Cette chaleur rappelait beaucoup de souvenirs à Gasby. En cinquante ans, il avait eu le temps d'en avoir. Des soirées d'hiver, où il se réunissait avec sa famille autour d'une soupe que sa femme avait faite, après une dure journée de travail bien remplie. Des nuits passées à aimer sa femme, comme il n'avait aimé personne d'autre. Des nuits où, en silence, il se glissait dans la chambre de ses enfants pour leur caresser la tête et balader ses doigts dans leurs boucles brunes.
Tous ces souvenirs n'étaient qu'une toute petite partie, une très infime partie des souvenirs chaleureux de Gasby et tous ensembles, ils créaient au fond de lui cette sensation réconfortante qui l'avait aidé à affronter tellement de choses.
Pourtant, lorsque Gasby ouvrit les yeux, même si la sensation de chaleur perdura au fond de lui, tous ses souvenirs disparurent de son esprit, comme si son inconscient les avait enfermé dans une boite. Le soleil était haut dans le ciel et il se couvrit les yeux pour lutter contre l'éblouissement.
-Il était temps, j'ai cru que j'avais ramassé un mort. Mais les cadavres ça ne respire pas, déclara une voix grave sur sa droite.
Gasby cligna des yeux et se redressa, pressant la paume de ses mains sur son visage pour essayer de faire disparaître les tâches lumineuses dues à l'éblouissement.
-Tiens, bois ça. Je ne sais pas depuis combien de temps tu t'ais perdu dans le désert, mais il y a plus malin que d'essayer de le traverser à pied tu ne penses pas?
Gasby essaya de distinguer son interlocuteur entre ses doigts et fini par découvrir complètement son visage pour saisir le long tube en bambou qu'on lui tendait. Il bu une gorgée et il eut l'impression d'avoir avalée de la glace liquide.
-Désagréable, hein? fit remarquer son interlocuteur en apercevant la grimace de Gasby. Mais il n'y a pas plus efficace contre la déshydratation, crois moi! Sinon je ne dépenserai pas autant d'argent pour en acheter.
Gasby reboucha le tube en bambou et le rendit à son propriétaire, le regardant pour la première fois, la sensation d'aveuglement ayant complètement disparu après avoir bu l'étrange breuvage. Adossé contre un mur en pierre, il était grand, blond avec des yeux verts qu'il avait maquillé avec deux traits épais noirs qui marquait leur contour. Une légère barbe de quelques jours couvrait ses joues et son corps était entièrement couvert par une cape de voyage couleur sable. Le voyageur ne fit aucun mouvement pour récupérer son tube mais un objet volant rapide, semblable à un éclair d'acier, vint crocheter la ficelle accrochée au bambou et la ramener dans la besace posée à côté de lui.
-Comment t'appelles tu, étranger, demanda le voyageur, se redressant. Moi c'est Dagger.
Quelque chose dans son mouvement étrange intrigua Gasby sans qu'il sache réellement quoi. Et il décida de ne pas se formaliser du discourt familier de son interlocuteur bien que de toute évidence, il était bien plus âgé que le dénommé Dagger.
-Gasby.
-Eh bien Gasby, maintenant que tu es réveillé on va pouvoir entrer, déclara Dagger en désignant l'immense mur derrière lui sur lequel il s'était adossé. Je n'ai pas pu passer la sécurité tout à l'heure. Avec toi inconscient, ils m'auraient arrêté pour assassinat et brûlé avant d'avoir vérifié que tu étais encore en vie.
Gasby leva les yeux vers le mur. Il s'agissait de toute évidence d'une muraille mais c'était la plus grande muraille qu'il ait jamais vu et elle semblait venir défier les nuages, absents dans le ciel. Sa bouche se décrocha.
- Eh bien, tu n'es pas très bavard, mais au moins tes expressions sont sincères, fit remarquer le voyageur. Allez dépêchons nous d'entrer, moins de temps je passe dans ce désert, mieux je me porte.
Il se pencha dans ce qui semblait être un mouvement pour ramasser sa besace mais l'étrange éclair d'acier resurgit de sous sa cape, saisie la lanière du sac avant de venir la pendre sur une des épaules de Dagger. Avant qu'il ne redisparaisse dans la cape, Gasby aperçu très clairement que ce qu'il avait prit pour un éclair à cause de sa vitesse était en réalité un poignard.
Dagger le remarqua.
-Curieux, demanda-t-il avec amusement. Ce petit gars s'appelle Rosti et c'est ma main droite. (Devant le regard dubitatif de Gasby, il poursuivit avec un rire). Dans tous les sens du terme.
Il y eut comme un violent courant d'air et la cape de Dagger se souleva, dévoilant un impressionnant gilet en cuir noir couvert de poches contenant des poignards. Mais ce n'était pas ce détail qui attira le regard de Gasby. A la place de ce qui aurait du être deux bras, se trouvaient deux moignons, juste au niveau des épaules.
Dagger était manchot.
Une dague sortie de sa poche et s'échappa de la cape juste avant qu'elle ne retombe.
-Et voici Destha, ma main gauche, poursuivit Dagger comme s'il n'avait pas été interrompu. Elle est assez jalouse de sa position, fit il remarquer alors que le poignard s'était mis à lui piquer la joue de son extrémité pointue. Mais elle ne se rend pas compte que j'étais gaucher à l'époque où j'avais encore mes deux bras.
A ces mots, le poignard sembla se calmer et disparut sous la cape, rejoignant sans doute son compartiment.
-Comment les contrôler vous? demanda Gasby, impressionné.
Ça ne pouvait pas être de la magie n'est-ce pas?
Dagger éclata de rire.
-Mais où as tu voyagé pendant tout ce temps? Avec de la magie bien sûr!
Le cœur de Gasby fit un bon dans sa poitrine, l'excitation courant dans ses veines.
-Télékinésie? demanda-t-il, ne sachant trop comment il avait pu connaître ce mot.
Dagger eut un sourire étrange, ses yeux verts s'emplissant d'une ombre que Gasby ne sut comment expliquer.
-Pas tout à fait, mais c'est vrai que ça y ressemble.
Il n'ajouta rien de plus et se mit en route. Gasby le suivit trop fasciné pour se formaliser de son ton évasif.
-Tu n'as pas chaud avec ce vêtement ? Demanda Dagger alors qu'ils contournaient la muraille par le sud. C'est beaucoup trop chaud pour voyager dans le désert tu ne penses pas ?
Il regardait avec beaucoup d'intérêt le manteau de Gasby et ce dernier s'y intéressa pour la première fois depuis qu'il avait ouvert les yeux. Il était fait avec des tissus épais mais il était étrangement léger. Gasby le retira, ne portant plus qu'une tunique épaisse.
-D'où viens-tu à la base ? Poursuivis Dagger alors qu'il continuait à observer le manteau de Gasby avec beaucoup d'intérêt.
Le menuisier ouvrit la bouche pour répondre mais rien n'en sortie. Dagger le remarqua.
-Amnésique ? Le désert fait souvent cet effet, surtout quand tu y restes longtemps avec des vêtements peu adaptés. (Il eut un nouveau regard vers le manteau avant de poursuivre). Moi je viens d'Aalar, au Nord-ouest d'ici. Il y a pas mal de massif là-bas mais personne ne porte de telle chose, déclara-t-Il en pointant du menton le manteau. Ah, nous y voilà.
Gasby leva les yeux et aperçu les immenses portes qui servaient d'entrée. Il pouvait presque s'imaginer une citadelle cachée derrière. Au pieds des portes, minuscules, se trouvaient plusieurs gardes à l'allure agitée alors qu'ils fouillaient et vérifiaient les entrants et leurs bagages. Alors que l'un des gardes venait à leur rencontre, une trentaines de poignards cachés sous la cape de Dagger sortirent de leur cachette si vite que Gasby crut le rêver, rasèrent le sol et se précipitèrent vers le sommet de la muraille avant de disparaître derrière les murs.
-Avez vous une autorisation de passage? demanda le garde d'une voix bourrue, sans doute las de poser la question toute la journée.
Avant que Gasby ne puisse dire quoi que ce soit, Dagger le devança.
-Moi oui, mais mon compagnon de voyage s'est fait volé la sienne lorsqu'on s'est fait attaqué par des brigands.
Le menuisier entendit très clairement le bruit de l'argent qui change de main sans qu'il ne puisse rien voir.
-Bien sur je comprends. (Il saisit un tampon en bois qu'il posa sur le torse de Dagger, au niveau de son cœur avant de le poser sur le dos de la main de Gasby). Vous pouvez passer maintenant.
Il s'effaça pour les laisser passer et alors que Gasby allait poser une question, Dagger lui marcha sur le pied.
-Pas maintenant. Tu ne poses pas beaucoup de question, mais tu as le don de les poser au mauvais moment.
Gasby ne se formalisa pas de son reproche et pressa le pas pour ne pas se laisser distancer alors que Dagger baissait la tête en passant à côté des autres gardes.
Une fois à l'intérieur, Dagger tourna immédiatement à gauche, s'engouffrant dans une ruelle obscure, Gasby sur ses talons. A peine avait-ils disparue au coin de la rue que les poignards de Dagger sortirent de l'ombre et vinrent récupérer leur place sous sa cape.
-Ils ont vraiment renforcé la sécurité par rapport à la dernière fois que je suis venu, fit remarquer Dagger, sans doute plus pour lui même alors qu'il passait la tête à l'angle de la rue pour observer l'activité des gardes.
-De qu'elle autorisation il parlait? demanda Gasby, fouillant dans ses poches à la recherche de la sienne.
Dagger arrêta d'observer les gardes pour se tourner vers Gasby. Le menuisier ne pouvait pas s'empêcher de lui trouver un air menaçant mais la sensation disparut presque immédiatement.
-Il y a quelques semaines, un attentat a été commis contre le magistrat de cette ville et depuis, toute personne entrant dans la citadelle doit avoir une bonne raison de le faire. En tant que simple voyageur, aucun de nous n'a de raison acceptable de venir car on n'est pas des marchands, qu'on a rien à vendre à part nos services. C'est dans ce genre de moment qu'avoir des connaissances dans la milice et de l'argent s'avèrent utile.
-Qu'est il arrivé au magistrat ? Demanda Gasby bien qu'il pensait se douter de la réponse.
-Mort déclara Dagger d'un ton détaché. Je t'épargne les détails parce que ce n'était pas beau à voir mais celui qui a fait ça ne sait pas travailler dans la finesse.
Dagger leva les yeux vers le ciel, inspectant la position du soleil.
-On devrait se dépêcher de trouver un endroit où séjourner avant que les retardataires se rendent compte qu'ils ont nulle part où crécher.
Il sortie de la ruelle et Gasby suivit son guide qui semblait bien connaître la ville. Les rues étaient très vivantes, les passants se pressant les uns aux autres pour observer les échoppes qui s'étalaient de part et d'autres.
-Fais attention à ta bourse. Les vols sont fréquents dans ces rues.
-Je n'en ai pas, fit remarquer Gasby à la recherche de la supposée bourse.
Dagger haussa un sourcil.
-De mieux en mieux. Comment tu comptes payer l'auberge ? Au moins l'avantage c'est que tu n'as rien que l'on puisse te voler.
-Je pensais payer avec ça, expliqua Gasby alors qu'il désignait le manteau qu'il portait sous le bras. Il ne connaissait pas sa valeur mais étant faite avec de beaux matériaux, il se doutait qu'elle pouvait quand même lui rapporter une petite somme.
Dagger y jeta un œil critique et la lueur d'intérêt brilla dans ses yeux.
-C'est vrai que tu devrais pouvoir en tirer un bon prix. Mais ça ne sera peut être pas suffisant pour ton séjour à Olvidal. Tout dépend de ce qui t'emmène et de la durée de ton séjour.
Gasby ne répondit pas. Pas parce qu'il ne voulait pas répondre, mais simplement parce qu'il ne connaissait pas lui-même la réponse.
Qu'était il venu faire dans ce désert ? Avait-il cherché à rejoindre la forteresse comme semblait le penser Dagger ? Et que faisait il avec des vêtements si inadapté au climat ? Avait-il fait un séjour à la montagne ? Peut-être vivait il en haut d'un sommet ?
Il resta un moment interdit, des dizaines de questions fusant dans son esprit avant que Dagger ne lui plante le paume d'un de ses poignards dans les côtes.
-Tu vois la tour tout là bas au fond ? Celle qui est sur une colline. C'est le centre d'Olvidal.
Gasby observa la flèche, longue et svelte se dresser vers le ciel, les rayons du soleil se réfléchissant sur ses parois. Elle semblait entièrement faite en verre.
-Et là bas c'est Sevket, poursuivit Dagger, encouragé par l'air ébahis et émerveillé de Gasby. La bibliothèque royale. C'est aussi la plus grande réserve de documents du royaume, dit-il une certaine fierté dans la voix.
Il désignait un bâtiment situé à l'arrière de la tour, avec une grande coupole lui servant de toit, soutenue par d'immense pilier.
Alors qu'ils tournaient dans une rue un peu plus étroite, mais pas moins fréquentée, Gasby s'intéressa aux différents passants. On y croisait une variété de personnes, passant de ceux qui avaient une peau si blanche qu'elle avait l'air transparente à celles de ceux visiblement habitués au soleil qui avait une couleur si sombre que pour certains on ne distinguait leurs yeux que grâce au blanc de leurs prunelles.
-Il y a toujours autant de monde par ici ? Demanda Gasby alors qu'il esquivait un homme de petite taille aussi grand que large qui portait une grande caisse en bois qui semblait animée d'une volonté propre.
-Il y a peut-être un peu moins de gens que d'habitude, commenta Dagger. Malgré l'attentat, si ta bourse est pleine tu peux toujours entrer dans la ville mais pas tout le monde à les moyens de se le permettre.
Alors qu'ils passaient proche d'une échoppe qui présentait les vertus de différentes pierres, le marchand hurla :
-Gard, tu as de la monnaie sur trente-cinq gables ?
Gasby vit le marchand d'en fasse se lever et fouiller dans le coffre sur lequel il s'était assis et jeter une poignée de pièce à son collègue après les avoir compté . Alors qu'il ne semblait pas y avoir mis beaucoup de force, les petites pièces fusèrent jusqu'à la main tendue du premier marchand qui ne fit aucun effort particulier pour les attraper. Il les compta rapidement du regard et envoya une pièce plus grosse à son collègue. Celle-ci fusa à travers les passants et s'en entrer en contact avec personne, atterrit avec un bruit métallique dans le coffre.
Un peu plus loin, un vieillard à la longue barbe grisonnante claquait des doigts pour faire apparaître des petites boules de feu violettes qu'il enfermait dans des sphères en cristal avant de les poser sur l'étalage en face de lui.
A quelques mètres de Gasby, marchant à sens inverse, un jeune garçon s'amusait à faire léviter la petite boule du bout des doigts sous les remontrances de sa mère qui semblait craindre qu'il ne la casse. Gasby regardait avec émerveillement cette effusion de magie et se rappela des livres qu'il avait l'habitude de lire et de recopier minutieusement. Elle semblait loin cette époque où il passait une grande partie de sa journée à rêver de runes et de cercles magiques. Et tout à coup, il s'arrêta, percutant un passant qui n'avait pas prévu son mouvement brusque. Que faisait il ici ? Où était passé son village ? Et sa maison ? Et sa famille ? Que lui était il arrivée ?
-Gasby ? L'appela Dagger, ramenant le menuisier à la réalité.
-Désolé, dit il avec un sourire un peu forcé. Je me suis perdu dans mes pensées.
Si son comportement lui sembla étrange, Dagger ne le montra pas et il se remis en route. Il s'arrêta enfin devant un établissement avec plusieurs étages et au mur entièrement fait en pierre situé au coin d'une rue étroite peu avenante. De l'extérieur, l'auberge ne payait pas de mine, semblant trop étroite pour être une auberge réellement convoitée. Dagger s'approcha de la porte en bois sombre et Gasby s'aperçut qu'elle était rongée par des mites. Un de ses poignards, Destha à en juger par la finesse de sa lame et sa couleur plus sombre, frappa à la porte trois coups, fit une légère pause avant de redonner un coup et de pousser le lourd battant en bois avec son manche. Gasby resta cloué à l'entrée de l'auberge.
L'intérieur était beaucoup plus grand que ce que laissait présager l'extérieur et toutes les tables étaient occupées. La salle, entièrement faite en pierres avec des poutres en bois, avait une atmosphère accueillante et chaleureuse, de grandes fenêtres donnant sur l'extérieur. Gasby se recula pour essayer de les voir depuis le dehors mais il ne vit qu'une façade en pierre sale et poussiéreuse.
-Tu te décides à entrer? lui demanda Dagger qui avait passé la tête dans l'entrebâillement de la porte. Sinon tu vas rester coincer dehors jusqu'à ce que quelqu'un t'ouvre.
Gasby lui lança un regard hagard alors qu'il passait la porte à son tour, désignant encore la façade.
-L'extérieur, balbutia-t-il ébahis, alors que l'intérieur ne lui semblait pas réel.
A peine le mot avait il franchi ses lèvres qu'il eut l'impression qu'une solution visqueuse s'écoulait sur lui et envahissait ses veines, alors qu'il lui semblait que tous les liquides de son corps se gelaient. Sous la surprise, il rata les deux marches d'accès qui descendait dans la pièce et se rattrapa de justesse à Dagger, sentant les poignées des dagues à travers le tissu fin de sa cape de voyage.
Dagger ricana devant son expression et le laissa se stabiliser sur ses pieds.
-C'est une illusion. Suis moi, je vais te présenter la maîtresse en la matière.
Il zigzagua avec facilité entre les tables, les chaises occupées et les clients jusqu'à se frayer un passage au comptoir où il repéra un siège vide.
-Allez, assieds toi avant que tu ne claque sur le plancher.
Gasby obéit, et bien qu'il ne comprenne pas le mot "claquer", qui de toute évidence n'était pas positif dans la bouche de Dagger, il décida de ne pas s'en formaliser.
-Fouzik, appela le maître des poignards. Tu nous mettra deux bières ici quand tu pourras.
Après s'être remis de sa surprise, Gasby se pencha pour essayer d'apercevoir le dénommé Fouzik et fut surpris de constater qu'il s'agissait en fait d'une femme. Elle devait être un peu plus jeune que lui, ses formes généreuses étirant le tissus de sa robe alors qu'elle se déplaçait avec une aisance surprenante derrière le bar.
-Qu'est-ce que tu vois? Lui demanda Dagger. Personnellement, je vois une jeune femme tout à fait ravissante avec des cheveux roux ondulés. Mais je sais que c'est faux car elle a une fille à peine plus jeune que moi. Méfie toi de ce que tu verras ici, c'est le repère des illusions en tout genre et il ne faut pas trop se fier ni à ses yeux, ni aux apparences.
-C'est rare de te voir accompagné, fit remarquer une voix douce alors que la barmaid déposait deux chopes devant eux.
-Gasby, je te présente Fouzik la meilleure illusionniste du royaume. (Il se tourna vers la tavernière avant de baisser la voix). Je l'ai trouvé à une heure de marche de la muraille et je l'ai pris avec moi comme il avait l'air un peu perdu.
Gasby sourit face à sa formulation. Il savait que pour Dagger, à cause de son âge il devait ressembler à un vieillard mais il ne lui semblait pas être aussi ridé. Fouzik lança un regard dans sa direction et Gasby eut l'impression qu'elle était en train de scruter son âme.
-Tu exagère, il n'est juste pas perdu dans le sens où tu l'entends.
Les yeux de Gasby s'ouvrirent de surprise. Était-il possible qu'elle puisse lire dans les pensées ? Dagger semblait penser quelque chose de similaire puisqu'il avait les yeux amplis d'intérêt alors qu'il le fixait.
-Ça faisait un moment qu'on ne t'avait pas vu, fit remarquer la tavernière, ignorant complètement le regard de Gasby sur elle.
Dagger haussa les épaules.
-Oooh, dit-il d'un air détaché, tu sais bien, le travail.
Fouzik leva un sourcil.
-Pardon, je crois que je ne me suis pas bien exprimée. (Une lueur rouge traversa ses yeux si vite que Gasby cru l'avoir rêvé). On ne t'avait pas vu depuis l'attentat, qu'est-ce qui t'emmène à nouveau par ici?
Sa voix était devenue plus grave, plus profonde et Gasby sentit les poils de ses bras s'hérisser. Il lui sembla même déceler une forme sombre au fond des yeux de la tavernière.
-Ne commence pas Fouzik. Tu sais que je ne peux pas mentir quand tu utilises ton pouvoir sur moi, déclara Dagger avec un sourire avant de boire de sa chope.
Fouzik sourit à son tour.
-Tu pourrais dire la vérité, proposa-t-elle avec un air amusée sur le visage. Ça te changerait.
Le sourire de Dagger s'accentua et il ricana mais ne releva pas le commentaire.
-Gasby était très intéressé par ton illusion, déclara-t-il d'un ton innocent et sa tentative de changement de conversation ne passa inaperçu aux yeux de personnes.
Il réussit cependant son coup puisque les yeux vert de Fouzik se tournèrent vers le menuisier.
-C'est vraiment incroyable, renchérit Gasby. De l'extérieur, on ne croirait pas que l'établissement est une auberge.
-Et c'est bien le but. Les capitales, comme toutes les grandes villes attirent beaucoup de monde, certaines mieux intentionnés que d'autres. (Elle lança un regard entendu vers Dagger avant de poursuivre). L'illusion extérieure à pour fonction de repousser ces personnes mal intentionnés car qui irait dans une taverne en si mauvais état s'il s'attend à y trouver des clients fortunés ?
Gasby hocha la tête face au raisonnement et regarda sa chope de bière avec intérêt avant d'en boire une gorgée.
-Comment se fait-il qu'il y ait autant de monde alors? demanda-t-il en regardant autour de lui. Il était évidant que la taverne ne devait pas manquer de client.
-Le bouche-à-oreille, expliqua la tavernière alors qu'elle servait un autre verre à un client à quelques sièges de là. Toutes les personnes franchissant le pas de la porte signe un accort tacite de confiance. C'est à dire qu'ils ne peuvent parler de cet endroit qu'à une personne de confiance. C'est ma fille aînée qui a placé ce contrat. Vous l'avez peut être senti en entrant.
Gasby se rappela de la sensation d'eau glacée lui parcourant les veines lorsqu'il était entré.
-Mais c'est surtout mon mari le plus doué en illusion, poursuivit Fouzik, s'affairant derrière le bar, répondant à une demande qui ne diminuait pas. Les miennes ne sont efficaces que si je suis à proximité, sinon la vrai apparence des choses refait surface. C'est pour ça que je peux la maintenir sur la façade mais si je m'éloigne trop du bâtiment, l'illusion disparaît. (Elle ramassa quelques verres vides sur le comptoir et les fit disparaître derrière le bar). Je ne vous ais pas demandé, mais j'imagine que toi et ton ami voulez rester ici pour la nuit.
Dagger hocha de la tête.
-Je ne sais pas trop combien de temps je vais rester, et j'imagine que Gasby non plus. Il lança un regard vers le menuisier avant de poursuivre, mais je pense que tu peux compter au moins une semaine. Ne serait-ce que pour visiter, mon jeune ami aura besoin de ce temps là.
Fouzik leva un sourcil alors que Gasby se tournait vers lui, surpris.
-Je ne voudrais pas me montrer désagréable, mais il me semble évident lequel des deux est le plus âgé.
Ce fût au tour de Dagger d'être surpris.
-Bien sûr, Gasby doit avoir le double de mon âge.
Malgré la franchise un peu blessante de son compagnon, Gasby ne put s'empêcher de sourire devant la spontanéité du jeune homme qu'il était loin de trouver désagréable.
-Dans ce cas là, tu devrais parler de vieil ami, non ? Insista Fouzik, employant un ton similaire à celui qu'elle aurait utilisé pour un enfant dont on essaye de corriger les erreurs.
-Mais non puisque l'on s'est rencontré aujourd'hui, renchérit Dagger, toujours sans comprendre où voulait en venir la tavernière.
-Tu devrais laisser tomber, conseilla une voix grave provenant de derrière les étagères du bar. C'est une question de dialecte.
Un homme apparut de derrière la parois du bar et vint poser une main sur l'épaule de Fouzik.
-Salut vieille branche, s'exclama Dagger alors qu'un de ses poignards levait la anse de sa chope comme pour lui porter un toast. Je ne savais pas que tu étais là.
Gasby tourna un regard ahuri vers le jeune homme qui avait parlé, selon lui, de façon très familière même si ce n'était pas un comportement étonnant venant de lui. Mais lorsqu'il observa le tavernier avec plus d'attention, il se demanda si ce n'était pas plutôt un surnom.
Vieille branche, le tavernier de toute évidence, avait toute l'apparence d'un tronc. La peau sombre, il avait des rides très marqué sur les joues, le plis des yeux et le front , lui donnant l'aspect d'un arbre ancestral.
-Les Verks ne s'adresse pas à la personne lorsqu'ils parlent de vieux ou de jeune mais au temps. Un vieil ami c'est quelqu'un que tu connais depuis longtemps et un jeune ami quelqu'un que tu viens de rencontrer. (Il se tourna ensuite vers Dagger). A contrario, pour les Korgs, un vieil ami et quelqu'un de plus âgé que toi alors qu'un jeune ami est ton benjamin. (Les yeux verts du tavernier se posèrent ensuite sur Gasby alors que sa femme et Dagger essayait toujours de prouver à l'autre que leur façon de s'exprimer était la meilleure). Voilà une tête que je ne connais pas.
-Gasby, se présenta le menuisier alors qu'il tendait une main par dessus le bar, ignorant la dispute entre Dagger et Fouzik.
Vieille branche la saisie.
-Bienvenue à Olvidal, la capitale de Korgil. Vieille branche est un surnom mais tout le monde m'appelle comme ça. Les parents ne sont parfois pas très clément lorsqu'ils donnent des noms à leurs enfants et le mien est particulièrement difficile à prononcer. (Il lui fit un clin de d'œil avant de se tourner vers Dagger). Je compte sur toi pour le guider les premiers jours, on dirait qu'il a voyagé de bien plus loin que Verkaps.
Gasby le vit jeter un rapide coup d'œil au manteau qu'il portait sur les genoux avant d'embrasser sa femme et de disparaître derrière les étagères. Le menuisier se rappela qu'il devait l'échanger contre de l'argent s'il voulait pouvoir se loger et vivre dans la capitale.
-On vous a réservé deux chambres, déclara la tavernière en déposant deux pierres plates sur le comptoir. Elles sont toutes les deux au second. Gasby, elle fixa le menuisier dans les yeux et il eut à nouveau l'impression qu'elle était en train de scruter tout son être. La première nuit est gratuite pour les nouveaux arrivants donc vous pourrez vous inquiétez de l'argent demain.
Elle lui fit un clin d'oeil avant de s'éloigner à l'autre bout du bar. Gasby la regarda faire en silence avant de se tourner vers Dagger qui buvait nonchalamment de sa chope alors qu'un de ses poignards avait tiré vers lui une des pierres dont le numéro 23 était apparu en chiffre doré.
-Elle lit dans les pensées? demanda-t-il dubitatif.
-C'est un peu plus subtil que ça, déclara Dagger. Elle est capable de sentir les émotions des personnes et en fonction du contexte, deviner ce qu'ils peuvent être en train de penser. Elle doit poser une question directe si elle veut pouvoir lire dans les pensées même si avec un peu d'entraînement, on peut s'en protéger.
Il eut un étrange sourire et Gasby se demanda ce que Dagger pouvait bien vouloir cacher. Il se souvenait de la seule question directe qu'elle lui avait posé et il l'avait éludé. Qu'est ce que Dagger avait à faire qu'il ne voulait pas en parler ? Il avait mentionné avoir du travail à faire, que pouvait-il bien faire pour qu'il ne veuille pas en parler?
Gasby se désintéressa cependant rapidement du sujet. Peu importait ce que Dagger avait à faire ça ne le concernait pas, et il devait plutôt se concentrer sur ses propres problèmes. Et la première chose qu'il devait régler, c'était son manque d'argent.
-Où est-ce que je pourrais vendre ça ? Demanda-t-il à Dagger en désignant son manteau.
-Il y a une maison de change dans le quartier voisin. Je te montrerai comment t'y rendre sans passer par les mauvaise rues.
Gasby hocha de la tête. Contrairement à la première impression qu'il avait eut d'Olvidal, la capitale semblait regorger de plus de danger que ce qu'il avait cru à prime abord.
-Et après, qu'est ce que tu penses faire ? Lui demanda Dagger. J'ai quelques affaires à régler mais si tu as besoin d'aide je peux libérer du temps.
-Je pense que je vais me rendre à la bibliothèque, devant le sourcil haussé de son compagnon, Gasby s'expliqua. Je veux essayer de retrouver ma mémoire et j'ai pensé que quelques traitées pourraient m'aider.
Dagger assentit, comme si son raisonnement se tenait.
-Tu peux trouver de tout à Sevket et en ce qui concerne les symptômes et les soins, il n'y a rien de mieux. Surtout si c'est lié à la chaleur du désert.
Gasby n'ajouta rien de plus mais il n'était pas sur que sa perte de mémoire soit liée à la chaleur. Après tout, ça faisait un moment qu'il n'était plus exposé au soleil et pourtant il n'arrivait toujours pas à se souvenir comment il était arrivé dans le désert.
Il avait comme des flashs qui apparaissait devant ses yeux. Une fenêtre en feu, les flammes léchant le cadre en bois. Le visage lunaire de sa fille, et même s'il le reconnaissait, il n'arrivait plus à se souvenir de son nom. Un paysage enneigé au sommet d'une montagne, le vent froid venant balayer son visage. Le visage encapuchonné d'un étranger, de curieuses bagues brillant à sa main gauche...
-Priks va chanter ce soir ? Demanda Dagger, sortant Gasby de ses pensées.
La tavernière hocha de la tête, à l'autre bout du comptoir.
-Elle a appris de nouvelles chansons, notamment une Verkienne que tu vas apprécier je pense.
Un sourire se dessina sur les lèvres de Dagger qui inclina sa tête d'un air appréciateur.
Gasby sourit à son tour. Il aimait bien les ambiances des tavernes le soir, lorsque les gens chantaient ou racontaient des histoire. Il baissa les yeux sur sa chope, se demandant comment cette information lui était revenue lorsqu'il aperçu deux anneaux brillants à sa main gauche. La bague à son auriculaire brillait comme le feu ardent, et il s'étonnait même de ne pas avoir le doigt brûlé. La deuxième, à son annulaire, juste en dessous de sa bague de mariage avait une couleur blanche au reflet bleu, comme la glace qui recouvrait les lacs gelés. Mais comme pour celle à son auriculaire, il ne pouvait pas sentir le froid qu'aurait dégagé un anneaux en glace.
Il approcha timidement sa main des bagues et constatant qu'elles étaient tièdes, il essaya de les retirer sans aucun succès.
-Ils sont curieux tes anneaux, fit remarquer Dagger avec un brin de jalousie dans la voix. Je n'en ai jamais vu des semblables par ici. Ils viennent de chez toi?
Gasby haussa les épaules et son interlocuteur n'insista pas même s'il continuait à jeter des coups d'œil aux bagues.
Ils avaient fini leur verre en silence, profitant de l'ambiance de la taverne et des discussions entre les différents clients. Gasby s'était émerveillé devant toutes les démonstrations de magie qu'il voyait du coin de l'œil.
Un homme à quelques sièges d'eux maintenait en lévitation devant ses yeux un imposant volume écrit en runes alors qu'il piochait dans son assiette sans même regarder ce qu'il mettait à la bouche. La femme juste à côté de lui écrivait dans le vide devant elle et un miroir apparut devant elle, se matérialisant de nulle part. Elle le mit sous le nez de son voisin, lui montrant les miettes qui s'étaient accrochées à son épaisse barbe.
Une fois leur verre terminé, Dagger lui avait fait faire un tour du quartier, emmenant le menuisier faire échanger son manteau contre de l'argent. Avant de le tendre au marchand, il avait eu comme un pincement au cœur, comme si ce vêtement comptait pour lui sans qu'il ne sache réellement ce qu'il représentait. En sortant de la boutique, les poches de Gasby bien remplies, ils s'apprêtaient à rebrousser chemin pour rejoindre l'artère principale lorsque Dagger avisa un groupe de quatre hommes à la peau sombre et à la carrure imposante.
-Par là, lâcha-t-il en donnant un coup d'épaule au menuisier pour le faire aller en sens inverse.
-Qu'est ce qu'il se passe ? Murmura Gasby, sentant une certaine tension dans l'air et n'osant pas être celui qui la ferais éclater.
Dagger ne dit rien et pressa le pas, obligeant son compagnon à courir pour maintenir son allure.
Ils tournèrent abruptement à l'angle d'une rue pestilentielle, des restes de nourriture jonchant le sol. Gasby cru même apercevoir des cadavres de rats.
-Je préférais éviter de t'emmener par ici mais tant pis, souffla Dagger avant de pousser Gasby contre un mur aux pierres sales sans prévenir.
Le menuisier ferma les yeux pour se protéger du choc mais au lieu de s'écraser contre le mur, il atterrit fesses les premières sur une table, sa main droite passant à deux doigts d'atterrir dans l'assiette d'un jeune garçon aux cheveux blancs. Où du moins c'est ce qu'il croyait. Le garçon ne leva pas le nez de son assiette et pour cause, il n'en avait pas. Son visage était entièrement rose et lisse, comme si quelqu'un lui avait effacé tous les traits de sa figure, ne laissant qu'une immensité de peau sous les cheveux blancs.
Gasby se redressa d'un coup, surpris d'avoir quitté la ruelle si rapidement pour atterrir dans une toute petite pièce sans fenêtre qui était éclairée uniquement à l'aide d'une bougie qui reflétait des ombres sur les murs nus. Le seul meuble hormis la table centrale qui occupait à elle seule une grande partie de la pièce était une petite bibliothèque qui était composée de quatre étagères avec quelques livres empilés dessus.
-La sortie est par là, fit remarquer une voix enfantine semblant venir de nulle part.
Pourtant, le jeune garçon sans visage pointait vers la bibliothèque avec sa fourchette, comme si la voix lui appartenait.
-Merci, lança Dagger sans se formaliser et se précipitant vers l'endroit indiqué.
Gasby le suivit, peu désireux de rester seul avec l'étrange enfant et tout comme lorsqu'il était entré dans la petite pièce, il ressorti sur l'artère principale en traversant le mur avec une facilité déconcertante.
Curieux, il toucha le mur qu'il venait de franchir mais ce dernier était aussi dur que la pierre qui le composait.
-Viens, retournons à l'auberge, le soleil ne va pas tarder à se coucher et si on ne se dépêche pas, on risque de croiser des ennuis.
Gasby leva un regard sceptique vers le ciel où le soleil brillait haut et clair. Il n'avait d'ailleurs pas l'impression qu'il ait bougé depuis son réveil dans le désert. Il emboîta cependant le pas à son guide désigné et arpenta les rues, nettement moins animées que la première fois qu'il les avait parcourus. Tout à coup, il y eut comme une extinction du soleil, comme si ce dernier avait cligné d'un œil, plongeant la rue dans le noir. Ce fut si bref, que Gasby eut l'impression qu'il l'avait rêvé mais l'agitation des passants et la vitesse des marchants à ranger leurs étalages ne pouvait pas être un hasard.
Devant lui, Dagger accélérait le pas et au détour d'une rue, Gasby aperçut enfin la taverne.
Gasby eut à peine le temps d'arriver jusqu'au seuil de la porte que le noir total se fit dans son dos, comme si toutes les lumières avaient été éteintes.
-Qu'est ce qu'il se passe ? Haleta-t-il, les mains sur les genoux alors qu'il essayait de récupérer une respiration normale après le rythme soutenu que lui avait imposé son guide.
-C'est le soleil qui s'éteint, expliqua Dagger. Une fois que c'est fait c'est presque impossible de se déplacer à l'extérieur par manque de lumière.
-Quand est-ce qu'il va se rallumer ?
-Demain matin. En général il s'éteint pendant quelques heures et quand il est reposé, il rebrille dans le ciel.
Gasby trouva cette façon de parler du soleil assez curieuse, comme s'il s'agissait d'une personne.
-Trouvons vite une place où on devra manger par terre, fit remarquer Dagger, pressant Gasby à le suivre.
Gasby remarqua que les autres occupants de la taverne semblait avoir la même idée que Dagger et rapidement, les tables commencèrent à se remplir. Ils trouvèrent une table au fond, plutôt petite mais qui leur permettait de manger à deux sans que personne d'autre ne vienne se joindre à eux. Sans même leur demander, la tavernière leur apporta deux assiettes pleines d'un mijoté de viande qu'elle posa devant eux.
-Régalez vous bien, lança-t-elle avec un clin d'œil avant de retourner derrière le bar.
-C'est l'heure du dîner ? Demanda Gasby alors qu'il voyait les derniers convives s'installer avec trépignement.
Dagger eu un sourire énigmatique avant de lui répondre :
-Ils ne sont pas là pour le dîner. C'est surtout l'heure de Priks.
Gasby n'eu pas le temps de poser davantage de question qu'une ovation se fit alors qu'une jeune fille se frayait un chemin avec grâce entre les tables, portant une imposante harpe qui ne semblait pas peser entre ses bras fins.
-Qu'est ce que je ne donnerai pas pour me marier avec elle, souffla Dagger à côté de lui, et Gasby ne pouvait que comprendre son sentiment.
Priks était élancée, avec de long cheveux roux ondulant jusqu'au bas de son dos et ses yeux étaient d'un vert vif et envoûtant. Elle prit place devant une chaise qui avait été placée devant un mur et s'inclina avec grâce pour saluer l'audience avant de s'asseoir.
Elle gratta quelques cordes et un silence religieux s'abattit sur la salle puis Priks ouvrit la bouche.
Une voix pure et sobre sortie de ses lèvres légèrement rose et Gasby fut immédiatement englobé par la mélodie. Il comprenait pourquoi Dagger, et toutes les personnes dans la salle attendaient avec une telle impatience sa performance. La jeune femme faisait voler ses doigts sur les cordes accompagnant sa voix avec délicatesse et Gasby ferma les yeux, se laissant doucement bercer à travers la nuit.