Chapitre 6 La liberté dans la vérité

J'ai été adopté. Mes parents ne me l'ont pas caché lorsque la question a finalement été posée. Je ne ressemble ni à ma mère, ni à mon père. Il a été tellement facile de comprendre ma différence. Mais le moment clé où j'ai vraiment compris que mes parents n'étaient pas mes géniteurs fut lorsque pendant le cours de science au collège, nous avons commencé à parler des génétiques et groupes sanguins. J'avais demandé à mes parents leur groupe sanguin pour le besoin d'un devoir en cours et la vérité m'a sauté aux yeux. Les gens que j'aime le plus au monde ne sont pas ceux qui m'ont mis au monde.

Le choc passé, je me suis rendu compte que malgré ça, ces personnes m'ont toujours aimé, peu importent mes origines. C'est pourquoi, après ce jour, je l'ai encore plus aimé. Malgré mon amour pour eux, j'ai commencé à ressentir le besoin de savoir qui je suis, d'où je viens. Mes parents ont compris mon besoin et m'ont permis d'avoir accès à mon dossier d'adoption. Je pensais que j'allais devoir galérer pour retrouver ma mère biologique, mais finalement, ce ne fut pas le cas. Elle avait laissé son nom et son prénom dans mon dossier avec une lettre de quelques mots en portugais. Ne parlant pas cette langue, j'ai remercié du fond du cœur google traduction. C'est comme ça que j'ai découvert que ma mère biologique était brésilienne, qu'elle m'aimait mais qu'elle ne pouvait pas me garder. Elle préférait que je sois loin d'elle mais heureuse, qu'avec elle et malheureuse. Ce jour-là, je n'avais jamais autant pleuré dans ma vie. Ma mère était avec moi en disant, que j'avais toujours été aimé qu'il n'y eût pas de doute et qu'il fallait que je ne sois pas en colère envers ma génitrice. Mais je n'étais pas en colère, parce que grâce à elle j'ai pu rencontrer mon papa et ma maman. C'est donc au lycée, que j'ai décidé d'apprendre le portugais pour me rapprocher de mon pays d'origine. Et c'est en terminal, avec la permission de mes parents, que j'ai décidé de rechercher ma mère biologique. Je voulais aller voir cette femme et lui dire merci pour la chance qu'elle m'avait donné. Alors que je préparais mon BAC, sans savoir ce que je voulais faire après celui-ci, je faisais les recherches les plus importantes de ma vie. Mes amies ne comprenaient mon obsession de retrouver ma mère si j'étais heureuse d'avoir des parents comme les miens. On s'est engueulées plusieurs fois, mais encore aujourd'hui elles ne comprennent pas. Je ne leur en veux pas, elles ne peuvent pas réellement me comprendre. C'est pourquoi je me suis tournée vers des forums avec des jeunes dans ma situation. Et cela m'a fait beaucoup de bien de parler avec ces personnes qui sont en recherche d'identité comme moi. Finalement c'est deux mois avant de passer mes examens de fin d'année que j'ai enfin retrouvé ma génitrice. Elle habite actuellement à Dublin en Irlande, et à deux enfants. Lorsque j'ai raconté ça à mes amies, elles ont commencé à me faire douter de moi et de mon entreprise. « -Elle t'a fait adopter mais elle a gardé deux autres enfants, tu n'étais juste pas voulu ! Arrête de te faire souffrir tu es bien ici avec nous et tes parents. ». Comment les personnes que je considère comme mes sœurs ont-elles pu me dire des choses si dures ? Sans sentiment ? Elles ne se sont pas excusées et m'ont proposé de partir ensemble en vacances pour fêter la fin du lycée. Comment des personnes que je connais depuis si longtemps, pouvaient-elles avoir si peu de compassion ? C'est pourquoi, j'ai décidé ce jour, de ne plus leur parler de mon projet et de mon histoire. Ce sont mes amies, elles commettent des erreurs, mais cela ne veut pas dire que je les ai pardonnées pour la façon dont elles m'ont parlé. Donc du jour au lendemain, j'ai arrêté de leur parler de la poursuite de recherche. Elles pensaient que j'avais finalement arrêté cette « lubie », mais lorsque finalement, après les résultats de notre BAC, je leur ai annoncé que je ne venais pas avec en vacances, elles ont compris que je n'avais pas passé l'éponge sur leurs mots si durs. Elles ont essayé de s'excuser mais moi, j'avais déjà pris mon billet de train pour Paris et mon billet d'avion pour Dublin. Pour la première fois depuis que mes parents m'ont adopté j'allais quitter mes parents pour quelques semaines. J'allais vivre une aventure personnelle. Mes parents ont eu la gentillesse de me payer tout mon voyage comme cadeau de nouvelle bachelière avec mention très bien. Et puis me voilà, à Paris, pour la première fois de ma vie. J'ai pas mal voyagé à travers le monde avec mes parents, mais ils ne m'ont jamais emmené à la capitale. Je passe une soirée à Paris. Je voulais voir un peu la ville avant de prendre l'avion. C'est avec joie que je me déplace vers l'île de la cité, j'ai toujours voulu voir la cathédrale. À peine descendu du train que j'ai pris cette direction, j'irais à l'hôtel juste après. Je regarde tout autour de moi, et je comprends pourquoi les vieux quartiers de Paris font rêver. Attention, je ne dis pas que Paris est plus joli que Bordeaux, mais je comprends pourquoi certaines personnes tombent amoureuses de cette ville. Je vois au loin la cathédrale mais je n'arrive pas à arriver jusqu'à elle, pourtant j'ai bien suivi le plan ! Alors que je m'étais arrêté pour regarder autour de moi pour trouver un nom de rue, je sens un gros poids tomber sur moi.

« -Je suis vraiment désolé ! » Dis la jeune femme qui vient de me foncer dessus.

Malgré ses patins à roulettes aux pieds, elle essaie de me relever. Ses longs cheveux bruns volent dans tous les sens, elle à l'air inquiète. Mais ça, ce n'est pas comme si elle l'avait fait exprès ! Une fois debout je remarque qu'elle est aussi grande que moi avec ses patins à roulettes ! Je ne savais même pas que des personnes pratiquaient encore ce genre de sport !

« -Non, non ne vous inquiétez pas, j'étais moi-même dans la lune Dit-je en récupérant mon sac tombé lui aussi par terre.

-Ce n'est pas une raison, j'aurais dû faire attention.

-Vraiment ne vous inquiétez pas, je n'ai rien de cassé. D'ailleurs vous savez par hasard comment atteindre la cathédrale, je sais qu'on peut la voir de loin, mais j'ai l'impression de tournée en rond depuis vingt minutes.

-Vous avez de la chance, je viens de la quitter. Je peux vous emmener si vous le voulez ? Dit-elle avec le sourire.

-Vraiment ! Merci beaucoup !

-Je m'appelle Gloria. Dit-elle le sourire.

-Et moi Caroline. »

Quelle chance que j'ai d'être tombé sur une jeune femme si gentille ! Avec tout ce qu'on entend sur les Parisiens, je ne m'attendais pas à tomber sur une jeune femme comme celle-ci !

Elle me fait passer par des petites rues vraiment jolies, je ne savais pas que Paris caché ce genre de petit secret. Et finalement me voilà devant a cathédrale. Malgré les bâches de protection, on voit quand même la grandeur de ce bâtiment.

« -Et voilà Notre Dame ! Dit-elle en freinant en face du lieu de culte.

-Elle est magnifique ! Dommage que cet incendie l'est ravagé. Dis-je en fixant mon regard sur la grande rosace principale.

-Ce fut terrible. Mais j'ai espoir de la revoir en pleine forme avant mon départ de Paris.

-Tu vas quitter la capitale ? Demandé-je surprise. Gloria à l'air d'aimer beaucoup sa ville !

-Oui pour le travail, dès que j'aurais fini mon doctorat, je quitterai ma chère Paris.

-Puis-je te demander que fais-tu comme étude ?

-Bien sûr, j'étudie l'astronomie et l'astrophysique. Et toi ?

-Je viens à peine d'avoir mon BAC et pour tout t'avouer, je ne sais pas du tout quoi faire. Je me suis inscrite à quelques universités dans différentes sections, mais rien ne me fait vibrer.

-Je vais devoir te laisser, mais je vais te dire une chose. J'étais comme toi, je ne savais pas quoi faire et je me suis inscrite ici et là. Finalement c'est le secteur le plus improbable, celui que j'avais mis en dernier souhait, que j'ai choisi. Par moments il faut arrêter de réfléchir. Va aux portes ouvertes, regarde tout autour de toi sans réfléchir et tu verras, ton choix se fera tout seul !

-Merci beaucoup pour le conseil, et pour m'avoir emmené ici.

-De rien ! Profite de ta soirée à Paris ! Dit-elle en me faisant un dernier coucou de la main avant de partir. »

Et c'est maintenant seule en face de la grande Dame que je repense à la phrase de Gloria. Cela ne sert à rien de foncer. Je ne sais pas quoi faire de ma vie mais peut-être que cela m'apparaîtra tel une évidence le moment venu. Je vais vivre la première aventure de ma vie, une chose à la fois Caroline.

Le soleil est couché depuis un moment et je suis toujours en train de regarder la cathédrale. Je ressens une autre énergie maintenant que Paris a allumé ses lumières. Je sais que je devrais aller à l'hôtel que mes parents ont réservé pour moi, mais je n'arrive pas à me détacher du lieu. Comme si j'attendais un signe, un miracle... Quelque chose qui me dirait que je ne fais pas fausse route. Je suis à une journée de rencontrer ma mère biologique et pour la première fois depuis des mois, je commence à douter. Est-ce que c'est la bonne chose à faire ? Est-ce que vraiment j'ai besoin de cette rencontre pour découvrir qui je suis vraiment ? Finalement le fait que mes amies ne m'ont jamais soutenu me fait douter pour la première fois. Qu'est-ce que je dois faire maintenant ?

J'entends des jeunes rires, chanter, s'amuser. Je vois des couples se balader la main dans la main. Je vois des gens mélancoliques qui recherchent eux aussi des réponses. Finalement c'est le son de ma sonnerie de téléphone portable qui me sort de mon observation. « Maman » apparaît sur mon écran.

« -Allô maman. Dis-je en prenant l'appel

-Ma chérie ! J'ai eu tellement peur, tu avais promis de nous appeler lorsque tu arriverais à l'hôtel. Dit-elle d'une voix rassurée.

-Ah oui c'est vrai, mais je ne suis pas encore à l'hôtel maman, j'ai profité d'être à Paris pour aller voir Notre-Dame.

-J'aurais dû m'en douter. Depuis toute petite tu nous demandes d'aller voir cette cathédrale.

-C'est vrai, je me rappelle, je n'arrêtais pas de vous casser les pieds avec ça.

-Oui, mais ma puce, tu ne devrais pas traîner, ton hôtel est près de l'aéroport. Tu dois encore prendre les transports en commun pour y aller.

-Tu as raison maman, je vais y aller maintenant et je vous appelle comme promis lorsque j'arrive dans ma chambre.

-Très bien. À tout à l'heure alors.

-Oui maman à tout à l'heure, je t'embrasse. » Dis-je en raccrochant.

Finalement, le voilà mon signe, mes parents m'aiment, et pourtant ils ont accepté le choix de rechercher mes racines. Ils ne se sont jamais sentis trahis, ils ont supporté mon projet. Ce n'est pas maintenant que je vais abandonner. Je me lève enfin et je me dirige vers le RER qui me permettra de me diriger vers mon lieu de repos pour ce soir.

***

Je n'ai pas vu la nuit passer. Après avoir appelé mes parents, je me suis couché sans ressentir de stress ou d'angoisse. Après mon moment de doute devant Notre-Dame, je me sens plus forte aujourd'hui. Le fait de me souvenir du soutien de mes parents, m'a aidé à oublier mes craintes. J'ai refait mon sac et je suis partie à l'aéroport le cœur léger.

Assis dans l'avion, je regarde part le hublot la beauté du ciel. Le voyage ne durera pas longtemps mais je vais profiter pour me détendre le plus possible. Je ne sais pas comment je vais réagir le moment venu. Et si c'est l'un de ses enfants qui ouvre la porte ? Et si elle ne voulait pas me voir ? Et si elle me rejetait ? Toutes ces questions qui sont dès à présent bien ancrées dans ma tête. Je sais que tout peut arriver mais c'est vrai que ce sont toujours les pires situations qui me viennent à l'esprit.

La descente se fait enfin, il est temps pour moi, de découvrir pour la première fois l'Irlande.

***

Mon cœur bat à cent à l'heure. J'ai récupéré mon sac assez rapidement, et je suis maintenant dans le taxi qui m'emmène vers cette femme. Cette femme qui m'a permis d'avoir la vie que j'ai aujourd'hui. Je vois que le chauffeur me regarde dans son rétroviseur, il doit se dire que je vais vomir à tout moment dans sa voiture. Mais il ne risque rien, j'ai été dans l'incapacité de manger depuis ce matin tellement que je stresse. Je sens que la voiture ralentie. Nous sommes dans un joli petit quartier résidentiel de Dublin. Je ne m'attendais pas à ça, mais c'est très agréable de savoir qu'elle doit être très heureuse aujourd'hui.

« Here we are. Dit le chauffeur taxi en arrêtant la voiture.

-Thanks. » Dis-je en le tendant ma carte bleue pour payer ma course.

Après qu'il m'a rendu ma carte, je descends enfin de la voiture. Je suis en face d'une jolie petite maison typique de Dublin. Ces briques rouges qui paressent orange au soleil et qui donne une magnifique estivale au jardin qui entoure la maison. Je prends une grande bouffée d'air et j'ouvre la porte du portail. Plus je m'avance et plus j'ai l'impression que je recule. Mon cœur bat de plus en plus vite. Je peux le faire, je peux le faire. Je vois un bouton pour la sonnette et j'appuie dessus.

Je ne sais pas depuis combien de temps j'attends, mais la porte s'ouvre enfin. Une femme d'un âge mûr à ouvert la porte. Une femme qui a les mêmes yeux que les miens. Une femme qui a les mêmes fossettes que les miennes lorsqu'elle sourit.

« -Hello. Can I help you ? Dit-elle avec un petit accent portugais.

-Hi, yes... I'm sorry, euh, I'm Caroline and I'm your daughter. »

                         

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