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Dix ans plutôt...
Andréa
- Qui es-tu ? Pourquoi m'appelles-tu bébé ? Me demande-t-elle ?
C'est là que je me rends compte de l'absurdité de ma réaction vis-à-vis d'elle. Je me relève précipitamment et mets un peu de distance entre nous.
- Euh je suis désolé, Je ne sais pas ce qui m'a pris. Je t'ai vu pleurer et cela m'a tellement touché et sans réfléchir je suis venu auprès de toi pour te calmer. Dis-je en me passant la main dans les cheveux embarassé à mort.
Elle me regarde avec beaucoup d'intérêt. Elle semble elle aussi perdue comme moi.
Dans ma position, Je parviens à l'observer. Elle est juste magnifique. Elle est noire. Ce qui est normal vu que je me trouve dans un pays à majorité noir. Bien que sa peau soit beaucoup plus clair. Elle a les yeux de chats, à cause de l'obscurité je ne parviens pas à déterminer leurs couleurs. Des lèvres petites mais pleines, celle supérieure moins rosée que celle inférieure. On dirait qu'elle l'a si fortement sucée, car elle brille énormément. Son visage est ovale et si beau. Elle s'est tressée de petites nattes. Bref l'ensemble forme une beauté qui fait frémir quelque chose en moi.
- Tu comptes rester là à me regarder ou bien tu comptes me laisser continuer ma prière ? Elle me dit, coupant ainsi mes pensées.
- Ah comme ça tu priais? J'avais plutôt l'impression que tu criais à l'aide tellement tu suffoquais dans tes sanglots. Je lui réponds sèchement, déçu qu'elle me répudie comme un idiot alors que je suis venu à son aide.
- Et même si je demandais de l'aide, Ce n'était sûrement pas à toi mais à Dieu et à ce que je sache tu n'es pas Dieu. Me rétorque-t-elle sans cligner des yeux.
-Et qu'est-ce qui te dit que ce n'est pas Dieu qui m'envoie pour t'aider. J'espère au moins que Dieu ne se promène pas en Prada pour secourir les gens, mais se sert des autres humains pour le faire.
- Je m'en fous complètement de la manière qu'Il a de me secourir. Tout ce que je veux c'est que tu me laisses tranquille, j'ai besoin d'être seule. C'est pour cela que je suis venue ici. Alors s'il-te-plaît laisse-moi tranquille.
Je suis tellement choqué par cette agressivité que je me retourne et vais m'asseoir à ma place juste en face d'elle. Je la regarde joindre ses mains en position de prière et fermer les yeux.
Je n'arrive pas à comprendre. Malgré sa rudesse , Je n'arrive pas à vraiment l'en vouloir. Je crois même que je la comprends. Je l'ai surprise dans un moment d'intimité et je me suis comporté avec elle comme si on avait une certaine familiarité . Je crois que même si cela avait été moi, j'aurai fait pareil. De plus, elle ne me connaît pas. Il y'a de quoi se méfier. On sait tous combien le monde se pourrit chaque jour un peu plus.
Je repousse mon départ. Je veux attendre qu'elle finisse sa prière pour m'approcher encore d'elle. Je ne sais vraiment pas ce qui m'arrive. Je ressens un besoin si grand de la connaître. De plus, Je n'ai aucun ami ici, personne avec qui parler, avec qui partager mon quotidien. Je sens au fond de moi qu'avec elle les choses pourrait être plus soutenables. Encore que j'ai l'impression qu'elle aussi n'a pas vraiment quelqu'un avec qui parler, sinon elle ne serait pas venu pleurer ici si elle avait une épaule amicale.
Je crois que j'ai attendu plus de trente minutes. Et pendant cette attente, je ne l'ai pas quittée des yeux un seul instant. Elle me captivait tellement. Je me posais mille et une question dans ma tête. Est-ce qu'elle accepterait d'être mon ami ? Car oui, j'ai cruellement besoin d'un ami. Est-ce qu'elle va me repousser une fois de plus si je l'approche à nouveau ? Est-ce que le courant passera vraiment ?
Pendant que je me pose toutes ses questions, Je la vois me jeter des regards constants. Elle semble vouloir se rassurer que je sois toujours là ou alors elle veut simplement me voir partir avant d'achever sa prière.
Malgré tout je reste. Je l'attend. J'ai tout mon temps. En fait pas vraiment. Mes parents doivent être morts d'inquiétude, surtout mon père. Et c'est normal. Je ne connais personne ici. Il doit bien se demander vers où je suis allé me réfugier.
Je prends sur moi de recevoir leurs reproches quand je vais rentrer. Je ne compte pas laisser passer ma chance d'avoir enfin une connaissance dans ce pays.
Je crois que ma témérité à porter ses fruits car je la vois se relever. Elle regarde dans ma direction avant de sourire. Son sourire est si grand qu'il semble lui couvrir le visage. Qu'est-ce qui peut bien la faire sourire ainsi ? A-t-elle déjà eu la réponse du Seigneur à ses soucis ?
Je décide de saisir cette occasion et d'aller lui parler de nouveau. Je m'approche lentement et me tiens debout en face d'elle. Elle lève les yeux sur moi, avec le même sourire aux lèvres. Bien que j'ai l'impression qu'il se soit encore élargi.
- Je vois que tu es tenace comme garçon hein. Me dit-elle en tapotant la place à côté d'elle. Elle m'invite à m'asseoir, Ce que je m'empresse de faire.
- Ouais. Je suis coriace aussi. Je lui réponds en lui retournant son sourire. Je vois que tu as changé d'humeur. Je peux savoir ce qui s'est passé entre le moment où tu m'as hurlée de partir et la fin de ta prière ?
- En fait, je me suis rendue compte que mon comportement était exagéré et je tiens à m'excuser. Vraiment désolée. Si tu as remarqué, je te guettais, j'avais peur qu'à la fin de ma prière tu ne sois plus là et que je perde l'occasion de m'excuser avant que nos routes ne se croissent plus.
- Et pourquoi nos routes devraient-elles se séparer ? Je pense pour ma part que rien n'est pour rien et que si on s'est trouvés aujourd'hui c'est pour une raison, pas toi ? Je me lance afin de lui laisser entrevoir mes intentions.
Elle rit doucement avant de me dire:
- C'est ta technique de drague là ?
- Non non, Je m'empresse de la contredire, bien que tu sois extrêmement jolie, je ne suis pas en train de te draguer. Je me demandais simplement si l'on ne pouvait pas devenir amis.
- Et pourquoi cela ? Tu n'as pas d'amis ?
- Si mais ils ne sont pas ici.
- Où sont-il ?
- En Grèce.
- T'es grec ?
- Oui et toi ?
Elle rigole:
- Camerounaise quoi, puisque je vis au Cameroun.
- J'y vis également mais je suis Grec, Tu vois le bémol ?
- Ouais c'est ça. Elle capitule en souriant toujours.
Elle a vraiment un beau sourire. Je n'arrête pas de la regarder. Je me sens si bien auprès d'elle que j'ai envie que le temps passe à compte goûte. Nous restons là et ne disons plus rien. Il n'y pas de gêne. On semble apprécier chacun à sa juste valeur le silence.
Mais ce n'est pas ainsi que je vais me faire une amie, en gardant la bouche fermée et les yeux dans les étoiles.
- Dit, pourquoi tu pleurais tout à l'heure ?
-Dis, pourquoi tu pleurais tout à l'heure ?
On se demande tous deux en même temps, ce qui nous fait rire. Cela me fait un bien si fou de voir que l'alchimie entre nous passe si bien. Nous avons les mêmes réflexes, Ce qui veut dire que nous pensions à la même chose.
- Toi d'abord me dit-elle.
- Non toi, Je lui cède la parole.
- Comme tu veux. J'étais juste super triste et j'avais besoin de parler à quelqu'un et comme aucun de mes amis n'était disponible, Je suis venue ici parler aux étoiles et à Dieu en même temps...
- Et si ce n'est indiscret, Je peux savoir pourquoi tu pleurais ?
- Oui c'est indiscret. Tu ne peux pas simplement te contenter de l'explication que je t'ai donnée ?
- J'aimerais bien mais j'ai grave envie de savoir ce qui te rendait si triste.
- Bon tu ne le sauras jamais, Elle me répond avec un clin d'œil.
- J'en suis pas si sûr.
- Et pourquoi ça ?
- Parce que je compte te revoir. Bon en fait j'aimerais beaucoup qu'on se revoient. Je lui dis en la fixant dans les yeux.
Elle me regarde également et se mord la lèvre inférieure. Ce geste m'excite un peu. Je ressens un besoin fou de l'embrasser. Je sais que c'est super chelou de vouloir faire ça avec une personne que je connaisse à peine. Mais j'y peux rien, l'idée ne me quitte pas la tête.
- Moi aussi en fait.
- Quoi ? Vraiment ? Je m'écrie. Surpris de sa réponse. Genre je ne m'attendais pas vraiment à cette réponse. Je croyais que j'allais batailler dur pour la convaincre mais là elle accepte juste comme ça. Je trouve cela génial. Je lui fait un grand sourire quand elle hoche la tête pour me confirmer sa réponse.
- Cool. Dans ce cas on peut faire connaissance alors ?
- Umm si tu n'y vois pas d'inconvénients, on le fera une autre fois car là je suis super en retard. Ma tante va me tuer. Il faut que je rentre.
Je suis déçu que notre rencontre s'achève déjà. Mais je me presse de lui demander ses coordonnées. Je ne veux pas perdre le contact.
- Dans ce cas, pourrais-je avoir ton téléphone ?
- Oui pas de soucis.
Elle prend mon numéro dans son portable puisque j'ai laissé le mien chez moi. Je lui dicte vite fait et elle se lève après l'avoir enregistré.
- Bon, enchantée de t'avoir connu. À la prochaine. Elle me dit au revoir et s'apprête à traverser la route juste derrière nous pour se rendre je crois vers les immeubles qui se trouvent juste en face de nous.
Elle est déjà sur le point de traverser quand je me souviens que je ne connais pas son prénom. Alors je lui cours après et lui demande:
- Sinon tu t'appelles comment ?
Elle se retourne, me sourit et dit:
- Myris.
- Alors à plus Miris.
- À plus le grec.
- Moi c'est Andréa.
- Comme mon père.
- Sérieux ton père s'appelle Andréa ? Je suis surpris.
- Non, André.
Je souris encore comme un idiot. Un point en commun déjà n'est-ce pas ?
- So, Good bye. Elle me redit et traverse cette fois la route sans plus se retourner.
-Athîo mirisa mou. Je le murmure à moi-même cet au revoir.
Je me retourne une fois que je l'ai perdue de vue et rentre chez moi heureux.
Je n'arrive toujours pas à croire que j'ai fait ma première rencontre amicale dans ce pays. Et c'est grâce à la dispute de mes parents. S'il n'y avait pas eu cette dispute je serai encore chez moi en train de me ronger les ongles et m'ennuyer.
Je suis tellement heureux que je marche super vite pour retrouver mon portable et voir si j'ai reçu un message d'elle.
Je crois même que je me mets à courir comme un fou.
Quand j'arrive chez moi, Je trouve mon père dans le salon, son portable en main et tout soucieux. Quand il me voit, il se lève et vient me prendre dans ses bras.
- Où étais-tu Andréa ? Me demande-t-il en grec. Je me suis fait un sang d'encre. En plus tu ne connais pas le quartier pourquoi es-tu resté longtemps dehors.
Je me détache de lui et lui réponds.
- J'avais besoin de prendre l'air et de réfléchir.
- Fiston je sais que ce que tu as appris n'est pas facile à accepter mais il faut que tu...
- S'il-te-plait, papa je ne suis pas prêt à en parler là.
Je le coupe pour qu'il n'aille pas plus loin. J'avais réussi à oublier tout ce drame. Je ne veux pas y repenser maintenant.
- Ce n'est pas en restant dans le déni que tu vas arranger les choses me répond-t-il.
- Mais papa je ne dénie rien. Je dis juste que là c'est pas le bon moment d'en parler. Laisse-moi le temps de digérer ça avant d'avoir cette causerie père et fils que tu aurais dû initier bien plus tôt.
Voyant que je me refuse catégoriquement à causer avec lui, Mon paternel capitule et me demande d'aller me reposer et qu'on en reparlera.
Je m'en vais et remarque par la même occasion que ma mère n'est pas là à m'attendre. Elle a certainement souhaiter que je ne revienne jamais.
Cette pensée me pince le coeur. Mais je me presse de la refouler. Je ne veux pas souffrir de ça ce soir.
Tout ce que je veux c'est voir si j'ai un SMS de Miris. Je prends mon téléphone et je vois que c'est le cas.
Ma joie est si grande que je saute dans le lit, cale un oreiller derrière ma tête et lis son SMS.
" Cc, c'est moi. J'espère que tu es bien arrivé. M. "
Je lui répond vite fait.
" Oui merci et toi ? "
" ...Moi-aussi"
Elle me répond sur le champ. Je me dis qu'elle doit être disposée à me causer alors je réplique.
"Pourquoi ces points de suspension ? "
" Pour rien. Que fais-tu ? "
" Je suis couché et je t'écris et toi ? "
"Pareille"
"Je suis content de te connaître Miris"
"Myris"
" Ah ouais Myris"
"Moi de même je suis contente de t'avoir rencontrer"
" Vraiment ? " je demande. Super content.
" Oui, pourquoi tu en doutes ? "
" Non pour rien. Bon on se revoit quand ? "
" Demain ça te dit ?"
" Oui, au même endroit ? "
"Au même endroit "
"Cool"
" Oui c'est cool. Bon je te laisse. Je crois que mes larmes m'ont bien épuisée. Je vais dormir un peu. "
" D'accord. Tu dors bien. "
"Merci. Bonne nuit Andréa "
"Kalinikhta myrisas mou"
"??? "
" Bonne nuit ma Myris"
"😊"
Ainsi s'achève notre première rencontre. Je garde le sourire sur mon visage et m'endors comme un bébé. J'ai tellement hâte d'être à demain que je me réveille plusieurs fois dans la nuit pour regarder ma montre.
J'aimerais tellement que le temps file à la vitesse de la lumière.
J'espère que notre amitié sera longue et solide. En tout cas c'est ce que je souhaite. Et aussi qu'elle pense à moi comme je ne cesse de penser à elle toute cette nuit.