Ma nouvelle chambre était petite, mais ma mère biologique, Hélène, l'avait préparée avec soin. Les draps étaient propres, et il y avait un petit bouquet de fleurs des champs sur la table de chevet.
"Ce n'est pas le luxe auquel tu es habituée," a-t-elle dit d'une voix douce, presque craintive.
"C'est parfait," ai-je répondu, et je le pensais.
Mon père biologique, Marc, était plus réservé, mais ses yeux brillaient d'une fierté timide chaque fois qu'il me regardait.
Mon petit frère, Paul, était le plus adorable. Il avait quinze ans, un air un peu gauche d'adolescent, mais un cœur en or. Il n'arrêtait pas de me regarder, comme si j'étais une sorte de créature exotique.
Pendant le dîner, un repas simple mais délicieux, Paul n'a pas pu se retenir.
"C'est toi qui l'as eue, ma montre ?" a-t-il demandé brusquement.
Mes parents l'ont grondé du regard. "Paul !"
"Quelle montre ?" ai-je demandé, intriguée.
"Ben... la montre que j'ai offerte à Claire," a-t-il expliqué en rougissant. "Je l'ai vue à son poignet à la télé, quand ils ont parlé de... de l'histoire."
J'ai froncé les sourcils. Claire portait une montre de luxe.
"Tu lui as offert une montre ?"
"Oui," a dit Paul fièrement. "J'ai travaillé tout l'été dernier au supermarché pour la lui acheter. C'était pour son anniversaire. Elle coûte super cher."
Le cœur de mon frère était si pur. Il avait économisé pendant des mois pour offrir un cadeau luxueux à la sœur qu'il pensait avoir et qui vivait dans la richesse. Et Claire, sans la moindre honte, l'avait acceptée, la faisant passer pour un des nombreux trésors de sa "vraie" famille.
"Elle t'a dit qu'on la traitait mal ?" ai-je demandé doucement à Paul.
Il a baissé la tête. "Elle disait que... que papa et maman préféraient avoir un garçon. Qu'ils ne lui achetaient jamais rien. C'est pour ça que je voulais lui faire plaisir."
La colère m'a envahie, froide et pure. Claire n'avait pas seulement menti aux Dubois. Elle avait aussi menti à cette famille simple et aimante. Elle avait manipulé son propre frère, un adolescent innocent, pour satisfaire sa cupidité et construire son récit mensonger.
"Elle a dit ça ?" a murmuré Hélène, les larmes aux yeux. "Mais... nous avons toujours fait de notre mieux pour elle."
J'ai posé ma main sur la sienne. "Je le sais. Et maintenant, les Dubois vont le savoir aussi."
Plus tard, Paul est venu me voir dans ma chambre.
"Tu vas la revoir... Claire ?" a-t-il demandé timidement.
"Probablement," ai-je répondu.
Il a sorti un petit paquet de sa poche. C'était une paire d'écouteurs sans fil.
"Tiens... C'est pour toi. J'ai aussi travaillé pour ça. C'est moins cher que la montre, mais..."
J'ai senti mes yeux s'embuer. Ce garçon, que je connaissais à peine, me montrait plus de gentillesse et de générosité que Claire en des années d'amitié.
"Merci, Paul. C'est le plus beau cadeau que j'ai jamais reçu."
Il a rougi de plaisir. "Et... tu pourras donner ça à Claire de ma part ?"
Il m'a tendu un autre paquet, plus petit. Un simple porte-clés.
"Je... je sais qu'elle a été méchante, mais... c'est quand même ma sœur."
J'ai pris le porte-clés. Une idée a commencé à germer dans mon esprit. Ce petit objet anodin pourrait devenir une arme.
"Bien sûr, Paul," ai-je dit avec un sourire. "Je le lui donnerai en personne."