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Alyssa fronça les sourcils, confuse. « Beta Colin... Est-ce que tu sors avec Alpha Aiden ? »
Le visage de Colin se figea. Isabelle, qui venait de prendre une gorgée d'eau, manqua de s'étouffer. Un loup au bout de la table éclata de rire au point de tomber de sa chaise. L'atmosphère s'emplit d'une joie sincère et contagieuse.
Isabelle se demanda un instant si elle n'avait pas jugé ce pack trop vite.
Voyant que Colin restait bouche bée, Sophie saisit l'occasion pour détourner l'attention et s'adressa à Isabelle : « Viens avec moi, je vais te faire visiter la maison du pack. »
Isabelle accepta volontiers et se leva. Tandis qu'elles passaient près de Colin, ce dernier attrapa doucement Alyssa par le poignet.
« Non, je ne sors pas avec l'Alpha. Ce serait une catastrophe. »
Alyssa cligna des yeux. « Mais... qu'est-ce que les chats viennent faire là-dedans ? »
Un autre éclat de rire fusa. Sophie, incapable de retenir son amusement, entraîna Alyssa hors de la pièce, laissant Colin seul, le visage figé dans une expression de détresse muette.
La visite du château débuta. Isabelle découvrit des couloirs aux pierres anciennes et des pièces aux vastes hauteurs de plafond. Sophie lui montra chaque étage, à l'exception du dernier.
« C'est là que vit la Bête, » expliqua-t-elle. « Son bureau et ses quartiers sont interdits d'accès... sauf pour Colin. »
Plus bas, les étages étaient occupés par les Beta et Gamma, tandis que d'autres niveaux servaient de dortoirs pour ceux préférant vivre à l'intérieur plutôt que d'avoir une maison à l'extérieur. Enfin, elle découvrit une immense salle de bal et un espace d'entraînement.
Mais malgré la splendeur des lieux, Isabelle ne pouvait s'empêcher de sentir un frisson d'appréhension courir sur sa peau.
Sophie cligna plusieurs fois des yeux, essayant d'évaluer la situation. Lorsqu'elle entendit Isabelle haleter, une lueur d'inquiétude passa dans son regard. Peut-être que Garrett avait raison de la trouver étrange.
- Ton loup n'a toujours pas émergé ?
Isabelle baissa les yeux avant de secouer la tête. Un silence pesant s'installa, interrompu par le souffle coupé de Sophie qui porta une main tremblante à sa bouche.
- Oh mon Dieu... Je suis désolée. Je pensais que tu avais déjà éveillé ton Aura Alpha.
- Ce n'est rien, répondit Isabelle, même si une confusion sourde la rongeait. Depuis son enfance, on lui avait toujours dit qu'elle partagerait le même don que son père, qu'elle sentirait son loup émerger à sa majorité. Mais ce jour était venu et rien ne s'était produit. Pas le moindre signe.
- Je vais en parler à Colin. Il faut organiser une cérémonie du Réveil. Ça pourrait débloquer ton loup !
- Non, s'il te plaît, ne fais pas ça, protesta-t-elle précipitamment.
- Isabelle, c'est un honneur pour nous.
- Mais... je ne fais même pas partie de votre meute !
- Pas encore, rectifia Sophie en souriant. Mais tu le seras bientôt.
Isabelle ouvrit la bouche pour répliquer, mais Sophie leva une main pour couper court à toute protestation.
- Je ne te laisse pas le choix. Colin sera informé et la cérémonie aura lieu. En attendant, profitons de la plage.
Isabelle se tut, sachant que discuter ne servirait à rien. La détermination de Sophie était inébranlable. Elle lui rappelait Abby, sa meilleure amie d'autrefois, mais avec un tempérament plus posé. Pourtant, quelque chose clochait. Pourquoi tout le monde l'accueillait-il comme une future Alpha alors qu'elle n'était censée être qu'une esclave ?
Elle devait trouver Colin. Lui seul pourrait lui dire pourquoi elle était traitée ainsi. Et surtout... pourquoi elle sentait qu'un terrible secret se cachait derrière tout ça.
C'était étrange de considérer la meute du Black Lake comme la sienne. Depuis son enfance, Isabelle avait entendu des récits terrifiants à leur sujet. On disait qu'ils formaient l'élite des combattants, capables d'écraser toute autre meute sans effort, et que leur Alpha, impitoyable et redouté, n'avait jamais été défié. Son propre clan avait toujours craint cette meute, au point de paniquer lorsque leur Alpha avait décidé de quitter leur territoire sécurisé pour négocier une alliance avec eux.
Mais après une journée passée à leurs côtés, Isabelle se rendit compte que tout ce qu'on lui avait raconté n'était qu'une vérité déformée. Étaient-ils dangereux ? Sans aucun doute. Leur réputation de cruauté était-elle exagérée ? Absolument. Un sourire moqueur effleura ses lèvres alors qu'elle s'installait dans la suite que Colin lui avait désignée comme étant désormais la sienne.
Ces loups ne tuaient que lorsqu'ils y étaient contraints.
Avant de l'y conduire, Sophie lui avait confié qu'au fil des années, Alpha Aiden avait acquis une sinistre réputation. Il punissait sans pitié les offenses, même les plus mineures, surtout venant d'étrangers. Cette attitude lui avait valu une image d'Alpha sanguinaire, mais la réalité était plus nuancée. Quelques éléments corrompus avaient autrefois semé le chaos au sein de la meute, mais Aiden les avait éradiqués un à un.
Sophie lui raconta aussi l'histoire tragique de cet Alpha. Son père, un homme brutal et tyrannique, avait façonné Aiden à son image, le forçant à adopter une vision impitoyable du monde. Pourtant, le jeune garçon avait autrefois été doux, un trait de caractère que son père méprisait. Les abus constants de cet homme avaient éveillé une rage incontrôlable chez Aiden, jusqu'au jour où son père alla trop loin. Il tua sa propre compagne – la mère d'Aiden – pour avoir osé le contredire. Ce fut la goutte de trop. À seize ans, Aiden défia son père dans un combat à mort et en sortit vainqueur.
Lorsque Isabelle posa des questions sur la malédiction qui pesait sur lui, Sophie poussa un soupir las. Malgré sa haine envers son père, certaines de ses habitudes et manières de penser s'étaient ancrées en lui. Aiden était arrogant, et d'une superficialité qui frôlait le ridicule. C'est cette vanité qui l'avait conduit à sa perte. Une sorcière, masquée par un enchantement, avait capté son attention, et, aveuglé par sa beauté, il était tombé dans son piège. La malédiction était tombée.
Selon Sophie, pour la briser, Aiden devait apprendre la véritable signification de l'amour et être aimé malgré la bête qu'il était devenu. Isabelle ne put s'empêcher de se demander si cela signifiait qu'il devait trouver sa compagne. Mais ce qui l'intriguait le plus, c'était la condition du sort : il ne pouvait être levé que le jour du vingt-cinquième anniversaire d'Aiden, qui approchait à grands pas.
La chambre où elle se trouvait était spacieuse, avec un balcon offrant une vue imprenable sur la forêt environnante. Une petite kitchenette équipée d'un micro-ondes, d'un réfrigérateur et de deux placards occupait un coin de la pièce. La salle de bains attenante était décorée dans des teintes apaisantes, avec des murs bleu clair et des carreaux blancs rappelant l'eau d'un lac paisible. Une grande baignoire sur pieds trônait au centre, et une douche séparée, entourée de portes en verre, complétait l'ensemble.
Le reste de la pièce suivait un schéma similaire : des murs d'un bleu plus profond, un sol en bois sombre contrastant avec un tapis bleu denim sous le lit. Isabelle apprécia cette attention aux détails. Après tout, avec des loups capables de se transformer à tout moment, un plancher de bois franc semblait une bien meilleure option qu'un tapis, trop propice aux taches de sang indésirables.
Colin, qui l'observait en silence, sembla réaliser quelque chose d'important.
Son estomac se tordit douloureusement, lui arrachant une grimace. Elle serra les bras autour d'elle, comme si cela pouvait calmer la faim qui la rongeait. Quitter cette pièce n'était pas une option, mais son ventre en avait décidé autrement. Isabelle balaya du regard la kitchenette minuscule et se dirigea vers les placards. En fouillant, elle découvrit des barres de céréales, quelques sacs de chips et plusieurs conserves. Son cœur bondit lorsqu'elle repéra une boîte de raviolis avec des boulettes de viande. Une trouvaille précieuse.
D'un geste rapide, elle ouvrit le placard voisin, y trouvant des bols et des assiettes, tandis qu'un tiroir révélait couverts et ustensiles. Elle vida le contenu de la boîte dans un bol, pianota avec impatience sur le micro-ondes, puis observa les secondes défiler comme une éternité. Dès que l'appareil émit un bip, elle s'empara du bol brûlant et mélangea rapidement la nourriture avant d'en enfourner une bouchée brûlante.
Un coup résonna soudain contre la porte, la faisant sursauter au point de presque laisser tomber son repas. Une petite voix aiguë s'éleva derrière la porte.
« Mademoiselle Isabelle ? Je peux entrer ? »
Elle reconnut immédiatement la voix d'Alyssa, la fille de Sophie.
« Bien sûr, ma chérie. »
Alyssa pénétra timidement dans la chambre, fixant obstinément le tapis sous ses pieds, les mains cachées derrière son dos. Amusée par sa nervosité, Isabelle s'agenouilla pour être à sa hauteur.
« Qu'est-ce qu'il y a, ma belle ? » demanda-t-elle avec douceur.