/0/23573/coverbig.jpg?v=e388091aa686771f94bc5961b49de720)
Isabelle naviguait facilement à travers les couloirs du château. La plupart des pièces étaient clairement identifiées, indiquant celles accessibles à tous et celles interdites aux non-résidents. Les chambres du dernier étage étaient réservées aux membres permanents de la meute, et comme dans sa maison natale, l'étage le plus élevé appartenait à l'Alpha. Isabelle n'avait aucune autorisation pour entrer dans les quartiers de la Bête, et elle n'avait aucunement l'intention d'enfreindre cette règle.
Cependant, une autre pièce attira son attention. Située à une aile différente du dernier étage, elle n'était pas marquée comme interdite. Pourtant, un détail la troubla : seuls deux parfums imprégnaient l'air autour de cette porte. Celui de la Bête et celui de Colin. Personne d'autre ne semblait jamais y entrer. Pourquoi ? Quelle était l'importance de cette salle ?
Son cœur accéléra. La porte semblait presque l'appeler, comme si une force invisible l'incitait à s'approcher. Jetant un regard furtif autour d'elle, elle s'assura qu'aucun loup ne l'observait. Les voix des meutes résonnaient dans les couloirs lointains, mais ici, c'était le silence absolu.
Isabelle s'approcha lentement, chaque pas résonnant sur le sol de pierre. Sa main se leva, hésitante, et toucha la poignée. La température autour d'elle semblait chuter légèrement, comme si elle s'apprêtait à pénétrer dans un lieu interdit. Son instinct lui criait de s'éloigner, mais sa curiosité était plus forte.
Et si cette pièce détenait des réponses qu'elle n'attendait pas ?
Quand elle sentit que c'était enfin sûr, elle ouvrit lentement la porte. À l'instant où ses doigts effleurèrent la poignée, un frisson électrique parcourut sa peau, lui arrachant un frémissement involontaire. L'intérieur de la pièce baignait dans une lumière tamisée, ses murs peints d'un vert pâle dégageaient une étrange sérénité. De l'autre côté, une double porte en verre menait à un balcon. Mais ce qui attira immédiatement son attention, ce furent les rosiers.
Des pots de fleurs remplissaient chaque recoin, et des tiges épineuses grimpaient le long des murs, comme si la pièce elle-même était vivante. Les roses éclataient en nuances envoûtantes de rouge et de rose, dégageant un parfum enivrant. Le sol, bien que dépourvu de cette végétation envahissante, était lisse et impeccable. Une petite table de bois sombre trônait au centre de la pièce, et dessus, un objet fascinant captiva son regard.
Woah.
Un sablier.
Son verre poli laissait s'écouler lentement un sable rouge vif, comme du sang figé dans le temps. La majorité des grains s'amassaient déjà dans la partie inférieure, mais une fine couche persistait en haut, hésitant à rejoindre l'inéluctable. En s'approchant, elle remarqua des gravures complexes sur le cadre de bois : des roses entremêlées d'épines, puis des symboles inconnus, gravés avec une précision surnaturelle.
Un frisson lui remonta la colonne vertébrale.
C'était de la sorcellerie.
Elle le savait, car Lucy lui en avait parlé, mais elle n'avait jamais été confrontée à une magie aussi tangible. Alors qu'elle contournait la table, les picotements revinrent, plus intenses cette fois, lui donnant la désagréable impression d'être observée. Son instinct lui criait de ne pas toucher l'objet, et pourtant, sa main s'éleva malgré elle...
Un rugissement fendit l'air.
« Qu'est-ce que tu fais ici ?! Qui t'a donné la permission d'entrer ?! »
La voix était gutturale, tremblante de rage.
Elle tourna brusquement la tête.
Un homme se tenait sur le seuil de la porte, ou plutôt... une bête. Ses yeux flamboyaient d'un doré perçant, sa peau tannée parsemée de cicatrices frémissait sous l'afflux d'une transformation partielle. De larges plaques de fourrure parsemaient son torse nu, et des griffes déjà sorties raclaient le bois du cadre de la porte. Sa respiration était irrégulière, comme s'il luttait pour contenir quelque chose de primal.
Elle le reconnut immédiatement.
Aiden.
Il semblait encore plus sauvage que lorsqu'il l'avait sauvée de Garrett. Ses muscles tendus trahissaient une tension au bord de l'explosion.
« Je... je ne faisais qu'explorer, en attendant de partir faire du shopping avec Sophie... » bredouilla-t-elle.
Mais Aiden ne lui laissa pas le temps de finir. Il traversa la pièce en deux pas, se retrouvant soudain face à elle, si proche qu'elle pouvait sentir la chaleur émanant de sa peau.
« Tu n'es pas la bienvenue ici. »
Sa voix n'était plus qu'un grondement animal. Son museau commençait à s'allonger, signe qu'il était à deux doigts de perdre le contrôle.
Elle avala difficilement sa salive, tentant d'ignorer l'intimidation évidente.
« Je suis désolée si j'ai franchi une limite. Mais cette pièce... elle est magnifique. Les roses, et puis... le sablier m'a intriguée. »
« Ce n'est pas une raison pour enfreindre mes règles ! » rugit-il.
Elle recula d'un pas, mais il fut plus rapide.
Sa main se referma autour de sa gorge, pas assez fort pour l'étouffer, mais suffisamment pour lui imposer sa dominance.
« Ne me défie pas, Isabelle. »
Elle inspira profondément.
L'ancienne Isabelle aurait peut-être baissé les yeux, se serait excusée, aurait cédé.
Mais cette époque était révolue.
Elle planta son regard dans le sien, et un sourire arrogant étira ses lèvres.
« Retire immédiatement ta foutue main de mon cou, Aiden. Je ne me laisserai pas traiter comme une intruse. »
Un silence tendu s'installa.
Puis, lentement, il desserra son étreinte, ses yeux toujours brûlants d'émotion indéchiffrable.
L'air crépita autour d'eux.
Ce n'était pas la dernière fois qu'ils allaient s'affronter.
Ses griffes jaillirent de ses doigts, et elle les enfonça violemment dans son bras lorsqu'il tenta de l'agripper. Un hurlement déchira la pièce alors qu'il lâchait prise sous la douleur fulgurante. Isabelle ne perdit pas une seconde et se précipita vers la porte. Mais avant qu'elle ne puisse l'atteindre, une main brutale s'empara de son bras gauche et la fit pivoter d'un coup sec.
Elle n'eut pas le temps de réagir avant d'être plaquée violemment contre le mur. Son dos heurta la surface dure, et l'air quitta un instant ses poumons sous l'impact. La poigne d'acier de son adversaire s'enroula autour de sa gorge, lui coupant presque la respiration. Isabelle grogna, se débattit, tenta de se dégager, mais il ne céda pas.
Cette fois, elle refusa de détourner les yeux. Elle soutint son regard, y plantant toute sa rage et sa détermination. Elle n'était pas une simple louve soumise. Elle était une Alpha, et elle ne se laisserait pas dominer.
Un éclair de défi traversa ses prunelles alors qu'elle optait pour une approche différente. Lentement, avec une maîtrise qui contrastait avec la situation, elle leva une main tremblante et posa ses doigts sur son torse. La peau brûlante sous ses doigts marquait la tension accumulée dans ses muscles. Elle glissa légèrement sa main, traçant un chemin lent et calculé, comme pour apprivoiser la bête qui grondait en face d'elle.
Le grognement menaçant s'atténua peu à peu, se transformant en un son plus rauque, presque animal. Il la fixait toujours, mais son regard n'était plus consumé par la rage. Quelque chose d'autre y prenait place. Une hésitation. Un trouble.
Son emprise se relâcha légèrement, permettant à Isabelle d'inspirer plus librement. Encouragée par cette réaction, elle continua son mouvement, effleurant sa peau marquée par les combats et les cicatrices du passé. Ses doigts remontèrent jusqu'à son cou, puis glissèrent dans ses cheveux sombres et emmêlés.
Un souffle tremblant s'échappa de ses lèvres lorsqu'il se laissa aller au contact. La tension changeait, devenait autre chose. Quelque chose de plus brûlant, plus intense.
Aiden se rapprocha, son souffle effleurant son visage. Leurs lèvres étaient à peine séparées. Isabelle ferma les yeux, attendant qu'il comble l'espace entre eux. Son cœur battait à tout rompre, et elle ne savait plus si c'était dû à la peur ou à cette autre émotion qu'elle refusait de nommer.
Mais au moment où elle s'attendait à sentir enfin cette connexion, tout changea.
La chaleur disparut soudainement. Une brise froide caressa sa peau alors que l'absence d'Aiden se fit brutale. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, il était déjà à la porte.
Son souffle était saccadé, ses poings serrés, chaque muscle tendu comme s'il luttait contre lui-même. Il n'osa pas croiser son regard une dernière fois.
- Ne reviens plus ici, gronda-t-il entre ses dents.
Puis, il s'éloigna sans un mot de plus.
Isabelle resta figée, son dos toujours contre le mur. D'un geste tremblant, elle porta une main à sa gorge, là où il l'avait tenue. Elle pouvait encore sentir la pression de ses doigts, la chaleur qui s'y était imprimée.
Mais ce qui la troubla le plus, ce n'était pas la douleur. C'était ce vide glacé qui s'insinuait en elle, comme si, en partant, Aiden avait emporté quelque chose d'essentiel avec lui.
**Qu'est-ce qui venait de se passer ?**
Aiden claqua violemment la porte derrière lui, son souffle court, son corps tendu. Il n'arrivait pas à chasser l'image d'Isabelle de son esprit. Ce n'était pas seulement la façon dont sa peau frémissait sous ses doigts ni la chaleur électrisante qui s'était immiscée entre eux, mais bien plus encore. Son odeur l'avait ensorcelé, un mélange enivrant de rose et de vanille qui s'était imprégné dans chaque fibre de son être. Chaque nerf de son corps semblait brûler sous l'intensité de ce qu'il venait de vivre. L'instant où elle l'avait touché avait déclenché un incendie qu'il avait dû combattre en s'éloignant d'elle avant qu'il ne perde totalement le contrôle.
Il marcha de long en large dans sa chambre, incapable de se calmer.
Ses cheveux auburn, doux comme de la soie, dansaient sous la lumière, révélant des reflets ardents, un dégradé hypnotisant du bordeaux sombre aux pointes dorées. Mais ce qui le fascinait le plus, c'était ses yeux. D'un bleu profond, ils lui rappelaient l'océan sous un ciel d'orage, une mer capricieuse où il aurait pu se perdre volontairement. Il aurait juré que, plus on les regardait, plus tout le reste du monde disparaissait. Elle était différente. Spéciale. Maintenant que son loup avait émergé, il le sentait au plus profond de lui. Isabelle dégageait une aura qu'elle-même ignorait, une puissance dormante, brute, indomptée.
Et pourtant, elle n'avait pas usé de cette force contre lui. Il avait perdu pied, la tension était montée, mais elle avait réagi avec calme et maîtrise, usant de patience au lieu d'exercer un quelconque pouvoir. Exactement comme une véritable Luna l'aurait fait.
Aiden serra les poings et continua son va-et-vient, son esprit en ébullition.
L'idée de retourner vers elle le hantait, de poursuivre ce moment suspendu dans le temps. Son loup grondait, exigeant qu'il revienne auprès d'elle. Mais il n'y avait aucun lien tangible qui confirmait qu'elle était sienne. Alors pourquoi était-il si certain que c'était le cas ? Il lutta contre l'instinct primal qui le poussait à aller la retrouver. Il voulait la garder contre lui, l'empêcher de partir... Mais elle ne lui appartenait pas.
Elle ne pouvait pas lui appartenir.