- Tu crois vraiment que tu peux m'échapper comme ça ? demanda-t-elle, d'une voix basse mais décidée, comme un défi qu'elle lui lançait.
Léo sentit la colère monter en lui, comme un tourbillon prêt à tout engloutir. Elle était trop calme, trop sûre d'elle. Et c'était justement cette certitude qui le mettait hors de lui. Pourquoi fallait-il qu'elle ait toujours cette emprise sur lui, cette manière de le défier sans même lever un doigt ? Elle semblait jouer à un jeu qu'il n'avait même pas compris, un jeu qu'il n'avait pas envie de jouer.
- Je t'ai dit que je n'ai rien à dire, répéta-t-il, ses mots se serrant dans sa gorge comme un bloc de glace.
Ella sourit, un sourire qui ne touchait pas ses yeux, un sourire qui en disait long sur ce qu'elle pensait de lui, de sa prétendue supériorité. Elle savait ce qu'il ressentait, bien plus que lui-même, et elle s'en délectait. Léo, à cet instant, se rendit compte qu'il n'avait pas la moindre chance. Elle l'avait compris, l'avait vu à travers son masque, et cela, plus que tout, le rendait fou.
Elle s'approcha un peu plus, ses talons claquant sur le sol dans une démarche lente et calculée. Il pouvait sentir la tension monter entre eux, l'atmosphère devenant de plus en plus lourde, comme si quelque chose allait éclater. Léo n'avait jamais eu l'habitude de se laisser atteindre de la sorte. Il avait toujours contrôlé ses émotions, mais là, devant Ella, il perdait pied. Elle le déstabilisait comme personne d'autre.
Elle leva une main, effleurant doucement sa chemise, et Léo sentit son cœur rater un battement. Cette simple touche, ce contact fugace, fit naître en lui une série de pensées contradictoires. D'un côté, il voulait la repousser, fuir cette situation qui lui échappait. Mais d'un autre côté, une partie de lui, bien enfouie sous des couches de colère et de mépris, réagissait à son contact, comme si cette tension entre eux n'était qu'un jeu de plus, une danse silencieuse à laquelle il n'échapperait pas.
- Ne pense pas que tu peux me faire peur, dit-il finalement, sa voix tremblant à peine sous l'emprise de l'émotion.
Ella se figea, ses yeux perçant le sien avec une intensité qui fit frissonner Léo. Elle savait, elle savait qu'il était plus vulnérable qu'il ne voulait l'admettre, et c'était exactement ce qu'elle recherchait. Elle, Ella, avec ses airs indifférents, ses attitudes froides, savait exactement comment l'atteindre, comment le pousser dans ses derniers retranchements.
Elle se recula légèrement, et pour un instant, Léo crut qu'elle allait se détourner de lui. Mais au lieu de cela, elle se tourna légèrement de côté, comme pour l'inviter à la suivre, à entrer dans le jeu qu'elle avait choisi pour eux. Et il se retrouva là, devant elle, pris dans une situation qu'il n'avait pas choisie, mais dont il ne pouvait plus s'échapper.
Léo chercha quelque chose à dire, quelque chose à rétorquer, mais il n'en avait pas la force. Tout ce qu'il savait, c'était qu'elle l'avait mis dans une position qu'il détestait : l'incertitude. Il n'était plus sûr de rien. Tout ce qu'il pensait connaître, tout ce qu'il avait cru comprendre sur le monde, se fissurait sous la pression d'une femme qu'il n'avait pas prévue, d'une situation qu'il n'avait pas anticipée.
Il la regarda s'éloigner lentement, chaque pas soulignant la distance qu'il y avait désormais entre eux. Elle ne lui laissait aucune chance de reprendre le contrôle, aucune possibilité de revenir à ce qu'il avait toujours connu. Ella était une énigme, une tempête qui allait engloutir tout sur son passage. Et Léo, sans qu'il ne s'en rende vraiment compte, se retrouvait à la suivre dans cette spirale.
Il savait que ce qui se passait entre eux n'était pas normal. Rien n'était simple, rien n'était prévu. Mais au fond de lui, une question persistait, qui grandissait à chaque instant : pouvait-il échapper à ce destin, ou Ella, avec sa froideur et son assurance, l'emporterait-elle dans son sillage ?
Les jours suivants, l'atmosphère entre Léo et Ella était encore plus tendue, presque palpable. Chaque rencontre semblait être un champ de bataille, un échange silencieux où chacun cherchait à imposer sa propre version des choses. Léo n'arrivait pas à se défaire de cette sensation de fragilité, de vulnérabilité, qu'Ella avait réussi à faire naître en lui. Ce qu'il détestait par-dessus tout, c'était que cela venait de lui-même. Il était un homme d'habitude, de certitudes, et pourtant, avec elle, tout était incertain.
À chaque rencontre, il se battait contre cette part de lui qui répondait à sa présence, contre cette attraction qu'il n'arrivait pas à comprendre, mais qui était bien réelle. Son esprit le poussait à la repousser, à garder la distance qu'il avait toujours préférée. Mais son corps, lui, réagissait différemment. Léo luttait contre cette attraction grandissante, une attraction qu'il aurait juré ne jamais éprouver. Elle était tout ce qu'il détestait, tout ce qu'il avait toujours fuir : une femme forte, indépendante, mais aussi une femme qui savait jouer de ses charmes pour déstabiliser un homme comme lui.
Un après-midi, alors qu'il travaillait dans son bureau, la porte s'ouvrit sans un bruit, et Ella entra, ses talons frappant le sol avec une lenteur délibérée. Elle n'avait pas besoin de dire un mot pour qu'il sache qu'elle était là pour quelque chose. Elle savait que sa simple présence suffisait à le troubler. Elle se tenait là, droite, fière, son regard scrutant la pièce avant de se poser sur lui.
- Léo, dit-elle d'une voix calme, mais qui cachait une ironie mordante, tu sais bien que tu ne peux pas m'éviter éternellement.
Il releva la tête de son travail, ses yeux la fixant un instant avant de détourner le regard. Il n'avait pas la force de lui faire face aujourd'hui. Il savait que cette conversation n'allait pas être facile, qu'il allait devoir encore une fois affronter cette tension insupportable entre eux.
- Qu'est-ce que tu veux, Ella ? demanda-t-il, sa voix trahissant une forme d'agacement qu'il n'arrivait pas à réprimer.
Ella s'avança d'un pas, s'installant sans gêne sur le fauteuil en face de lui. Elle croisa les bras, un sourire espiègle aux lèvres, et sembla prendre tout son temps pour répondre. Léo avait l'impression qu'elle savourait chaque instant de cette rencontre, chaque fraction de seconde où elle le dominait silencieusement.
- Tu ne me réponds jamais, Léo, dit-elle avec une lenteur presque théâtrale. Toujours si distant, si fermé. Mais tu sais, ce n'est pas comme ça que ça va se passer entre nous. Un jour, tu vas devoir faire face à ce que tu ressens.
Ses mots étaient comme des aiguilles, piquant doucement son orgueil. Elle savait exactement où appuyer, comment le rendre fou de frustration sans même lever la voix. Léo détourna à nouveau le regard, son poing se serrant sur la chaise. Il ne pouvait pas la laisser avoir ce contrôle sur lui. Il était plus fort que cela, il le savait. Mais plus elle parlait, plus il se sentait submergé, comme si les murs de sa propre résistance commençaient à se fissurer sous le poids de ses paroles.
- Je n'ai rien à ressentir, répliqua-t-il sèchement, comme pour se convaincre lui-même. Ce n'est pas une question de sentiments, Ella. C'est juste une question de principe. Je n'ai jamais voulu cette situation, et je ne la veux toujours pas.
Elle le regarda, presque amusée, comme si elle savourait chaque mot qu'il prononçait. Son sourire s'élargit légèrement, mais il n'était pas réconfortant. Il n'était pas le sourire d'une femme aimante ou rassurante. C'était le sourire de quelqu'un qui savait qu'elle avait l'avantage, qui savait qu'elle pouvait jouer avec ses émotions à sa guise.
- Tu crois que je n'ai pas remarqué ? dit-elle, la voix basse, mais ferme. Que tu t'accroches à cette idée que tu peux tout contrôler. Mais c'est toi qui es le plus fragile ici, Léo. C'est toi qui te caches derrière ta façade, derrière ton arrogance. Moi, je n'ai rien à cacher. Je sais exactement ce que je veux.
Léo ferma les yeux un instant, comme pour se protéger de l'assaut verbal qu'il recevait. Mais chaque mot d'Ella perçait ses défenses, chaque phrase le déstabilisait un peu plus. Comment pouvait-elle le comprendre aussi bien ? Comment savait-elle exactement ce qu'il ressentait, même quand il ne l'exprimait pas ?
Elle se leva alors, se dirigeant vers la porte. Avant de partir, elle se tourna une dernière fois vers lui, et il vit dans son regard une étincelle de défi, une promesse implicite qu'il savait qu'il allait devoir affronter un jour.
- Je reviendrai, dit-elle d'un ton à la fois menaçant et confiant. Et quand je reviendrai, tu n'auras plus d'échappatoire.
Elle partit sans un autre mot, laissant Léo seul dans son bureau, plongé dans une mer d'incertitudes. Il se sentait à la fois furieux et perdu, comme un navire pris dans une tempête qu'il ne pouvait pas contrôler. Ella avait marqué son territoire, et il savait que, peu importe combien il résisterait, elle reviendrait encore et encore, jusqu'à ce qu'il cède.