Le plus elle regarde, le plus elle commence à accepter l'évidence. Les photos sont choquantes. Tapha est presque nu, recouvert d'un drap vert ciment, le torse nu en train de dormir avec Aïta dans ses bras, sur sa poitrine. Dans une autre photo, ils s'embrassent tout en fermant les yeux. Le coeur de Wouly se serre car elle sait que quand Tapha ferme les yeux lors d'un baiser, c'est qu'il aime. Tapha a aimé embrasser Aïta. C'est lourd à supporter. Et la dernière qui lui a donné le tournis est celle où Aïta est assise sur Tapha qui est couché et lui tient la taille.
Wouly n'arrive toujours pas à pleurer. Non, pas pour cet homme ! Pas devant lui ! Pas devant Aïta !
Elle se lève brusquement et jette les photos sur Tapha en hurlant de rage.
-Après tu viens me dire que tu ne m'as pas trompé, c'est toi Tapha. C'est toi sur ces photos. Oh mon Dieu ! C'est toi qui dors avec elle. Vous avez clairement passé la nuit ensemble, je ne sais pas pour les autres mais ces images prouvent que c'est toi. Nie le encore, nie le.
Et moi pendant un instant, j'ai voulu t'accorder le bénéfice du doute. Mais tu n'en vaux pas la peine. Tu as un salaud Tapha. Un hypocrite de la pire espèce. Je te déteste.
-C'est faux Wouly, ces photos sont fausses. Ce doit sûrement être un trucage, un montage-photos. Mon amour, crois moi s'il te plaît, ce n'est pas moi. La technologie a si bien évolué que c'est facile d'utiliser le visage de l'autre.
-Si tu commençais par arrêter tes mensonges, dit calmement Wouly. C'est ton corps Tapha, c'est toi. J'en ai marre de t'entendre démentir. J'en ai marre. Pour une fois depuis longtemps, dis moi la vérité. Accepte. Tu compliques les choses en me mentant.
-Avec quelle langue puis-je te montrer que je ne t'ai jamais été infidèle. Wouly, tu me connais. Je suis franc et direct. Et en ce moment, je suis dos au mur mais je ne peux pas te dire que c'est vrai. Je n'ai jamais touché cette pétasse, voyons. Bébé, je te jure que je te dis tout, absolument tout.
-Dis plutôt que tu ne t'en souviens pas ou que tu ne veux pas t'en souvenir. Regarde bien Moustapha. C'est bien ta chambre d'hôtel, ton lit. Franchement, tu n'as plus rien à dire à part d'accepter ton bébé, lui donner ton nom et m'épouser.
-Je ne commettrai jamais l'erreur de te mettre dans mon lit. Si c'est avec cette grossesse que tu comptes me faire du chantage, tu te trompes largement. Va chercher le père de ton enfant ailleurs...
Tapha ne termine pas ce qu'il dit car il remarque que Wouly montait rapidement les escaliers de la maison pour sûrement aller dans la chambre.
Avant qu'il ne puisse entrer, Wouly avait déjà fermé la porte avec la clé. Il frappe à la porte en criant son nom mais Wouly fait celle qui n'entend pas. Tapha se laisse glisser en bas et se tient la tête en signe de détresse.
Wouly doit le croire parce qu'il est sûr qu'il n'a rien fait. Il relève la tête et rencontre le visage d'Amy devant lui.
-Ma Amy ! Wouly va...
-Chuut, j'ai tout entendu. Ne t'en fais pas, je vais lui parler.
Amy tape la porte la porte doucement avec sa main
-Wouly ma fille ouvre, c'est moi, Amy. Laisse moi entrer s'il te plaît.
Elle voulait insister mais la porte d'entrée s'est ouverte devant une Wouly triste et en colère. Elle la fait entrer et referme aussitôt la porte manquant de peu de cogner le visage de Tapha. Ce dernier se rassoit doucement, comprenant que Wouly ne lui laissera plus la chance de s'expliquer et de se blanchir.
Dans la chambre, Wouly termine de faire la valise de Junior et la ferme.
-Chérie, réfléchis avant de faire une bêtise. On ne quitte pas son domicile conjugal sur un coup de tête. Wouly, je te parle. Ne laisse pas ta colère te dominer. En plus il est tard. Où vas tu dormir ? Surtout avec un bébé de deux mois et plus dans les bras. Passe la nuit jusqu'à demain. Tu prendras le temps de réfléchir à tout ça et de prendre la bonne décision. Je te parle, Wouly. Dit Amy en retenant sa main.
Wouly l'enlève doucement, se retourne face à la coiffeuse de sa chambre et enlève tous les bijoux qu'elle porte. Elle trouve des sandales devant la porte des toilettes et les chausse. Elle porte lourdement les deux valises et les dépose en bas. Elle va vers une des commodes à côté du lit, s'empare de la photo de Tapha et elle, souriants et très heureux. Elle fixe la photo pendant quelques minutes et la jete sur le mur. Ce qui casse le verre qui la cadrait et fait résonner un bruit assourdissant. Elle retourne à la commode, prend une photo de son fils, Junior et celle de sa mère. Elle range la photo de Junior dans son sac de voyage et tient dans sa main celle de sa mère. Elle marche doucement en faisant rouler les valises et devant la porte, elle se retourne encore pour regarder Amy qui pleure assise sur leur lit.
-Prends soin de toi Amy et de Tapha. J'espère qu'on se reverra bientôt.
-Ne fais pas ça, redemande Amy après un reniflement. Ne t'en va pas. Ce n'est pas la bonne solution.
-C'est la seule que j'ai trouvée, dit Wouly en ouvrant la porte.
Comme un soldat au garde à vous, Tapha se lève dès qu'il entend l'ouverture de la porte. Il se fige en voyant derrière Wouly deux valises et celle-ci affichant un visage déterminé.
-Qu'est ce que tu comptes faire? demande difficilement Tapha.
-Pousse toi, je suis pressée, ordonne Wouly.
-Non, pas tant que tu ne me dis pas où tu veux partir avec ces bagages.
-Tu poses des questions dont tu connais la réponse. Tu vois bien que je quitte la maison mais tu me demandes. Je te demande de décaler pour me laisser passer.
-Non, non Wouly tu ne vas nulle part. Qu'est ce que tu me fais comme ça Wouly ? Tu veux me quitter ? Tu veux partir alors que nous n'avons pas encore parlé.
-Qu'est ce qu'on doit se dire encore, Tapha. Tout est dit. Tu m'as trompé et pour t'éviter des problèmes, je m'en vais. Je laisse Aïta venir s'installer avec son enfant. Je te laisse être heureux, toi, elle et votre futur bébé.
-C'est toi que j'aime, c'est toi mon bonheur, c'est toi ma vie. Wouly, re...regarde moi. Est-ce que tu vois des mensonges dans mes yeux. Ne me laisse pas, s'il te plaît. Je ne suis rien sans toi. Ce n'est pas ce tissu de mensonges qui va nous séparer. Je t'en supplie, reste. Dit Tapha en se mettant à genoux.
Wouly le bouscule et presse le pas pour descendre les escaliers avec ses valises. Tapha ne se décourage pas, il la suit et continue de crier son nom. Amy est sortie de la chambre et elle aussi elle crie le nom de Wouly.
Elle ne les écoute pas et entre dans la chambre d'Amy, là où dort profondemment son bébé. Elle le prend délicatement et le dépose dans le berceau dépliant qu'elle accroche à son bras. Il fait un petit bruit sans se réveiller.
Alors qu'elle sortait de la chambre, il y a Tapha, Amy et Aïta qui la regardent mais elle n'en fait pas cas et tire ses valises après avoir confié le bébé à Amy.
-S'il te plaît Wouly, ne pars pas. Ne me laisse pas tout seul alors que j'ai besoin de toi, de vous. C'est mon premier jour avec Junior, je n'ai pas pu profiter de lui. Ne me l'enlève pas. Je te le demande. Dit Tapha en prenant son fils dans les bras, ce qui le réveille.
-C'est ton fils aussi, tu auras l'occasion de le voir quand tu voudras. Je te l'amenerai au bureau quelques fois et quand il grandira, il pourra venir passer des jours avec toi.
-Ne parle pas comme ça, ne fais pas comme si tu allais me quitter définitivement. C'est juste pour que tu prennes du recul et pour que tu reflechisses après tu vas revenir quand je réussirai à te prouver que toute cette histoire est un coup monté.
-Nous allons divorcer, j'enverrai mes oncles pour que tu me libères comme le veut la religion. Tu recevras aussi des nouvelles de mon avocat pour les papiers du divorce. Après chacun fera sa vie. Toi avec ta femme et ton enfant, moi avec mon Junior.
-Non, jamais je te dis. Tu n'auras pas le plaisir de me voir et libérer. Tu vas perdre ton temps et faire perdre leur temps à tes oncles. Je ne permettrai pas que tu te sépares de moi même si j'avais commis une bêtise à plus forte raison si je n'ai rien fait. Toi et moi, c'est pour toute la vie.
Reste, moi je vais partir. Cette maison est à toi, elle est à ton nom. Je trouverai bien un lieu où dormir mais ne pars pas. J'aurai l'impression de te perdre.
-C'est le cas pourtant. Dit brièvement Wouly avant de tirer sur ses valises pour sortir.
-Ah j'oubliais, dit-elle une fois devant la porte d'entrée de la maison.
Aïta ! Pendant cinq ans, tu étais amoureuse de mon mari et tu l'as aidé à m'être infidèle. Ça je ne te le pardonnerai jamais. Bayinala ak yallah, Bayinala ak yalla, bayinala ak yalla. Je te l'ai dit trois fois, Dieu nous voit et punit ceux qui font du tort à leur prochain, Il n'attend plus le Jugement Dernier, non, tout se paie dans cette vie, les bonnes comme les mauvaises choses. Et si je t'ai aidé sans attendre de retour, sans te souhaiter du mal, je demande au Tout-puissant de jouer l'arbitre pour ce que tu m'as fait. Mais je te souhaite quand même d'être heureuse avec lui et votre bébé. Avec tous les efforts que tu as fait pour l'avoir, il n'y a que cela qui peut t'arriver. Un conseil ma chère amie ! Dans un mariage, il y a plus que du sexe, l'argent, la beauté et le luxe. Je sais que je es bien que c'est l'argent et la carrure de Tapha sans oublier le privilège d'être une madame Ndoye, il y a tellement de choses qui se cachent derrière. Je te laisse découvrir par toi même. Autre chose, on ne chasse pas un paysan qui a cultivé son champ et qui a attendu la semence ; autant tu réussis à lui voler ses récoltes, autant un autre te le volera. Médite sur ça.
Quant à toi Tapha, je te souhaite aussi beaucoup de bonheur avec ta nouvelle famille. Merci pour ces années de bonheur même si c'était des mensonges. Tu m'as fait rêver et si tu avais été patient, si tu avais attendu...
Elle garde le silence pour refouler ses larmes.
Amy je t'indiquerai mon lieu de résidence pour que tu viennes me voir. Ne pleure pas, je ne suis pas morte, du moins pas encore. J'ai l'habitude de souffrir. C'est juste une autre qui complète la liste.
Amy tombe sur un fauteuil et Aïta fixe effrontément Wouly en souriant de victoire.
Tapha sort derrière elle avec le bébé dans les bras après avoir pris le berceau pliant de Junior des mains d'Amy.
Wouly réussit à faire entrer les deux valises dans la malle arrière de la voiture et ouvre la porte de derrière pour que Tapha installe le bébé.
-Voilà ! J'ai déposé tous les bijoux sur la coiffeuse. J'ai juste pris quelques affaires, j'enverrai quelqu'un prendre le reste une fois que je serai bien installée. J'ai estimé juste de prendre la petite voiture car pendant des années j'ai travaillé pour toi et que mon salaire vaut le prix de la voiture. Heu...je crois que c'est tout.
-Je te jure sur la tombe de ma mère et celle de mon père que je ne suis pas le père de cet enfant. Tu sais que c'est juste quand c'est sérieux que je jure sur la tombe de mes parents. Je passerai tout mon temps à te montrer la vérité. Je consacrerai ma vie à la chercher et j'espère que quand je te montrerai que cette histoire servie est fausse, tu n'auras pas de regrets, que tu pourras me voir sans avoir honte, que tu ne baisseras pas les yeux quand on se rencontrera. J'espère vraiment que tu te rendras compte que c'est moi qui dis la vérité et non des accusations et des photos, avant qu'il ne soit trop tard. Dit Tapha en laissant deux larmes rouler le long de ses joues.
-Au revoir Tapha, dit Wouly en voulant se tourner mais à temps, Tapha la retourne et plaque ses lèvres sur les siennes pour un baiser fou et désespéré. Il mouille son menton avec ses larmes et attrape fermement son visage. Pendant un moment, il lâche son visage et pose son front sur le sien.
-Un soir comme ce soir, où tu te trouveras, je viendrai et avec joie te dire que tu avais tout faux. Tout à l'heure, tu as dit que c'est toi qui souffre mais ce n'est pas vrai. C'est moi qui souffre de me faire accuser injustement par une fille sans vergogne et de ne pas avoir le soutien de ma femme dans cette épreuve. Je me rends juste compte que si j'étais condamné en prison et qu'on te présentait de fausses preuves, tu allais donner crédit à ces preuves et me laisser croupir en prison sans ton soutien.
N'aie pas peur, sache juste que je t'aime.
-Non tu ne m'aimes plus. Tu m'as sûrement aimé au début mais après tu restais avec moi par pitié. Tu avais promis de rester fidèle et de ne jamais me mentir.
-C'est ce que j'ai fait. Par contre toi, tu avais promis de ne jamais me quitter et de toujours me supporter. Tu ne remplis pas ta promesse. Tu me quittes.
-Je dois partir, souffle Wouly.
Ne pleure pas, je n'aime pas te voir avec des larmes. Ce n'est pas la peine de pleurer, je ne suis pas morte. Je resterai ton amie après le divorce. Dès que tu as besoin de parler, je serai là.
-Il n'y aura pas de divorce, un mariage c'est deux personnes, un divorce aussi. On restera mariés même si tu es loin de moi.
-On en reparlera par l'intermédiaire de nos avocats. Là je dois vraiment partir.