La brèche
img img La brèche img Chapitre 3 Chapitre 2 : En route mauvaise troupe
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Chapitre 6 Chapitre 5 : Frayeurs img
Chapitre 7 Chapitre 6 : Petite musique au musée img
Chapitre 8 Chapitre 7 : Enlèvement img
Chapitre 9 Chapitre 8 : Conseil de guerre img
Chapitre 10 Chapitre 9 : Suppositions img
Chapitre 11 Chapitre 10 : Différentes clartés avant l'obscurité img
Chapitre 12 Chapitre 12 : Petite matinée chez les morts img
Chapitre 13 Chapitre 13 : Visite à un défunt ami img
Chapitre 14 Chapitre 14 : Dans la gueule du loup img
Chapitre 15 Chapitre 15 : Éveils img
Chapitre 16 Chapitre 16 : Éveils (suite et fin) img
Chapitre 17 Chapitre 17 : Jour d'école img
Chapitre 18 Chapitre 18 : Jour d'école (suite et fin) img
Chapitre 19 Chapitre 19 : la sorcière img
Chapitre 20 Chapitre 20 : Absences img
Chapitre 21 Chapitre 21 : Quelques réminiscences img
Chapitre 22 Chapitre 22 : souvenons-nous encore img
Chapitre 23 Chapitre 24 : D'autres souvenirs img
Chapitre 24 Chapitre 24 : Des bugs dans la matrice img
Chapitre 25 Chapitre 25 : Des adultes dans des corps d'enfants img
Chapitre 26 Chapitre 26 : Enlèvement img
Chapitre 27 Chapitre 27 : Rôles img
Chapitre 28 Chapitre 28 : Sur les sentiers de la guerre img
Chapitre 29 Chapitre 29 : En route mauvaise troupe img
Chapitre 30 Chapitre 30 : Faux semblants img
Chapitre 31 Chapitre 31 : Au delà du bien et du mal img
Chapitre 32 Chapitre 32 : Épilogue img
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Chapitre 3 Chapitre 2 : En route mauvaise troupe

« Le Couvent » touchait presque à sa fin. La folle furieuse entrait dans le couvent avec sa moto. Bientôt, elle sauverait les jeunes écervelés qui n'avaient rien trouvé de mieux à faire que d'aller fumer des joints dans une vieille bâtisse qu'on prétendait hantée .Le scénario manquait d'originalité et plongeait souvent dans le vulgaire et le gore. Mais certaines répliques et l'auto dérision dufilm en faisaient un bon repoussoir à déprime.

Morgan avait hésité entre « My name is Brus » et « Evil dead 2 »- avec Bruce Campbell, son acteur préféré - avant de décider quevoir des religieux se faire dégommer ne lui ferait pas de mal. Ellen'aimait pas les nonnes et les curés, surtout depuis qu'elle les avait vu manifester en tête de cortège pour lui interdire de se marier. Elle n'était pas contre le fait que les prêtres puissents'unir alors pourquoi ne la laissaient-ils pas tranquille ? Elle attendait le passage de la loi pour faire sa demande. Et vu les hésitations que ces excités provoquaient, ce n'était pas demain la veille.

Elle s'étira, en prenant garde de ne pas réveiller Angèle dont la tête reposait sur ses cuisses. Comme elle en avait l'habitude, elle s'était endormie au milieu du film, confortablement enroulée dans sa couverture polaire. Mais d'ordinaire, elle sombrait seule, de l'autre coté du canapé. Elle avait eu du mal à croire qu'elle puisse rechercher de nouveau son contact. Et pourtant ... Elle caressa doucement le visage paisible. Fallait-il voir une amélioration ou une simple accalmie ? Elle aurait une réponse bien assez tôt alors autant en profiter.

Son regard se porta de nouveau sur l'écran. Le massacre commençait : molotov, mitraillette ou hachette, les religieuses mouraient dans tous les sens. Le spectacle la fit sourire. Mais soudain, elle se figea. A l'arrière plan, en périphérie de l'action venait d'apparaître une ombre qu'elle n'avait jamais distinguée. Elle fronça les sourcils et se contorsionna pour mieux la voir. Elle était toujours là et il lui sembla même qu'elle s'était rapprochée. C'était une silhouette encapuchonnée petite et difforme dans une cape rapiécée. Elle fronça les sourcils. Soudain, un visage apparut, si brièvement qu'elle ne put en saisir parfaitement les traits. Mais elle sursauta effrayée.

« Damned ! »

Angèle réveillée en sursaut la regarda effarée. Parfaite bilingue de par son paternel, elle n'employait l'anglais que par surprise ou dans les cas désespérés. Dans tous les cas, elle avait tiré son amie du sommeil. Elle la serra un bref instant dans ses bras et embrassa son front.

« Désolée... J'ai dû m'assoupir et faire un cauchemar. »

Angèle se dégagea doucement mais sûrement de son étreinte mais continua de la regarder avec attention, ce qui constituait une sorte de progrès.

« Mais rien de très grave. J'ai déjà oublié. »

Elle mentait. Elle savait très bien que l'étrange visage de vieille femme continuerait de la hanter. Angèle hocha la tête et retourna dans leur chambre. Elle l'entendit remettre ses kickers. Chaque année depuis vingt ans, elle lui offrait les mêmes bottillons informes. La seule variante était la couleur. Cette année, sur les conseils d'Azilis, elle les avait choisies vertes, jaunes et roses. Tous les goûts et les couleurs étaient dans la nature ...Quelqu'un frappa à leur porte. Le portable d'Angèle lui apprit que Malo et Azilis étaient à l'heure.

Elle se posta devant le battant avant de demander.

« Quel est le mot de passe ? »

Il y eut un temps de flottement pour que Malo traduise et qu'Azilis s'exprime.

« Azilis te dit « Quoi. »

Elle se retint de rire. La gamine – comme elle appelait la benjamine du groupe – en dépit de ses converses et de ses salopettes avait de la suite dans les idées et un sacré humour.

« Je mange les enfants. »

Nouveau flottement puis.

« Azilis dit qu'elle s'en fiche. Elle a envie de faire pipi. »

Elle se dépêcha d'ouvrir la porte pour laisser le petit monde entrer.Pendant qu'Azilis prenait d'assaut les toilettes, Malo alla saluer Angèle. Pas de bises, simplement un signe de tête, mais il fut surpris de la voir sourire. Il osa lui demander.

« Tu as vu mon super cadeau ? »

Elle hocha la tête et malgré sa réserve habituelle, il vit son regard amusé.

« Tu voudras le même ? »

Elle fit mine de réfléchir avant de réfuter. Morgan entoura ses épaules d'un bras protecteur. Elle ne se déroba pas.

« Je crois qu'Angèle n'ose pas dire que c'est trop horrible.

Joueur, il fit mine de se vexer avant de s'exclamer d'un air théâtral.

« Vous ne savez pas ce que vous perdez. »

Il se tourna vers Azilis qui venait de sortir et le regardait intriguée.

« Je parlais du cadeau de Morgan.

En un tournemain, Malo s'était exécuté. Azilis regarda l'objet assez dubitative. Il osa demander.

« Alors ? »

Elle hésita un peu avant de répondre avec un sourire.

« Bénédict va s'inquiéter si on ne se met pas en route. »

Quelques minutes plus tard, l'espace quitta le garage avec la petite troupe àson bord. Morgan pilotait invariablement soutenue par Angèle à coté d'elle, Azilis et Malo occupaient les sièges passagers derrière elle. Comme à chaque fois, l'aînée du groupe mit ses lunettes pour conduire avant de déclarer.

« Ma copilote et moi vous souhaitons un bon voyage et vous remercions d'avoir choisi Air Morgan. Pour nous faciliter le trajet à tous, jevous prierai de ne pas ouvrir les portières en cas d'arrêt ou d'attaques extra-terrestres, de ne pas vomir sur les sièges : nous avons de charmants sacs plastiques prévus à cet effet. En cas de flatulences puantes et intempestives, vous serez sommés de ne pas vous jeter de la voiture mais d'ouvrir les fenêtres. Dernière chose, si nous croisons quelques barrages autoroutiers, je vous recommande fortement à ne pas faire de grimaces aux gendarmes qui ont certes de l'humour ... Mais on ne sait jamais. Et j'allais oublier de vous demander d'attacher vos ceintures. »

A chaque trajet, elle gratifiait ses passagers du même message tout en incluant chaque fois des petites variantes. C'était pour elle une façon d'évacuer le stress : elle détestait conduire. Mais comme Malo et Azilis ne possédaient pas le permis et qu'Angèle refusait catégoriquement de « conduire un paquebot »,elle devait faire contre mauvaise fortune bon cœur.

Ils roulèrent au milieu des fêtards en partance pour le week end. Un bon nombre se rendaient à Lyon car les samedi et dimanche hormis quelques pubs et restaurants, Vienne était une ville morte. La circulation était fluide mais passé Chasse-Sur-Rhône, on commença à ralentir.

Des visages inquiets se levèrent vers les panneaux lumineux mais rien ne signalait un bouchon ou un accident. En revanche, ils eurent une réponse en voyant d'aimables personnes en uniforme sur le bas-coté. Morgan se crispa imperceptiblement sur le volant et Malo traduisit ses pensées.

« Bon, à tous les coups, ils vont encore arrêter la voiture. C'est vrai qu'on a des têtes de psychopathes multirécidivistes. »

Ils commencèrent à lorgner le barrage et rien ne se passa. La conductrice commença à se détendre quand elle aperçut le dernier gendarme lui faisant signe de se garer dans son rétroviseur. Chaque fois, c'était pareil. Qu'elle se rende en soirée ou revienne des courses, le scénario se répétait.. A chaque barrage routier, on lui demandait de s'arrêter. Parfois, on lui demandait de souffler dans l'alcootest, d'autres fois, on fouillait sa voiture. Chaque fois, elle était nette. Mais jamais ils ne l'avaient laissée tranquille.

« Pour changer ... », marmonna-t-elle en se garant.

Elle laissa le gendarme s'approcher de son véhicule. Le petit bonhomme sous le képi lui fit un charmant sourire avant de la prier de sortir. Elle resta immobile, un tantinet inquiète avant d'obéir.

« Un problème ? »

Son sourire s'accentua et il la dévisagea encore quelques secondes avant de lui demander.

« Vous ne me reconnaissez pas ? Moi, je vous connais bien. Enfin, mon fils ... Tous les jours, il me parle de sa maîtresse qui a une grosse tête. »

Elle resta interloquée quelques secondes avant de comprendre.

« ça doit être mes cheveux. »

Il hocha la tête avec un petit rire. Elle ne savait pas si elle devait s'en réjouir ou en pleurer ; ou même encore se raser la tête. L'autre profita de son absence de réponse pour poursuivre.

« Dans tous les cas, Arthur vous aime beaucoup. »

Arthur... Au début, le prénom ne lui dit absolument rien puis elle se souvint qu'il s'agissait de Monsieur Quoi. Elle écarquilla les yeux.

« Vraiment ? »

Il eut un petit air amusé et se tourna vers sa collègue qui les observait.

« C'est la maîtresse de mon fils. Il n'arrête pas de parler d'elle :madame Griffin par ici, madame Griffin par là. Elle chante bien,elle fait bien sauter les crêpes, elle est gentille ... Oui, il vous aime bien et vous avez de la chance. Les gens qu'il n'aime pas, il les mord. Vous pouvez demander à ses nounous. »

Morgan se sentit rougir jusqu'aux oreilles. Quelque part, elle était ravie. Mais il persistait un doute.

« Alors, je vais pouvoir me remettre en route ? »

Il afficha une grimace contrite et lui présenta un alcootest.

« Si vous voulez bien souffler dans le ballon. »

La formalité accomplie, ils purent repartir. L'institutrice n'en revenait pas. Quoi ? Monsieur Quoi l'aimait bien ? Elle qui depuis le début de l'année croyait le contraire ... Derrière elle, Malo riait en silence. Angèle lui tapota doucement l'épaule. La soirée avait bien commencé.

Le reste du trajet se déroula sans anicroches et ils arrivèrent bientôt à Lyon. Le ciel commençait à se teinter de sombre et de bleus profonds. Ils s'arrêtèrent dans le parking souterrain de la Place Bellecour.

« Bon,qu'est-ce qu'on invente comme excuse ? Bénédict doit se demander pourquoi on ne lui a pas répondu. », voulut savoir Azilis en descendant de voiture.

Malo sortit son portable avec un petit air coupable. Depuis le rendez-vous avec Azilis, il l'avait totalement oublié. Il avait cinq textos dont le dernier disait : « Puisque vous ne répondez pas, je prends le train pour Vienne. » Il avala péniblement sa salive.

« Là, je crois qu'on va au moins devoir lui parler des extra-terrestres. »

**

« Vous comprenez, la voiture est très dangereuse. Et je ne peux pas la laisser prendre le train quand je ne suis pas là. On ne sait jamais. »

La vieille dame assise à coté de Bénédict hocha patiemment la tête avec un petit sourire attendri.

« Hé bien, on peut dire que vous vous occupez très bien de votre petite Azilis. Mais vous savez, quand elle rentrera à l'école vous risquez de vous faire encore plus de soucis. »

Bénédict fronça les sourcils, totalement perdu.

« Mais de qui me parlez-vous, madame ? »

Ce fut à la vieille dame de ciller. Il la vit fouiller nerveusement dans son sac.

« Mais de votre fille, voyons. Vous savez, vous ne devriez pas vous inquiéter comme ça. Je suis sure qu'elle est très sage.

Il commençait à comprendre. En fait, la vieille dame n'avait pas toute sa tête. Il lui avait parlé en toute innocence de sa petite sœur et de tous les soucis qu'elle lui occasionnait. A première vue, elle avait l'air aimable comme une petite mamie sans histoire ... Et elle n'avait strictement rien compris. Ou faisait-elle semblant. C'était peut-être une vieille démente échappée de sa maison de retraite. Il se sentit soudain nerveux.

Il vit le visage de l'ancêtre se modifier imperceptiblement. Les rides se firent plus profondes, les cernes plus prononcées. Puis le nez et les oreilles s'allongèrent. Les bajoues et le menton semblèrent fondre. Et elle se rapprocha, comme pour l'embrasser. Il recula précipitamment en tombant de son siège.

« Jeune homme, vous vous sentez bien ? »

Il releva la tête. La vieille dame le toisait de son regard placide.L'affreux visage avait disparu. Il fronça les sourcils. Autour de lui, les gens se penchaient pour le voir. Il se releva en vitesse.

« Tout va bien madame. Ne vous inquiétez pas, d'accord ? »

Il devait trouver une excuse pour prendre le large.

« Il faut que j'aille aux toilettes des messieurs. »

**

« A mon avis, il vient d'arriver à Vienne. Bientôt, il va se rendre compte qu'on est pas là. Et il ne va pas être content du tout. »

Malo, le nez levé vers le panneau horaire venait de murmurer dans sabarbe. Ses amis acquiescèrent avant de se rapprocher instinctivement les uns des autres. Les colères de Bénédict étaient légendaires et réellement abominables. A plusieurs reprises, il avait envoyé des chaises d'un bout à l'autre d'une pièce. Depuis son mariage, il s'était sensiblement calmé mais le feu dormait sous la glace. Et le genre d'impair qu'ils venaient de commettre serait idéal pour le ranimer. Morgan hésita un petit moment avant de se décider.

« Je l'appelle. »

Angèle lui tendit son portable avec un petit sourire. Elle composa le numéro et l'eut dès la première sonnerie, ce qui n'était pas vraiment bon signe. Elle prit sa respiration et dit d'une traite.

« C'est Morgan. Nous t'attendons à Lyon. J'ai pris ma voiture. »

Et elle retint son souffle. Au bout du fil, elle entendit Bénédict sourire.

« Oui, c'est une bonne chose. Les trains ne sont plus sûrs de nos jours. On se retrouve à Lyon, alors. »

Et il raccrocha sans rien ajouter. Morgan regarda le mobile avec perplexité avant de se tourner vers les autres.

« Je ne sais pas ce qu'il a bu ou fumé, mais c'est de la bonne. »

Vingt minutes plus tard, le train en provenance de Vienne s'arrêtait sur le quai de Perrache et huit paires d'yeux le regardèrent inquiets comme s'il avait transporté une bombe et trente-six talibans.

« On a encore le temps de s'enfuir en courant. », proposa Azilis.

Quelques secondes plus tard, quelqu'un la souleva par les aisselles et la fit tournoyer. Elle se retrouva bientôt juchée sur une épaule et emmenée comme un vulgaire sac à patates. Bénédict salua les autres de la main avant de se mettre en route.

« Maintenant,je vous tiens et je ne vous lâche plus. »

Ensemble, ils prirent la passerelle au sol glissant qui reliait la gare aux transports en commun. Au lieu de prendre le métro, ils continuèrent tout droit, coupant à travers la place Carnot. Des gamins aux pieds nus s'ébattaient gaiement dans les fontaines malgré l'heure tardive et quelques groupes de personnes squattaient encore les bancs. Azilis s'arrêta quelques instants pour admirer les massifs de fleur au milieu de la pelouse mais Bénédict la tira bientôt par les bras.

« Plus vite. Si ça se trouve, Yann est déjà arrivé. »

Ils pressèrent le pas jusqu'à Ampère. L'entrée de l'immeuble où logeaient les Diop se trouvait à coté d'un magasin de jeu. Entre deux séances, la bande des cinq venait régulièrement faire des incursions. La dernière fois, ils avaient découvert « Citadelles».Angèle avait été un condottiere impitoyable et les avait tous battus, faisant sauter chacun de leurs quartiers. Ils voulaient leur revanche.

Ils montèrent les marches en file indienne jusqu'au quatrième étage. C'est là que Bénédict, grâce aux bénéfices de ses livres louait un appartement juste à coté du sien. Sous ses airs de grand frère revêche, il était aussi généreux. Edwige sortit sur le palier pour les accueillir.

Comme à son habitude, elle serra un long moment dans ses bras puis Morgan,fit la bise à Malo et salua Angèle de la tête. Quand son mari lui demanda si Yann était là, elle répondit par la négative. Ils soupirèrent soulagés.

            
            

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