Il avait l'impression de se perdre dans un tourbillon d'émotions contradictoires, une lutte interne qu'il ne parvenait pas à résoudre.
Il se levait tôt, se plongeait dans son travail, mais rien ne semblait suffisant pour occuper son esprit. Il ne voulait pas l'admettre, mais Ella avait réussi à s'infiltrer dans sa vie, dans ses pensées, comme une brume imperceptible mais constante. Et cela le mettait hors de lui. Léo avait toujours été maître de ses émotions, de ses actions. Il n'avait jamais permis à qui que ce soit de prendre une place aussi importante dans son esprit. Mais elle, elle l'avait fait sans effort.
Un soir, alors qu'il se trouvait sur le point de quitter le bureau, son téléphone vibra. Un message de sa mère. Il l'avait vu, mais il n'avait pas voulu y répondre. Pas ce soir. Mais quelque chose l'en empêcha. Il s'assit et ouvrit le message, et là, il lut ces quelques mots : « Léo, je t'en prie, parle-lui. Elle est plus que ce que tu penses. »
Cela lui fit l'effet d'un coup de poing. Son esprit se figea, et la frustration l'envahit. Comment sa mère osait-elle lui dire ce genre de choses ? Elle savait qu'il n'était pas prêt à accepter ce genre de conseil, qu'il n'était pas du genre à s'ouvrir aux autres. Il se leva brusquement, se dirigea vers la fenêtre, et observa la ville en contrebas, cherchant à apaiser cette colère qui montait en lui. Il avait l'impression que tout lui échappait. Ella, ses parents, sa mère qui ne cessait de le pousser à l'accepter... Tout cela devenait trop lourd à porter.
Puis, comme si l'univers se moquait de lui, un coup frappé à la porte le fit sursauter. Il se retourna brusquement, ses mains se crispant sur le dossier de sa chaise. Il n'avait pas besoin de deviner qui se tenait derrière cette porte. Ella, encore elle. Elle semblait avoir ce don de surgir au moment où il s'y attendait le moins.
Il ouvrit la porte d'un geste brusque. Elle se tenait là, calme, ses yeux fixés sur lui avec une intensité qui le déstabilisa immédiatement.
- Tu veux encore jouer à ce jeu-là ? demanda-t-il, sa voix plus dure qu'il ne l'aurait voulu.
Elle n'eut aucune hésitation. Elle entra, et la porte se referma derrière elle dans un bruit sourd. Il la regarda, se retenant de la repousser, mais il savait qu'il ne pourrait pas la faire partir. Il la connaissait maintenant. Et elle savait qu'il était sur le point de craquer.
- Léo, commença-t-elle d'une voix qui semblait presque douce, mais avec une pointe d'ironie, tu veux vraiment continuer à faire semblant ? Continuer à te dire que tu n'éprouves rien, que tu n'as rien à ressentir ?
Il se tourna vers elle, ses poings serrés, mais il ne dit rien. Il savait qu'il n'était pas prêt à affronter ce qu'elle attendait de lui, mais en même temps, il ne pouvait pas la laisser se jouer de lui.
- Tu as raison, dit-il finalement, la voix tremblante de colère et de frustration. Peut-être que je ressens quelque chose. Mais tu crois vraiment que ça changera quoi que ce soit ? Tu crois vraiment que je vais me laisser prendre au piège de tes jeux ?
Ella le fixa en silence pendant quelques instants, comme si elle analysait chaque mot qu'il venait de dire. Puis, d'un pas décidé, elle s'approcha de lui, sans détourner les yeux, sans hésiter.
- Tu as peur, Léo, dit-elle simplement, mais d'une voix qui vibrait d'une vérité qu'il ne pouvait ignorer. Tu as peur de ce que cela pourrait devenir entre nous. Et tu as raison d'avoir peur.
Il déglutit, son cœur s'accélérant, mais il ne bougea pas. Il la laissa s'approcher. Pourquoi ne pouvait-il pas lui résister ? Pourquoi cette attraction, cette tentation incessante ?
- Je ne veux pas ça, dit-il, sa voix devenant plus rauque. Je ne veux pas de toi, Ella. Je ne veux pas me perdre dans cette histoire.
Elle sourit alors, un sourire fin, presque victorieux. Elle savait qu'il était à deux doigts de céder. Elle savait qu'il n'avait pas le contrôle, qu'il était en train de se laisser engloutir par cette passion qu'il combattait avec toute la force qu'il avait. Mais il était déjà trop tard. Elle l'avait eu.
- Tu crois que tu peux t'en sortir sans conséquences, Léo, dit-elle en s'éloignant. Mais tu vas vite te rendre compte que tout cela n'est qu'une question de temps. Tu n'as pas le choix.
Elle tourna les talons et se dirigea vers la porte. Avant de partir, elle jeta un dernier regard en arrière, un regard empli d'une promesse silencieuse. Une promesse qu'il ne pourrait pas ignorer bien longtemps.
Le lendemain matin, Léo se réveilla avec un poids sur la poitrine. Il n'avait pas dormi. Son esprit avait tourné en boucle toute la nuit, ruminant la confrontation avec Ella, le regard déterminé qu'elle lui avait lancé avant de partir. Ses mots résonnaient encore dans sa tête, répétés, analysés sous tous les angles. Tu n'as pas le choix. Et chaque fois qu'il pensait à cela, il sentait son cœur se serrer un peu plus.
Il se leva finalement, se dirigea vers la fenêtre, et fixa la ville qui s'étendait devant lui. Il avait beau essayer de se concentrer sur les détails de ce paysage urbain, il y avait toujours cette pensée qui le perturbait, cette idée qu'il n'avait pas le contrôle, que la situation lui échappait. Ella avait réussi à semer le doute dans son esprit, et cela le perturbait plus qu'il ne voulait l'admettre.
Il se prépara rapidement et sortit de chez lui, bien décidé à échapper à cette tension. Mais au fond de lui, il savait que ce n'était qu'une fuite temporaire. Il ne pouvait pas se dérober indéfiniment. La confrontation avec Ella était inévitable. Et cela le terrifiait.
Pendant toute la journée, il tenta de se concentrer sur ses dossiers, mais son esprit vagabondait toujours vers elle. Il avait beau se dire que tout cela n'avait aucun sens, qu'il devait juste l'ignorer, il ne pouvait pas. Elle était omniprésente, dans ses pensées, dans ses gestes, dans chaque décision qu'il prenait. Il se détestait pour cela, pour cette vulnérabilité qu'il ne parvenait pas à contrôler.
Le soir, alors qu'il rentrait chez lui, il reçut un appel de sa mère. Il hésita un instant avant de répondre.
- Léo, tu vas bien ? demanda-t-elle, sa voix douce et inquiète, comme si elle savait qu'il traversait une tempête intérieure.
Il soupira, s'efforçant de dissimuler son agitation.
- Oui, tout va bien. Juste fatigué.
- Tu sais que je me fais du souci pour toi, dit-elle après un moment de silence. J'ai vu comment tu agis ces derniers temps. Comment tu te comportes avec Ella.
Léo serra les dents, une pointe d'agacement montant en lui. Il savait où cette conversation menait. Mais il n'était pas prêt à y faire face. Pas maintenant.
- Maman, je t'ai dit que ça ne changerait rien. Tu veux qu'on parle de ça ? Tu veux qu'on parle de cette fille qui pense pouvoir tout manipuler avec son attitude ?
Il n'avait pas voulu être aussi sec, mais la frustration qu'il ressentait depuis des jours le poussait à réagir ainsi. Elle ne comprenait pas. Personne ne comprenait.
- Léo... Calme-toi. Ce n'est pas elle que tu rejettes. C'est toi, au fond. Tu as peur de ce que tu ressens. C'est tout.
Léo se sentit pris au piège. Il laissa échapper un rire nerveux.
- Peur ? De quoi ? De cette fille qui se prend pour une reine ? De cette personne qui n'a rien à voir avec moi ?
- Léo, elle est différente de ce que tu crois. Si tu veux vraiment avancer, tu dois faire face à tes peurs. À ce que tu ressens pour elle.
Léo ferma les yeux, tentant de chasser ces pensées envahissantes.
- Je ne veux pas de ça, maman. Je... je n'ai pas le temps pour des complications comme ça.
Il raccrocha brusquement, son cœur battant la chamade. Il n'avait pas le temps, mais au fond, il savait qu'il était déjà trop tard pour nier ce qu'il ressentait.
Le lendemain, comme si l'univers avait décidé de lui offrir un nouveau test, Ella se présenta à son bureau. Elle entra sans frapper, comme si elle se sentait chez elle, un sourire provocateur sur les lèvres. Elle le regarda un instant, un défi dans ses yeux.
- Alors, Léo, tu as réfléchi à ce que tu voulais ?
Il la fixa, son regard froid et calculateur. Elle savait comment le mettre dans une position inconfortable, comment le pousser à bout. Mais il n'allait pas céder. Pas maintenant.
- Ce que je veux ? demanda-t-il avec une ironie palpable. Je veux que tu quittes mon bureau.
Elle ne bougea pas. Son sourire s'élargit.
- Je pense que tu sais que ce n'est pas ce que tu veux vraiment, dit-elle calmement. Tu veux comprendre. Tu veux savoir pourquoi je suis là. Pourquoi je ne te laisse pas tranquille.
Il se leva brusquement, la colère montant en lui.
- Parce que tu penses avoir tout compris, n'est-ce pas ? Que tu peux me manipuler comme tous les autres ? Je ne suis pas comme eux, Ella. Et tu vas finir par comprendre que je ne me laisserai pas faire.
Elle resta silencieuse, observant son visage avec une intensité presque perturbante. Puis, lentement, elle s'avança vers lui, sans ciller.
- C'est toi qui ne comprends pas, Léo. Tu n'as toujours pas compris que tout ce que tu vois en moi n'est qu'une façade. Mais il est trop tard pour reculer maintenant. Tu es déjà pris dans le jeu. Et tu n'as même pas vu les premières pièces bouger.
Elle se tourna alors vers la porte, sans ajouter un mot, et partit. Léo la regarda disparaître, une confusion totale l'envahissant. Il était piégé, et il le savait. Il ne pouvait plus sortir de cette spirale. Et pire encore, il n'en avait pas envie.