Quand je suis rentrée le soir, après l'épreuve, je me suis assurée d'avoir l'air complètement épuisée. J'ai marché lentement, les épaules basses, et j'ai laissé tomber mon sac dans l'entrée avec un grand bruit. C'était un jeu, et je devais le jouer à la perfection.
Claire est immédiatement sortie du salon. En me voyant, un sourire de satisfaction a flotté sur ses lèvres avant qu'elle ne le remplace par une expression de pitié.
"Oh, Jeanne... Ça n'a pas été ?" a-t-elle demandé d'une voix mielleuse.
"J'étais fatiguée. Je n'ai pas réussi à me concentrer," ai-je répondu d'une voix plate, en évitant son regard.
"Ne t'en fais pas," a-t-elle dit en posant une main sur mon bras, une main que j'ai eu envie de repousser. "Ce n'est qu'un concours. Tu as tellement de chance, de toute façon. Tes... nos parents peuvent tout t'offrir."
Elle se croyait déjà victorieuse. Elle pensait que j'avais échoué, que la première brèche dans ma vie parfaite était ouverte.
C'est à ce moment-là que la porte s'est ouverte de nouveau. Un couple d'une cinquantaine d'années, aux vêtements modestes mais propres, se tenait sur le seuil, l'air timide et mal à l'aise. Derrière eux, un adolescent qui devait être mon frère, Paul, me regardait avec de grands yeux curieux.
Mes parents biologiques.
Claire les avait fait venir. C'était la prochaine étape de son plan : m'humilier, me forcer à affronter la "pauvreté" de mes origines devant la richesse des Dubois.
Ma mère adoptive s'est avancée, le visage tendu mais poli. "Entrez, je vous en prie."
Alors que mes parents biologiques entraient, visiblement intimidés par le luxe de l'appartement, Claire s'est approchée de moi. Son visage était rayonnant de méchanceté.
"Alors, Jeanne ? Ça te fait quoi de voir la famille qui t'a abandonnée ? Tu vois, maintenant, tout rentre dans l'ordre. Je suis ici, à ma place. Et toi, tu vas retourner d'où tu viens."
Sa voix était un murmure venimeux, destiné à moi seule.
Je ne lui ai pas répondu. Je me suis dirigée vers ma chambre avec une lenteur calculée. J'ai sorti une valise de l'armoire et j'ai commencé à y jeter mes affaires, sans soin, comme si j'étais anéantie. C'était ce qu'elle voulait voir. Elle voulait me voir brisée.
Elle m'a suivie et s'est appuyée contre le cadre de la porte, les bras croisés, savourant le spectacle.
"Tu n'oublies rien ?" a-t-elle demandé d'un ton moqueur.
Sur ma commode, il y avait une petite boîte à musique que Madame Dubois m'avait offerte pour mon dixième anniversaire. C'était l'un de mes objets les plus précieux.
Claire s'est avancée et l'a prise. "Je crois que ça, ça devrait me revenir. C'est un cadeau de ma mère, après tout."
Elle a glissé la boîte dans sa poche, un sourire triomphant sur le visage. Elle s'attendait à ce que je proteste, que je pleure, que je la supplie.
Mais je l'ai juste regardée, le visage vide. Dans mon esprit, une seule pensée tournait en boucle : "Continue, Claire. Révèle-toi. Montre à tout le monde qui tu es vraiment." L'objet n'avait pas d'importance. Seule la vérité comptait. Et chaque acte méchant de Claire me rapprochait du moment où cette vérité éclaterait.