"L'Ombre" n'est pas qu'un titre, c'est une promesse de justice macabre.
Ce matin, le menu est particulièrement écœurant : un réseau de trafiquants d'humains. Dans mon hangar, un jeune homme d'à peine vingt ans tremble devant moi. Il a l'air de sortir tout juste de l'université.
- Dis-moi, as-tu au moins fréquenté les bancs de la fac ? ma voix résonne contre les tôles froides.
- Oui, monsieur, bafouille-t-il.
- Et c'est ce que tu en as retenu ? Vendre de la chair fraîche ?
- Non, monsieur... C'est un héritage de famille, je n'avais pas le choix...
- Un héritage ? Je laisse échapper un rire sans joie. Ce n'est pas un héritage, gamin, c'est un cancer. Sais-tu qui je suis ?
- Viktor Volkovitch. Le chef de la Bratva.
- Bien. Tu as fait tes devoirs. Je vais te laisser une chance que je n'accorde jamais.
Je sors mon arme, la sensation du métal froid contre ma paume est familière. Je pointe le canon directement entre ses deux yeux.
- Soit tu te rends à la police et tu balances tout, soit tu crèves ici. Je m'occuperai de ta "famille". Je t'offre un avenir, saisis-le.
Erik me jette un regard stupéfait, les menottes déjà prêtes. Le gamin n'hésite pas. Je vois le soulagement briller dans son regard tandis qu'Erik l'emmène. Il voulait sortir de cette fange ; je viens de lui ouvrir la porte.
Mais le reste de sa famille ne mérite aucune clémence. J'entre dans le hangar principal sans attendre mes hommes. L'odeur de poussière et de peur est délicieuse.
- Il y a quelqu'un ici ? Vous avez trois secondes pour vous montrer avant que je ne rase cet endroit.
Une poignée d'hommes sort de l'ombre. L'aîné, un type à la mine patibulaire, braque son arme sur ma tête. Je consulte ma montre avec ennui. J'ai une famille qui m'attend au manoir, et les week-ends sont sacrés pour Diana.
- Votre frère est en sécurité derrière des barreaux. Quant à vous, vous avez rendez-vous avec l'enfer. Des derniers vœux ?
- Vous n'êtes rien face à nous, crache-t-il. Nous sommes les plus puissants du secteur.
- La puissance est une illusion que je vais briser.
L'un d'eux s'élance. Je pivote, évite son coup de poing pathétique et lui fracasse le crâne contre un pilier en béton. Un deuxième tire, mais sa balle se perd dans le toit. Un de mes hommes l'abat d'une balle en plein cœur. Je m'avance vers l'aîné et lui loge deux balles dans les genoux. Il s'effondre dans un hurlement.
- Tu as échoué en tant que chef, et en tant qu'homme, dis-je en écrasant sa plaie du bout de ma botte.
- Allez vous faire foutre... grogne-t-il. Savez-vous combien de putes je peux m'offrir avec ce business ?
La rage me monte à la gorge, noire et épaisse. Cet imbécile parle de femmes comme de bétail pour satisfaire ses pulsions.
- Si tu étais un homme, tu saurais qu'on n'a pas besoin de chaînes pour attirer une femme dans son lit.
- Je parie que si je vous offrais une de mes beautés, bien faite et soumise, vous...
Je tire dans ses deux mains. Le son des os qui éclatent est couvert par ses cris. J'appuie tout mon poids sur ses doigts broyés. Il vient de comparer ma femme - l'image de Maeva me traverse l'esprit, pure et indomptable - à ses marchandises de sexe.
- C'est la dernière fois que tu dénigres une femme devant moi.
Je l'achève d'une balle entre les deux yeux. Puis, je sors la hache de mon sac à outils. Le travail est propre, méthodique. Je le décapite et tranche ses mains, disposant les restes avec une mise en scène macabre. Ils sont partis ensemble, une famille de déchets dans une mare de sang.
- Sadique et macabre, comme au bon vieux temps, commente Erik en remontant dans la voiture.
- Il a insulté Maeva, tranché-je.
De retour au manoir, je prends une douche brûlante pour laver le sang et l'odeur de la mort. Je sors de la salle de bain, une simple serviette nouée autour de la taille, la peau encore fumante. Je m'arrête net.
Maeva est là, dans ma chambre. Elle semble chercher quelque chose, ses yeux parcourant mes effets personnels. La voir dans mon sanctuaire privé déclenche en moi des pulsions bien plus dangereuses que celles qui m'ont animé ce matin.
- Maeva ? En quoi puis-je t'aider ?
Elle sursaute, se retournant d'un bloc. Ses yeux s'écarquillent tandis qu'ils parcourent mon torse nu, mes tatouages et l'eau qui perle encore sur mes muscles.
- Oh ! Je... je suis désolée. Ta porte était ouverte. Erik m'a demandé de te déposer ton costume pour la soirée... mais je peux repasser... comme tu es...
Elle bégaye, ses joues prenant une teinte délicieusement rosée. Sa vulnérabilité est un appel au crime. Je m'avance vers elle, savourant sa panique.
- À moitié nu ? murmuré-je en réduisant la distance.
- Non... ça va... merci. Elle essaie de fuir du regard, mais je sens son attraction.
- Où étais-tu ce matin ? demande-t-elle, la voix un peu plus assurée mais toujours troublée. Je ne t'ai pas vu... en fait, non. Rhabille-toi d'abord.
Je laisse échapper un sourire carnassier, faisant un pas de plus, l'enfermant presque contre le dossier d'un fauteuil. L'air entre nous sature d'une tension électrique.
- Ce n'est pas comme si tu ne m'avais jamais vu nu, Maeva. N'est-ce pas ? La mémoire de cette nuit-là est gravée en nous deux. Pourquoi faire semblant d'être choquée ?
Je plonge mes yeux dans les siens, la défiant de nier le désir qui brûle autant en elle qu'en moi.1045