animal dans l'obscurité brisa la tranquillité de la nuit, un cri perçant qui fit écho dans le silence. Elle sursauta, se levant brusquement. C'était un cri de détresse. Elle n'était pas seule ici. Ses yeux scrutèrent les ténèbres, cherchant une explication, mais elle n'en trouva aucune.

Elle tourna les talons, prête à partir, mais alors elle le sentit. Cette présence, familière et insupportable. Il était là. Il la regardait. Il l'avait suivie. Il était toujours dans l'ombre, comme une entité insaisissable, prête à se manifester quand elle s'y attendait le moins.

Elle se tourna vers lui, son cœur battant dans sa poitrine. Cette fois, il n'était plus loin. Il était là, juste devant elle, ses yeux brillants dans la pénombre.

"Tu crois vraiment que tu peux t'échapper, Élise ?" Sa voix glissait comme un poison, douce mais implacable.

Elle se recula d'un pas, mais il s'approcha lentement, chaque mouvement calculé, mesuré. "Tu es mienne, Élise. Il n'y a nulle part où aller."

Elle serra les poings, tentant de maîtriser la vague de peur qui la submergeait, mais ses jambes étaient comme du coton, prêtes à céder sous son poids. Elle savait qu'il disait la vérité. Elle n'avait pas d'autre choix que de faire face à ce qui était inévitable.

Mais il y avait encore une question qui lui brûlait les lèvres.

"Pourquoi moi ?" demanda-t-elle d'une voix brisée.

Il la fixa, son regard plus sombre que jamais, comme si la réponse était évidente, mais quelque chose dans sa voix trahissait une étrange douceur, presque une forme de regret. "Parce que tu es celle que j'ai choisie."

Elle resta figée, son cœur battant dans sa poitrine comme un tambour sauvage. Ces mots résonnaient en elle, lourds de sens, comme une vérité qu'elle n'était pas prête à affronter. "Celle que j'ai choisie." Mais pourquoi ? Pourquoi elle ? Que signifiait cette déclaration dans ce monde qu'elle ne comprenait plus ?

Elle voulait crier, mais aucun son ne sortit de sa gorge. Ses lèvres étaient sèches, son corps tendu. Elle se sentait piégée, comme si la liberté qu'elle avait crue si acquise n'était qu'un mirage. L'air autour d'elle était lourd, presque suffocant, et pourtant elle ne pouvait pas détourner les yeux de lui. Il se tenait là, imposant, mystérieux, tel un prédateur patient attendant que sa proie se décide enfin à accepter son sort.

"Pourquoi maintenant ?" réussit-elle à articuler, sa voix tremblante, trahissant son angoisse.

Il avança d'un pas, tout en maintenant cette distance glaciale qui faisait naître en elle une peur irrationnelle. "Parce que tu n'as pas le choix, Élise. Tout est déjà écrit. Le destin nous a réunis, même si tu te refuses à l'accepter."

Elle recula d'un pas, cherchant un échappatoire. Mais ses jambes étaient comme paralysées, la réalité de ses paroles l'engloutissant peu à peu. "Je n'ai rien demandé ! Je n'ai jamais voulu... ça." Sa main se porta instinctivement à son ventre, comme pour se protéger de ce qui grandissait en elle. Son enfant. Ce lien entre eux, ce fardeau invisible qui l'écrasait sous son poids.

Il la fixa intensément, son regard brillant d'une lueur qui lui glissa sous la peau, une sensation étrange qui la fit frissonner. "Tu n'as rien demandé, non. Mais parfois, le destin choisit pour nous."

"Je ne suis pas... je ne suis pas une... prisonnière," balbutia-t-elle, mais la force de ses mots semblait se dissiper dans l'air. Elle savait qu'elle mentait à elle-même. Elle était prisonnière. Prisonnière de cette situation, de cet homme, de ce qui se passait en elle.

Il la regarda longuement, une expression d'intensité et de compréhension dans ses yeux. Puis, il soupira, comme s'il s'était préparé à dire quelque chose qu'il n'aurait pas voulu dévoiler. "Tu penses que tout ça est de ma faute, Élise. Mais ce n'est pas ainsi que cela fonctionne. Nous sommes tous liés, d'une manière ou d'une autre. Moi, toi, et ce qui grandit en toi." Il laissa un silence s'installer, comme s'il pesait chaque mot. "Ce n'est pas toi qui décides. C'est le sang qui parle."

Elle sentit une bouffée de chaleur lui monter au visage, l'angoisse et la frustration se mêlant dans un tourbillon qu'elle ne pouvait plus contrôler. "Je... Je veux juste être libre," murmura-t-elle, sa voix se brisant sous le poids des émotions.

Il la fixa longuement, comme si ses mots n'avaient aucune signification à ses yeux. "La liberté, Élise, est un luxe que peu de gens peuvent se permettre. Et tu n'as jamais été libre, tu ne l'as jamais été." Il s'approcha encore un peu, mais cette fois, sa voix n'était plus aussi menaçante. Il semblait presque... sincère. "Tu as vécu dans ton petit monde, protégé de la vérité, et tu as cru que tout ça n'arriverait jamais. Mais voilà où nous en sommes." Il observa son ventre avec une intensité qui fit trembler la jeune femme. "Tu es enceinte d'un Alpha, Élise. Ce n'est pas rien."

Elle le regarda, déconcertée. "Un Alpha ? C'est ce que je suis censée être, moi ? Une Alpha, comme vous ?" Elle ne savait même pas de quoi elle parlait. Ces mots semblaient si étrangers, si distants de la réalité qu'elle avait toujours connue.

Il sourit, un sourire triste, presque mélancolique. "Tu l'es, sans le savoir encore. Mais tu apprendras." Il fit une pause, et son expression devint plus sérieuse. "Le sang, Élise... Le sang est puissant. Il n'y a rien que tu puisses faire pour changer ce que tu es devenue."

Elle ferma les yeux un instant, cherchant à rassembler ses pensées, mais tout semblait trop flou, trop insensé. Elle avait l'impression de suffoquer sous la réalité de ses paroles. "Je ne veux pas ça," souffla-t-elle. "Je ne veux pas être un jouet dans ce... ce jeu auquel vous m'avez forcée à participer."

Sa voix se fit plus douce, presque persuasive. "Tu as plus de pouvoir que tu ne le crois. Mais il te faudra du temps pour comprendre ce qui t'arrive. Et peut-être qu'un jour, tu verras les choses différemment. Mais pour l'instant, ce que tu veux ou ne veux pas... ça ne changera rien."

Elle recula d'un pas, ne sachant plus où se tourner. Le vent, qui soufflait toujours dans le parc désert, apporta avec lui un frisson glacé qui la secoua de la tête aux pieds. Elle était perdue. Elle était seule, piégée dans un monde qu'elle ne comprenait pas.

Elle sentit ses yeux se remplir de larmes, mais elle les retint. "Alors quoi ?" demanda-t-elle d'une voix tremblante, presque brisée. "Qu'est-ce que vous attendez de moi ?"

Il la regarda, un éclat étrange dans le regard, comme s'il pesait chaque mot qu'il allait prononcer. "Je ne t'attends pas, Élise. Ce n'est pas toi qui devrais m'attendre. C'est ton destin qui t'attend. Et il est temps que tu le prennes à bras-le-corps."

            
            

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