Chapitre 2 Chapitre I

Le soleil se levait sur le royaume d'Islis. Les différents quartiers se réveillaient lentement et la douce lumière du jour s'installait sur le majestueux océan, bleu comme un saphir, qui baignait l'île qui constituait ce royaume. Ce matin, il y avait dans l'air une énergie nouvelle, une force mystérieuse qui embrassait le royaume tout entier. Elenna l'avait sentie.

Ses longues oreilles frémirent et la jeune elfe ne tarda pas à sortir de son lit en bois dans un grand vacarme, ce qui réveilla le petit lémurien qui somnolait paisiblement sur la table de nuit. Elle se précipita à la fenêtre de sa chambre, en manquant de faire tomber son luth posé contre le mur, et elle contempla avec toujours autant d'émerveillement la magnifique forêt d'Alvor dans laquelle elle vivait. Du haut de l'arbre dans lequel était perchée sa maison et à travers les petits rondins de la fenêtre, Elenna aperçut ses voisins elfes qui allaient et repassaient, les bras chargés de différentes fleurs, matériaux et couronnes de branches. Le petit lémurien courut à toute vitesse et se posa sur l'épaule de sa maîtresse, qui se rappela alors qu'aujourd'hui n'était pas un jour ordinaire. La jeune elfe posa l'animal sur le rebord de la fenêtre, courut dans la chambre de sa sœur et s'assit près du petit lit en bois vert, orné de feuilles de tilleul.

- Hasya ! cria-t-elle. Réveille-toi ! C'est le grand jour !

La petite fille aux jolies tresses blondes et aux oreilles pointues se retourna doucement vers sa grande sœur et lui sourit. Le regard d'Elenna se posa alors sur la petite table de nuit en branches d'arbre, sur laquelle était posée une photo des parents des deux jeunes filles. Elenna se souvenait parfaitement des doux yeux bleus de sa mère, et du sourire de son père. Ses lèvres se crispèrent tandis qu'elle reposa la photo sur la table, puis Elenna quitta la chambre et Hasya commença à se préparer avec enthousiasme. Oui, aujourd'hui était un grand jour pour les elfes de la forêt d'Alvor, connus pour être très attachés à leur religion. Le temple en pierre d'Ozhaidar, le dieu suprême d'Islis, était enfin reconstruit. Il avait été détruit vingt ans plus tôt, lors de la tentative d'invasion de l'armée de Tyrio, et aujourd'hui sa reconstruction était enfin achevée. A cette occasion, tous les habitants d'Islis étaient conviés à son inauguration. Une fois que Hasya fut prête, les deux sœurs sortirent de la maison. Soudain, Elenna agita rapidement et discrètement sa main, et une branche de l'arbre vint lentement se positionner de leurs pieds jusqu'au sol. Hasya, tout à fait fascinée, glissa sur la branche, suivie de sa sœur. Elenna adressa un signe de la main à son lémurien qui alla jouer dans les arbres, puis les filles se dirigèrent vers la haute colline où était situé le temple. De nombreux elfes et autres habitants étaient déjà présents. Les deux sœurs se mêlèrent à la foule et aussitôt, le roi Georges d'Islis, présent pour l'évènement, prit la parole :

- Chers elfes, chers citoyens d'Islis, nous sommes réunis aujourd'hui pour célébrer la fin de la reconstruction du temple d'Ozhaidar, qui, comme vous le savez, a été détruit il y a plusieurs d'années. Nos meilleurs bricoleurs, aidés par des scientifiques du quartier industriel de Vilune, ont travaillé jours et nuits pour enfin achever les travaux. Le temple est désormais de nouveau accessible, vous pourrez dès maintenant vous y recueillir devant la statue de notre bien-aimé dieu.

La reine Eléonore retira alors le grand rideau blanc sous lequel se cachait le temple. Un tonnerre d'applaudissement retentit, et quelques enfants elfes jetèrent des petits pétales tout autour du nouveau temple. Bientôt, ils s'approchèrent de Hasya et celle-ci s'éloigna avec eux, tandis qu'Elenna décida de faire la queue pour entrer dans le temple. Le règlement voulait que pas plus d'une personne à la fois ne soit présente à l'intérieur du temple, par respect pour Ozhaidar. Une fois son tour venu, la jeune fille entra. Le temple paraissait beaucoup plus grand à l'extérieur ; l'intérieur était en effet très exigu et seuls quatre bancs étaient disposés de chaque côté de l'entrée. De magnifiques vitraux d'elfes guerriers ornaient les fenêtres tandis que de splendides frises vertes et argentées étaient gravées dans le marbre des murs. Tout avait était refait à l'identique du précédent temple détruit. Il était comme dans les souvenirs d'Elenna, à l'exception d'une plaque en bois, sur laquelle étaient gravés des noms. Elenna s'approcha et en reconnut quelques uns : il s'agissait des noms des morts d'Islis lors de la guerre avec Tyrio. La jeune femme regagna alors l'allée centrale et avança doucement et prudemment : la lumière du jour n'avait pas encore transpercé les vitraux et le temple était encore dans une légère obscurité. Elle s'agenouilla devant l'immense statut d'Ozhaidar, un homme aux longs cheveux blonds, représenté nu, la tête levée, les bras tendus vers le ciel, le regard déterminé.

- Mon vœu le plus cher, murmura Elenna, serait que quelqu'un comprenne enfin ce que je ressens... étant différente.

En prononçant son souhait, elle triturait machinalement un magnifique bracelet avec un pendentif vert accroché à son poignet. Tout en soupirant, la jeune elfe se releva et quitta le temple. Dans la file d'attente, elle se heurta à une jeune fille rousse aux grosses lunettes rondes.

- Hé ! Faites attention !

- Je suis désolée, j'étais tellement impa... Hé ! Elenna ! Comment vas-tu ?

La jeune elfe se frotta les yeux, puis elle reconnut finalement une très vieille connaissance avec qui elle avait perdu contact depuis des années. Un peu gênée, Elenna tenta d'esquisser un sourire innocent.

- Jade ! Cela fait un moment. Que fais-tu ici ?

- Je suis venue admirer le nouveau temple, bien sûr ! J'avais tellement hâte que la reconstruction soit terminée. Tu as fait un vœu ? lui demanda Jade alors qu'elles s'éloignaient toutes deux de la foule.

- Eh bien, oui. Tu comptes en faire un également ?

- Et comment ! En réalité, si j'étais quelqu'un d'égoïste, mon vœu serait d'être mieux rémunérée au laboratoire. Je ne suis encore qu'une apprentie physicienne, mais ce n'est pas une raison pour me payer à peine une bouchée de pain. De toute façon, il en a toujours été ainsi ; mon frère et mes parents ne sont pas payés beaucoup plus que moi. Mais si je devais faire un vœu altruiste, ce serait la tolérance dans notre royaume. Tiens ; pas plus tard que ce matin, j'ai vu dans le journal de Vilune, que mon frère reçoit tous les jours, qu'une jeune fille ayant apparemment été surprise en train d'utiliser ses pouvoirs magiques aurait été arrêtée à Mobron et est désormais détenue à la prison d'Oxensio. Pire encore : si elle refuse de parler, elle sera emmenée dès demain après-midi au tribunal de Hulda où elle devra répondre de...

Elenna ne l'écoutait pas. Toute son attention fut concentrée sur le collier que Jade portait autour du cou : il s'agissait d'un magnifique pendentif blanc, comme un diamant. Une drôle de sensation envahit Elenna ; c'était comme si ce collier lui parlait. Comme si le pendentif lui rappelait étrangement...

- Tu m'écoutes, Elenna ?

- Quoi ? sursauta l'elfe. Désolée, je... Dis-moi, Jade, d'où te vient ce collier ?

- Mon collier ? répéta Jade, soudainement étonnée. C'est ma grand-mère qui me l'a donné.

- Quel est ce pendentif ? Où ta grand-mère l'a-t-elle acheté ?

- Hé, doucement ! Qu'est-ce qui t'arrive, tout à coup ?

Elenna regarda alors autour d'elle et entraîna Jade à l'écart, puis elle releva sa manche et lui montra son bracelet émeraude.

- Très joli, dit Jade sans aucune émotion. Qu'est-ce qu'il a à voir avec mon collier ?

- Ma mère me l'a donné quelques secondes avant sa mort, lorsque notre maison a chuté de l'arbre. La dernière chose qu'elle a faite a été de retirer son bracelet et de me le donner. A l'époque, je ne savais pas ce qu'il était capable de faire...

Jade ouvrit alors de grands yeux.

- Comment ta grand-mère a-t-elle eu ce collier ? demanda Elenna.

- Je n'en sais rien. Elle me l'a donné il y a quelques mois, à l'occasion de mon anniversaire, c'est tout.

- Jade, est-ce que ce collier te donne des pouvoirs ?

- Alors toi aussi, tu en as ?! cria presque Jade.

- Oui ! Ce bracelet me permet de maîtriser la nature, la terre, la faune, la flore... Ma mère avait également ce don, mais ma sœur et moi n'en avons jamais rien su...

- C'est incroyable ! s'écria Jade. Je n'avais encore jamais fait ce rapprochement, mais c'est depuis que ma grand-mère m'a offert ce collier que je suis capable de contrôler toutes sortes de phénomènes : l'air, les tornades, les ouragans, les vents...

Elenna dévisagea Jade. A peine avait-elle eut franchi la porte du temple que son souhait avait été exaucé : trouver quelqu'un qui comprenne la différence qu'elle ressentait en elle-même.

- Ta grand-mère est-elle toujours vivante ? demanda Elenna en prenant la main de Jade.

- Oui, elle vit près de chez moi.

- Il faut absolument que nous l'interrogions sur l'origine de ces bijoux. C'est la seule qui peut nous aider...

- Hé ! hurla Jade comme si elle avait vu un fantôme. Cette fille dont ils parlaient dans le journal de mon frère... Tu crois qu'elle a aussi un bijou magique ?

- Quelle fille ?

- Vous refusez toujours de parler ?

Cette voix rauque résonna dans l'obscurité de la cellule de prison, dans laquelle se trouvait une jeune femme, assise dos au mur. A travers les barreaux, elle distingua la silhouette d'un homme grand, barbu et robuste, aux cheveux courts et bruns. Une fois que les yeux violets de la prisonnière furent bien ouverts, il lui sembla que l'homme portait un chapeau marron ainsi qu'une étoile jaune à la boutonnière. Elle voulut lui tourner le dos, mais ses bras étaient retenus au-dessus de sa tête par des chaînes accrochées au plafond : elle était condamnée à rester assise sans pouvoir bouger, à l'intérieur de cette cellule miteuse et poussiéreuse. Elle se contenta alors de fixer l'homme d'un air méprisant. Comme elle ne disait toujours rien, celui-ci s'approcha au maximum des barreaux de la cellule et expliqua :

- Je suis le shérif Rochas. Ce sont mes hommes qui vous ont capturée à Mo...

- Vous allez me tuer ? coupa la détenue d'un ton glacial.

Le shérif fut surpris, mais tenta de le cacher. C'était la première fois que la prisonnière parlait, et sa voix était plutôt grave, avec un soupçon de mépris et de détresse. Mr. Rochas soupira, puis répondit, d'un ton très patient et qui se voulait rassurant :

- Non. Je veux seulement savoir qui vous êtes, et comment vous êtes entrée en possession de ce don.

Mais la jeune fille resta muette comme une tombe, et elle rejeta ses longs cheveux noirs en avant pour qu'ils cachent ses yeux violets. Le regard du shérif se posa alors à côté d'elle, où gisaient plusieurs cadavres de rats et de souris. On aurait dit qu'ils avaient été brûlés vif. L'homme entra alors lentement dans la cellule et s'accroupit à la hauteur de la prisonnière pour instaurer un climat de confiance, mais avec une certaine méfiance qu'il tenta de dissimuler.

- Je ne pourrais pas vous libérer si vous ne répondez pas à mes questions, dit-il d'un ton plutôt calme. Vous savez que les personnes ayant des pouvoirs magiques sont très rares sur cette planète, et elles ne sont pas forcément bien perçues. Je dirais même qu'elles sont considérées comme folles. Vous avez confirmé la véracité de cette réputation en incendiant cet arbre à Mobron sans aucun matériel.

- Amaris ! hurla la détenue. Je m'appelle Amaris Branwen. Et je ne sais pas comment j'ai eu ce pouvoir.

- Quelqu'un d'autre est-il au courant ? Vos parents, peut-être ?

Un autre long silence s'installa. Amaris tourna la tête sur le côté et marmonna :

- Non. Cela fait dix-sept ans que mes parents sont partis vivre ailleurs.

- Qui vous a élevée, alors ?

- Je me suis élevée seule.

L'homme soupira de nouveau puis se releva. Amaris le suivit du regard, un peu inquiète.

- Je suis obligé de vous confier à la justice d'Islis qui décidera de votre sort.

- Non ! cria Amaris, folle de rage.

Alors qu'elle hurlait, les menottes et les chaînes dans lesquelles ses poignets étaient enfermés prirent feu, puis tombèrent sur le sol, carbonisés. Le shérif, ayant assisté à la scène, resta bouche bée. Amaris se leva et implora :

- Je vous en prie, je ne peux pas rester ici, rendez-moi ma liberté. Vous n'entendrez plus jamais parler de moi.

- Je ne peux pas laisser une femme aussi dangereuse en liberté.

- Je ne suis pas dangereuse ! Je peux être utile au royaume. Si vous me relâchez, je vous promets que je n'utiliserai plus jamais mes pouvoirs.

- C'est impossible, je suis navré. Votre cas doit être examiné à Hulda.

Le regard d'Amaris s'obscurcit. Elle fixa le shérif, mais celui-ci resta de marbre. Alors la jeune fille le poussa de toutes ses forces et l'homme tomba à terre. Elle ouvrit la porte de la cellule et la referma derrière elle pour l'enfermer. Elle courut ensuite le long du couloir au milieu des cellules, quand soudain elle sentit une main lui attraper la cheville et elle tomba au sol. Elle sentit que quelqu'un lui joignait les mains dans le dos, et une voix féminine lui demanda :

- Vous êtes pressée, mademoiselle ?

- Relâchez-moi, ou vous le paierez cher !

Amaris enflamma ses poignets, et la personne qui la tenait cria de douleur et lâcha la prisonnière. Amaris se releva et découvrit une fille qui avait environ son âge, de longs cheveux châtain ondulés, la peau mate et de grands yeux bleus. Elle avait des brûlures sur les mains. Lorsqu'elle releva la tête, la jeune fille fixa Amaris et s'approcha d'elle.

- Vous avez... des pouvoirs ?

- Et je n'hésiterai pas à m'en servir contre vous si vous ne me laissez pas partir.

C'est alors qu'un grand bruit de ferraille retentit, et Mr. Rochas apparut de nouveau. Il saisit alors la jeune fille par le bras et la poussa en arrière.

- Ne reste pas là, Lyra. Cette fille est dangereuse. Mademoiselle Branwen, vous êtes en état d'arrestation, vous avez le droit de garder le silence. Cela ne devrait pas être trop dur, je suppose.

- Vous commettez une grave erreur, shérif.

Et tout à coup, Amaris attrapa Lyra par le bras. Elle fit apparaître une flamme dans le creux de sa main et l'approcha dangereusement du menton de la jeune fille.

- C'est votre fille, je suppose ? Libérez-moi, ou elle finira en cendres.

Lyra tremblait et regardait la flamme se rapprocher lentement de son visage, puis son regard se posa sur la bague d'Amaris. Elle n'en avait jamais vu d'aussi belle : le bijou était d'un rouge très vif, dans lequel semblait presque danser une flamme. Lyra commença alors à baisser doucement sa main vers le lavabo qui se trouvait contre les barreaux, dans une cellule voisine. Finalement, le shérif sortit lentement un pistolet de sa poche et le pointa sur Amaris, qui étouffa une crispation de surprise.

- Relâchez ma fille, ou je tire.

- Relâchez-moi, ou je la brûle.

- Très bien, vous ne me laissez pas le choix, mademoiselle Branwen, et sachez que vous n'arrangez absolument pas votre cas avec ces menaces. Lyra, ne bouge surtout pas...

- Papa, non ! Attends !

La flamme frôla la joue de Lyra, mais le coup partit avant. Ce ne fut pas une balle qui atteignit Amaris, mais un petit projectile bleu. La jeune femme fut touchée au bras et tomba au sol, libérant Lyra.

C'était le début de l'après-midi à Islis. Dans la forêt d'Alvor, Elenna avait passé la matinée à attendre des nouvelles de Jade en tirant distraitement à l'arc sur la cible du terrain de tir à l'arc. Alors qu'une énième flèche vint se planter au cœur de la cible, Elenna entendit une petite voix l'appeler. Elle découvrit une Hasya totalement affolée, terrifiée et excitée à la fois. La jeune elfe positionna alors son arc dans son dos et s'approcha de sa sœur.

- Que se passe-t-il, Hasya ?

- Un parchemin pour toi.

Hasya sortit de sa poche un petit parchemin dont la matière était semblable à du papyrus. Elenna jeta un regard interrogateur à sa petite sœur.

- C'est une chouette blanche qui l'a déposé sur le rebord de la fenêtre.

Elenna saisit le parchemin et le déroula, puis, les mains tremblantes, elle commença à lire dans sa tête :

« Chère Elenna,

J'ai parlé de nos bijoux à ma grand-mère. Elle a été très surprise, mais heureuse, lorsque je lui ai parlé de toi et de ton bracelet. Elle a accepté de nous recevoir demain matin pour nous dire tout ce qu'elle sait sur « les quatre éléments ». C'est ainsi qu'elle les a appelés. Cela veut dire que si je suis l'air et toi la terre, il nous manque le feu et l'eau.

Ma grand-mère a également insisté pour que la fille de Mobron vienne aussi. Ne t'inquiète pas, j'ai un plan pour la libérer. Un plan assez... audacieux.

Quoi qu'il en soit, ma grand-mère dit qu'un long périple nous attend, que les porteurs (ou porteuses) des bijoux d'éléments peuvent accomplir de grandes choses et qu'ils sont le dernier espoir de mettre fin à la guerre froide entre Islis et Tyrio et à la peur de se faire attaquer par surprise que les habitants d'Islis ressentent, comme c'est déjà arrivé auparavant. Je ne sais pas trop ce que tout cela veut dire, mais je sais que ce n'est pas en partant pour un long voyage que mon salaire augmentera. Par ailleurs, je t'avoue que tout cela m'inquiète beaucoup.

En tout cas, rendez-vous devant le laboratoire de Vilune dans une heure pour parler de tout cela. Fais bien attention à ton bijou, c'est le dernier conseil que ma grand-mère m'a donné.

P.S : débarrasse-toi de ce parchemin, personne ne doit tomber dessus. Cela nous mettrait en danger.

Ton amie, J. »

Elenna et sa sœur se regardèrent longuement sans dire un mot. Quelques instants plus tard, Hasya se décida à rompre le silence :

- Elenna, qui t'a écrit ? Qu'est-ce qu'il dit ?

Elenna se répéta le troisième paragraphe dans sa tête. Elle tortura et décortiqua ces phrases dans tous les sens, puis elle fourra le parchemin dans sa poche et s'accroupit à hauteur de sa sœur.

- Ne t'inquiète pas, Hasya... Je pense que quelqu'un a simplement voulu nous faire une blague... Quoi qu'il en soit, il faut se débarrasser de ce parchemin... Je vais aller le jeter dans le canyon de Vilune.

- Quoi ? s'écria Hasya. Mais pourquoi ? Tu es sûre que ce parchemin ne nous est pas destiné ?

- Oui, c'est juste une mauvaise blague. Ne t'en fais pas pour ça. D'ailleurs, nous n'avons plus beaucoup de choses à manger. Il serait peut-être temps que j'aille à la recherche de nouvelles saveurs à découvrir.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Je vais partir en expédition, et te ramener de nouveaux aliments à déguster. Après tout, ici nous ne mangeons que des légumes, des plantes, des herbes et des fruits... Je pense qu'il est temps de tester d'autres choses. Je vais voir ce que je peux trouver d'intéressant. Cependant, je pense que je serai partie pour plusieurs jours, voire plusieurs semaines, donc fais bien attention à toi, et si tu as un problème, fais-moi parvenir un parchemin, ou préviens les parents de tes amis. Je pars aujourd'hui, il faut juste que je prépare quelques affaires.

- Hm... d'accord, mais... fais bien attention à toi... l'océan n'est pas un endroit très sûr, ne t'approche pas des côtes de Tyrio.

Elenna caressa les cheveux de sa sœur et lui adressa un sourire rassurant, puis elle se dirigea vers la grande allée des platanes. Hasya poussa un long soupir inquiet en fixant la cible de tir à l'arc : et si c'était la dernière fois qu'elle voyait sa sœur ?

            
            

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