AMOUR BRISÉ
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Chapitre 2 Chapitre 02

Mais pourquoi ne m'avait-il toujours pas contacté ? Si ça se trouve il n'avait même pas regardé le bout de papier que je lui ai donné. « Je m'en fous de toute façon je le connais même pas ce gars!» : bien évidemment je me mentais à moi-même et ça me rendait folle.

Ce matin-là je fis exprès de trainer au lit pour ne pas croiser mes parents. Peine perdue ! en descendant les escaliers je les trouvais tous les deux à table dans la salle à manger.

J'étais enfant unique. Mon père (Rolland) était expert financier et ma mère (Sylvie) médecin. On vivait le quartier Cimiez, réputé bourgeois de la ville de Nice dans un grand duplex. On vivait dans un relatif luxe, vu ce que gagnaient mes parents. Je n'avais jamais manqué de rien, mes parents satisfaisaient à tous mes besoins. J'ai toujours eu une très bonne relation avec mes parents. Ils me faisaient bien marrer quand ils pariaient, pour rigoler bien sûr sur mon avenir à savoir les traces duquel je suivrai. Juste pour les embêter j'avais envie de leur dire que je deviendrai danseuse mais j'ai toujours voulu éviter le conflit avec eux et je n'étais pas sûr de leur sens de l'humour.

Je n'avais pas trop la tête aux plaisanteries ou autres taquineries familiales ce matin-là, raison pour laquelle je voulais éviter mes parents. Mais sinon en temps normal j'adore leur compagnie, on était une famille assez complice. Mais quand j'y repense maintenant, je ne pouvais pas savoir à l'époque si on était vraiment complice. Mon expérience aujourd'hui m'a montrée que la complicité se mesurait aux épreuves traversées et aux liens raffermis ou dégradés après ces épreuves. Ma famille à cette époque n'avait eu qu'un long fleuve tranquille comme vie. La plus grosse dispute que j'ai eue avec eux jusqu'à cet instant c'était à cause d'une mauvaise note ou d'une absence non justifiée.

- Tu sais qu'Halloween c'est déjà passé ma chérie ? me lança ma mère dans un rire complice avec mon père.

Je ne relevai pas la pique, je savais bien que je devais avoir une mine affreuse. J'ai passé la nuit à me retourner dans mon lit et surtout à regarder mon téléphone à la quête de nouvelles de mon Nabil ! J'espère que je ne te choque pas ma fille mais dès l'instant que je l'ai vu, c'était déjà « mon Nabil » dans ma tête. Il y a de ces personnes sorties de nulle part et qui sans prévenir deviennent essentielles dans notre vie. On vit en fonction d'eux ou de ce qu'ils pensent. On fait tout pour compter à leurs yeux. Nabil était assurément de cela. Tu trouveras ma fille que j'exagère, que je n'ai aucune modération dans mes propos sur quelqu'un que j'ai vu une demi-heure seulement, mais cet homme était un spécimen rare.

Peut-être me faisais-je des films, peut-être m'emportais-je pour rien. De toute façon je ne savais même pas comment le revoir, ni même s'il se rappelait de moi ! mais pourquoi diable il ne me faisait pas signe ?

Je décidai d'arrêter de me faire du mouron et de prendre mon petit déjeuner. J'essayais de rigoler un peu avec mes parents et ça me faisait du bien. Tout de suite une autre pensée amère me traversa l'esprit : Manon ! Je n'avais toujours pas pris de ses nouvelles depuis la veille, quelle piètre amie je faisais ! j'avais honte. Je décidai alors de passer la voir après ma douche comme je n'avais pas école ce jour-là.

Comme on n'habitait pas loin l'une de l'autre je préférai marcher ce qui me permettait de me vider la tête un peu. Arrivée devant chez ma copine, j'hésitais longtemps avant de sonner et sa mère ouvrit la porte. Elle m'accueillit bien comme toujours mais en me précisant que Manon avait été punie.

- Ton amie a encore fait une bêtise, elle est privée de sortie et de visite mais on va faire exception pour toi. S'il te plait essaie de la raisonner elle suit une pente dangereuse.

En ce moment là j'étais partagée entre le rire et la tristesse. Que dirait-elle si elle savait qu'on avait fait cette fameuse bêtise ensemble ? je devais une fière chandelle à mon amie d'avoir tout pris pour nous deux mais je m'en voulais encore plus de pas avoir plus pensé à elle depuis la veille. J'allai dans sa chambre et la trouvai sur son poste de travail en train de bosser ses cours...

- Depuis quand tu bosses les samedis matin toi ?

Elle éclata de rire. Manon n'était pas du genre très bosseuse. Elle me disait souvent que l'école ne servait à rien mais elle était obligée d'y aller tant qu'elle ne pouvait pas s'assumer toute seule.

- Pour un mois je n'ai le droit de sortir que pour aller en cours, et ici j'ai droit à aucun loisir, juste bosser... quelle vie de merde ! dit-elle

- Je suis vraiment désolée que tu subisses ça pour nous deux répondis-je avec une sincère tristesse.

- Arrête ça tu veux ! c'était mon choix et je sais que c'était le bon. Mais toi raconte-moi, qu'est ce qui s'est bien passé après mon départ ?

- Oh rien de bien spécial, j'ai attendu tranquillement mon bus et suis rentrée après.

Manon me dévisagea comme pour détecter le mensonge. Elle me connaissait tellement bien qu'elle ne tarda pas à éclater de rire en me demandant la vraie version. Je lui racontai alors la rencontre avec la bande de Kevin puis mon chevalier servant Nabil qui me rendait littéralement folle mais qui ne donnait plus signe de vie. Je n'omis aucun détail car je connaissais son coté commère mais aussi parce que je savais qu'elle en avait besoin pour faire passer le goût amer de sa punition. Elle semblait dévorer mon histoire comme si elle la vivait à travers moi.

Passé les commentaires et petits noms d'oiseaux envers Kevin et sa bande, elle commença à formuler des milliers de théories sur le mutisme de Nabil. J'aimais la voir ainsi, j'aimais passer des moments avec elle. Maintenant je n'étais plus toute seule à angoisser pour mon Nabil et elle s'offrait un petit moment de distraction durant sa punition. Mais tout ça ne disait pas pourquoi Nabil ne me donnait pas signe de vie.

- Peut-être devrais-je retourner là-bas pour tenter de la voir ?

Manon éclata de rire jusqu'à en avoir les larmes aux yeux.

- Ok tu vas te pointer à l'arrêt de bus et attendre qu'il repasse là-bas par hasard ? tu sais même pas où le chercher laisse tomber.

Je réalisai à quel point mon idée était stupide. Elle avait raison je ne me suis pas assez servi de ma tête pour sortir une connerie pareille. A cet instant je sentis mon téléphone vibrer dans ma poche et me ruai dessus pour voir si c'était lui : « numéro masqué ». Je le reposai, ce n'était pas le moment de parler à un inconnu j'étais trop irritable. Manon me fit remarquer qu'il pourrait s'agir de Nabil après tout et je décrochai avec un « allo » mi-sec mi-excité.

Cette voix au bout du fil, ce timbre si particulier, cet accent à faire pâlir n'importe qui... je pensai que j'allais m'évanouir d'excitation. J'ai pas du tout réussi à garder mon calme, il m'avait appelé, il m'avait appelé. Il prit rapidement de mes nouvelles, puis de Manon compatissant pour elle au passage et voulut prendre congé mais il était hors de question que je le laisse filer sans me donner son numéro.

- Pourquoi tu m'appelles en privé ? demandai-je presque méfiant.

Il m'expliqua que c'était juste une habitude. Je lui demandai son numéro mais il hésita. Je ne sais pas s'il voulait juste jouer avec mes nerfs ou alors il ne voulait pas me donner son numéro. Après plusieurs secondes d'hésitation il me promit de ma rappeler et raccrocha comme pour éviter que j'insiste davantage. Je me tournai vers Manon et commençai à sortir quelques mots peu élégants. Mon amie s'amusait beaucoup de la situation, elle me regardait bizarrement.

- Qu'est ce qu'il y a encore ? m'énervai-je.

- T'es complètement amoureuse de ton Nabil ma foi répondit-elle avec un clin d'œil.

Je voulus protester mais en y réfléchissant un peu je me rendis comte j'étais complètement hystérique depuis quelques minutes. Je me comportai comme si Nabil était mon petit copain et qu'il avait des comptes à me rendre alors qu'en fait il n'en est rien, il ne me doit rien. Au contraire c'est moi qui lui dois quelque chose. Après tout il m'a sauvé et a pris le soin de prendre de mes nouvelles après. Mais alors pourquoi je me comportai comme une gamine de 12ans devant son boys band préféré ?

Ce n'était pas le moment de se soucier de cela. Je savais que Nabil était un homme de parole donc il me rappellera comme il l'a dit et j'aurai mes réponses à ce moment-là. Je restai passer la journée avec Manon pour lui tenir compagnie mais aussi pour ne pas me retrouver seule et trop penser à mon Nabil.

Cette nuit là encore j'étais partagé entre rêve et frustration. J'avais eu l'occasion d'entendre la voix de mon Nabil, il pensait forcément à moi. Mais en même temps je n'étais pas plus avancée. En m'appelant en privé il a tout de suite mis des barrières entre nous. C'est comme s'il m'avait dit « écoute fillette, je m'assure que tu vas bien mais après tu m'oublie ! ». Quelle injustice, mais surtout quelle ironie.

Oui quelle ironie. Ma fille tu me connais et tu as déjà vu des photos de moi jeune. Sans être prétentieuse j'étais magnifiquement belle, blonde avec de longs cheveux frisés, des yeux noisette avec des cils naturels à rendre jaloux les faux cils. Tous les mecs de mon lycée, les plus populaires me courraient après et je n'ai jamais voulu sortir avec l'un d'eux. Et aujourd'hui me voilà dans le rôle de celle qui court après et lui ne veut pas de moi ? comment était-ce possible ? pourquoi il me fuyait ? je lui offrais sur un plateau d'argent ce que tous les mecs de son âge convoitaient et pourtant cela ne semblait guère l'atteindre.

J'allais affecter ma santé mentale en me posant toutes ces questions pour cet homme. En valait-il la peine après tout ? je voulais que ça soit lui mais je devais me préparer au pire. Cet homme n'était pas comme les autres, il était complexe. Et moi cela me rendait complètement folle.

Y a des choses qui ne changent jamais peu importe l'âge qu'on a. se lever le lundi en fait partie. A l'époque je n'aimais pas aller en cours le samedi et tout le temps que j'ai travaillé je n'ai jamais aimé y aller le lundi. Décidément je comprends Garfield !

Enfin bref je m'éloigne un peu du sujet. Ce matin là je n'avais pas envie d'aller en cours ! si seulement mon Nabil était en dans mon lycée, ça me motiverait un peu. Mais je ne savais même pas ce qu'il faisait de sa vie ! quelle tristesse. Je l'ai fait exprès d'arriver un peu en retard pour aller directement en cours et ne pas avoir à croiser qui que ce soit. Manon m'avait gardé ma place habituelle à ses côtés. Dès que j'entrai dans la salle elle m'accueillit avec un sourire plein de curiosité. Je devinai déjà sa soif d'informations. Elle devait s'imaginer que j'ai eu des nouvelles de Nabil le dimanche. J'étais presque désolée de casser son enthousiasme. Je passai devant le prof qui faisait une réflexion sur la ponctualité à laquelle je ne prêtai aucune attention.

-Alors raconte ? me lança Manon avant même que j'eus posé mon sac.

-Désolé de te décevoir ma vieille mais que dalle ! c'est le calme plat.

Elle fit une moue très expressive. Je fis la même. On passa une grande partie du cours à papoter de tout et de rien. Le cours n'était pas intéressant et on n'aimait pas le prof donc on essayait de faire passer le temps. En me retournant je vis un garçon me saluer d'un signe de la main avec son plus beau sourire.

Il s'agissait de Cédric, un des garçons les plus gentils et les plus serviables de mon lycée. Je l'aimais bien et partageais souvent mes repas avec lui et Manon. Il était de taille normale, les cheveux noirs toujours bien coiffés, les yeux marrons et un sourire timide ornait toujours son visage. Je lui rendis son sourire et me retournant de nouveau vers Manon, elle faisait une tête bizarre ce qui m'étonnait.

-Si jamais Nabil te rappelle tu vas faire quoi de Cédric ? me demanda-t-elle de but en blanc. Tu vas pas nous faire un triangle amoureux quand même ?!

J'étais presque choqué par sa remarque. Je ne voyais pas du tout où elle voulait en venir. Il n'y a jamais rien eu entre Cédric et moi et elle le savait alors pourquoi me faire une telle réflexion ? voyant que je n'arrivais pas à sortir un mot cohérent sous l'effet du choc elle reprit la parole.

-Ecoute je dis juste que le gars est fou de toi depuis le début de l'année il te lâche pas, il est juste trop timide pour te l'avouer et toi t'es trop aveugle pour le voir ou trop naïve pour croire que c'est juste un ami. En tout cas il mérite pas de souffrir donc peu importe ce que tu vas faire, essaie de pas être ambiguë avec lui d'accord ?

Je ne pipai mot. Je restai dans un silence total fixant le tableau comme si le cours commençait à m'intéresser d'un coup. Je me rejouai toutes les scènes qui se sont passé dans cette école depuis le début de l'année. Manon était juste folle et elle voyait de l'ambiguïté partout ! mais tout de suite je me souvins qu'un mois et demi environ en arrière il m'avait rapporté une rose à l'occasion de la Saint Valentin en « plaisantant » que j'étais l'élu. Ou encore à cette soirée juste avant les vacances quand je lui avais dit avoir mal au dos, il m'avait tout de suite proposé de me faire un massage. Je repensai encore à d'autres petits gestes qu'on fait souvent par galanterie, pour plaire et que lui n'hésitait jamais à faire pour moi.

Oh mon Dieu Manon avait raison ! je vais briser le cœur de ce jeune homme ! ce qui était vraiment dommage. Je l'appréciais vraiment en tant qu'ami et là fallait que j'arrête de le fréquenter pour ne pas lui donner de faux espoirs, pour ne pas le faire souffrir.

            
            

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