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Le mafieux de mon passé
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Chapitre 3 Maeva

Une dose massive de caféine coule dans mes veines, mais rien ne semble pouvoir dissiper le pressentiment toxique qui me tord les boyaux. Dans le couloir, je croise Elisa. Elle rayonne, un contraste frappant avec la grisaille de mes pensées.

- Tout va bien ? Tu as l'air... survoltée.

- Je passe la journée au bloc ! s'exclame-t-elle avec un sourire victorieux, presque carnassier.

Elisa est une créature étrange : donnez-lui un scalpel et un patient à recoudre, et elle devient la femme la plus heureuse du monde. Sortez-la de sa salle d'opération, et elle se transforme en une statue de glace au regard de prédatrice.

- Je vois. Profite bien alors. Je ne prends la garde qu'à 22 h, j'espère que le calme régnera d'ici là.

- Et Diana ? Comment elle va ?

Je lève les yeux au ciel, sentant une pointe d'agacement mêlée à l'angoisse. Elle m'a posé la question il y a une heure. Si elle insiste, c'est qu'elle sonde le terrain miné de mes émotions.

- Elisa, tout va bien. Elle est à l'école. On gère, toutes les deux.

- Tu as fini par chercher son num...

Nos bipeurs hurlent à l'unisson, une plainte stridente qui brise la conversation. On échange un regard tendu avant de sprinter vers les urgences. L'air devient soudain lourd, saturé d'une odeur métallique de sang frais, de pneus brûlés et d'antiseptique.

Le chaos nous accueille. Plusieurs brancards défilent à toute allure, escortés par une phalange d'hommes aux visages de pierre, leurs costumes sombres tranchant avec la blancheur aseptisée des couloirs. Une femme, Emma, nous suit en pleurant, les mains maculées de suie.

- J'étais juste à côté... un camion les a percutés de plein fouet... Trois voitures... C'était un carnage...

- Calmez-vous, Emma, ordonné-je en essayant de masquer le tremblement de mes propres mains. Une infirmière va s'occuper de vous. Vous êtes de la famille ?

- Non, mais... j'ai reconnu le premier homme. Celui qui est conscient. C'est Monsieur... Volkovitch.

Le nom claque dans l'air comme une détonation. Je me fige, le souffle coupé, le cœur battant contre mes côtes comme un oiseau en cage. Je confie les autres blessés à Elisa et m'éclipse pour ajuster mon masque chirurgical, une barrière de tissu dérisoire contre la panique qui menace de m'asphyxier.

Quand je reviens derrière le rideau de box, une voix s'élève. Une voix profonde, habitée par une vibration rauque et autoritaire qui me hante depuis six ans. Mon sang se transforme en glace. Non. Pas lui. Pas dans ma ville. Pas dans mon hôpital.

J'écarte le plastique d'une main moite. Elisa s'occupe d'un homme inconscient sur le premier lit. Sur le second, un homme est assis, impérial malgré le sang qui tache sa chemise. Il n'est que légèrement blessé au bras, mais son aura sature la pièce. Ses yeux, deux lames d'acier poli, s'ancrent immédiatement dans les miens. L'impact est brutal, presque physique.

- Bonjour... Je suis le Docteur Rocher. Je vais m'occuper de vous. Laissez-moi prendre vos constantes.

- Je vais bien, Docteur, répond-il.

Sa voix est un murmure dangereux, une caresse de papier de verre sur ma peau nue. Je sens le regard d'Elisa brûler sur moi. Elle a perçu le changement d'atmosphère, cette électricité statique qui nous lie soudain. Je termine les soins mécaniquement, mes doigts frôlant sa peau brûlante, tandis que mon esprit hurle, prisonnier du souvenir de cette nuit de débauche.

- Elisa, je peux te...

- Il faut qu'on parle. Maintenant, me coupe-t-elle.

Elle m'entraîne de force dans la salle de repos et verrouille la porte d'un geste sec.

- Qu'est-ce qui se passe ? murmuré-je, les yeux écarquillés. Le personnel rase les murs, les infirmières refusent d'approcher ce box. C'est quoi ce cirque ?

- Maeva, le chef est passé en personne. Il est blême. Les ordres sont clairs : respect absolu, aucune question, on leur donne les clés de l'hôpital s'ils le demandent.

- Pourquoi ? C'est qui ce type ? Un sénateur ?

- Pire. Tu as déjà entendu parler de The Shadow of New York ?

Un frisson violent me parcourt l'échine. L'Ombre de New York. Un prédateur milliardaire dont le nom n'est prononcé qu'à voix basse dans les ruelles sombres. Un homme qui traite la vie humaine comme une monnaie d'échange.

- Bien sûr. Mais quel est le rapport avec...

Je m'arrête net. Ma bouche devient sèche comme du parchemin. La réalisation me frappe avec la violence d'un impact frontal.

- Lequel d'entre eux ? balbutié-je, l'esprit en lambeaux.

- Ton patient, Maeva. Celui au regard de loup. C'est Viktor Volkovitch.

- Oh mon Dieu... Non...

- Quoi ? Qu'est-ce que tu as ?

- C'est lui, Elisa. L'homme de l'action-vérité. L'homme de cette nuit-là. C'est lui.

Les mots s'échappent dans un sanglot étouffé. Elisa me saisit les poignets, le visage déformé par l'effroi. Parmi les huit millions d'âmes de cette ville, le destin a ramené le père de ma fille directement sur ma table d'examen.

- Tu es certaine ? Six ans ont passé...

- Sa voix... On n'oublie pas le timbre de l'homme qui vous a brisée pour mieux vous reconstruire le temps d'une nuit. Jamais.

- Écoute-moi, Maeva. Respire. Je vais chercher Diana et je la mets en sécurité. Toi, tu retournes là-bas. Tu revêts ton masque de marbre. Tu ne cilles pas, tu ne montres aucune émotion. Sois juste un médecin parmi d'autres. Tu peux le faire ?

- Oui... Je vais le faire.

Je ressors dans le couloir, le visage figé dans une expression de neutralité factice, alors que mon âme hurle de terreur. Après un appel fébrile à l'école, je me dirige vers la chambre privée où Viktor a été transféré.

J'entre. Le silence est oppressant. Soudain, le clic métallique de la serrure derrière moi me fait sursauter. La chambre est plongée dans une pénombre sépulcrale, les stores ont été tirés. Le lit est vide.

- Vous revoilà enfin, Docteur Rocher.

La voix surgit de l'angle mort, juste derrière mon épaule. Je me fige, chaque pore de ma peau réagissant à sa proximité immédiate. Une chaleur prédatrice émane de lui, m'enclavant dans son ombre.

- Monsieur Volkovitch ? Où est... où est votre associé ?

- Il a repris ses esprits. Mon monde n'aime pas les lits d'hôpital.

- Très bien... Dans ce cas, mon examen est terminé. Vous semblez hors de danger. Je vais vous laisser...

Je fais un pas vers la sortie, le cœur au bord de l'explosion, mais avant que ma main ne frôle la poignée, je sens la morsure glaciale d'un canon d'acier entre mes omoplates. Le froid du métal pénètre mes vêtements, me clouant sur place.

- On ne bouge plus, Maeva, susurre-t-il contre mon oreille. Sa respiration est un souffle chaud qui fait frémir les mèches de mes cheveux. Nous allons quitter ce bâtiment. Sans éclat, sans cri. Tu vas marcher à mes côtés comme si nous étions de vieux amis.

- S'il vous plaît... Je ne comprends pas...

- Tu comprends très bien. Un seul geste déplacé, une seule tentative d'alerte, et je te troue le dos avant que la sécurité ne puisse cligner des yeux.

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