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Elle s'éloigna d'un pas hésitant, une impression d'étouffement l'envahissant de plus en plus. Ses mains tremblaient légèrement, mais elle les serra avec force, cherchant à garder son calme, à ne pas céder à la panique qui menaçait de la submerger. Comment en était-elle arrivée là ? Comment avait-elle pu se retrouver au centre d'une toile aussi complexe et oppressante ?
Elle s'arrêta un instant, fermant les yeux pour essayer de retrouver un peu de clarté dans tout ce chaos. Mais aucune pensée ne semblait se former. Tout était devenu flou. Les souvenirs de la soirée en boîte de nuit, de son amie la poussant à sortir, de la chaleur de l'alcool dans ses veines... Puis tout s'était effondré. Une nuit. Une seule nuit pour chambouler son monde à jamais.
Elle rouvrit les yeux, et la vision de cet homme devant elle, toujours aussi impassible et énigmatique, raviva ses angoisses. Son Alpha. Le terme résonnait dans son esprit, comme une cloche de métal, claire et tranchante. Un Alpha. Ce n'était pas seulement une question de dominance, de pouvoir. C'était une malédiction, un destin qu'elle n'avait pas choisi.
"Ce n'est pas un choix, Élise," répéta-t-il, comme s'il répondait à la question silencieuse qu'elle se posait depuis tout à l'heure. "C'est ce que tu es devenue, malgré toi. Et je suis celui qui doit t'accompagner dans cette transformation."
Elle le fixa, luttant contre l'envie de fuir. Fuir où, de toute façon ? Elle n'avait nulle part où aller. Son monde, son avenir, tout avait changé en l'espace d'une nuit, et il n'y avait aucun retour possible.
"Tu veux me faire croire que je suis... ce que tu dis ?" Elle croisa les bras, se sentant aussi fragile qu'un brin d'herbe sous le vent. "Que je fais partie de ce monde, que je suis... liée à toi de cette façon ?" Sa voix était étranglée par le doute, la colère, mais aussi une terreur qu'elle peinait à contenir.
"Je ne te fais rien croire, Élise," répondit-il calmement. "Je t'informe. L'acceptation viendra en son temps. C'est tout."
Elle détourna les yeux, les poings serrés pour contenir l'agitation qui l'envahissait. C'est tout. Ces mots résonnaient comme une sentence. Il n'y avait pas de débat, pas de place pour la négociation. Lui, l'Alpha, semblait parler de son destin comme d'un fait accompli. Et pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de se révolter contre cette idée. Pourquoi lui ? Pourquoi elle ?
Le vent s'intensifia, agitant les branches des arbres autour d'eux. Elle entendait le bruit lointain des voitures, la vie qui continuait autour d'elle, bien loin de ce monde parallèle où il l'avait plongée. "Je n'ai pas demandé tout ça," murmura-t-elle, une dernière tentative désespérée pour retrouver son pouvoir, pour retrouver la maîtrise de sa propre vie. "Je ne veux pas ça."
Son regard se fit plus sombre, plus pénétrant. "Je sais ce que tu ressens, Élise. Mais il n'y a pas de retour en arrière." Il s'approcha d'elle, ses pas silencieux comme une menace. "Accepte ce qui vient, accepte ce que tu es devenue, ou tu souffriras."
Les paroles étaient dures, presque cruelles, et pourtant une étrange vérité se cachait derrière. Il y avait une force en lui, une certitude qui, même dans sa brutalité, faisait écho à une réalité qu'elle refusait d'admettre. Elle était enceinte de lui. Et tout ce qui en découlait semblait inéluctable.
"Je n'ai pas le choix," dit-elle, plus pour elle-même que pour lui. Elle baissa les yeux sur son ventre, et une vague de tristesse l'envahit. Son ventre, pourtant si petit, semblait symboliser un fardeau qui serait difficile à porter. "Tu as raison... je n'ai pas le choix."
"Non," répondit-il doucement, mais l'intensité de ses mots perça. "Tu n'as pas le choix. Mais peut-être que tu as encore ton libre arbitre dans la manière dont tu vivras ce changement."
Elle tourna la tête, cherchant un peu d'air frais, mais tout autour d'elle semblait étouffant, opprimant. "Tu parles de changement, mais tu ne fais que me laisser dans l'ignorance. Qu'est-ce que cela signifie vraiment, être enceinte de toi, être liée à toi ?" La question était lourde, presque désespérée.
Il resta silencieux un moment, son regard sombre ancré dans le sien. Puis, il répondit d'une voix basse, grave, pleine de cette certitude qu'il dégageait. "Cela signifie que tu as un rôle à jouer. Un rôle dans la meute, un rôle dans ce monde que tu refuses de comprendre. Le destin des Alphas est d'être guidé par la force du sang, et ce sang que tu portes, Élise, ne te laissera pas de répit. Tu as une place dans tout ça. Tu n'en as pas conscience encore, mais tu vas apprendre à l'accepter."
Elle lutta contre un frisson qui lui parcourut l'échine. Il y avait quelque chose de terrifiant dans ses mots, quelque chose d'inéluctable. Elle ne savait pas ce que cela signifiait pour elle, mais elle se doutait que sa vie ne serait plus jamais la même. Elle s'avança lentement, et d'un ton à peine audible, elle murmura : "Je suis perdue."
Il la fixa, presque avec une certaine pitié. "Tu n'es pas perdue, Élise. Tu es en train de découvrir ta vraie nature. Tu verras, avec le temps, que ce que tu crois être une malédiction est en réalité un cadeau."
Elle secoua la tête, ses pensées s'embrouillant davantage à chaque seconde qui passait. Un cadeau ? Comment pouvait-il appeler ça un cadeau ? Chaque fibre de son être criait contre cette idée. Rien ne semblait plus lointain que la notion de cadeau. Elle voulait hurler, se libérer de ce destin qu'on lui imposait, mais tout ce qu'elle avait en face d'elle, c'était cette imposante silhouette, cette force brute qu'il représentait. Lui, l'Alpha, celui qui semblait tout contrôler, même sa propre existence.
"Tu parles de cadeau, mais je n'ai rien demandé. J'ai juste... j'ai juste voulu avoir une vie normale," dit-elle, sa voix tremblante, mais ferme. "Je voulais être libre, libre de mes choix, libre de mon corps."
"Et tu le seras," répondit-il, sans une once de doute. "Mais la liberté a un prix, Élise. Le tien est de comprendre que tu fais désormais partie de ce monde. Tu portes un futur qui changera non seulement ta vie, mais aussi celle de ceux qui t'entourent."
Ses mots résonnèrent comme une lourde sentence. Elle ne savait pas si elle devait se réjouir ou paniquer encore davantage. Mais le regard qu'il lui lança, toujours aussi perçant, ne laissait place à aucune illusion : ce qu'il disait était la vérité. La réalité de cette grossesse, de son lien avec lui, ne pouvait être niée. Chaque mot qu'il prononçait semblait l'entraîner un peu plus profondément dans un monde dont elle ignorait tout, mais dont elle savait désormais qu'elle ne pourrait pas échapper.
Elle se mordit la lèvre inférieure, tentant de dissimuler les vagues d'émotions qui l'envahissaient. La colère, la peur, la confusion se mêlaient, l'empêchant de penser clairement. "Et que vais-je faire, maintenant ? Tu veux me dire que je suis condamnée à faire partie de ton monde ? À être cette... chose que tu dis que je suis ?"
Il s'approcha d'un pas lent, implacable. "Ce n'est pas une question de condamnation, Élise. C'est une question de destin. C'est ce qui était prévu, et ce qui est. Tu fais partie de ce monde désormais, même si tu choisis de lutter contre lui. Le futur de la meute, de l'équilibre entre les clans, repose sur toi et ton enfant. Il n'y a pas de retour en arrière."
Elle baissa les yeux vers son ventre, comme si ce simple geste pouvait dissiper l'angoisse qui montait en elle. Chaque battement de son cœur semblait plus lourd, plus oppressant. Il y avait cette vérité implacable qui la frappait de plein fouet : elle ne pouvait pas revenir en arrière. Tout avait changé, et il n'y avait plus de place pour l'ignorance ou la fuite.
"Et toi ? Tu veux quoi de moi ?" demanda-t-elle finalement, la voix plus faible, presque un murmure. Elle savait qu'elle n'était qu'une pièce d'un puzzle plus grand, un puzzle dont elle ignorait les contours. Mais elle devait savoir. "Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ?"
Il prit un instant avant de répondre, comme s'il pesait chaque mot. "Parce que tu es plus que ce que tu crois être, Élise. Tu es la clé de bien plus de choses que tu n'imagines. Tu as une force en toi, une force que même toi tu n'as pas encore découverte. Ce que tu portes est bien plus que ce que tu vois."
Il marqua une pause, observant ses traits, ses yeux emplis d'une compréhension qu'elle ne parvenait pas à saisir. "Tu as été choisie pour cela, Élise. Parce que tu as la capacité de changer les choses. Et c'est précisément ce qui te terrifie, n'est-ce pas ?"
Elle ferma les yeux, sentant un poids insupportable se poser sur ses épaules. Comment pouvait-elle accepter ce qu'il disait ? Comment pouvait-elle se résoudre à admettre qu'elle ne contrôlait rien, que son destin était tracé avant même qu'elle ait eu le temps de le comprendre ? Elle, qui avait toujours cru que ses choix étaient les seuls qui comptaient, était maintenant face à une vérité qui lui échappait complètement.
"Je n'ai pas demandé à être choisie," souffla-t-elle, un sanglot étranglant presque sa voix. "Je n'ai rien demandé."
Il s'approcha d'elle, sa présence imposante, et elle sentit une chaleur étrange l'envahir. Ce n'était pas de l'angoisse, ni de la peur. C'était comme une connexion qu'elle ne comprenait pas encore, mais qu'elle ne pouvait ignorer. C'était... lui.
"Je sais," répondit-il doucement. "Mais parfois, les choses arrivent pour une raison. Et ce qui semble être une malédiction au début peut devenir la plus grande bénédiction." Il tendit la main, presque comme un geste de réconfort, mais aussi de prise de pouvoir. "Viens, Élise. Accepte ce qui vient. Accepte ce que tu es devenue. Et ensemble, nous ferons en sorte que tu comprennes pourquoi ce destin t'a été donné."
Elle le regarda longuement, les pensées en tourmente, les émotions en conflit. Puis, avec un dernier souffle tremblant, elle prit une décision. Ce n'était pas un choix. Ce n'était jamais un choix. Mais elle devait avancer. Pour elle, pour cet enfant. Et peut-être, un jour, pour comprendre ce que tout cela signifiait.
Elle tendit lentement la main, effleurant la sienne. Elle ne savait pas où cela la mènerait, mais pour la première fois depuis qu'il était apparu dans sa vie, elle se sentait prête à accepter ce qui venait.