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Aujourd'hui
Annabelle
Je sors de ma voiture avec rage en claquant la porte. Je monte vite fait dans mon appartement. Je n'ai pas envie de prendre l'ascenseur, les escaliers me permettent de mieux défouler ma rage.
Comment mes parents ont-ils pu me piéger de la sorte. Pourquoi ?
Arrivée à ma porte, Je l'ouvre, balance mes escarpins dans le couloir et cours à la cuisine me servir un verre de vin. Il n'y a que cela pour me calmer.
J'ouvre mon frigo, prends la bouteille de vin et claque la portière. Je me sers un verre de vin blanc et emporte la bouteille avec moi dans le salon. Je m'assoie sur mon canapé et pose mes pieds sur ma table en verre. Je souffle bruyamment et renverse ma tête sur le dossier du canapé.
Je sens les larmes venir. Je ne veux pas pleurer. Non Seigneur je ne veux pas. Je ne suis plus une enfant. J'ai 26 ans maintenant, Je dois être capable de me contenir. Mes parents m'ont encore blessé et je n'ai pas eu le courage de me rebeller. Je sais que j'aurai dû. Je sais que ce n'est pas en étant complaisante que je vais réussir à m'imposer.
Mais j'y arrive pas. C'est dur. Je ne veux pas les décevoir. Je ne veux pas leur faire du mal. Je ne veux plus qu'ils souffrent. Le drame passé n'est pas encore digéré, Je veux leur épargner plus de douleurs.
Mais ce sont mes parents. Ils sont sensés savoir quand je vais mal. Ils sont sensés lire en moi. Mais comme toujours, je passe en second. Ce qui m'importe ne leur concerne pas. Je sais qu'ils m'aiment, qu'ils ne le font pas vraiment exprès mais ça me fait mal qu'en même.
Depuis la mort de mon frère et sa femme dans ce crache d'avion, quelque chose s'est éteint en eux. Et comme pour couronner le tout, ma nièce est morte d'une insuffisance rénale à seulement 11 ans et quelques mois après ses parents. Le simple fait d'y penser me donner de nouveau des larmes aux yeux. Helena était un vrai rayon de soleil. Je n'arrive toujours pas à croire qu'elle n'est plus là.
Mes larmes ont finalement coulé. Je ne les retiens plus. Je me laisse aller. J'aimerais parfois effacer tous ces malheurs mais qui suis-je ?
Je repense à mon rendez-vous avec mes parents dans ce restaurant. Ils n'ont pas du tout changer.
Depuis la mort de mon frère, Ils ont déménagé dans les Hampton, pour prendre des vacances et gérer à distance l'entreprise familiale. Je ne les ai pas suivis bien sûr. Et c'est là que nos problèmes ont vraiment commencé. Ils ne viennent à New York que pour des rencontres d'affaires ou encore pour trouver de nouveaux investisseurs. C'est d'ailleurs ce qu'ils sont venus faire cette fois ci. Rencontrer l'illustre et redouté homme d'affaires Andréa Gabras.
Je sens la migraine qui m'a prise lorsqu'ils m'ont informé que je devais travailler en étroite collaboration avec cet homme si jamais il acceptait leur proposition de travail me revenir. Je ne veux pas de cette collaboration. Je ne veux pas d'un supérieur. Ce projet était sensé être le mien. J'étais sensé être celle qui superviserais la construction de ce centre hospitalier. Ils me l'avaient promis mon Dieu !
Je suis très en colère. Surtout que lorsque je me suis insurgée contre cette injustice ils m'ont menacée de m'ôter de ce projet si je ne m'alignais pas.
- Tu sais très bien que notre patience à des limites Annabelle. Me menaça mon père. Si tu ne veux pas te tenir, mettre ton orgueil decôté afin de travailler avec Andréa Gabras, Tu ne feras donc pas partie du projet.
- Mais papa. Je suis parfaitement capable de m'occuper et gérer tout le staff sans problème. Je te rappelle que j'ai une formation efficace et des aptitudes prouvées dans ce domaine. Pourquoi ne me faites-vous pas confiance ?
- Ce n'est pas une question de confiance Annabelle, mais de gestion d'un chantier qui sera en majorité mâle. Nous avons besoin en plus d'un homme à ce poste mais surtout un homme qui a de l'expérience.
- Ah, donc c'est de la discrimination de sexe pure et simple que vous me faites là ? Parce que je suis une femme, Je ne peux pas diriger des hommes, mais je dois être sous leurs coupes ?
- Non ma chérie ce n'est pas ça, tenta de m'expliquer ma mère. Tu sais très bien que moi je travaille avec ton père à égale position donc ce n'est pas une question de sexisme.
-Tu crois vraiment ce que tu dis ? Je lui ai rétorqué. Et combien de personnes savent qui tu es ? Combien Savent que tu es l'associée de papa ? Toute ta vie tu t'es contentée de travailler dans l'ombre de ton mari. Moi je ne veux pas de ça dans ma vie. Je veux être reconnue pour ce que j'accomplirai, pour moi même. Je ne veux pas qu'on me cache la lumière du soleil. Et c'est ce que ce Andréa Gabras va me faire. Me faire de l'ombre et ça je ne peux l'accepter.
- Dans ce cas, Tu sais ce qui te reste à faire. Tu te lèves et tu t'en vas. Et en passant tu oublies que tu as des parents.
Cette phrase m'a cloué sur place. Comment peuvent-ils me dire une chose pareille ? Comment peuvent-ils couper les ponts avec moi seulement parce que je refuse de leur obéir ?
- Mais je suis la seule enfant qui vous reste. Comment pouvez-vous me dire ça ? Je me suis écriée.
- Depuis la mort de ton frère, nous avons l'impression de ne plus avoir d'enfants, alors si tu refuses de te ranger, sache que nous considérons que nous sommes dorénavant sans progéniture.
Je voulus pleurer. Mais je parvins à me retenir. J'ai toujours su que mon frère était leur tout. L'enfant chéri et le mâle par excellence. Il réussissait tout ce qu'il touchait. Il faisait leur fierté. Ils l'exhibaient partout. Ils le représentaient aux élites de la société et moi pendant ce temps ? Je continuais discrètement mes études en architecture. Je voulais faire un métier qui impose le respect afin que mes parents reconnaissent mes capacités. Ma valeur.
Hélas, je me suis rendue compte que ce jour n'arrivera jamais. Je n'étais qu'un souillon. Une enfant indesirée. Je sais que mes parents ne voulaient plus d'enfants quand leur premier né fut un enfant mâle. Que je n'étais qu'un accident de parcours qui a d'ailleurs causé énormément de problèmes à ma mère pendant ma grossesse.
Malgré que je sache ces choses depuis très longtemps, cela ne m'empêche pas d'en souffrir encore aujourd'hui.
Je les ai regardé. Je les voyais m'ignorer. Ils étaient en pleine adoration l'un pour l'autre. Ce tableau du couple parfait qu'ils affichaient me fit mal. Car bien qu'il m'excluaient de leur vie, Je ne pouvais nier l'amour qu'ils avaient l'un pour l'autre. Ils s'aimaient tellement qu'ils ne leur restaient plus rien pour les autres, sauf mon frère bien entendu. Ils se souriaient et riaient comme si je n'étais plus là.
Ils mentionnaient le retard de leur invité. Et je souhaitais secrètement qu'il ne vienne pas. Qu'un malheur lui soit arrivé et qu'il leur annonce qu'il ne pourra malheureusement pas faire honneur à son rendez-vous.
Je lui ai souhaité tellement de malchance à ce Gabras que j'en ai eu mal à la tête.
Ils se sont souvenus enfin de moi et ils m'ont demandé :
- Alors ? Qu'as-tu décidé ? Tu te joins à ce projet sous les ordres d'un supérieur ou tu refuses et par la même occasion, tu sors de nos vies ?
Je fis fi de leur cruauté et prends sur moi. Malgré tous mes principes, Je me suis résigné. Parce que je manquais de courage et aussi parce que ma nièce était la personne que j'aimais le plus dans ce monde et que cette construction en sa mémoire est la seule chose que je puisse faire en sa mémoire.
Je les ai regardé dans le blanc des yeux. Je ne voulais pas leur montrer ma peine. Je ne voulais même plus leur adresser la parole.
Je pris un stylo dans mon sac et je déchirai une feuille de mon calepin et je les informa de ma décision.
<< J'accepte. À une seule condition, Que personne tout au long de ce projet ne sache que je suis votre fille et que je n'ai plus rien à traiter directement avec vous car vous me degôutez . Envoyez-moi toutes les informations nécessaires par mail afin que je n'ai plus rien à faire avec vous. >>
Je leur ai tendu la feuille. Je me suis levé. J'ai arrangé mes affaires et m'en suis allée.
Lorsque je me détournais d'eux, j'entendis mon père dire en ricanant:
- C'est comme si c'était fait Annabelle.
Je serrai mon sac contre moi pour ne pas pleurer. Quelque part en moi, j'espérais que cette missile allait les attendrir. Que si c'était moi qui m'étais les distances, ils allaient se rendre compte qu'ils me perdaient et prendre conscience de leur rejet. J'ai mal parce que j'ai l'impression de les avoir tendu une perche pour mieux m'oublier.
Je reviens à moi en pleurnichant de plus belle. Je réalise une fois assise que je suis seule au monde. Je n'ai plus personne. Ni famille ni amis. Je suis seule. À cause de la recherche constante de l'affection de mes parents je n'ai pas eu le temps de me faire des amis. Si j'en avais, Ce n'était qu'à l'école et ils disparaissaient une fois le cursus achevé.
Je me sens si seule. Si seule que je n'ai pas hésité à quémander l'attention d'un inconnu.
Je repense aussi à cette collision. Quand mon regard à rencontrer celui de cet homme. Je me suis sentie toute chose. J'ai eu des papillons qui faisaient la fête dans mon ventre et un tambour dans mon coeur.
Il m'a tellement subjugué par sa prestance. Son charisme et cet aura de mélancolie qui se dégageaient de lui m'ont irrémédiablement séduite. Je me demande si je le reverrai un jour. Ressent-on ce genre de sensations deux fois dans la vie ? Je n'en sais rien, mais je regrette simplement de n'avoir pas eu la chance de le partager pour de vrai avec lui.
Est-ce ça le coup de foudre ? Cette impression que tu manques d'air quand la personne que tu as en face de toi te regarde ? Ce sentiment de désintégration complète quand il te rejette ? Cet envie de mourir quand tu penses ne plus jamais le voir ?
Si c'est ça alors je crois que la foudre m'est tombée dessus..
Je me sers un autre verre de vin et me laisse rêver de tous les scénarios où dans une autre vie, j'aurai une famille parfaite, un travail parfait où je serai reconnu à ma juste valeur et un amant fougueux qui n'aimera que moi et moi seule.
Je rêve de tous ça bien qu'au fond de moi je sais que je ne les aurai jamais car je suis condamnée à être seule.