-OK mais tu sais Ndoye. Qu'on se dise la vérité, tu veux bien ? En voyant cette photo, on se dit que de gré ou de force tu étais avec cette fille. La photo est trop suggestive. Wouly a raison de t'accuser. Non, ne me coupe pas, dit-il en voyant qu'il commence à parler. Je ne dis pas que Wouly a eu raison de croire cette folle. Non mais il y a des choses qui tapent à l'œil, Ndoye. Ne sois pas en colère contre elle. Comment réagiras tu si un homme te montrait une photo de ta femme dans ses bras. Répond sincèrement.
-Je les tuerai tous les deux, c'est sûr.
-Tu vois, je ne t'ai même pas dit si ta femme te trompait mais un autre te montre ce type de photo et tu me dis que tu les liquidiras tous les deux. C'est la même chose qu'a ressenti Wouly. Tu as eu de la chance qu'elle ne t'ai pas tué, estime-toi heureux.
-J'avoue que tu as raison. Admet Tapha.
-Voilà. Ahorra. Nous allons dormir jusqu'à demain, très tôt on ira voir un spécialiste en phonographie. Je crois connaître quelqu'un qui pourra nous faire cela.
En fait nous avons deux possibilités, soit les photos sont truquées, soit on t'a drogué à ton insu pour avoir ces clichés parce que dans toutes les photos, tu as les yeux fermés. On a l'impression que tu es fatigué et inconscient.
-Tu crois ?
-Je ne sais pas, nous verrons demain. Dors, tu dois être fatigué.
-Non, attends je vais l'appeler. Je ne pourrai pas dormir si je ne sais pas qu'elle et le bébé sont sains et saufs. Dit Tapha en composant son numéro.
-Qu'est ce qu'il y a? Demande Djily en le voyant raccrocher.
-Ça sonne mais elle ne répond pas. J'ai peur Djily et s'il leur est arrivé quelque chose.
-Attends, appèle la ici et dès qu'elle décroche, coupe l'appel, d'accord ?
Tapha saisit le téléphone et composé le numéro de Wouly. Après trois à quatre sonneries, elle décroche en lançant un petit " Allô ". Il raccroche aussitôt,soulagé mais inquiet de savoir que Wouly ne veut pas prendre son appel.
-Elle a répondu, demande Djily.
-Oui. J'ai aussi compris qu'elle ne veut pas me parler et cela me rend encore plus triste de savoir qu'elle est si en colère contre moi.
-N'y pense plus. Pense plutôt à vos...retrouvailles par exemple. Quand vous serez heureux.
-Tu as raison. Tu es sûr que tu veux rester dormir ici. Je ne voudrai pas que tu penses que je suis ta femme et que tu me fasses des caresses la nuit. Plaisante Tapha.
-Tu es con même dans les problèmes, tu trouves le moyen de la charrier. C'est ce que j'aime chez toi.
-Et moi, c'est ton amitié et ta disponibilité qui me plaisent. Je savais que si j'ai laissé les autres pour venir chez toi, c'est pour avoir ce que je veux. Tu es le meilleur.
-Je sais. Tout le monde le dit. Même ma femme.
-Elle doit se sentir seule, Salma. Et toi, j'ai peur que tu me fasses une crise. Je crois que tu devrais aller dormir avec elle.
-Non, ne t'en fais pas. Je suis sûre qu'elle dort avec Bineta la plus petite. Mais dès le matin, elle me rembourse mon câlin.
-Je savais. Toi, tu es fou de ta femme.
-Pas au point de pleurer.
-Tu recommences. Je vais le dire à Salma, que tu as passé toute la nuit à te moquer de moi.
Tu es certain que je ne te dérange pas dans ta maison. Je ne veux pas gâcher votre intimité.
-Non, j'aurai de la compagnie et un homme à qui parler. Un de mes amis. Tu sais que je n'ai que des filles. Je vais te les présenter demain. Mais bon, ce sont les servantes qui vont être contentes. J'ai vu qu'elles ont failli te manger. Pourquoi es-tu aussi beau ? C'est injuste. Toutes les filles ne parlent que de toi.
-Je n'y peux rien. C'est la volonté Divine. Mais la seule qui peut me faire de l'effet, c'est ma serere Sauvage, ma Wouly du Sine. Ma chère Oulimata Fara Sarr. Nous avons vécu tant de choses, si tu savais.
-Raconte-moi.
Tapha s'en donne à cœur joie, ils passent leur nuit à parler de Wouly, ensuite de Salma avant de s'endormir dans un concert de ronflements.
Parce que de jour en jour, on en voit. Bonne ou mauvaise !
De son côté, Wouly conduit sa voiture toute distraite. Elle repense au cri de Tapha qui compresse son cœur chaque fois qu'elle a l'impression qu'il crie encore, plus fort, très proche, dans sa voiture, à côté de son oreille.
Bébé, derrière, s'est encore endormi et elle envie sa paix, sa tranquillité et son ignorance de tout cela. Elle aurait aimé être comme lui, insouciant, endormie et faisant un rêve ou même un cauchemar. Peu importe ! L'essentiel est qu'elle se réveille à un moment donné et qu'elle puisse se rendormir en se disant " Ce n'est qu'un mauvais rêve ".
Son cœur lui fait mal, elle ne supporte pas cette boule qu'elle aimerait sentir explosée. Ce poison mortel probablement transmis par erreur. Ce sentiment de honte, d'humiliation, de foudre.
Il ne manquerait plus qu'elle perde son mari.
Un soir, un seul !
Alors qu'elle avait tout orchestré afin qu'il passe une nuit de passion avec elle. L'artillerie nécessaire avait été sortie pour qu'il mette dans son ventre cet enfant qu'ils désiraient tant tous les deux.
Dommage, se dit-elle.
Il n'a pas su attendre. Il a préféré mentir. Lui mentir. Lui faire du mal. La tromper avec son amie. Promettre à son père le mariage avec sa fille.
Peut-être même, qu'il a déjà eu à l'accompagner lors d'une de ses visites prénatales.
Elle pense à tout cela. À toutes les s fois où il lui a dit qu'il devait aller quelque part alors que c'était faux. Il devait la rejoindre.
Dans quelques semaines, elle donnera naissance à un bébé qui ressemblera beaucoup à Tapha. Même si Junior lui ressemble comme s'il était son vrai fils, il n'aura jamais la place de leur nouvel enfant.
C'est indubitable ! Pense-t-elle.
Elle aurait pu accepter une coepouse, mais jamais Aïta. Pas dans ces conditions.
Elle ne veut surtout pas affecter le lien qui liera Tapha à leur enfant. Non, elle n'est pas comme cela. Une intruse. La cause de l'éloignement père-fils.
Là où tu ne dois pas être, n'y sois pas. Voilà. Se convaint-elle.
Quitte à faire éclater 14 ans d'amour, 12 ans de mariage. De bonheur, de tristesse partagées. De jours, nuits, après-midi passés ensemble à s'aimer, à se faire confiance. C'est sûrement du gâchis. Mais il faut le faire malgré nous, malgré notre amour.
C'est la bonne décision, conclut-elle.
La chose qui la tracasse est qu'elle sait qu'elle ne peut point vivre sans son mari, son Tapha, son amour, son bébé, son cœur ou que sait-on encore. Elle ne l'a jamais et n'est pas sûre que cela marchera.
Tapha est son Tout. Ils avaient prévu de vieillir ensemble et même de mourir ensemble. Pourtant ! Comment vivre sans son odeur, ses mains douces, ses baisers enflammés, sa voix, son français perçant, son wolof cahoteux, ses pieds clairs, ses caprices, son sourire d'enfant, sa panique, son sérieux légendaire, son orgueil, son manque d'humilité? Comment ? Son quotidien dans la vie reste son mari. Si elle le perd définitivement, que va-t-elle devenir ? Elle passera ses journées à penser à lui, à ce qu'il fait pendant le moment où elle pense à lui.
Je réussirais à l'oublier, peut-être pas demain mais un jour, je le sortirai de mon cœur, de ma tête.
Loin des yeux, loin du coeur, se resoud-elle.
Mais, et s'il avait besoin d'elle. Que va-t-elle ressentir si on lui disait qu'il est tombé malade ? Qu'il a des problèmes au bureau, qu'il a été attaqué par des personnes malintentionnées ? Qu'il...qu'il...qu'il... Elle ne le supportera pas.
Pour ça et rien que pour cela elle est prête à lui pardonner, à oublier sa trahison.
C'est vrai ! Tapha et elle, c'est écrit. Elle ne peut pas le laisser. Non. Elle doit vivre à ses côtés.
Je dois retourner chez moi, chez nous. Ma place est à ses côtés. Confirme Wouly.
Elle fait demi tour avec sa voiture pour prendre la direction de sa maison.
Non, non, je suis complètement folle. Non, il n'en est pas question. Qu'est ce qui me prend ? Dit-elle en prenant le sens de tout à l'heure.
Boum boum !
Oh non, elle vient de toucher quelqu'un. Wouly a mal tourné et c'est interdit par le code de la route de changer de sens de la sorte.
Visiblement, la personne est couchée par terre et puisque c'est un quartier populaire. Les gens sont actifs comme s'il fait jour, donc, ils ont vite commencé à entourer le corps de la personne que Wouly vient de heurter.
-Oh mon Dieu ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! Je l'ai tué.