» Ces mots, répétés encore et encore, avaient fini par s'infiltrer sous sa peau, comme une toxine lente et implacable.
Elle avait lutté. Oh, elle avait essayé. De résister, de s'enfuir, de trouver une faille dans cette forteresse implacable qu'était Giovanni Russo. Mais à chaque tentative, elle avait été ramenée à la même conclusion : elle était seule. Personne ne viendrait la sauver. Personne ne savait même où elle était.
Quand un des gardes frappa à la porte pour lui dire que Giovanni l'attendait dans son bureau, elle sentit un poids immense s'abattre sur sa poitrine. Elle se leva lentement, comme si chaque mouvement demandait un effort surhumain. Elle savait ce qu'il attendait d'elle. Et, pour la première fois, elle se surprit à envisager de céder. Pas parce qu'elle voulait, mais parce qu'elle n'avait plus la force de se battre.
En entrant dans le bureau, elle trouva Giovanni assis à son bureau, une pile de documents devant lui. Il ne leva même pas les yeux lorsqu'elle entra, mais il semblait pleinement conscient de sa présence.
« Alors ? » demanda-t-il simplement, sa voix calme mais tranchante.
Sofia resta silencieuse un moment, ses mains nouées devant elle. Elle chercha les mots, mais tout ce qu'elle ressentait, c'était un vide écrasant. Finalement, elle inspira profondément et murmura : « J'accepte. »
Giovanni releva enfin la tête, ses yeux sombres scrutant son visage. Il ne sourit pas, ne montra aucune satisfaction évidente. Il hocha simplement la tête. « Bien. Tu as fait le bon choix. »
Elle sentit un mélange d'humiliation et de soulagement la traverser, mais elle ne répondit pas.
« La cérémonie aura lieu demain, » déclara-t-il, comme s'il annonçait une transaction commerciale. « Ce sera simple et rapide. Pas de fioritures inutiles. »
Sofia releva la tête brusquement, surprise. « Demain ? »
« Oui, demain, » répondit-il d'un ton qui ne laissait aucune place à la discussion. « Plus vite ce sera fait, mieux ce sera pour tout le monde. »
Elle voulut protester, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. Elle était allée trop loin pour reculer maintenant.
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Le lendemain, Sofia se retrouva devant un miroir dans une pièce qu'elle n'avait jamais vue auparavant. Une femme qu'elle ne connaissait pas s'affairait autour d'elle, ajustant la robe blanche qu'on lui avait imposée. Ce n'était pas une robe de mariée traditionnelle, mais quelque chose de simple, presque austère, comme pour refléter la nature froide et contractuelle de ce mariage.
« Vous êtes magnifique, » murmura la femme d'une voix douce, mais Sofia n'entendit pas les paroles. Tout ce qu'elle voyait dans le miroir, c'était une version d'elle-même qu'elle ne reconnaissait pas. Une femme brisée, vidée de tout espoir.
Un garde entra dans la pièce et hocha la tête. « C'est l'heure. »
Elle se leva, ses jambes flageolantes, et suivit l'homme à travers les couloirs de la villa. Son cœur battait à un rythme désordonné, et elle avait l'impression que chaque pas la rapprochait d'une condamnation irréversible.
Lorsqu'elle entra dans la salle où se déroulait la cérémonie, elle fut frappée par la simplicité des lieux. Pas de fleurs, pas de musique, pas d'invités. Juste Giovanni, debout près d'un homme en costume sombre qui devait être l'officiant, et quelques-uns de ses hommes de main en arrière-plan.
Giovanni la regarda s'avancer, impassible. Il était impeccable dans un costume noir parfaitement taillé, mais il n'avait pas l'air d'un homme sur le point de se marier. Il ressemblait davantage à un roi froid, prêt à sceller un pacte avec un sujet récalcitrant.
Sofia s'arrêta à ses côtés, sentant son regard peser sur elle. L'officiant commença à parler, récitant les formalités d'un ton monocorde. Sofia entendait les mots, mais ils semblaient lointains, irréels.
« Voulez-vous prendre cet homme pour époux ? »
Elle releva les yeux vers Giovanni, qui la fixait avec une intensité presque insupportable. Tout en elle hurlait de dire non, de fuir, de briser cette mascarade. Mais elle savait qu'elle ne pouvait pas. Pas après tout ce qu'elle avait traversé.
« Oui, » murmura-t-elle finalement, sa voix à peine audible.
L'officiant se tourna vers Giovanni. « Et vous, voulez-vous prendre cette femme pour épouse ? »
« Oui, » répondit-il sans hésitation.
La cérémonie se termina rapidement, presque mécaniquement. Giovanni glissa une simple alliance à son doigt, un geste qui semblait dépourvu de toute émotion. Lorsqu'il fut temps de l'embrasser, il se pencha, effleurant à peine ses lèvres des siennes. Ce n'était pas un baiser de passion, mais un sceau, une signature sur un contrat qu'il avait orchestré de bout en bout.
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Après la cérémonie, un dîner fut organisé dans une salle attenante. Sofia, assise à côté de Giovanni, jouait nerveusement avec sa serviette en tissu. Elle n'avait pas touché à son assiette, son estomac noué par l'anxiété et la tension palpable entre eux.
« Mange, » dit Giovanni d'un ton sec.
Elle releva les yeux vers lui, le défiant du regard. « Je n'ai pas faim. »
« Ce n'était pas une suggestion. »
Elle sentit une colère sourde monter en elle. « Vous avez peut-être obtenu ce que vous vouliez, mais vous ne pouvez pas contrôler chaque aspect de ma vie. »
Giovanni posa lentement sa fourchette, ses yeux noirs plongeant dans les siens. « Tu n'as pas encore compris, n'est-ce pas ? Ce mariage n'est pas un arrangement entre égaux. C'est un accord. Et dans cet accord, je suis celui qui fixe les règles. »
Sofia serra les poings sous la table, luttant contre l'envie de crier. « Vous êtes un monstre. »
Il ne sembla pas affecté par ses paroles. Au contraire, il esquissa un sourire froid. « Peut-être. Mais maintenant, tu es ma femme. Et tu ferais bien de t'y habituer. »
Elle détourna les yeux, sentant les larmes lui monter aux yeux. Mais elle se jura de ne pas pleurer devant lui. Elle n'allait pas lui donner cette satisfaction.
Les premiers jours de leur union étaient déjà marqués par une tension insoutenable. Et Sofia savait que ce n'était que le début d'un combat bien plus grand qu'elle. Un combat pour préserver ce qu'il restait de son âme face à un homme qui semblait déterminé à la briser. Sofia ouvrit les yeux en sentant un rayon de soleil pénétrer à travers les lourds rideaux de la chambre. Cette pièce imposante et luxueuse n'avait rien de chaleureux, et chaque détail de son décor semblait lui rappeler qu'elle n'était pas ici par choix. La veille, elle avait dû se marier à un homme qu'elle méprisait, et ce matin, elle se réveillait enchaînée à une nouvelle réalité.
Un discret coup sur la porte la tira de ses pensées. Une femme entra, probablement une domestique, portant un plateau avec un petit-déjeuner soigneusement préparé. Elle déposa le plateau sur une table près de la fenêtre et s'inclina légèrement.
« Monsieur Russo souhaite que vous soyez prête dans une heure. Il veut vous voir dans son bureau, » dit-elle, avant de sortir sans attendre de réponse.
Sofia se laissa tomber contre le dossier du lit, un soupir frustré s'échappant de ses lèvres. Elle n'avait aucune envie de le voir, mais elle savait qu'elle n'avait pas vraiment le choix. La veille, Giovanni avait été clair : elle devait obéir à ses règles.
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Une heure plus tard, elle se retrouva devant la porte du bureau de Giovanni. L'un des gardes l'ouvrit pour elle, et elle entra, le cœur lourd. Giovanni était assis à son bureau, penché sur une pile de documents, mais il releva la tête en entendant ses pas.
« Assieds-toi, » dit-il sans détour, désignant une chaise en face de lui.
Elle s'exécuta en silence, croisant les bras pour dissimuler son malaise.
« Nous avons un accord, » commença-t-il, sa voix basse mais autoritaire. « Maintenant que tu es ma femme, tu devras t'impliquer, d'une manière ou d'une autre, dans ma vie et mes affaires. »
Elle releva les yeux, ses sourcils se fronçant. « Qu'est-ce que vous voulez dire par 'm'impliquer' ? »
« Je ne vais pas te laisser errer dans cette maison sans rien faire, » répondit-il. « Tu travailleras pour moi. Rien de compliqué. Juste des tâches administratives pour commencer. »
Elle serra les poings. « Et si je refuse ? »
Un sourire glacial étira ses lèvres. « Refuser n'est pas une option, Sofia. »
Son ton ne laissait aucune place à la négociation. Elle détourna les yeux, incapable de soutenir son regard.
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Les jours suivants, Sofia se retrouva installée dans une petite pièce adjacente au bureau de Giovanni, entourée de piles de dossiers. Elle devait trier, classer et traiter des documents, dont beaucoup semblaient liés aux nombreuses entreprises légales que Giovanni possédait. Mais plus elle fouillait, plus elle remarquait des anomalies.
Certaines transactions semblaient suspectes, des montants exorbitants étant transférés entre différentes entités. D'autres documents portaient des codes qu'elle ne comprenait pas, mais qui éveillaient sa curiosité. Elle savait que Giovanni était un mafieux, mais voir des preuves concrètes de ses activités la rendait encore plus nerveuse.
Un après-midi, alors qu'elle était seule dans la pièce, elle osa ouvrir un dossier marqué d'un sceau rouge. À l'intérieur, elle trouva des listes de noms, des comptes bancaires et des montants qui donnaient le vertige.
Elle était en train de lire, le cœur battant, lorsque la porte s'ouvrit brusquement. Giovanni entra, son regard s'arrêtant immédiatement sur le dossier entre ses mains.
« Que fais-tu ? » demanda-t-il, sa voix glaciale.
Sofia sentit une vague de panique la submerger, mais elle se força à garder son calme. « Je travaille. Ce dossier était sur la pile. »
Il s'approcha lentement, son regard sombre fixé sur elle. « Ce dossier ne faisait pas partie des tâches que je t'ai confiées. »
Elle se redressa, tentant de masquer sa nervosité. « Comment suis-je censée savoir ce qui est permis ou non ? Vous m'avez jetée ici sans aucune instruction claire. »
Giovanni laissa échapper un rire bref, mais sans la moindre trace d'amusement. « Écoute-moi bien, Sofia. Tu fais ce que je te dis, et uniquement ce que je te dis. Si je te vois encore fouiller là où tu ne devrais pas, il y aura des conséquences. Est-ce clair ? »
Elle le fixa, la mâchoire serrée, mais ne répondit pas.
Il s'approcha davantage, se penchant pour murmurer près de son oreille. « Je te surveille, Sofia. Rappelle-toi toujours ça. »