Les Echos du Futur
img img Les Echos du Futur img Capítulo 4 LA TEMPETE
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Capítulo 6 L'INTRUS ET LA MONTRE img
Capítulo 7 AU ROYAUME DE L'OMBRE img
Capítulo 8 ESCLAVES img
Capítulo 9 L'ATTAQUE DES RAVAGEURS img
Capítulo 10 BIENVENUE A GARINOR img
Capítulo 11 LES SECRETS DU PREMIER GRIMOIRE img
Capítulo 12 ARCHER, LE GUERRIER DE LA LEGENDE img
Capítulo 13 LA VIEILLE HIVER img
Capítulo 14 SOUS LA MONTAGNE img
Capítulo 15 L'ENIGME DU MEDAILLON img
Capítulo 16 LE GARDIEN ET LE CAVALIER img
Capítulo 17 LA FIOLE img
Capítulo 18 LA MARQUE DU NECROMANCIEN img
Capítulo 19 SACRIFICE img
Capítulo 20 L'ENLEVEMENT img
Capítulo 21 PAR-DELA LES BRUMES img
Capítulo 22 EPILOGUE img
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Capítulo 4 LA TEMPETE

En chemin vers la petite impasse de la Chouette Violette, Ash constata que le ciel était désormais gris orage, alors qu'il avait fait un soleil tonitruant toute la journée. Et quelle journée ! Ash en était persuadée maintenant : elle avait croisé le fantôme de la réserve. Les jumeaux Iltis la regardèrent avec de grands yeux ronds quand elle leur raconta sa mésaventure.

- À quoi il ressemblait déjà ? lui fit répéter Allison.

- Très grand, les cheveux noirs. Il avait une marque de brûlure dans le cou...

- Et il avait des tatouages et une boucle d'oreille, finit sa meilleure amie. Ash, tu es sûre que ça va ?

- Je sais ce que j'ai vu ! se vexa l'adolescente. Il m'a même parlé. Il savait exactement où se rangeaient les livres !

- C'est vrai que c'est plutôt étrange pour un bibliothécaire, se moqua un peu Allison, ce qui lui donna droit à un coup de coude de la part de son frère.

- Moi, je te crois, affirma Milo avec un sourire timide.

Sourire que sa voisine lui rendit aussitôt, soulagée qu'il y ait encore une personne sur terre qui ne la croit pas cinglée.

- Vendu ! lui reprocha sa jumelle dans un haussement de sourcil espiègle.

Les deux intéressés se sentirent tellement mal à l'aise qu'ils rougirent jusqu'aux oreilles et Ash trouva le moyen de terminer la conversation en leur souhaitant une bonne soirée.

À peine avait-elle passé le pas de la porte que sa grande sœur Gwenaëlle lui sauta au cou et déposa un baiser sur sa joue. Ash déchira rapidement le bel emballage de son cadeau, puis remercia sa sœur pour la magnifique écharpe qui avait dû lui coûter une fortune.

Prise d'un élan soudain, l'adolescente fila comme une flèche au premier.

Gwenaëlle ne s'étonnait plus de ces choses-là. Sa petite sœur était comme ça. L'aînée de la famille était même persuadée que celle-ci ne l'écoutait pas quand elle lui précisa qu'un mystérieux paquet avait été déposé pour elle tout à l'heure.

Ash avait une bonne raison de se dépêcher ainsi. Il lui était venu une excellente idée. Dans le bric-à-brac de sa chambre, elle prit une grande feuille de dessin et son gros marqueur noir. La jeune fille traça des lettres bien épaisses. Veux-tu venir pour le goûter ? Il y a du gâteau au chocolat ! Dans la chambre de la maison d'en face, la lumière était déjà allumée et Ash scotcha la feuille sur sa vitre.

À genoux sur son lit, le nez collé à la fenêtre, Ash attendit. Il était temps qu'il sache que son ami lui manquait. Il était temps de rétablir le dialogue. L'adolescente se mit à espérer en voyant la silhouette de Mathieu Waechter se dessiner derrière les rideaux. Elle aurait aimé une réaction de sa part – même négative – mais rien ne se produisit.

Ash soupira déçue. Qu'avait-elle donc espéré ?

Elle se laissa glisser le long du mur jusqu'à ce que ses fesses entre en contact avec le matelas mou de son lit. Son pied cogna dans quelque chose. Un énorme paquet carré. Dans la ficelle fermant le papier kraft, une branche de myosotis était coincée ainsi qu'une enveloppe portant son nom. Encore un cadeau ! Chouette ! Mais de qui cela pouvait-il bien venir ? Ses sœurs et les jumeaux lui avaient déjà offert les leurs et Ash savait que son père ne lui donnerait le sien qu'après le dessert de ce soir.

L'enveloppe n'était pas cachetée. Ash extirpa délicatement la feuille très fine se trouvant à l'intérieur et lut d'abord la première phrase :

N'oublie jamais.

C'était bizarre parce que l'écriture tremblante lui était vaguement familière. En lisant ces mots, Ash pensa immédiatement à la signification du myosotis ; « ne m'oublie pas ». Malgré tout, la jeune fille dut avouer ne rien y comprendre. La suite du message était encore plus absurde. Juste deux phrases lui faisant presque penser à une maxime. Une maxime incompréhensible :

Quand un Seul sera à nouveau égal à Quatre

Contre les Ténèbres tu devras te battre...

Comment un pouvait être égal à quatre ? Cela n'avait aucun sens ! Et puis, pas vraiment sympathique la partie qui annonçait un combat contre les Ténèbres. Ash pensa à une mauvaise plaisanterie mais elle avait beau se creuser la cervelle, elle ignorait de qui cela pouvait venir. Les jumeaux Iltis auraient été moins subtils.

Le papier kraft se déchira d'un coup sec entre ses doigts mais ce qu'il y avait dedans la plongea un peu plus dans la perplexité.

Un livre. Un livre énorme. Sans aucun titre. Ni sur le devant ni sur la tranche de sa couverture en cuir bouilli. Il était abîmé. Un peu comme si on avait essayé de le détruire. Il avait l'air ancien et fragile. En douceur, Ash souleva l'épaisse couverture. La première page brunâtre légèrement gondolée portait une unique inscription tout en bas à droite. L'encre commençait à s'estomper mais l'adolescente réussit à déchiffrer ceci :

Propriété d'Elzéchiel Baltharus Zacchary GRIMAUD

Sorcier du Temps

Ash écarquilla ses yeux saphir si grands qu'ils furent à deux doigts de sortir. Une poussée d'adrénaline fit battre son cœur à tout rompre. Son cerveau tournait à plein régime. Au fond tout cela commençait à lui plaire : le colis anonyme, la lettre au message intriguant, et le livre – ou plutôt le grimoire – ayant appartenu à un soi-disant Sorcier.

Ash avait toujours rêvé de vivre une aventure aussi épique et grandiose que dans les romans qu'elle dévorait et d'y rencontrer toutes les créatures magiques dont sa mère lui avait parlé sans cesse. Pour être honnête, elle ressentait la même excitation qu'à la veille de Noël.

Même l'atmosphère qui régnait dans sa chambre était différente.

Au moment où elle s'apprêtait à tourner la page, le souffle court et les mains moites, la voix de son père l'appela depuis le rez-de-chaussée.

Pas maintenant !

L'adolescente se mordit la lèvre. Il appela encore, lui demanda de descendre et de venir leur donner un coup de main. Par peur de représailles, Ash referma la couverture, glissa le livre sous son lit et sortit de sa chambre.

Au bas des escaliers, Ash vit son père les bras chargés de sachets de course devant la porte d'entrée ouverte. Un courant d'air glacé traversa le couloir. La température extérieure avait drôlement baissé depuis tout à l'heure.

- Vous pensez en avoir assez ?!! se moqua Ash en voyant ses deux sœurs revenir de la voiture, les bras aussi encombrés que ceux de Maximilien.

- On annonce une tempête, précisa son père, une de celle qui pourrait bien nous bloquer à la maison plusieurs jours.

L'adolescente remonta la fermeture éclair de son gilet jusque sous son menton, remonta sa capuche et sortit dans la cour. Le vent était déjà en train de se lever. Aussitôt ses joues et son nez s'empourprèrent. Ash jeta un coup d'œil au ciel de plus en plus sombre. D'où pouvait bien venir cette tempête ? C'était tellement soudain après le soleil d'aujourd'hui. La famille Thaller s'empressa de vider le coffre de la voiture et de retourner bien au chaud dans leur maison.

Tandis que les pizzas cuisaient dans le four, ils s'installèrent devant un film. Un de ceux qu'ils connaissaient par cœur et qu'ils regardaient surtout pour le plaisir de pouvoir le commenter. Comme c'était l'anniversaire d'Ash, exceptionnellement, Maximilien les autorisa à manger devant la télévision. Quand arriva le moment du dessert, il appela sa grande fille de quinze ans dans la cuisine. Sur l'îlot central, son cadeau l'attendait.

Une boîte à l'intérieur de laquelle, il y avait un collier. Un pendentif-montre relié à une chaînette en or. Ash fixa l'objet avec une expression troublée. Puis ses yeux se posèrent sur son père qui lui adressa un clin d'œil.

- Il appartenait à ta mère, affirma Maximilien dans un regard triste.

- Je sais... La montre était à toi, et elle s'est arrêtée le jour où tu l'as rencontrée.

- Comme mon cœur, je crois bien ! essaya-t-il de plaisanter mais Ash sentait bien son chagrin. Comme la première que je t'ai tenu dans mes bras.

Ash lui sourit tendrement.

- Pourquoi tu me le donnes à moi ? Pourquoi pas à Gwen ou Léo ?

Maximilien se pencha vers elle et ses yeux saphir se plongèrent dans ceux de sa fille. Un sourire malicieux s'afficha alors sur ses lèvres.

- Parce que tu es ma préférée. Mais surtout ne dit rien à tes sœurs.

L'adolescente laissa échapper un petit rire. Il n'en pensait pas un mot. Son père les aimait toutes les trois de la même façon. Il avait simplement trouvé un moyen d'éluder la question.

Maximilien déposa un baiser sur le front d'Ash et sortit de la cuisine.

Ash resta seule. Elle admira les aiguilles figeaient dans le temps, à l'heure exact où ses parents s'étaient vus pour la première fois. Elle se rappela sa mère qui ne le retirait jamais. Elle redécouvrit les petites pierres de différentes couleurs ornant le cadran. Et il y en avait sept en tout ; une, orange vif comme un coucher de soleil, une petite émeraude ainsi qu'un saphir et un diamant (ou des imitations), une autre aussi noire qu'un corbeau et une violette foncé. La dernière était une petite pierre semblable à de l'ambre.

C'était vraiment un magnifique objet, finement ouvragé.

La jeune fille le retourna afin de voir l'inscription que son père avait fait graver à l'arrière. Jusqu'aux confins du Monde... Ash était trop petite à l'époque pour comprendre ce que cela voulait dire. En fait, même aujourd'hui, ces mots sonnaient encore comme un message codé.

Lorsqu'Ash se décida enfin à revenir au salon, le reste de la famille était en train de se chamailler à propos du prochain film à regarder. Léontine finit par couper court et proposa un jeu de société à la place. Tout le monde acquiesça. Ils passèrent un moment convivial, en profitèrent pour discuter de tout et de rien, pour s'embarrasser avec des souvenirs gênants. Ils rigolèrent tellement qu'ils finirent par perdre le fil du jeu.

Pendant tout ce temps et malgré la bonne humeur qui régnait, Ash n'arrêtait pas de penser au livre caché sous son lit.

Leur père finit par s'endormir sur le canapé. Alors que ses sœurs choisirent de rester à regarder la télévision, Ash se dépêcha de les embrasser et de leur souhaiter bonne nuit.

En réalité, Ash n'avait aucunement l'intention d'aller se coucher. Elle voulait au plus vite pouvoir étudier le contenu du vieux grimoire. Pour ne pas éveiller les soupçons, l'adolescente fit comme d'habitude.

D'abord se débarbouiller la frimousse, puis se brosser les dents pour ensuite revêtir l'ensemble dépareillé t-shirt et short trop grand qui lui servait de pyjama. Dans la chambre, sur le lit d'Ash, Raoul le chat noir dormait étalé de tout son long. Elle en profita pour le gratter sous le ventre. Là où son poil était le plus doux. Le félin ronronna et s'étira en émettant un petit son aigu. Ash le traita de gros matou.

Puis, après avoir déposé la montre sur sa table de chevet, Ash se mit à quatre pattes et tendit la main sous le sommier. Celle-ci se referma sur le vide. Elle tâtonna la moquette poussiéreuse à plusieurs reprises avant de passer la tête sous les couvertures.

Le livre n'était plus là.

Vers minuit les premiers flocons étaient tombés. La tempête faisait rage désormais. Le vent frappait avec force les carreaux des fenêtres. Il s'était introduit dans le grenier mal isolé au-dessus de la chambre à coucher. Son sifflement avait quelque chose d'effrayant, c'était un bruit absolument horrible.

Depuis plus de deux heures maintenant, Ash se tournait et retournait dans son lit, essayant vainement de s'endormir. Impossible de trouver le sommeil. Où avait bien pu passer ce maudit bouquin ? Là encore, impossible de donner à cette question une réponse logique et censée.

L'adolescente observait le ciel orange traversé par de gros flocons, de plus en plus nombreux, quand soudain la fenêtre à côté du lit de Gwenaëlle s'ouvrit violemment. Le vent manqua d'arracher le cadre de bois dans un craquement sourd. Un froid glacial s'engouffra dans la pièce. Une tornade de flocons entra brusquement.

Son cœur bondit dans sa poitrine. En même temps que son chat noir se relevait en sursaut et crachait de toutes ses forces vers l'extérieur.

Ash se jeta presque hors de son lit et referma rapidement la fenêtre. Raoul, en position d'attaque, continuait de fixait la vitre en émettant un grognement sinistre. Le plus surprenant était que tout ce vacarme n'avait même pas réveillé sa grande sœur. Gwenaëlle n'avait pas bougé d'un centimètre. Elle dormait à poings fermés.

Il se passe des choses étranges ici... pensa l'adolescente confuse et inquiète.

Au-dehors le vent emportait la neige dans d'immenses tourbillons. La tempête provoquait des baisses de tension sur les lampadaires de l'impasse et les néons du tunnel. Son souffle chaud fit de la buée sur la vitre froide lorsque sa respiration s'accéléra. Ash recula dans l'obscurité de sa chambre car, là en bas, devant la maison des Waechter, elle vit une ombre... une silhouette. Celle de quelqu'un recouvert des pieds à la tête d'une longue et large cape aux couleurs de la nuit. Son cœur cogna fort dans sa poitrine. Sa bouche devint sèche. Ash était persuadée que l'individu avait regardé dans sa direction. Et elle était sûre qu'il s'agissait de la même ombre qui l'avait suivie toute la journée.

La silhouette bougea et avança dans la neige qui recouvrait tout. L'ombre noire emprunta le sentier au bout de l'impasse et disparut dans l'épaisse forêt. À la fenêtre d'en face, Ash distingua une forme derrière les carreaux.

Mathieu Waechter était lui aussi réveillé.

L'adolescente hésita. Il s'était produit beaucoup de choses bizarres aujourd'hui. Mais en son for intérieur tout lui disait qu'il fallait absolument suivre l'ombre qui venait d'entrer dans les bois. Une petite voix lui soufflait que quelque chose d'important allait se produire. Et une chose était sûre ; Ashley Thaller voulait en faire partie.

La vieille horloge du salon sonna trois heures du matin.

Dans la pénombre et d'une discrétion inhabituelle chez elle, la jeune fille renfila ses habits de la journée. Sans trop comprendre pourquoi – comme si une autre personne lui dictait sa conduite – Ash vida son sac à dos de son contenu et le remplaça par les éléments de la liste « à toujours avoir dans son sac en cas d'attaque zombie ». Quelques paires de chaussettes propres, quelques sous-vêtements de rechange, un gros pull, une brosse à dents et du dentifrice, un couteau suisse et quelques autres petits trucs qui lui parurent utiles. On aurait dit qu'elle partait pour une expédition de plusieurs jours. Ash ne put se résoudre à partir sans le vieux collier-montre de son père.

En catimini, l'adolescente se faufila hors de la chambre. Raoul sur ses talons. D'un pas léger, Ash ne marcha que là où le bois grinçait le moins dans les marches de l'escalier.

À l'étage inférieur, seuls les tic-tacs du gros pendule et les crépitements du poêle à bois se faisaient entendre. Ash pensait qu'il serait judicieux de passer par la salle à manger, afin de récupérer des bougies et des allumettes dans le grand buffet.

Au fond d'un des tiroirs, Ash tomba sur un cadre photo qu'elle avait presque oublié. Le portrait d'une très belle femme aux yeux marron absents. Sa longue chevelure blonde presque blanche tombait gracieusement en boucles parfaites sur ses épaules. La photo lui souriait d'un air mélancolique. Ash détacha l'arrière du cadre et glissa le papier glacé dans son sac. Puis l'adolescente se saisit de la grosse lanterne sur la table (on avait l'habitude des coupures de courant par ici !) et alluma le pilier à l'intérieur.

Ensuite, dans l'entrée, elle enfila son épais manteau, plongea ses mains dans des moufles, enfonça son bonnet sur ses cheveux clairs et s'emmitoufla dans une longue écharpe.

Dehors, le froid la piqua immédiatement et le vent lui congela presque le visage. À peine eut-il mis le museau hors de la chatière que Raoul fit demi-tour aussi sec.

- Froussard ! lui reprocha Ash.

La présence du félin la réconfortait et l'aurait bien aidé mais en même temps il n'y avait qu'elle qui soit assez folle pour sortir à trois heures du matin en pleine tempête de neige. Le vent malmenait le jardin entièrement enseveli sous un manteau blanc. Ash releva sa capuche et, prenant son courage à deux mains, descendit dans l'allée. Une violente rafale faillit la balayer sur le côté. Cette tempête était bien plus féroce que toutes celles qu'ils avaient déjà connues. Essayant à tout prix de protéger ses joues du froid, Ash réussit à atteindre la rue.

Les traces de pas de l'individu étaient déjà entièrement recouvertes d'une autre couche de neige. Luttant de toutes ses forces contre le vent, l'adolescente se dirigea vers l'orée de la forêt. Là, sur le sentier blanc la piste recommençait et s'enfonçait entre les arbres.

Lanterne au poing, Ash Thaller pénétra dans la forêt en priant pour que la petite flamme ne s'éteigne pas...

Au même instant, la porte du numéro un de l'impasse de la Chouette Violette s'ouvrit. Un faisceau de lumière éclaira la rue. La silhouette emmitouflée comme pour une expédition polaire fut surprise d'en voir une deuxième arrivait de l'autre côté de la rue au milieu des tourbillons de neige. Les deux personnes se regardèrent incrédules. Qui pouvait bien être encore debout à cette heure en pleine tempête ? Au loin, la lueur de la flamme avait disparu. Ils marchèrent côte à côte jusqu'au sentier, les faisceaux lumineux balayèrent l'endroit. Deux traces de pas différentes continuaient dans la sombre forêt. La plus grande des silhouettes passa en premier et suivit le même chemin qu'Ash et l'individu en noir.

La neige fraîche s'affaissait à chacun de ses pas en émettant ce craquement si particulier. De la buée sortait de sa bouche, Ash était complètement gelée. Au moins, sous les grands pins touffus il y avait moins de vent. Sa lanterne allumée créait des ombres inquiétantes autour d'elle et la piste s'arrêtait là. Au milieu de nulle part.

Un craquement de branche la fit se tourner vers la gauche. Ash était presque sûre que son cœur avait raté un battement ou deux. Sur la droite, l'adolescente perçut un souffle rauque. À vrai dire, cela s'apparentait davantage à un grognement de bête sauvage. Ash déglutit avant de retenir sa respiration. Une ombre. Quelque chose se déplaçait entre les arbres. Et ce n'était pas humain ! Ash pivota plusieurs fois sur elle-même. Le bruit cessa. Soudain, deux faisceaux de lampes électriques l'aveuglèrent.

- Ash ?! l'interpella une voix familière.

- Tu veux bien baisser ta lampe, s'il te plait ? répondit l'intéressée en se protégeant de l'éclairage et le cœur battant la chamade.

Les deux détenteurs des torches les abaissèrent mais seulement l'un des deux s'excusa. L'autre n'avait pas encore dit un mot. On ne pouvait même pas voir son visage tant l'individu était protégé contre le froid. En revanche, à côté de la silhouette élancée, Ash fut soulagée de voir sa meilleure amie : Allison Iltis.

Tandis que la jeune fille rousse s'inquiétait de savoir si son amie allait bien, l'autre personne s'éloigna un peu et scruta les alentours.

- Toi aussi tu l'as vue, n'est-ce pas ? demanda Allison à Ash.

- Vu quoi ? questionna à son tour la jeune fille aux iris saphir.

- L'ombre dans la rue... dit enfin la personne arrivée en même temps qu'Allison.

Mathieu Waechter retira son capuchon. Ses yeux noisette fixèrent intensément Ash d'un air sombre. Puis il balaya les environs à l'aide de sa lampe avant d'ajouter :

- J'ai eu l'impression d'être observé toute la journée.

- Moi aussi ! s'enquit Allison.

- Et je parie que toi aussi ! affirma le garçon en lui braquant sa lumière dans les yeux.

Ash n'eut même pas à confirmer. Mathieu connaissait déjà la réponse. Il avait déjà l'air de tout savoir de son ressenti ou des choses qu'elle avait faites.

- Je suis même prêt à parier tout ce que j'ai, continua-t-il, que vous non plus vous n'arriviez pas à trouver le sommeil. Qu'une petite voix vous a dit qu'il fallait absolument venir ici.

- Comment tu peux savoir ça ? s'impatienta Allison.

- Franchement ! lâcha-t-il avec un air presque dépité. Tu trouves ça normal que trois adolescents se retrouvent au même moment dans la forêt, un soir de tempête en suivant une ombre ? Un ombre qu'ils ne sont même pas sûrs d'avoir vu.

À ces mots, il posa sur Ash un regard chargé d'émotion.

Le craquement d'une branche les fit tressaillir tous les trois. Instinctivement ils se rapprochèrent les uns des autres. Quelque chose bougea rapidement entre les arbres.

- Qu'est-ce que c'était ? paniqua Allison.

Le fait de n'avoir aucune réponse en retour accentua sa peur et Allison s'accrocha au premier bras qu'elle trouva. Ash entendit un curieux gémissement, tel celui d'un chien apeuré. L'adolescente tendit sa lanterne et vit une forme animale. Un loup. Un loup noir gigantesque. Il n'avait pas une taille normale. Ash aurait pu le chevaucher si elle l'avait voulu. L'animal les fixait de ses yeux vairons – un œil bleu et un œil violet. Sur l'œil de gauche, le violet, il y avait trois profondes entailles cicatrisées.

Poussée par son instinct, l'adolescente s'avança lentement vers la bête dont les naseaux crachaient de la vapeur d'eau.

- Ash, t'es dingue ?!? souffla sa meilleure amie tétanisée.

Allison n'avait pas réussi à la retenir. Ash ignorait pourquoi elle faisait cela. Le loup pouvait la couper en deux d'un simple coup de patte. Sans geste brusque, elle retira un de ses moufles et tendit sa main nue vers le canidé. Celui-ci tendit sa truffe vers la petite paume et la renifla. Ils se touchaient presque lorsque l'animal hurla soudainement. L'adolescente recula vite-fait. La bête allait tous les dévorer. Mais, contre toute attente, le loup fit demi-tour et disparut de leur champ de vision.

- Il ne vous fera aucun mal, lança une voix rauque depuis la pénombre.

Ash n'en crut pas ses oreilles. Elle avait immédiatement reconnu cette voix et elle ne pourrait plus jamais l'oublier. Devant eux se tenait un individu, d'au moins un mètre quatre-vingt-dix, encapé de noir. Ash se rappelait sa carrure imposante et ses cheveux ébène puisqu'elle l'avait déjà vu auparavant. Le fantôme de la bibliothèque.

- À la seule condition que vous fassiez exactement ce que je vous dis, ajouta l'étranger.

Il fit un pas vers eux. Les trois adolescents se resserrent un peu plus.

- Lâche mon bras !!! grinça soudain Mathieu entre ses dents.

Allison ne s'était même pas rendu compte qu'elle tenait toujours le bras du garçon. Devant le regard noir qui lui lançait, elle relâcha aussitôt son étreinte. Ash vit Mathieu remuer ses doigts énergiquement. Sa meilleure amie avait dû serrer à lui en couper la circulation.

L'homme en face d'eux émit un petit rire amusé que Mathieu prit pour une attaque. Il essaya de sauter sur l'individu. D'une seule de ses larges mains, il l'arrêta dans son élan et le garçon bascula en arrière tombant sur ses fesses. Tous le regardèrent bouche bée.

- Il m'avait prévenu que tu réagirais ainsi ! dit le faux fantôme d'un ton énigmatique.

L'individu leur tourna autour comme un rapace guettant sa proie. Ash fut la seule à remarquer que l'index de sa main droite était pointé vers le sol. La ligne imaginaire de son doigt traçait comme par enchantement un cercle dans la poudreuse.

Impossible ! pensa l'adolescente abasourdie.

Il passa par-dessus la ligne qui les séparait. Mathieu se releva vite-fait et s'éloigna au maximum de l'étranger. L'homme passa une main sous sa cape. Lorsqu'il la ressortit, celle-ci tenait entre ses doigts une sphère parfaite qui luisait d'un bleu magnifique et étincelant. Un frisson désagréable remonta le long de la colonne d'Ash.

- Savez-vous ce qu'est ceci ? leur demanda l'homme en jouant avec la sphère.

Le ton de sa voix n'avait rien de menaçant mais la question ne présageait rien de bon. Les trois adolescents répondirent par un signe négatif de la tête n'osant plus prononcer un mot.

- Évidemment que non... soupira-t-il. Ma foi, cela viendra.

À l'entendre, on aurait pu croire que l'étranger savait ce que l'avenir leur réservait.

Puis, de façon totalement inattendue, il jeta avec force la sphère dans la neige. L'objet explosa en mille morceaux dans un vacarme assourdissant. Une forte déflagration fit presque décoller les trois adolescents du sol. Un vent puissant souleva les cheveux d'Allison au-dessus de sa tête. Une puissante onde de choc traversa le corps d'Ash et l'engourdit. Une lumière aveuglante grandit autour d'eux. Bientôt l'adolescente ne distingua plus Mathieu ni Allison. Ash chercha en vain la main de sa meilleure amie. Alors que son corps semblait ne plus lui appartenir et qu'elle avait la nausée au point de s'évanouir, l'homme de la bibliothèque se pencha à son oreille :

- Bienvenue dans mon cauchemar.

Ash, pétrifiée, trouva la force de le regarder. Sa vision était trouble mais elle devina son visage à quelques centimètres du sien. Ash vit deux yeux vairons la fixer. Un œil bleu et un œil violet avec trois profondes entailles cicatrisées.

Tout à coup, son corps fut happé par le vide, le sol venait de se dérober sous ses pieds. Ash ne voyait plus que la lumière éblouissante. Elle voulut crier mais aucun son ne sortit de sa bouche. Ensuite, son corps lourd heurta quelque chose de dur, Ash en eut le souffle coupé et tout devint noir.

            
            

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