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Sa Principessa réincarnée
img img Sa Principessa réincarnée img Chapitre 3 Julia
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Chapitre 3 Julia

Un bruit.

Un souffle.

Un battement.

Puis... la lumière. Elle me transperce comme une lame. Les sons me frappent comme des vagues trop hautes. Mon propre corps me semble... étranger. Comme si mes nerfs n'étaient pas branchés au bon endroit.

Je cligne des yeux - ou plutôt, mes paupières tremblent toutes seules, comme si elles se souvenaient avant moi comment faire pour revenir à la vie.

Des silhouettes se penchent au-dessus de moi.

Des voix s'élèvent.

Trop proches.

Trop fortes.

- Mamma! Mamma, guarda! Elle bouge! s'écrie Isabella, la voix brisée par l'espoir.

Je veux parler. Je veux dire: attendez, calmez-vous, tout va bien, je suis là... Je suis réveillée et je vous entendais depuis un p'tit moment déjà!

Alors mes mains bougent.

Instinctivement.

Comme avant.

Comme quand j'étais Julia.

Je signe.

Je signe vite.

Je signe: "je suis réveillée, je suis là, ne paniquez pas!"

Mais leurs regards se vident.

Ils ne comprennent pas.

Ils ne reconnaissent pas le langage des signes.

Bien sûr qu'ils ne comprennent pas.

Juliette n'était pas muette.

Je bouge, mais ce n'est pas moi.

Je respire, mais ce souffle n'a pas la même cadence.

Je sens des émotions qui ne m'appartiennent pas - un amour, une loyauté, une douleur - comme des échos d'une vie que je n'ai pas vécue.

Un vertige me traverse.

Et si...?

J'ai presque peur d'espérer... mais je fais tout de même une tentative.

Une première fois.

Mais rien.

Juste un souffle râpeux, étranglé, qui me brûle la gorge.

La panique me saisit.

Je me sens retomber dans un gouffre.

Comme si tout ce que j'avais espéré - revenir, vivre, parler - venait de s'effondrer.

- Amore, calma... calma... murmure la femme au parfum poudré.

La mère de Juliette, Sofia Moretti, je réalise.

Sa main tremble quand elle me caresse la joue.

Son mari Alessandro - mon père? - attrape un verre.

Il le remplit d'eau.

Sa main est ferme, mais je vois la peur dans ses yeux.

- Doucement, tesoro... dit-il en approchant le verre de mes lèvres.

Sa femme m'aide à me redresser et je bois doucement. L'eau glisse dans ma gorge sèche, râpeuse, douloureuse.

Je respire, fermant les yeux dans une prière silencieuse, puis je les rouvre pour faire une nouvelle tentative.

- ... Co... combien ?

Ma voix sort.

Faible.

Cassée.

Vivante.

- Grazie a Dio! s'exclame la mamma, aussitôt qu'elle entend ma voix, et faisant son signe de croix.

Je demande alors de nouveau :

- Combien de jours...?

Ils se figent.

Tous.

Comme si le monde venait de s'arrêter.

- Due settimane, amore.

Deux semaines, répond la mamma, les yeux pleins de larmes.

Mes mains agrippent la couverture.

Le coma de Juliette a duré deux semaines.

Et moi... je suis restée coincée entre deux mondes tout ce temps.

Je sens mon cœur se contracter, lourd, douloureux, comme si une main invisible le serrait. Je revois son visage - Béru - penché sur moi, peu avant ma mort, ses yeux remplis d'une terreur que je n'avais jamais vue chez lui.

Je revois Amelia, avant notre départ pour aller la soirée un peu plus tôt... qui avait tellement de plaisir avec ses amis qu'elle nous a à peine dits au revoir, pas même un bisou. ― et pourtant, c'était la dernière fois que je lui ai parlé... la dernière fois que j'aurais pu la tenir dans mes bras.

Je revois le sang.

Le froid.

Le silence.

Et je comprends que pendant deux semaines entières, ils ont vécu avec ce vide. Avec ma mort. Depuis deux semaines que Béru et Amelia me croient morte.

Puis, je suis frappée par autre chose.

Quelque chose qui se brise en moi.

Ou plutôt qui s'est reconstruit.

Quelque chose que j'avais perdu et que j'ai retrouvé.

Ma voix. ― ou devrais-je dire, une nouvelle voix.

Les larmes montent.

Brutales.

Incontrôlables.

Je pleure.

Je pleure parce que je parle.

Parce que je respire.

Parce que je suis vivante.

Parce que je ne devrais pas l'être.

Aussitôt, ils se précipitent tous autour de moi, cette nouvelle famille que je me découvre aussi.

Leur énergie me percute comme une vague. Leur chaleur me submerge. Leur amour me désarme. Je ne suis pas habituée à ça - à cette affection spontanée, bruyante, désordonnée.

Dans ma vie d'avant, l'amour était une arme, un piège, une monnaie d'échange. Mais ici, il est offert sans condition. Et je ne sais pas quoi en faire.

- C'est ta hanche qui te fait mal?

- Ou ton dos?

- Est-ce que la lumière te dérange? Matteo! Baisse les stores!

- Doucement, tesoro... respire...

Ils parlent tous en même temps. Ils se coupent, se bousculent, se disputent, s'aiment. Une famille italienne dans toute sa splendeur - bruyante, chaotique, vivante.

Rien à voir avec la mienne, où chaque mot était pesé, chaque geste surveillé, chaque silence dangereux.

Ici, tout déborde.

Tout explose.

Tout vit.

Ils me touchent.

Ils m'entourent.

Ils m'aiment.

Et pourtant...

Une pensée me transperce.

L'un d'eux a peut-être voulu la mort de Juliette.

L'un d'eux pourrait être celui - ou celle - qui l'a poussée.

Un instant, je croise le regard d'Alessandro. Il est plein d'amour... mais quelque chose en moi se crispe.

Un écho.

Un souvenir.

Une silhouette derrière moi, une main qui pousse.

Je cligne des yeux.

Le souvenir disparaît.

Mais la méfiance reste, tapie sous ma peau comme une bête qui refuse de mourir.

Mais leurs mains sont si douces.

Leur inquiétude si réelle.

Leur amour si palpable.

Je ne sais plus quoi croire.

Mon passé me hurle de me méfier et mon instinct, lui, me dit de fuir.

Mais ce corps est encore trop fragile... ma hanche est immobilisée dans une sorte d'attelle ou de dispositif. Et quand bien même je voudrais fuir... quelque chose en moi... comme une émotion résiduelle qui ne m'appartient pas... s'y refuse!

Juliette aimait sa famille. Plus que tout. Mais cette famille n'est pas la mienne! Et la dernière fois que j'ai fait confiance à ma propre famille...

Dans mon ancienne vie, j'étais une principessa de la mafia italienne. C'est pourquoi Béru m'appelait toujours affectueusement «sa principessa».

Au sein de la mafia, les femmes ne sont rien de plus que des marchandises.

Pendant longtemps, j'ai tenté de plaire à pàpa. Gagner son affection. Tout ce que j'ai fait, tout ce que je suis...mon travail acharné pour devenir la meilleure cheffe cuisinière, la plus compétente, la plus renommée internationalement... et même le premier restaurant que j'avais ouvert en France, après que notre fuite de l'Italie en catastrophe... Au départ... tout ça, c'était pour mon père.

Pour l'impressionner.

Pour qu'enfin il me voie.

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