/0/1760/coverbig.jpg?v=3037be6136c8405da3097f59c96bbbae)
J'aime sentir le vent frais sur mon visage. Profiter des petits plaisirs de la vie que Paris peut me donner. Après mes heures de cours à l'université, patins aux pieds, je glisse dans les rues du quatrième arrondissement. Depuis l'incendie qui avait blessé la cathédrale parisienne, j'attends chaque soir le soleil passé doucement sur celle-ci. Voir les couleurs du ciel, se dessiner sur les pierres de la vieille dame, tel un tableau vivant dans un musée, me fait vibrer. Je profite de ces moments de calme pour imaginer le renouveau de cet édifice.
Ma mère m'a trouvé le prénom parfait lors de ma naissance. Gloria. Elle a toujours dit que j'avais le talent de glorifier toutes les secondes de ma vie. J'arrive à voir encore de la beauté dans les rues de Paris, alors que celle-ci est délaissée par ses habitants. Pour moi, Paris n'a pas encore dévoilé tous ses secrets.
Cette semaine, les professeurs n'arrivent pas à nous lâcher, les cours ont durés plus longtemps que prévu. Mais cela ne faisait rien, je sais mettre mes patins aux pieds rapidement. Nous sommes au mois d'avril, même si les journées sont bien plus longues, cela ne fait pas ralentir la course-poursuite entre l'étoile et le satellite. Je n'ai pas loupé un seul rendez-vous avec le soleil et ce monument depuis un an, et cela n'allait pas commencer aujourd'hui. Glisser dans ces petites rues cachées de Paris, me fait toujours me sentir libre, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il fasse quarante degrés, j'aime découvrir les différentes couleurs de cette ville. J'étudie l'astronomie et l'astrophysique à l'université de la Sorbonne. Observé la nature est dans ma nature. Depuis un an, j'ai essayé d'apprendre le plus de raccourcis possibles pour pouvoir atteindre le plus rapidement l'île de la cité. Et comme chaque soir, c'est avec une étincelle dans les yeux, que je découvre une nouvelle couleur sur ces pierres vieilles de plus de huit cents ans. Je ne comprends pas, comment les citoyens de cette ville, n'arrivent plus à voir comment Paris peut être magique. Après m'être posé pendant une vingtaine de minutes pour voir le ciel changé, je me suis enfin décidée à rentrer à la maison. Nous sommes vendredi, et comme tous les vendredis, mon envie de faire un Paris by night est forte. On ne voit pas les étoiles dans le ciel de cette ville, mais de temps en temps, lorsque le ciel est bien dégagé, j'arrive à repérer la ceinture d'Orion. Je sais que je ne pourrais pas faire toute ma carrière à Paris, sa pollution lumineuse m'empêche de vivre ma passion pour les étoiles à cent pour cent. J'ai déjà prévenu ma mère, mais je sais qu'elle a encore de mal à croire qu'à la fin de mon doctorat je compte partir loin d'elle. Ma mère est ma meilleure amie, elle et papa m'ont eu à seize ans. Ce n'est pas quelque chose d'habituelle dans les statistiques nationaux, mais ma famille et moi-même nous avons toujours aimé aller contre les chiffres. Je vis chez ma meilleure amie. Partir très loin alors que nous avons été toujours toutes les deux, sera difficile et c'est pour ça, lorsqu'il a fallu choisir une université, j'en ai choisi une, pas de très loin de chez nous. Pas de charge à payer, pas du petit boulot à côté, concentration maximale pour mes études et plus de temps avec ma mère. J'ai toujours voulu faire un doctorat mais j'avais peur de ne pas y arriver. Mais grâce à ma famille, je suis à ma sixième année d'étude, je ne suis peut-être pas la première de ma promotion mais je ne suis pas la dernière non plus. Je ne fais pas des études pour être la meilleure, je fais des études pour avoir les réponses à mes questions. Je glisse vers la maison, avec le sourire aux lèvres, les yeux vers le ciel comme si j'étais seule ce soir dans la ville. Sans faire attention, et comme souvent lorsque je suis dans cet état de béatitude, je fonce dans quelqu'un.
« -Je suis vraiment désolé ! » Dis-je en aidant la jeune femme que j'ai fait tomber.
Comment j'ai pu ne pas la voir, elle est aussi grande que moi avec mes patins aux pieds. Ces cheveux noirs sont coiffés court et cela me permet de voir un visage souriant et pas du tout énervé par cette chute.
« -Non, non ne vous inquiétez pas, j'étais moi-même dans la lune Dit-elle en récupérant son sac que j'ai fait tomber avec elle.
-Ce n'est pas une raison, j'aurais dû faire attention.
-Vraiment ne vous inquiétez pas, je n'ai rien de cassé. D'ailleurs vous savez par hasard comment atteindre la cathédrale, je sais qu'on peut la voir de loin, mais j'ai l'impression de tournée en rond depuis vingt minutes.
-Vous avez de la chance, je viens de la quitter. Je peux vous emmener si vous le voulez ? Demandé-je avec le sourire.
Vraiment ! Merci beaucoup ! »
Je n'avais pas prévu ça, mais cela fait du bien de laisser place à l'imprévu. Cette jeune femme est en transit entre deux destinations. Elle a quitté sa Gironde natale pour partir un peu à l'aventure. Elle a bien raison, c'est pendant notre jeunesse que nous devons un peu partir vers l'inconnu. Je n'ai pas eu cette chance, je me suis tout de suite plongé dans mes études après mon baccalauréat. Mais je n'aurais jamais de regret pour les choix que j'ai fait. Après l'avoir laissé en tête à tête avec la cathédrale, je rentre enfin à la maison. Je n'ai pas encore ouvert la porte de l'appartement quand j'entends déjà ma mère se plaindre.
« -GÉRIATRIQUE ! Il a osé dire GÉRIATRIQUE ! »
Ma mère est enceinte de quatre mois et elle est surveillée à cause de son âge. Je passe enfin la clé dans la serrure, et je sais maintenant de source sûre que je ferais un petit Paris by night ce soir. Depuis qu'elle est enceinte, je sais quand il faut quitter l'appartement le plus rapidement possible. Je ne sais pas comment mon beau-père fait, mais cela doit être l'amour.
« -Ma puce cela ne veut pas dire que tu es vieille, cela veut juste dire qu'il faut une plus grande surveillance. Dit-il en prenant ma mère dans ses bras. »
Mon beau-père a été la bouée de sauvetage de ma mère. Elle avait décidé de plus tombé amoureuse lorsque mon père est décédé à vingt-cinq ans à cause d'un accident de moto. Elle n'avait pas imaginé sa vie ainsi. Elle avait rencontré mon père au lycée, et malgré l'annonce de ma venue, mon père ne l'a jamais quitté. Fiancé à dix-huit ans et marié à vingt-deux, veuve à vingt-cinq. On n'imagine pas ce genre de chose à cet âge-là. Elle avait décidé de bloquer son cœur à tout amour qui pourrait la faire souffrir une deuxième fois. Pendant presque dix ans ce fut juste elle et moi. Et finalement, Christophe est rentré dans sa vie. Tels un astéroïde, il a foncé et s'est écrasé dans son cœur. Cela fait maintenant cinq ans qu'ils sont ensemble, même si elle a refusé le mariage, elle a accepté de lui donner un enfant. J'aurais vingt-quatre ans de différence avec lui ou elle mais cela ne fait rien, je l'aimerais quand même. Quarante ans et elle est enfin prête à être mère une deuxième fois.
Le repas est prêt, j'ai la chance d'avoir un beau-père cuisinier. J'ai toujours droit à des plats succulents. C'est pour cela aussi, que j'ai repris le patin depuis quatre ans et demi. Quand j'ai remarqué que mon jean ne voulait plus m'accepter comme ami, j'ai compris qu'il fallait éliminer les calories de tous ces bons petits plats !
« -Paris by night ce soir ma puce ? » Me demande ma mère après avoir fini son plat en boudant.
Ma mère n'a pas l'habitude de bouder, mais si j'ai bien compris le compte rendu de son rendez-vous d'aujourd'hui avec son obstétricien, elle doit faire très attention à son alimentation, en ayant une grossesse gériatrique, elle devait vraiment faire attention à ne pas faire du diabète gestationnel. C'est pourquoi depuis ce soir, elle est dans l'obligation d'avoir un régime spécifique, qui ne fait pas obligatoirement rêver lorsque vous avez des envies de grossesse bien spéciales.
« -Oui, le temps est idéal pour une petite balade nocturne. »
À peine le dessert fini, que je suis déjà debout les patins au pied. Juste le temps de prendre mon sac avec mes papiers, mon appareil photo et je suis partie. Je ne sais pas encore où est-ce que je vais aller, mais ce n'est pas grave. Je me laisse glisser vers de nouvel horizon parisien. Les lumières sont allumées, il y a encore pas mal de monde sur les quais de seine. Les beaux jours reviennent petit à petit et c'est fort agréable de voir de la vie à cette heure-là. J'ai dépassé Notre-Dame depuis un moment, je pense que mes patins m'emmènent vers le meilleur spot de la ville pour profiter du vent dans les cheveux. Je roule de plus en plus vite tout en évitant le plus possible de foncer dans le dos ou les torses des parisiens qui se baladent. La Palais Garnier brille de mille feux ! Vu le monde devant, cela doit être l'entracte d'un ballet ou d'un opéra. Je n'ai jamais mis le pied dans ce palais, même pour juste le visiter, mais j'espère pouvoir le faire avant de quitter Paris. Plus j'avance dans la ville, plus celle-ci semble s'endormir. Il fait bon ce soir, j'ai bien fait de m'habiller léger. Mes pieds m'arrêtent quelques secondes devant le musée de la Vie Romantique. L'un de mes musées favoris dans Paris. Peu connu, il n'est pas envahie comme le Louvre à toute heure de la journée. Le temps passe et je n'ai toujours pas atteint le but de ma soirée. Il est fort possible que je rentre en transport en commun après cette grande balade. Encore une fois je m'arrête devant l'un de mes spots préférés de Paris. Le Mur des Je t'aime. Ce mur n'a rien d'extraordinaire, mais c'est agréable de voir tous ses mots romantiques sur ce mur. Je n'ai pas eu la chance encore de recevoir un je t'aime avec sincérité, c'est peut-être pour ce que j'apprécie tant ce mur. Je m'approche de plus en plus de ma destination finale de ce Paris by night. Le vent commence à être un peu plus frais, il est presque vingt-trois heures. Cela fait maintenant deux heures que je patine, je commence à ressentir la fatigue à arriver. Mais cela ne fait rien, je sais que je vais bien dormir ce soir après cette petite balade. Maintenant que je suis devant mon spot, je vais devoir enlever mes patins, je sais que je suis un peu casse-cou mais je n'ai pas envie de me faire mal bêtement. Après presque deux heures trente de patin et trois cents marches, je suis enfin devant le Sacré-Cœur de Paris. Toutes ces lumières sur la façade de la basilique me donnent des frissons. Je ne suis pas croyante, mais ce bâtiment à quand même quelque chose de mystique. Le vent sur mon visage me fait enfin me retourner vers la ville. Je ne suis pas toute seule à profiter de la vue ce soir. Un couple est présent lui aussi pour profiter de la beauté de la vue. Elle, avec les cheveux gris, presque blanc et lui avec les cheveux noirs. Ils me font penser à la représentation vivante du Yin et du Yang. On ne peut que ressentir de l'amour lorsqu'on les voit se tenir par la main, les regards ne mentent pas, et les yeux de ce jeune homme brillent de bonheur en regardant sa compagne.
Dans le calme de la nuit, et malgré la distance avec eux, le vent me porte à mon oreille les mots doux que le jeune homme a chuchoté à l'oreille de la jeune femme : Je t'aime Raphaëlle.
Ce soir, la ville lumière n'a jamais aussi bien porté son surnom de Capital de l'Amour.