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Après l'épisode de l'incendie, les quatre jeunes filles décidèrent de s'accorder une journée de repos chacune chez elle. Jade, Daryl et les autres habitants de Vilune qui étaient sains et saufs embarquèrent dans la navette jusqu'à Vilune, et Amaris n'eut même pas le temps de revoir Daryl. Elle proposa alors à Elenna de rentrer à Mobron, mais l'elfe souhaita rester encore un peu dans son quartier. Amaris emmena alors Hasya avec elle jusqu'à Mobron. Quant à Lyra, elle rentra chez elle, à Oxensio, en plongeant dans l'océan.
Une fois les scientifiques rentrés au laboratoire de Vilune, tous reprirent leurs activités comme si rien ne s'était passé. Daryl allait repartir vers son étage pour travailler, mais sa sœur le retint par le bras avant qu'il ne se dirige vers l'ascenseur :
- Il faut que je te parle. Tout à l'heure, à Alvor, j'ai remarqué que tu avais l'air assez proche d'Amaris.
- En quoi ça te regarde ?
- Je demande, c'est tout. Mais fais attention avec elle, elle a quand même failli kidnapper Lyra...
- Jade, je suis grand, je peux faire mes propres choix. Ne commence pas à te comporter comme les parents.
Et il repartit, un peu agacé, vers l'ascenseur, pendant que Jade marmonnait furieusement.
Une fois que tous les bus aquatiques furent partis, Elenna vérifia une dernière fois qu'il ne restait personne à Alvor. La jeune fille observa alors encore une fois le désastre : tous les arbres étaient morts, et du bois de meubles ou de maisons jonchait le sol. L'elfe soupira. Elle devait faire quelque chose, car des centaines d'elfes n'avaient nulle part où aller désormais... La jeune fille recula au maximum, et elle joignit ses deux mains, comme si elle priait. Puis, elle prit une profonde respiration et ferma les yeux ; elle se remémora l'image de sa belle forêt avant qu'elle ne fût détruite. Aussitôt, les arbres et le bois brûlés s'enfouirent sous terre, et des racines en sortirent à la place. De magnifiques et immenses arbres verts poussèrent de la terre et il y en avait encore plus qu'avant. La verdure revint peu à peu à Alvor. Lorsqu'Elenna ouvrit de nouveau les yeux, elle resta stupéfaite de tout ce qu'elle avait fait. Elle plaqua ses mains sur sa bouche et se promena le long des allées. Malheureusement, son pouvoir ne lui permettait pas de reconstruire les maisons, mais au moins, elle avait partiellement reconstruit la forêt.
- Rebonjour, Elenna.
La jeune elfe sursauta, se retourna et vit Armin s'approcher d'elle avec un grand sourire. Le garçon admira la nouvelle forêt avec émerveillement et s'excusa encore une fois pour les problèmes qu'il avait causés. Elenna haussa les épaules, décidant de ne pas souligner les doutes de ses amies à son sujet, et tous deux repartirent vers le port.
- Tu sais, j'ai réfléchi, annonça soudain Armin. Etant d'Islis, tu ne peux pas aller à Tyrio, mais je connais quelqu'un qui pourrait peut-être nous aider au royaume d'Argawalad.
- Argawalad ? répéta Elenna. Mais c'est un royaume abandonné, il n'y a personne...
- Détrompe-toi, quelqu'un y vit. C'est un de mes amis, une sorte de sorcier. Il pourrait te changer en animal pour que nous puissions nous rendre à Tyrio en toute discrétion.
- Oh, c'est génial ! Je vais envoyer un hibou à Lyra, Jade et Amaris pour le leur dire.
- Tu sais, je pense que moins nous sommes nombreux, plus nous serons discrets. Je préfère que nous allions à Argawalad tous les deux. Ainsi, tes amies pourront protéger le royaume si l'offensive se déroule plus tôt que prévu, puis nous pourrons aller espionner Tyrio tous ensemble et en toute sécurité.
- Je comprends. Il y a une barque non attachée là-bas. Allons-y. De toute façon, nous serons rentrés demain soir.
Armin prit alors Elenna par la main et tous deux montèrent dans la barque. Le garçon commença alors à ramer en direction du royaume perdu d'Argawalad, tandis qu'Elenna ferma les yeux, oubliant complètement sa sœur et Amaris qui l'attendaient à Mobron...
Amaris et Hasya arrivèrent à Mobron aux alentours de midi. La matinée avait été riche en émotions. Lorsque Hasya monta les escaliers pour sortir du port, elle découvrit un quartier lugubre, des arbres morts, des maisons sombres, une grande horloge autour de laquelle volaient des chauves-souris et au loin, un grand château. Amaris et la sœur d'Elenna commencèrent alors à marcher.
- A qui appartient ce château ? demanda enfin Hasya.
- Le maire de Mobron y réside, répondit Amaris. C'est un vieil homme étrange, il ne sort presque jamais de chez lui. On raconte même que ce château est hanté.
- Et comment as-tu rencontré ma sœur ? Elle m'a dit qu'elle allait explorer le royaume à la recherche de nouvelles choses à manger...
- Nous nous sommes connues, moi, Jade, Elenna et Lyra près du gouffre de Vilune, que nous étions toutes les trois en train d'explorer. Nous avons discuté et sommes devenues amies.
Hasya resta perplexe et n'y crut qu'à moitié. C'est alors qu'elle et Amaris arrivèrent devant une petite maison grise, entourée d'une grille à pointes noires, avec un grand jardin recouvert de goudron où gambadaient joyeusement un chien à deux têtes.
- Je te présente ma maison et mon chien, Gonk.
Hasya sourit d'un air gêné et toutes les deux entrèrent dans la maison. La jeune elfe découvrit alors un mobilier aussi lugubre que la maison vue de l'extérieur. Amaris avait dans chaque pièce un vase dans lequel elle avait mis des tulipes noires, des pétunias « Mistical Black Magic » ou encore des iris « Black Swan ». Hasya, qui vivait dans une zone essentiellement recouverte de verdures et d'arbres en bonne santé, fut déconcertée par tant de noirceur. Voir tous ces arbres morts à l'extérieur l'avait déjà choquée, et elle ne l'était pas moins en découvrant l'intérieur de cette maison. Remarquant le regard méprisant que Hasya adressait au mobilier et aux décorations de sa maison, Amaris soupira et se baissa à hauteur de la jeune fille pour déclarer :
- Tu sais, je suis consciente que tu n'as pas l'habitude de vivre dans un espace aussi sombre, que tu aimes les arbres et que tu fais sûrement partie d'un club écologiste ou je-ne-sais-quoi, mais ta sœur et toi avez perdu votre maison. En attendant qu'elle soit reconstruite, j'ai proposé de vous héberger pour vous rendre service. Mais si tu préfères, tu peux retourner dormir au milieu de la forêt complètement détruite. J'agis par charité en vous hébergeant, toi et ta sœur, mais aussi parce que ta sœur, moi, Lyra et Jade, nous devons faire équipe ensemble pour quelque chose que tu ne comprendrais pas. Quoi qu'il en soit, j'ai fait un effort, donc fais-en un aussi, d'accord ?
Hasya poussa un grand soupir et hocha la tête. Amaris se releva alors et lui désigna la porte d'une petite pièce au fond du couloir. Hasya s'y dirigea à pas lents en examinant chaque recoin de mur, peu rassurée par cet environnement totalement inconnu...
- Ta sœur viendra avant ce soir ? lui lança Amaris. Mais Hasya avait déjà refermé la porte.
Alors qu'elle se dirigeait vers la colline où était située sa maison, Lyra remarqua que Nahia n'était pas dans le pré à s'occuper des vaches comme le lui avait demandé sa mère. Elle entra alors dans la maison et se rendit dans la chambre de sa sœur, où celle-ci était allongée sur son lit, le nez plongé dans un livre intitulé « profondeurs abyssales ». Lyra vint alors s'asseoir près d'elle sur le lit. Aussitôt, Nahia posa son livre et se redressa. Lyra lui rappela alors la tâche que sa mère lui avait confié, et Nahia se contenta de soupirer et affirma qu'elle s'en occuperait plus tard. Lyra lui raconta alors les évènements qu'elle avait vécu la veille et ce jour-même : la rencontre avec Amaris, Elenna, l'incendie d'Alvor... Nahia ne l'interrompit pas et l'écouta avec attention. De temps en temps, elle hochait la tête et laissait échapper des « waouh » .
- Ton récit est digne d'un roman fantastique ! remarqua-t-elle une fois que Lyra eut fini de parler. D'ailleurs, je voulais te parler de quelque chose. Tu sais, je suis très heureuse que toi et moi partagions la même passion pour les milieux aquatiques, mais...
- Mais quoi ?
- Je dois t'avouer que je suis déçue de ne pas pouvoir maîtriser l'eau ou me transformer en sirène comme toi.
- Ecoute, il ne faut pas que tu te sentes inférieure. Tu as beaucoup de choses que je n'ai pas. Tu es serviable, tu es beaucoup plus jolie que moi, tu fais du très bon travail, tu as toujours été excellente à l'école... Et moi, je n'ai plus beaucoup de temps pour ma famille. Promets-moi de prendre soin de Papa et Maman, je vais être très peu à la maison dans les semaines à venir. En tout cas, je te promets que tu n'as pas de raison d'être jalouse de moi.
- Si tu le dis... soupira Nahia, peu convaincue. Quoi qu'il en soit, moi aussi, j'ai quelque chose à te raconter. Hier, j'ai sauvé un garçon de la noyade, ses parents sont arrivés peu après et j'ai compris qu'il était le prince d'Islis... Pour me remercier, ses parents m'ont invité à dîner chez eux hier soir. J'ai accepté, même si j'avais la boule au ventre rien que d'y penser. Finalement, j'y suis allée et j'ai passé une soirée très agréable, le repas était délicieux. La reine d'Islis est adorable, le roi s'est montré un peu froid lorsque je lui ai dit que je venais d'une famille de fermiers. Enfin, juste avant que je ne parte, j'ai accepté de danser avec le prince Célian. C'était un moment magique que je ne suis pas prête d'oublier !
- Je n'en doute pas. J'aimerais beaucoup le rencontrer. Et ne t'inquiète pas pour son père. Tu sais, généralement, les familles royales ne fréquentent que des gens de la haute société, mais ne t'en fais pas, ils vont réaliser que tu es une fille géniale, et que ce n'est pas parce que ta mère est fermière que tu vaux moins que les autres. Tu as prévu de revoir Célian ?
- Pas pour le moment, répondit Nahia, l'air un peu inquiet. Je devrais peut-être l'inviter ici. Après tout, j'ai vu son château et son quartier, c'est à son tour de découvrir mon univers !
- Je ne sais pas si Papa et Maman seraient d'accord pour qu'il vienne ici...
- J'ai vingt ans, je pense avoir passé l'âge de leur demander la permission pour quoi que ce soit.
- Mais n'oublie pas que tu vis encore sous leur toit.
- Plus pour longtemps, je l'espère. Je n'en peux plus des vaches et des prés, je veux découvrir les océans...
- Nahia ! grommela soudain Lyra. Tu sais bien que Papa et Maman ne l'envisageront jamais.
- Je suis adulte, Lyra ! Je fais ce que je veux ! cria Nahia en se levant brusquement. Et je veux faire autre chose de ma vie que de m'occuper de stupides animaux !
Et la jeune fille disparut derrière la porte de sa chambre.
Cela faisait maintenant trois heures qu'Elenna et Armin naviguaient en direction du royaume perdu d'Argawalad. La nuit venait de tomber et on commençait à voir quelques étoiles briller dans le ciel. Autour d'elle, Elenna ne distinguait que deux bleus : celui du ciel, foncé, uniforme, et celui de l'océan, transparent et plus profond. Un grand froid s'était installait depuis maintenant quelques minutes et, assise au fond de la barque, Elenna laissa échapper un frisson. Elle vit alors Armin retirer sa veste et la lui passer autour des épaules. La jeune elfe lui adressa un signe de tête pour le remercier et, une fois que le garçon fut assis, elle lui demanda :
- Tu veux que je prenne le relai ? Tu dois être fatigué après ces heures de voyage.
- Tout va bien, merci. De toute façon, tu ne sais pas où se trouve le royaume, et il serait embêtant que je m'endorme pendant que tu rames.
- A ce propos... commença Elenna en baissant doucement ses yeux vers ses pieds. Comment as-tu appris à naviguer ?
- J'ai été très bien éduqué, là d'où je viens. Je faisais beaucoup de voyage avec mes amis.
- Et cet ami qui vit à Argawalad... Qu'est-ce qu'il fait là-bas ?
- Il a eu des soucis avec le gouvernement de son île, et il était plutôt du genre solitaire. Il était sûr qu'à Argawalad, personne ne viendrait l'embêter.
- Tu es sûr que nous pouvons lui faire confiance ?
A ces mots, Armin lâcha la barre et vint s'accroupir en face de Elenna. Il posa sa main sur la sienne et murmura :
- Je sais que tu as beaucoup de questions et que mes explications peuvent te sembler ambiguës, mais tu dois me faire confiance, et à mon ami aussi. C'est le seul qui peut nous sauver. Il faut que nous allions à Tyrio pour les empêcher de nous attaquer.
Il déposa alors un doux baiser sur sa joue, et retourna s'asseoir à la barre. Elenna esquissa un petit sourire, mais elle avait remarqué les réponses peu claires et hésitantes d'Armin. Soudain prise d'une effroyable pensée, elle se leva d'un bond et, grâce à un geste de la main, elle parvint à créer des branches qui vinrent s'enrouler autour d'Armin. Le jeune homme n'eut même pas le temps de réagir.
- Ça suffit, Armin. Je ne te crois plus. Tu réfléchis toujours avant de répondre, comme si tu cherchais un mensonge à inventer. Je t'ai posé des questions, je veux de vraies réponses, et je ne te libèrerai pas, je ne te laisserai pas m'emmener à Argawalad tant que je ne les aurai pas eues. Après tout, qu'est-ce qui me prouve que tu n'es pas un imposteur ?
- Calme-toi, Elenna. Je vais te répondre, bafouilla Armin. Si je ne te donne pas de réponses précises, c'est parce que j'ai souvent été trahi dans mon enfance, et le plus grand secret que j'ai jamais eu, c'est-à-dire mes pouvoirs, je l'avais confié à mon meilleur ami qui est allé le répéter à tout le monde. On s'est moqués de moi, j'ai été exclu de partout, on m'a traité de fou et j'ai dû déménager plusieurs fois... jusqu'à ce que j'arrive à Islis et que je te rencontre. Tu m'as fasciné, je n'avais jamais rencontré d'autre personne possédant des pouvoirs, mais avec toi je crois que je peux être moi-même et me confier, car je sais que tu me comprendras. Je suis vraiment désolé si je te parais suspect ou distant, et je comprends tout à fait que tu puisses avoir peur de faire confiance à un inconnu, mais tout ce que je veux, c'est t'aider. Je me suis enfin fait une amie qui ne me juge pas et me comprend, donc je veux vraiment t'être utile. Nous devons mener cette lutte ensemble.
Armin remarqua que le regard d'Elenna commençait à s'adoucir, et il sentit les lianes se desserrer progressivement autour de lui. Il poursuivit alors :
- Je suis le seul qui peut t'aider dans ta quête. J'ai déjà visité Tyrio, et je sais que l'empereur est un dictateur, il fait vivre un enfer à son peuple et, tôt ou tard, il vous trouvera, toi et tes amies, et vous fera exécuter. C'est pour cela qu'il faut que nous les mettions hors d'été de nuire avant que lui ne le fasse.
Elenna baissa les yeux et retira les branches. Elle vint s'asseoir brusquement sur le petit banc et poussa un grand soupir. Armin s'assit alors à côté d'elle et lui adressa un sourire inquiet, tandis qu'Elenna sentit rapidement le sommeil l'envahir.
Un peu plus tard dans la soirée, alors qu'Amaris était dans son jardin en train de donner des croquettes à Gonk, Hasya apparut soudain et, s'approchant prudemment du chien et de sa maîtresse, elle murmura :
- Ma sœur n'est toujours pas là... je suis inquiète...
Gonk, voyant la jeune fille, commença à aboyer très fort et à se diriger vers elle. Amaris le retint par son collier à pic et chuchota :
- Calme-toi, Gonk, tout va bien. Je suis désolée, il n'a pas l'habitude de voir des... elfes. Elenna n'est pas rentrée ?
- Non, cela fait presque quatre heures, j'espère qu'il ne lui est rien arrivé de mal...
- Hm... fit Amaris en jetant un œil à la grosse horloge de Mobron. À l'heure qu'il est, si on lui envoie une lettre, elle ne la recevra que demain matin... On va aller la chercher à Alvor.
Hasya acquiesça, et après avoir attaché Gonk, Amaris et elles se dirigèrent vers le port et attendirent quelques minutes la navette. Une fois arrivées à Alvor, Amaris et Hasya constatèrent que l'environnement avait un peu évolué depuis tout à l'heure. De jeunes pousses d'arbres étaient apparues, et Hasya s'étonna que les elfes aient mis aussi peu de temps avant de commencer à reconstruire la forêt. Les deux filles commencèrent à avancer au milieu des allées et appelèrent plusieurs fois Elenna, sans succès, mais Amaris entendit plusieurs fois du bruit près des quelques buissons rescapés de l'incendie. Au bout d'un moment, Hasya s'assit sur une pierre et prit sa tête dans ses mains. Amaris s'accroupit devant elle :
- Ne t'en fais pas, on va la retrouver. Elle est peut-être...
- Va-t'en.
- Euh... Quoi ?
- Va-t'en ! hurla Hasya en lui tournant le dos.
Choquée, Amaris eut un mouvement de recul et, après avoir fixé Hasya pendant quelques secondes, elle s'éloigna et disparut dans un cercle de feu.
Le lendemain, lorsqu'Elenna ouvrit les yeux, elle ne vit que du noir. Elle voulut s'étirer, mais quelque chose retenait ses bras. La jeune elfe baissa alors la tête et elle comprit qu'elle était collée au mur, les bras, les mains, les jambes et les pieds liés par des cordes, et un bandeau sur la bouche. Elenna poussa un gémissement, et soudain elle aperçut une lumière au loin, et Armin apparut. Le cœur d'Elenna se serra et elle se mit à remuer pour tenter de se libérer, en vain. Armin s'approcha d'elle et la regarda d'un air satisfait.
- Bonjour, Elenna. Tu as bien dormi ? Je ne pensais pas que tu avais un sommeil si profond !
Il tira sur le bandeau et Elenna commença à hurler :
- Où sommes-nous ? Qu'est-ce que tu m'as fait ?
- Ah, tu es tellement naïve, ma chère amie ! Tu m'as beaucoup facilité les choses, sache-le. Où sommes-nous ? Eh bien, là où je devais t'emmener, au royaume d'Argawalad. Seulement, j'ai un peu changé le plan. S'il fait aussi noir ici, c'est parce que nous nous trouvons dans une grotte, juste en dessous du volcan d'Argawalad, qui, apparemment, ne devrait pas tarder à entrer en éruption.
- Pourquoi as-tu fait ça ? s'écria la jeune fille. Armin marcha quelques pas, puis soupira.
- Je suis le fils de l'empereur de Tyrio. Mon père cherche à envahir le royaume d'Islis, mais il n'y parviendra pas tant que vous êtes toutes les quatre en possession de ces pouvoirs. Je vais donc te laisser une chance : donne-moi ton bracelet et fais en sorte que tes amies me donnent leurs bijoux également, ou je vous éliminerai une à une.
Elenna était horrifiée, mais au fond d'elle, elle savait qu'elle n'aurait jamais dû faire confiance à Armin. Elle se souvint alors des paroles de Kiana : personne ne pouvait lui enlever son bijou, il fallait qu'elle le retire elle-même. Elle tenta alors de se détacher, puis de jeter un sort par la pensée, mais la flore était inexistante ici et Elenna était bien trop faible physiquement pour utiliser ses pouvoirs.
- Tu refuses de me donner ton bracelet ?
Armin s'approcha alors d'elle et tenta de décrocher le bracelet de son poignet, mais rien n'y fit : c'était tout simplement impossible.
- Bien. Procédons autrement. Je te libère, tu me donnes ton bracelet, tu as la vie sauve. Si tu refuses, je te laisse mourir ici et je vais m'occuper personnellement des trois autres.
Elenna le fixa avec haine. Même si elle les connaissait depuis très peu de temps, elle avait confiance en Jade, Lyra et Amaris et savait qu'Armin n'était pas de taille face à elles. La jeune elfe ne bougea pas et se contenta de dévisager le jeune homme avec fureur et combativité.
- Très bien, comme tu voudras. J'espère que tu parviendras à vivre avec la mort de tes amies sur la conscience. Tu ne peux même pas utiliser tes pouvoirs pour te sortir de là, vu que tu n'as pas les mains libres...
- Tu es un monstre, dit Elenna, les dents serrées. Jade, Lyra et Amaris ne te laisseront jamais faire.
- Oh, ne t'inquiète pas pour elles. Je les éliminerai une à une, comme je l'ai fait pour toi. D'ailleurs, si tu veux bien m'excuser, il est temps que je m'occupe de leur cas, à présent. D'ailleurs, un de mes soldats m'a informé hier soir qu'il avait vu ta chère petite sœur à Alvor...
Sur ce, il s'éloigna en lâchant un rire sardonique. Des larmes commencèrent à couler le long des joues d'Elenna, elle remua dans tous les sens pour essayer de se détacher, en vain. Elle ne pouvait même pas utiliser ses pouvoirs. La jeune fille poussa alors un grand soupir et pensa :
- Alors, c'est ainsi que cela devait finir... Je n'aurai même pas revu ma sœur... Au moins, je vais retrouver mes parents... j'espère qu'ils m'offriront un bon accueil. Je souhaite de tout cœur que Lyra, Amaris et Jade s'en sortent sans moi, et qu'elles viennent à bout de...
Le lendemain, lorsqu'elle sortit de sa chambre pour déjeuner, Amaris appella plusieurs fois Hasya, mais elle n'obtint aucune réponse. Elle se rendit alors dans la chambre d'ami, mais elle était déserte. L'inquiétude commença à la gagner. Alors, elle siffla et un petit hibou arriva à la fenêtre. La jeune fille attrapa deux feuilles de papier sur lesquelles elle écrivit « Elenna et sa sœur ont disparu. Je suis très inquiète. Rejoignez-moi près du château à Hulda dans deux heures, nous verrons si quelqu'un peut nous aider à les retrouver. Amaris. » Elle accrocha les deux lettres aux pattes de l'oiseau et lui murmura :
- Apporte ces lettres à Lyra, à Oxensio, et à Jade, au laboratoire de Vilune. Ne traîne pas, c'est très urgent.
Le hibou se mit alors en route et disparut dans le ciel. Pendant ce temps, Amaris attrapa un sac à dos dans lequel elle fourra quelques objets, puis elle se mit en route pour le port de son quartier.
Il pleuvait toujours très fort à Vilune ce matin-là. Le hibou, trempé, déposa la lettre également trempée sur le bord de la fenêtre du salon de l'appartement de Jade. Daryl, qui lisait tranquillement le journal Le Royaume, arrêta sa lecture et ouvrit la fenêtre pour prendre la lettre. Pris de curiosité, il la parcourut et son cœur fit un bond lorsqu'il lut le prénom de la signataire, « Amaris ». Soudain, il entendit l'eau de la salle de bain s'arrêter de couler, alors il replia la lettre comme elle l'était et la posa sur la table de la salle à manger, puis il se rassit dans le canapé et fit mine de reprendre sa lecture. Au même moment, Jade sortit de la pièce voisine, une serviette autour d'elle, et commença à se diriger vers sa chambre lorsque son frère l'interpella.
- Un hibou a déposé une lettre, je te l'ai mise sur la table.
Jade fit volte-face et ouvrit alors la lettre. A la fin de sa lecture, elle jeta un regard suspicieux à son frère, qui tenta de paraître le plus naturel possible. Jade emporta alors la lettre dans sa chambre et se prépara en vitesse, tandis que Daryl leva les yeux de son journal en soupirant.
Deux heures plus tard, les trois filles se retrouvèrent à Hulda près du château. Elles s'installèrent à la terrasse d'une petite brasserie pour déjeuner, et Amaris leur expliqua la situation en détails.
- Quoi ? s'écria Lyra en manquant de s'étouffer avec sa brioche. Tu as laissé une petite fille seule ?
- Elle ne voulait pas que je reste, elle m'a ordonné de partir !
- Mais ce n'est qu'une petite fille, très vulnérable ces derniers temps, qui plus est !
- Ce n'est pas à moi de gérer ses problèmes de famille !
- Calmez-vous, toutes les deux ! intervint Jade. Le plus important maintenant, c'est de les retrouver. Nous n'avons pas le temps de nous disputer. J'y pense : pourquoi n'irions-nous pas voir une voyante ? Dans les livres que j'ai lu sur les prophéties, il est dit que les voyantes peuvent localiser des gens, savoir ce qu'ils pensent, les conseiller et même lire leur avenir.
Amaris décida de payer le repas avec le peu d'argent qu'elle possédait, puis les trois filles se mirent en route. Elles demandèrent des renseignements à quelques passants qui leur indiquèrent tous une petite maison au bout d'une rue, où résidait une femme qui avait des dons de voyance, mais tous leur signalèrent également que la consultation était très coûteuse. Les filles passèrent à travers un petit marché avec une multitude de stands situé sur une grand étendue d'herbe. Lyra et Jade s'arrêtèrent à chaque stand pour regarder les produits, mais Amaris les tira par le bras et leur fit la morale en leur disant qu'elles n'étaient pas ici en touristes. Au bout d'un moment, elles arrivèrent enfin devant l'édifice, une maison minuscule, encastrée entre une boutique de biscuits et un théâtre. Lyra, Jade et Amaris entrèrent dans la petite maison. Toutes les lumières étaient éteintes et il régnait un grand silence. Soudain, les trois filles entendirent une voix féminine dire « approchez, jeunes filles ». Aussitôt, quelques torches accrochées au mur s'allumèrent, et les filles découvrirent une très petite pièce entièrement tapissée sur les murs et au sol, et une vieille femme, assise derrière une grande table ronde sur laquelle était posée une boule de cristal traditionnelle. La femme portait un long voile violet qui cachait sa bouche, et un autre qui cachait ses cheveux. On ne pouvait voir que ses yeux. Des dizaines de bijoux en or ornaient ses poignets, ses doigts et son cou. La voyante invita les jeunes filles à s'asseoir et, une fois qu'elles furent installées, elle les dévisagea chacune leur tour pendant un long moment.
- Je me nomme Lu, voyante certifiée. N'ayez pas peur, mesdemoiselles. Je sens une très grande inquiétude en vous.
Elle frotta alors sa boule de voyance et, après un interminable silence, elle releva la tête vers les trois clientes.
- Qu'est-ce qui vous amène à moi ?
- Notre amie et sa sœur ont disparu, expliqua Jade un petit instant plus tard car personne d'autre n'osait répondre. Nous n'avons plus aucune nouvelle d'elles depuis hier et cela nous fait très peur...
La vieille femme esquissa un sourire et agita ses mains autour de sa boule de cristal pendant quelques minutes, puis elle murmura :
- Je vois... une jeune elfe. Je vois aussi une île très vaste, perdue au milieu de l'océan... Un royaume... Ainsi qu'un grand volcan qui va bientôt entrer en éruption...
- Quoi ? s'écria Lyra. Le seul volcan de la planète se trouve au royaume d'Argawalad...
- Ma grand-mère y va de temps en temps, pour récupérer des fruits rares... se souvint Jade, inquiète.
- Votre amie est là-bas... chuchota la voyante sans quitter des yeux sa boule de cristal. Malheureusement, c'est étrange, je ne vois aucune sœur...
- Vous en êtes sûre ? s'inquiéta Jade.
- J'ai le don de voyance que ma famille se transmet de génération en génération, mademoiselle. Bien évidemment que j'en suis sûre... Je vois également un jeune homme malhonnête, qui a de grandes ambitions... Oh, intéressant... vous trois, ainsi que votre amie, avez un long chemin à parcourir. Je ne vois aucune sœur, ma boule n'en parle pas... Je distingue également une vieille femme, elle vous a aidé et vous aidera de nouveau... Vous devrez veiller sur elle, un grand danger la menacera bientôt...
A ces mots, Jade et Lyra se dévisagèrent avec de grands yeux ébahis, puis commencèrent à échanger quelques mots inquiets. Pendant ce temps, Amaris restait de marbre sur sa chaise, le regard dans le vide. Lu la dévisagea alors longuement, puis jeta un œil à sa boule de cristal, puis posa à nouveau son regard sur Amaris.
- Vous... vous êtes malheureuse, vous êtes inquiète. Un jeune homme vous tourmente.
Amaris sursauta et, après avoir vérifié que Lyra et Jade ne l'écoutaient pas, elle s'approcha de la vieille femme et lui souffla :
- Pouvez-vous me parler de lui ?
Un léger sourire apparut sur les lèvres de Lu, qui frotta doucement sa boule de cristal avant de chuchoter :
- Ce garçon vous aime beaucoup. Beaucoup plus que vous ne le pensez. Il vous est totalement dévoué. Vous pouvez donc avoir confiance en lui. Votre route sera sinueuse, mais je vois une fin heureuse.
Amaris poussa alors un profond soupir.
- Bien, merci d'être passées, mesdemoiselles. Le coût total de cette consultation sera de... voyons voir.... Trois mille quatre cent quatre-vingt-douze deizings.
- Quoi ? hurla Jade. Mais nous n'avons même pas un dixième de cette somme sur nous ! Nous venons de dépenser tout l'argent que nous avions au restaurant...
- Soyez indulgentes, madame, supplia Lyra. Nous n'avons pas de quoi vous payer, mais c'est une affaire très urgente, notre amie est en danger...
- Je me fiche du cas de votre amie. Mes séances ne sont pas gratuites.
Lyra marmonna quelques injures, pendant que Jade fouilla frénétiquement ses poches. Pendant ce temps, Amaris s'approcha une nouvelle fois de la voyante et lui chuchota :
- Que diriez-vous d'être payée avec quelque chose de bien plus précieux que des deizings ?
- Qu'avez-vous à me proposer ?
- Les quatre bijoux d'éléments.
Discrètement, Amaris montra sa bague à Lu. Un magnifique rubis y brillait. Jamais Lu n'avait vu un si beau bijou : il lui semblait que des braises y dansaient... Alors elle examina lentement sa boule de cristal, puis elle adressa un sourire vicieux à Amaris et hocha la tête.
- Mes amies n'apprécieront pas, ne leur en touchez pas un mot.
- Vous pouvez me faire confiance, mademoiselle... Branwen.
Amaris frissonna, remercia la voyante puis fit signe à ses amies de la suivre. Une fois sorties, Jade et Lyra adressèrent un regard suspicieux à Amaris.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda celle-ci.
- C'est plutôt à toi qu'il faudrait poser cette question. Comment as-tu réussi à lui faire oublier la somme que nous lui devions ?
- Je me suis arrangée pour qu'elle accepte que nous la payions plus tard.
- Et de quoi parliez-vous tout à l'heure ?
- De rien. Nous devons nous rendre à Argawalad immédiatement, il n'y a pas de temps à perdre.
Elle ouvrit alors la marche jusqu'au port de Hulda, malaxant avec anxiété la bague qu'elle portait à son doigt...