- Vous dîtes ça, mais je suis persuadé du contraire, rétorqua son fils. Les livres de magie que vous passez tout votre temps libre à lire sont remplis de formule d'immortalité et il s'agit quand même de la magie suprême! Pouvoir déjouer la mort, vous vous rendez compte de l'univers des possibles qui s'offre à une personne immortelle ?
Gasby n'insista pas, laissant ses enfants discuter avec excitation de ce qu'ils feraient s'ils étaient immortels. Pourtant, et bien qu'il n'arrivait pas à savoir pourquoi, l'histoire de l'immortel Gasnub l'avait touché au plus profond de son âme, comme si elle faisait écho à quelque chose d'enfouis au fond de lui. Mais s'il y avait bien quelque chose que ses études de la magie lui avait appris, c'était que l'immortalité n'était pas quelque chose d'enviable, loin de là. Il se désintéressa très rapidement de la discussion qu'entretenait sa famille, sa femme ayant rejoint les enfants sur le sujet, et arrêta de prêter une oreille discrète sur la conversation. Il leva le nez vers le ciel, observant la lune briller dans la nuit noire, ayant presque atteint sa taille maximale. Il lui manquait sans doute deux jours avant d'être pleine. Il huma l'air sec pour une soirée d'hiver et alors que le froid descendait par sa trachée pour rejoindre ses poumons, il referma davantage sa cape autour de lui. Un léger vent flottait dans l'air et la petite famille pressa le pas pour rejoindre leur maison et se mettre à l'abris.
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Gasby ouvrit les yeux. Allongé dans son lit, il fixait le plafond, tout à fait éveillé. Il avait fait un rêve, un rêve étrange où il incarnait Gasnub et errait sur la terre sans but fixe. Il avait eu l'impression d'avoir perdu quelque chose et ce sentiment de perte l'avait emplit d'une profonde solitude. Puis, la couverture d'un livre était apparue devant lui "Gatsby le magnifique". Lui qui adorait les sorciers, il trouvait que Gasby le magnifique serait un bon surnom mais s'il devait payer le prix de la magie avec l'immortalité, il préférait s'en passer.
Il tourna la tête vers sa femme, endormie prêt de lui et tandis une mais pour glisser délicatement ses doigts dans sa chevelure, comme pour s'assurer qu'elle était bien réelle et que le rêve avait définitivement prit fin. Il remonta ensuite la couverture en peau sur Caitlin pour s'assurer qu'elle n'ai pas froid avant de se recoucher sur le dos et de fixer le plafond.
Il ne pouvait pas s'enlever l'histoire de l'immortel Gasnub de la tête, ni les anneaux qu'il avait cru apercevoir sur la main du conteur. Il les avait peut-être rêvé mais un doute s'était glissé dans sa conscience. Ce genre de doute insidieux qui ne demande qu'à être vérifié et Gasby avait la terrible impression que l'histoire du conteur n'était peut-être pas qu'une simple légende. Que l'histoire englobait bien plus que ce que l'étranger avait bien voulu conter. Et si Gasnub existait vraiment ? Et si c'était lui qui était venu raconter sa propre histoire ? L'immortalité était- elle donc possible ? Si c'était le cas, la magie existait encore sur terre.
Les pensées de Gasby se remplirent de possibilités où ce qu'il avait lu dans les livres prenaient forme et où les sorciers réalisaient des rituels magiques à l'écart des regards indiscret et une boule chaude d'espoir se créa au fond de son estomac.
Sans doute était-il tellement plongé dans ses pensées qu'il ne s'aperçu pas tout de suite que la température commençait à monter dans la petite maison. Pourtant, les nuits étant fraîches, ce signe aurait dû l'alerter mais ses songes happèrent complètement son sentiment de danger.
Ce ne fut que lorsque d'infimes morceaux de braise commencèrent à passer devant ses yeux que Gasby comprit ce qu'il était en train de se passer. Il se redressa d'un bond de son lit et entreprit de réveiller sa femme à grand renfort de secousses. Lorsque enfin sa femme ouvrit les yeux et se rendit compte de la situation, Gasby l'intima à sortir de la maison au plus vite et il se précipita vers la chambre de son aîné qui était la plus proche et lorsqu'il l'eut réveillé, les deux se ruèrent vers la chambre de Stephie. La porte était déjà en feu, les flammes ayant léché les murs en bois de la maison à la vitesse de l'éclair.
-Sors de là, hurla Gasby alors que le feu atteignait le plafond.
Voyant que son fils allait répliquer, le menuisier le poussa vers l'entrée.
-Fais ce que je te dis. Sors!
Joseph sembla comprendre qu'il ne valait mieux pas insister et il se précipita vers la sortie non sans un regard vers son père.
-Je vais faire sauter la fenêtre pour que vous puissiez sortir, déclara-t-il avant de se hâter vers l'extérieur.
Seul face à la porte enflammée, Gasby chercha rapidement des yeux de quoi l'enfoncer mais la plupart du mobilier était déjà touché par le feu. L'esprit embrumé par la fumée toxique qui commençait à remplir ses poumons, Gasby se décida pour la méthode qu'il jugeait la plus simple et donna un grand coup de pied contre la porte qui, grâce à l'action des flammes qui l'avaient affaiblie, se brisa en morceaux libérant le passage. Il se précipita dans la pièce attenante et trouva sa fille, encore endormie dans son lit alors que partout autour de la chambre le feu commençais à se propager. Il se jeta sur elle, essayant de la réveiller en la secouant et voyant que ses efforts étaient vains, la chargea sur son dos avant de se tourner vers ce qui devait être la fenêtre. Comme promis, Joseph l'avait brisé de l'extérieur, mais le vent qui s'engouffrait par l'ouverture ne faisait qu'attiser le feu. Gasby se tourna vers la porte ravagée par les flammes et vit avec horreur le feu commencer à endommagé le toit, embrasant le chambranle. Cette sortie était impraticable, et s'ils ne sortaient pas vite, ils se feraient ensevelir sous des braises ardentes. Il pouvait entendre des cris provenir de l'extérieur alors qu'il cherchait désespérément un moyen de sortir, ne réussissant pas à discerner les paroles parmi les pleurs. Et tout à coup, alors qu'il commençait à perdre conscience sous l'effet du gaz carbonique, il sentit de l'eau s'abattre sur son visage. Il eut l'effet d'une décharge électrique, son esprit s'éclaircissant, alors qu'à travers la fenêtre d'où était venue l'eau, il apercevait son fils, un sot à la main avant que les flammes ne reviennent lécher les bords de la fenêtre. Et là, il vit le chemin vers la sortie.
-Encore, hurla-t-il, surpassant la quinte de toux qui l'envahissait. Encore, toussa-t-il, luttant pour continuer à respirer.
Il se rapprocha de la fenêtre en titubant, ignorant la chaleur qui lui brûlait le visage et pris sa fille dans ses bras. Un nouveau sot d'eau fût jeté et profitant du passage qu'elle avait créé, il lança Stephie par la fenêtre. Plusieurs personnes se précipitèrent pour la rattraper sans que Gasby n'arrive à savoir de qui il s'agissait. Il se prépara à sauter, attendant le prochain sot d'eau lorsqu'il entendit le plafond craquer de façon menaçante. Un regard vers le toit en chaume embrassé lui donna la détermination d'attraper les couvertures sur le lit de sa fille, de se recouvrir avec à la hâte et de sauter à travers la fenêtre en feu.