Chapitre 4 Chapitre III

A Vilune, cela faisait maintenant une heure que les quatre filles dormaient paisiblement dans la petite chambre de l'appartement de Jade. Daryl, quant à lui, avait été délogé dans le salon, mais avait annoncé qu'il se coucherait un peu plus tard. Plongé dans l'obscurité avec pour seule lumière une petite lampe de chevet posé sur une table de nuit près du canapé où il était assis, il consultait le journal du jour, qui avait pour titre « l'évasion magique ».

L'article expliquait comment Amaris Branwen avait été aidée par Jade Cobalt pour s'enfuir du fourgon de police dans lequel elle était enfermée, et comment Lyra Rochas, fille du shérif d'Oxensio, avait été « kidnappée » par les deux contrevenantes. Le regard de Daryl s'arrêta sur la photo d'Amaris, en une du journal. Elle était enchaînée et s'apprêtait à monter dans le fourgon, ses longs cheveux bruns tombant le long de son corps et ses yeux violets faisant briller la photo toute entière. Daryl reprit ses esprits et posa le journal sur la table de nuit, faisant tomber la lampe qui se brisa dans un vacarme épouvantable. Daryl grommela, appuya sur l'interrupteur au-dessus du canapé et alla chercher une pelle et une petite balayette avec lesquelles il ramassa les morceaux et les mit à la poubelle. Il se releva, se retourna et tomba nez à nez avec Amaris. Le jeune homme étouffa un cri de surprise, tandis que les magnifiques yeux violets d'Amaris le fixaient intensément.

- Que s'est-il passé ? J'ai entendu du bruit.

- Rien de grave, la lampe est tombée. Aïe...

Amaris prit la main de Daryl et remarqua qu'il s'était coupé et qu'il saignait dans la paume. Elle attrapa alors le paquet de mouchoirs posé sur la petite table basse et sortit un mouchoir avant de l'appuyer contre la plaie. Daryl se laissa faire et fixa tendrement la jeune fille, qui ne le remarqua pas. Tous deux allèrent s'asseoir sur le canapé sans dire un mot, et quelques minutes plus tard, Amaris retira le mouchoir.

- Tu ne dormais pas ? demanda Daryl.

- C'est difficile de dormir lorsque l'on est recherchée par la police de tout un royaume. Ta main te fait encore mal ?

- Non, plus trop. Finalement, je ne suis pas sûr que les habitants de Mobron soient aussi égoïstes et froids qu'on le prétend.

Amaris parut surprise, mais elle esquissa un petit sourire et haussa les épaules.

- Nous ne sommes pas non plus les fils du diable. Nous avons simplement des mentalités différentes des autres du royaume.

- Tu sais, j'ai toujours rêvé de visiter Mobron. Malheureusement, je n'en ai pas le temps à cause de mon travail au laboratoire... Mais c'est un quartier qui m'a toujours passionné quand j'en entendais parler, j'aimerais même y vivre plus tard si c'était possible. Les loyers sont élevés, là-bas ? Car je t'avoue que je suis un peu fauché en ce moment...

Amaris éclata de rire et lui répondit que non.

- Hé, quand tu as parlé de seconde chance avec les parents... Tu as vécu quelque chose de similaire ?

- En quelque sorte. Mes parents sont partis quand j'avais cinq ans. Ils ont déménagé dans un autre royaume.

- Pourquoi cela ?

- Mon père disait qu'Islis n'était plus sûr, il voulait partir. Un matin, ils ont vidé notre maison. Une fois que c'était terminé, il a mis cette bague autour de mon doigt et lui et ma mère ont disparu.

- Pourquoi ne t'ont-ils pas emmené avec eux ? Laisser une enfant de cinq ans seule...

- Aucune idée. Je ne comprenais pas, je pensais qu'on déménageait seulement ailleurs et qu'ils reviendraient bientôt. Je les ai attendu pendant des heures, des jours, des semaines, des mois. Ils ne sont jamais revenus. Quand je fus un peu plus âgée, j'ai tenté de retrouver leur trace, mais c'était comme si en disparaissant de ma vie, ils avaient disparu de la planète également.

- Comment as-tu pu survivre seule ?

- J'ai chassé et pêché pour manger. Notre maison n'a jamais été vendue car elle était beaucoup trop ancienne. J'ai vécu seule dedans depuis tout ce temps, et lorsque quelqu'un frappait à la porte, je disais que mes parents étaient partis et qu'ils reviendraient bientôt. Ce que j'espérais, au fond de moi. J'ai aussi appris à me soigner seule lorsque j'étais blessée. Plus tard, j'ai beaucoup voyagé à travers les quartiers d'Islis ; lorsque je fus en âge de vivre « officiellement » seule, j'ai fait une sorte de tour du monde en bateau. J'ai été jusqu'à Lériat, Farron et au Maffyssa. Mes pouvoirs m'ont aidée à combattre les dangers. J'ai toujours été discrète et prudente... Jusqu'à aujourd'hui.

Soudain, Amaris jeta un œil à l'horloge et décréta qu'il était temps pour eux d'aller se coucher. Ils se souhaitèrent mutuellement bonne nuit, et tout à coup, Daryl commença à rapprocher lentement son visage de celui d'Amaris. La jeune fille le dévisagea d'un air perdu, puis elle le repoussa en poussant sa main contre le torse de Daryl juste avant que leurs lèvres ne se touchent.

- Qu'est-ce que tu fais, Daryl ?

- Euh, je... Je ne sais pas. C'est trop rapide pour toi ?

- Ecoute, je suis désolée, je n'ai pas le temps de me consacrer à une relation en ce moment.

- Mais on s'entend bien, non ?

- Daryl, n'insiste pas, s'il te plait.

Le regard déçu de Daryl croisa celui d'Amaris. La jeune fille contempla ses grands yeux noisette et se sentit irrésistiblement attirée, mais elle savait que commencer une relation avec le frère de son amie pourrait créer des tensions entre elle et Jade, et ce n'était vraiment pas le moment de s'attirer davantage d'ennuis. Alors, sans ajouter un mot, elle se leva, éteignit la lumière et s'éloigna dans le couloir.

Plus tard dans la soirée, dans la forêt d'Alvor, la petite Hasya, accoudée au balcon de sa maison en branches, ne cessait de penser à sa sœur. Cela ne faisait que quelques heures qu'elle était partie, mais la petite fille était terriblement inquiète de ne pas avoir eu de nouvelles. Durant toute la journée, elle avait scruté le ciel dans l'espoir d'apercevoir une chouette ou un hibou, mais il n'en fut rien. Elle décida alors d'en envoyer un à sa sœur. Hasya retourna à l'intérieur de la maison et s'assit à la table du petit salon, avec un crayon et un papier, sur lequel elle écrivit :

« Chère Elenna,

Je m'inquiète beaucoup pour toi. Je pensais avoir de tes nouvelles ce soir. Je peux comprendre que tu sois très occupée et fatiguée à cause des trajets, mais je t'en prie, écris-moi au moins une fois par jour. J'espère que tout va bien pour toi. J'attends impatiemment de tes nouvelles.

Ta petite sœur, Hasya »

Elle appela alors une petite chouette à laquelle elle attacha le parchemin. La chouette s'envola, puis Hasya retourna à l'intérieur de la cabane, l'esprit torturé...

Quelques dizaines de minutes plus tard, Nahia arriva enfin à Hulda. Elle sortit de l'eau, retira sa combinaison et la cacha derrière un petit buisson. Elle releva ensuite la tête vers le paysage : les toits des maisons étaient très bas par rapport à l'immense château qui se dressait sur près de la moitié de la surface de Hulda. Nahia se mit en route vers le château au milieu des petites maisons. Elle arriva alors devant l'immense édifice au crépi rose pâle et à la toiture bleu royal. Elle monta les quelques marches puis frappa à l'immense double porte marron. Quelques secondes plus tard, un homme lui demanda qui elle était et quelle était la raison de sa venue. Une fois que Nahia eut répondu, les portes s'ouvrirent dans un vacarme monstrueux. Célian apparut alors et prit Nahia par le bras pour la conduire dans la salle à manger. Le prince était vêtu d'un uniforme beige et d'une écharpe bleue ornée de médailles. Le hall du château était une pièce immense, avec du carrelage blanc au sol, un grand et large escalier au fond, des portraits de rois et de reines sur chaque mur, et un lustre en cristal. Célian poussa la grande porte à droite du hall, et lui et Nahia arrivèrent dans la grande salle à manger, où Nahia put voir une très longue table, des chaises à très hauts dossiers et des fenêtres immenses. Le roi d'Islis était déjà assis au bout de la table, sur une sorte de trône, vêtu d'une longue cape rouge et blanche et de sa magnifique couronne dorée. Lorsqu'il aperçut Nahia, il s'empressa de l'accueillir et de complimenter sa robe bleue ciel longue en spandex creusé à bretelles et ses escarpins blancs. Nahia le remercia poliment en lui tirant une révérence et s'assit à table après l'invitation de Célian. Le prince s'assit alors en face d'elle, avec son père à sa gauche.

- Puis-je vous commander un verre de vin, mademoiselle ?

- Avec plaisir, répondit Nahia.

Le roi appela alors un domestique qui revint quelques secondes plus tard avec quatre verres en or remplis de vin rouge. Célian expliqua à Nahia que sa mère était en train de se préparer dans la chambre et qu'elle arriverait plus tard. Après avoir gouté le vin, le roi se tourna vers Nahia et lui demanda :

- Alors, mademoiselle Nahia, d'où êtes-vous originaire ?

- Je viens d'Oxensio, répondit la jeune fille.

- Vraiment ? s'étonna le roi, l'air subitement déçu. Le quartier campagnard ? Vous voulez dire que vous êtes née là-bas ?

- Oui. Mon père est le shérif du quartier.

Célian, le nez dans son verre, haussa les sourcils d'un air impressionné. Le roi hocha lentement la tête, puis poursuivit :

- Vous ne vivez qu'avec votre père ? Il ne doit pas être très disponible pour vous.

- Non, votre Altesse, je vis également avec ma mère et ma sœur jumelle. Cependant, il est vrai que mon père est très peu présent à la maison à cause de son travail. J'envisage de bientôt prendre mon indépendance.

- Votre mère est-elle également shérif ?

- Non, ma mère est une simple fermière.

Le roi dévisageait maintenant Nahia comme une parfaite inconnue. Le remarquant, Célian, gêné, se mit à tousser plusieurs fois. Nahia essayait de détourner le regard et reprit une gorgée de vin.

- Et puis-je vous demander quel métier vous exercez ?

- Père ! intervint Célian. Cessez vos questions indiscrètes !

- Ne t'en fais pas, Célian. Il est normal que tes parents aient envie de connaître leur invitée, répondit calmement Nahia. Depuis toutes petites, ma sœur et moi avons été élevées avec la ferme de ma mère et le poste de police de mon père. Nous les aidons de temps en temps. Mais du côté professionnel, je suis en études de géographie. J'aimerais me consacrer au monde marin, et devenir océanographe ou exploratrice-navigatrice.

Le visage du roi se referma encore plus qu'il ne l'était déjà. Il ne regardait même plus Nahia et plongea ses yeux dans son verre de vin.

- Et qu'en pensent vos parents ?

- Oh... Eh bien, vous savez, dans ce royaume, les gens ont des idées bien arrêtées, et il serait impensable qu'une fille de fermière ne consacre sa vie à autre chose que... eh bien, la ferme.

Etrangement, Nahia remarqua que le roi souriait désormais d'un air convaincu, et que Célian avait l'air de plus en plus mal à l'aise. Heureusement, la reine arriva à ce moment-là, vêtue d'une robe en meringue violette et d'un petit diadème en diamant, tandis qu'elle avait coiffé ses cheveux en une jolie tresse africaine.

- Pardonnez-moi, s'excusa-t-elle en s'asseyant à côté de son fils après avoir salué Nahia par une révérence mutuelle. Je ne trouvais plus mes bijoux préférés... Comment allez-vous, Nahia ?

- Je vais bien, votre Altesse, je vous remercie.

Mais en réalité, elle n'allait pas bien. Pas bien du tout. Elle se sentait rabaissée, humiliée par le roi, car après tout, elle n'était qu'une fille de fermière, et lui était de sang royal. Le reste du dîner fut très pénible pour Nahia. Le roi n'avait pas remis sur la table ses origines campagnardes, mais Nahia avait bien vu qu'il avait été dégoûté quand elle le lui avait dit. Peut-être aurait-elle dû mentir ? A l'inverse, la reine d'Islis se montra particulièrement aimable et agréable envers Nahia, mais la jeune fille pensait que c'était parce qu'elle n'était pas au courant de ses origines. Quant à Célian, il avait fréquemment échangé de petits sourires complices avec Nahia. Les conversations étaient orientées autour de la vie de château, le gouvernement d'Islis, et la famille royale d'Islis depuis des générations. Le rôti de biche cuisiné par les domestiques était tout simplement divin, Nahia était ravie. Le dessert était un gâteau au chocolat, très simple, mais délicieux. Deux heures après son arrivée, Nahia décida qu'il était temps pour elle de partir, prétextant qu'elle voulait attraper la dernière navette de la journée pour rentrer chez elle. La reine Eléonore lui avait proposé de dormir au château et de repartir le lendemain, mais Nahia refusa d'abuser de leur hospitalité, et par ailleurs elle ne se sentait plus à l'aise en présence du roi. A la fin du repas, elle remercia et salua le roi et la reine avec une révérence, et Célian se proposa pour la raccompagner jusqu'à la navette, ce que Nahia accepta avec plaisir. Elle remarqua alors que, juste avant qu'ils ne se mettent en route, Eléonore glissa quelques mots à l'oreille de son fils. Nahia et Célian arrivèrent dans le hall, devant l'immense porte du château, et au moment où Nahia posa sa main sur la poignée, Célian se tourna vers elle et lui demanda, comme s'il s'agissait de la chose la plus naturelle au monde :

- M'accorderais-tu une danse avant de partir ?

Nahia se tourna alors vers lui et vit qu'il lui tendait la main. La jeune fille se sentit rougir et, bien que déconcertée par la proposition de Célian, elle arriva à articuler :

- C'est très gentil à toi, Célian, mais je ne sais pas danser...

- Tu n'as qu'à suivre mes pas.

Nahia hésita quelques instants, puis elle adressa un grand sourire à Célian et attrapa sa main. Celui-ci la guida au centre de la pièce, tandis qu'une domestique mit en route le tourne-disque, et une douce musique de bal envahit toute la pièce. Célian posa sa main libre sur la hanche de Nahia, tandis que Nahia posa la sienne sur l'épaule du prince. Célian commença alors à se balader élégamment dans toute la pièce avec Nahia, tandis que celle-ci prit soin de ne pas lui écraser les pieds. Quelques instants plus tard, Eléonore et son mari Georges entrèrent discrètement dans la pièce et admirèrent les deux jeunes gens. A la fin de la danse, Célian embrassa affectueusement la main de Nahia, et celle-ci quitta le château. Aussitôt, le roi et la reine se précipitèrent sur leur fils :

- Alors, mon chéri, comment était-ce ?

- C'était magique, mère... Je crois que j'ai trouvé celle qu'il me faut.

- Elle ? s'écria presque le roi. Mais c'est une simple fermière... Et c'est bien trop rapide !

La reine Eléonore soupira, puis quitta la pièce, suivie de Célian, visiblement exaspéré par la réaction de son père.

De son côté, le roi Georges haussa les épaules, puis éteignit les lumières du hall et monta l'escalier.

Le lendemain matin, Jade, Amaris, Elenna et Lyra furent réveillées très tôt par quelque chose qui frappait contre la fenêtre de la chambre. Jade sursauta et ouvrit la fenêtre, tandis que ses amies s'étirèrent et sortirent de leurs lits les unes après les autres. La scientifique découvrit une petite chouette qui tenait entre ses pattes un petit parchemin. Elle prit la lettre et la chouette s'envola. La jeune fille ouvrit le parchemin et l'examina, puis elle s'approcha de l'elfe :

- C'est pour toi, Elenna.

La jeune elfe prit le parchemin et le lut attentivement. Jade crut remarquer qu'elle versait une larme. Quelques instants plus tard, Elenna prit un papier et un stylo et se mit à écrire.

- Tu n'as qu'à prendre ma chouette, lui dit Jade.

- Tu as une chouette aussi ?

- Oui, répondit Jade avec un grand sourire. Je me la suis achetée avec l'argent de ma promotion l'année dernière. Elle s'appelle Garance.

Jade siffla deux fois et, alors qu'elle et Elenna étaient accoudées à la fenêtre, une magnifique chouette blanche s'arrêta sur le rebord de la fenêtre et les fixa d'un air interrogateur. Jade hocha la tête et Elenna accrocha sa lettre aux pattes de Garance qui s'envola, visiblement ravie d'aller voler.

Pendant ce temps, Amaris s'étonna que Daryl ne fût pas là, et Jade lui répondit que c'était parce qu'il commençait le travail très tôt. La jeune scientifique fut étonnée par le fait qu'Amaris demande des nouvelles de son frère. En réalité, la jeune fille craignait seulement de recroiser son beau visage...

Tout le monde se prépara rapidement pour aller rendre visite à la grand-mère de Jade. Les quatre jeunes filles passèrent devant une multitude d'immeubles qui avaient toute une forme géométrique plus ou moins extravagante. Telle était la particularité du quartier de Vilune : l'extravagance, l'avant-gardisme, l'architecture et les équipements considérés comme assez futuristes pour l'époque. Après quelques minutes de marche silencieuse, coincée entre deux immenses immeubles, une petite maison apparue. C'était d'ailleurs probablement la seule maison du quartier. Elle était là, comme une tâche noire sur du blanc, et ressemblait à une petite chaumière de conte de fées qui aurait plus eu sa place à Alvor qu'à Vilune. Jade frappa trois fois sur la porte en bois, puis l'ouvrit.

La pièce était peu lumineuse. Les murs étaient tapissés de vieux tableaux (peut-être des faux) et un grand tapis ocre ornait le salon. Au fond de la pièce, une vieille femme, assez petite, se leva de son fauteuil vert abîmé et se dirigea vers ses invitées avec un grand sourire. Amaris, Elenna et Lyra étaient incapables de dire son âge, mais elle avait l'air d'avoir vécu des choses. Jade la prit dans ses bras en lui disant qu'elle était très heureuse de la voir. La grand-mère désigna alors une table avec quatre chaises autour, puis elle alla déplacer son fauteuil à la table pendant que les filles s'installèrent.

- Grand-mère, je te présente Amaris, Elenna et Lyra. Les filles, je vous présente ma grand-mère, Kiana.

Les filles hochèrent respectueusement la tête, un peu nerveuses. Kiana les dévisagea longuement à tour de rôle, puis elle souffla quelque chose à Jade qui se leva et disparut dans la cuisine. Après quelques secondes de silence, Amaris prit une grande inspiration et osa ouvrir la discussion :

- Madame, que pouvez-vous nous dire sur les quatre éléments et leurs bijoux ?

Elenna et Lyra la regardèrent comme si elles avaient vu un fantôme, mais Kiana se contenta d'un grand sourire. Jade réapparut alors avec un plateau où étaient disposées cinq tasses d'eau chaude, ainsi qu'un petit panier rempli de sachets de thé. Une fois qu'elle l'eut posé, elle se rassit à table et prit un sachet de menthe. Elenna prit un sachet à la rose, Amaris un sachet au piment et Lyra un sachet de thé du marin, tandis que Kiana se contenta d'un thé à la cannelle.

- Les origines de vos pouvoirs remontent à très longtemps, déclara Kiana qui parlait pour la première fois, ce qui fit sursauter tout le monde. Je me souviens, c'était lors de la première guerre entre Islis et Tyrio. Nos moyens humains et matériels étaient beaucoup plus faibles que les leurs... Le roi Albert d'Islis supplia alors Ozhaidar d'aider son peuple. Il créa alors quatre bijoux magiques, qu'il confia aux quatre personnes les plus courageuses et fiables du royaume.

Sa voix tremblait. Elle s'arrêta pour prendre une gorgée de thé.

- La guerre entre Islis et Tyrio a eu lieu il y a plus de cent ans, chuchota Amaris à Jade. Quel âge a ta grand- mère ?

- Potion de jouvence, répondit simplement Jade.

- J'ai moi-même été choisie parmi ces quatre personnes lorsque j'avais trente ans, continua Kiana avec un sourire nostalgique. Il y avait aussi Acanthus Branwen, un cinquantenaire au tempérament de feu, c'est le moins que l'on puisse dire. Je me rappelle également de Wilvarin Thalion, un elfe d'une quarantaine d'années, et de Nérina Barea. Elle était passionnée par les océans et les profondeurs aquatiques depuis plus de vingt ans. Nous avons respectivement reçu un collier, une bague, un bracelet et une boucle d'oreille de la couleur de notre élément qui nous permettait de contrôler nos pouvoirs : l'air, le feu, la terre et l'eau.

Les filles se dévisagèrent.

- Nous avons appris à nous servir de nos pouvoirs. Ainsi, nous avons découvert que nul ne pouvait nous retirer nos bijoux de force ; il fallait que nous les retirions nous-mêmes. Nous voulions aider à combattre Tyrio grâce à nos pouvoirs, mais nous avons été vite considérés comme des cibles prioritaires pour Tyrio. Ils se sont mis à nous traquer. Nérina a même décidé de renoncer à son pouvoir. Elle a cependant tenu à conserver sa boucle d'oreille, au cas où elle changerait d'avis, je suppose. Il était trop dangereux pour nous de garder ces pouvoirs alors que nos visages étaient connus de l'armée de Tyrio et que nous étions recherchés.

- Qu'avez-vous fait, alors ? demanda impatiemment Elenna.

- Nous avons retiré nos bijoux, et au moment venu, nous les avons confiés à nos enfants, qui les ont confiés à leurs enfants, et ainsi de suite... Jusqu'à vous.

- Alors, nous sommes les descendantes des quatre porteurs des bijoux d'éléments ? demanda Lyra en ouvrant de grands yeux.

Kiana hocha la tête. Elle se tourna alors vers Jade.

- Ton père était bien trop impulsif pour prétendre contrôler les pouvoirs de l'air. J'ai préféré attendre que tu grandisses, et te léguer mon collier. Je savais que tu en ferais bon usage.

- Pourquoi à moi, et pas à Daryl ?

- Ton frère n'est pas assez sage. Il faut savoir utiliser ses pouvoirs pour le bien commun, pas pour ses intérêts personnels. Ton frère ne comprendrait pas cela. Il a beaucoup de haine en lui.

Jade baissa la tête.

- Tout comme vous.

Tout le monde se tourna vers Amaris. Celle-ci releva les yeux de sa tasse et plongea son regard dans celui de Kiana.

- Moi ?

- Vous êtes impulsive. Vous doutez. Vous avez peur. Vous en voulez au monde entier pour le départ de vos parents.

- Mais... que...

- Que vous ayez reçu ces bijoux toutes à peu près au même moment n'est pas une coïncidence, la coupa Kiana en s'adressant cette fois aux quatre filles. Les quatre éléments sont enfin réunis. Cela veut dire que vous êtes destinées à travailler bientôt ensemble pour le bien d'Islis. Un grand danger va bientôt menacer notre royaume.

Les filles déambulaient nonchalamment dans les rues de Vilune, chacune perdue dans ses pensées. Jusque-là, elles n'avaient croisé personne, ce qui inquiétait Jade. Elle avait alors décidé d'aller voir au laboratoire ce qui se passait, et pourquoi tout le monde avait déserté. Arrivées devant le bâtiment dans une ambiance froide et pesante, Jade scanna sa carte dans le boitier et la porte s'ouvrit mais étrangement, il n'y avait personne au rez-de-chaussée.

- Ils sont tous en vacances ? demanda Amaris en examinant la pièce.

- Non, jamais autant de monde en même temps. C'est curieux.

Les quatre filles avancèrent le long de la silencieuse pièce et s'engouffrèrent, bien que serrées, dans l'ascenseur. Jade décida d'aller au vingtième étage, qui était une sorte de point de rencontre et où il y avait toujours du monde. Mais bizarrement, il n'y avait personne à cet étage non plus. Jade commença à se poser des questions. La jeune fille se dirigea vers un petit trou dans le mur qui reliait tous les étages entre eux et dans lequel on pouvait communiquer.

- Ici Jade Cobalt, y'a-t-il quelqu'un dans ce laboratoire ?

Mais elle n'obtint aucune réponse.

- Seraient-ils tous partis quelque part sans t'en parler ? demanda Elenna.

- J'en doute, j'aurais été prévenue si ça avait été le cas... Non, il se passe quelque chose d'étrange.

Les quatre filles regardèrent toutes autour d'elles. Soudain, Lyra sembla avoir une illumination et se tourna vers Jade :

- Vous avez des caméras de surveillance, ici ?

- Oh, oui ! Excellente idée, Lyra.

Jade conduisit ses amies au sous-sol du laboratoire, où étaient installés plusieurs ordinateurs et autres gadgets électroniques. Amaris, Lyra et Elenna furent impressionnées par tant de technologie, très avant-gardiste pour leur temps. La scientifique s'assit devant l'énorme écran d'un ordinateur et elle tapa plusieurs fois sur le clavier. Les filles virent alors défiler plusieurs images du rez-de-chaussée du laboratoire, et Jade remonta jusqu'à plus tôt ce matin. Amaris, Elenna, Jade et Lyra se penchèrent vers l'écran noir et blanc et virent alors plusieurs soldats armés vêtus de noir entrer dans le laboratoire et commencer à regrouper les scientifiques, tandis que d'autres soldats se dirigeaient vers l'ascenseur. Jade accéléra et quelques minutes plus tard, on voyait tous les scientifiques du bâtiment, dont Daryl, quitter le laboratoire, les mains sur la tête, suivis des soldats qui pointaient leurs armes sur eux.

- Emmenez-les dans la forêt d'Alvor, ordonna soudain un homme qui apparut à l'écran.

- Stop ! cria Elenna.

Jade arrêta l'image, et Elenna se rapprocha de l'écran sur lequel elle crut reconnaître...

- Armin ?

Les quatre filles restèrent bouche bées. Aussitôt, Jade éteignit l'écran et se tourna brusquement vers ses amies.

- Hasya... murmura Elenna.

- Et mon frère ! cria Jade, inquiète.

- Qu'est-ce que c'est que cette armée ? Et pourquoi Armin enlèverait-il des scientifiques ?

- Il y a forcément une explication, dit Amaris. Nous devons nous rendre au plus vite à Alvor.

Elles se ruèrent dehors et se dirigèrent vers le port, où un bus aquatique attendait. Elenna se précipita dedans, si bien que les autres eurent du mal à la suivre, et rejoignit le poste du chauffeur.

- Bonjour, dit-elle, toute essoufflée. Avez-vous vu un autre bus aquatique partir avec des personnes en blouse blanche à l'intérieur ?

- Non, répondit le conducteur. Mais j'ai reçu un appel de détresse d'un bus aquatique allant à Alvor, il y a quelques minutes. J'ai essayé de l'appeler, mais personne ne répond.

- On n'a pas le temps de prendre le bus, intervint Amaris.

Les quatre filles remontèrent les marches du port et regardèrent autour d'elle.

- C'est à l'autre bout de l'île ! s'écria Elenna, paniquée. Que va-t-on faire ?

- Je peux me transformer en sirène et respirer sous l'eau, déclara fièrement Lyra. Je serai à Alvor en quelques minutes seulement.

- Et nous, alors ?

- Je peux peut-être aider.

Tout le monde se tourna vers Jade. Celle-ci demanda alors à Elenna et Amaris de tendre les mains devant elle. Un peu surprises, les deux jeunes filles obéirent. Jade joignit ensuite ses mains et ferma ses yeux. Les trois filles la dévisagèrent tandis que ses sourcils se froncèrent. Quelques secondes plus tard, elle ouvrit de nouveau ses mains et une sorte de bulle transparente apparut dans le creux de ses paumes. Tout le monde fut épaté. Jade tendit la bulle à Elenna, puis elle en fit une autre pour Amaris.

- C'est pour respirer sous l'eau ? demanda Elenna.

Jade hocha la tête, puis elle expliqua qu'elle n'en avait pas besoin car son pouvoir lui permettait également de respirer à travers n'importe quelle surface. Elle avait déjà utilisé ce sortilège de bulles d'air pour son frère, et indiqua alors à Elenna et à Jade de rentrer la tête dans la bulle, ce qu'elles firent, bien qu'un peu étonnées. Une fois que tout le monde fut prêt, les quatre filles se dirigèrent vers l'océan. Lyra entra la première, et sitôt que ses jambes furent entièrement dans l'eau, elles laissèrent place à une magnifique queue de sirène bleue étincelante. Amaris, Elenna et Jade furent émerveillées. Elles suivirent Lyra jusqu'à Alvor. Le voyage était splendide et unique. Les filles découvrirent la joie et le privilège de nager au milieu de créatures aquatiques fascinantes et d'observer une faune incroyable. Malheureusement, l'excitation fut de courte durée, Alvor se rapprochant de plus en plus avec la peur de ce qu'elles allaient y découvrir. Après quelques minutes de voyage, elles arrivèrent enfin au niveau de la forêt d'Alvor. Lyra leur fit signe et elles remontèrent à la surface. Les bulles d'air d'Elenna et d'Amaris éclatèrent et Amaris leva la tête et remarqua une étrange fumée noire qui émanait de la forêt.

- Au feu ! hurla-t-elle.

Jade, Lyra et Elenna levèrent la tête à leur tour et découvrirent avec horreur que la forêt était en train d'être ravagée par un incendie. L'odeur de brûlé embrassait tout le quartier et, au fur et à mesure que les quatre filles s'approchaient, elles pouvaient voir que les pompiers étaient débordés et que, manifestement, ils n'arrivaient pas à maîtriser le feu. Grâce à ses pouvoirs, Amaris parvint à se sécher, ainsi qu'à sécher Lyra et Jade. Elle s'apprêta à faire de même pour Elenna, mais celle-ci courait déjà vers un pompier en lui posant tout un tas de questions. Le jeune homme, très gentil, lui indiqua que tout le monde était sain et sauf, et qu'il n'y avait pas de victime. Elenna fut rassurée, mais tout à coup, elle entendit non loin d'elle une petite voix qui ne lui était que trop familière :

- Au... secours...

- Hasya !

Sans réfléchir une seconde, Elenna prit son courage à deux mains et s'engouffra dans les flammes. Amaris décida de la suivre.

- Les filles ! Revenez ! hurla Lyra.

- Laisse tomber, Lyra, elles n'entendent pas. Il faut que tu éteignes ce feu !

- Je ne peux pas, je n'ai pas assez de puissance, et il faudrait que je sois au-dessus des flammes !

- Je peux peut-être t'aider.

Jade prit alors Lyra dans ses bras et, quelques secondes plus tard, deux magnifiques ailes blanches poussèrent dans son dos. La jeune fille agrippa alors plus fortement Lyra et commença à la soulever dans les airs.

- Ah ! Ne me lâche pas ! hurla Lyra en regardant en bas. Et ne vas pas trop haut, on risque de nous voir !

- Dépêche-toi, tu es lourde !

Lyra joignit alors ses mains et visa l'incendie. Un énorme jet d'eau jaillit de la paume de ses mains et vint recouvrir le feu, qui se réduisit petit à petit. Pendant ce temps, Amaris poursuivit Elenna qui criait à tout va le prénom de sa sœur. Elle attrapa soudain le bras de la jeune elfe qui commençait à tousser.

- Elenna, attends, tu vas étouffer !

Amaris forma alors une sorte de demi-cercle rouge autour d'elles, qui les protégea du feu. Au fur et à mesure qu'elles avançaient, le cercle avançait avec elles. C'est alors qu'Elenna et Amaris aperçurent une silhouette à travers les flammes. L'ombre se rapprocha et elles découvrirent Hasya, inconsciente. Elenna, soulagée, prit sa sœur dans ses bras et la serra très fort. Malheureusement, la petite fille avait le visage noirci par les flammes et respirait difficilement. Amaris les guidant, les trois filles parvinrent à sortir des flammes, protégées par le sort d'Amaris. Aussitôt qu'elles s'étaient éloignées de l'incendie, le cercle disparut, les pompiers se précipitèrent sur Hasya et l'emmenèrent à l'écart pour l'examiner. Pendant ce temps, Jade et Lyra commençaient à rencontrer quelques difficultés.

- Tu glisses ! prévint Jade. Je ne vais plus tenir très longtemps !

Tout à coup, le jet qui jaillissait des mains de Lyra commençait à s'éteindre.

- Je n'ai pas assez de puissance ! Il faut redescendre avant que quelqu'un ne nous voie.

Jade se dépêcha alors de redescendre et de poser doucement Lyra à terre, avant d'atterrir elle aussi, tandis que ses deux ailes disparurent. Heureusement, personne ne les avait vues, et grâce à Lyra et aux pompiers, le feu avait perdu beaucoup de terrain, mais était toujours présent. Hasya était allongée sur un petit drap blanc, au sol, et Elenna lui serrait doucement la main en la regardant d'un air inquiet.

- Comment te sens-tu ? lui demanda-t-elle.

Mais la petite fille ne répondit que par un petit sourire. Ses yeux se fermèrent, et bientôt, elle s'endormit. Un pompier s'approcha alors d'Elenna et l'informa que sa sœur avait été peu exposée aux flammes et qu'elle n'aurait donc pas besoin d'aller à l'hôpital. Elenna le remercia, se leva alors et s'approcha de la forêt : le feu était désormais presque éteint, mais les arbres fumaient encore, et au sommet de la colline, le temple d'Ozhaidar était de nouveau détruit. Autour de Hasya, quelques dizaines d'autres elfes étaient allongés et inconscients. Plusieurs autres elfes étaient assis autour d'eux, leur parlaient ou pleuraient. Soudain, une vieille elfe aux longs cheveux blancs s'approcha d'Elenna et lui dit, entre deux sanglots :

- Mademoiselle Kementari, je suis tellement désolée... Votre sœur m'avait dit que vous étiez partie, j'avais décidé de veiller sur elle pendant votre absence... Je me sens terriblement coupable.

- Ne vous excusez pas, madame Niniel. Rien de tout cela n'est de votre faute. Hasya va bien.

Madame Niniel s'éloigna en sanglotant, et Elenna réalisa soudain que tous les elfes de la forêt, y compris elle et sa sœur, avaient tout perdu... Devant cet horrible spectacle, Elenna sentit sa gorge se nouer. Elle vit ses amies, au loin, qui discutaient avec les rescapés et les pompiers, et elle décida de s'éloigner alors que des sanglots explosèrent dans sa gorge.

A quelques mètres de là, un des pompiers discutait avec Jade et désigna du doigt un petit groupe de personnes. Jade courut dans la direction indiquée en bousculant plusieurs personnes, tandis qu'Amaris et Lyra la suivirent difficilement. Dans la ruée, elles entendirent des pompiers confirmer que l'incendie était bel et bien d'origine criminelle. Jade se précipita alors dans les bras de son frère.

- Tu n'as rien ! J'étais tellement inquiète...

- Vraiment, petite sœur ? Tu t'inquiétais pour ton vieux frère ?

Il lui donna un gentil coup de poing sur l'épaule en rigolant, mais il s'arrêta net en voyant Amaris. Ils s'approchèrent alors l'un de l'autre et s'enlacèrent naturellement. Jade les fixa avec stupeur.

- Contente que tu sois sain et sauf. Nous étions toutes très inquiètes.

- Content que vous soyez là. Un type assez bizarre est entré au laboratoire et a ordonné que...

- Nous le savons, coupa Jade. J'ai regardé les images des caméras de surveillance.

- Vous avez eu les réponses que vous attendiez auprès de grand-mère ? demanda Daryl en ébouriffant les cheveux de Lyra.

- Plus ou moins. Pour l'instant, nous allons plutôt nous livrer à une chasse à l'homme.

Alors que les larmes continuèrent de couler sur ses joues et que sa vue se brouillait, Elenna sentit une main se poser sur son épaule. La jeune elfe se retourna et reconnut Armin... qui lui souriait amicalement. Le visage d'Elenna s'assombrit alors et elle commença à hurler.

- C'est toi !

- Quoi, c'est moi ? s'étonna Armin.

- Je t'ai vu sur les caméras de surveillance ! Tu as kidnappé les scientifiques et tu les as emmenés ici pour les tuer dans un incendie, et c'était l'endroit parfait car tu savais que j'étais une elfe, tu t'es dit que j'allais forcément venir à leur rescousse ! Pourquoi as-tu fait ça ?

- Mais je n'ai rien fait de tout cela !

- Menteur ! Je t'ai vu ! Tu vas me le payer !

Sans réfléchir, Elenna tendit ses mains vers Armin et aussitôt, des branches sortirent de la terre et vinrent s'enrouler autour du garçon, qui se retrouva ligoté. Elenna, bien que n'ayant pas vraiment voulu faire cela, commença à s'éloigner, mais Armin cria :

- Attends, Elenna ! Je peux t'aider dans ta quête.

Elenna se retourna et le regarda d'un air suspicieux. Le garçon expliqua alors :

- Je sais que toi et tes amies avez des pouvoirs. Je vous ai entendu en parler, à Vilune. Ce que tu ignores, c'est que...

Tout à coup, le garçon se mit à remuer et les branches autour de lui explosèrent en étincelles. Elenna resta pétrifiée.

- Moi aussi, j'ai des pouvoirs. Je maîtrise l'électricité. Ce pouvoir me vient d'une manipulation génétique dont j'ai accepté d'être le cobaye, l'année dernière, au Maffyssa, d'où je suis originaire. Lorsque je vous ai entendues, j'ai cru que toi et tes amies étiez dangereuses. D'ailleurs, cette fille aux pouvoirs du feu ; toute la presse dit qu'elle l'est. Elle est recherchée, tu sais. J'ai donc voulu vous attirer ici en mettant ceux que vous aimiez en danger. Je sais que j'aurais dû agir autrement, qu'il était dangereux et irresponsable de provoquer un incendie dans ta forêt, mais au moins j'ai compris que tu luttais pour le bien du royaume. C'est pour cela que nous devons unir nos pouvoirs pour être plus forts contre le mal... En tout cas, je compte sur toi pour ne pas me dénoncer...

- Tu es totalement inconscient ! Tu aurais dû me parler de tout cela ! s'écria Elenna, horrifiée, avant de tourner les talons. Tu as mis des centaines de vies en danger ! Vas t'en avant que je n'appelle le père de Lyra !

- Non, attends, Elenna ! Vous devez m'aider. Une grande menace pèse sur Islis.

Elenna se retourna et le dévisagea, se souvenant que Kiana avait également parlé d'une grande menace. Armin s'approcha lentement d'elle, comme s'il craignait de se retrouver ligoté une nouvelle fois.

- Cela fait des mois que j'enquête sur cette histoire. J'ai découvert que le royaume de Tyrio préparait une offensive à Hulda dans quelques jours.

- Quoi ?

- Vous êtes exactement les personnes dont ce royaume a besoin, Elenna. Il faut que vous protégiez Islis. Une nouvelle guerre pourrait avoir des conséquences dramatiques sur tous les territoires de la planète.

- Comment ?

- Il faut aller à Tyrio, et les espionner pour savoir ce qu'ils préparent.

- Non, nous ne pouvons pas aller à Tyrio, rétorqua Elenna en secouant la tête. S'ils découvrent que nous venons d'Islis, ils nous arrêteront, ou peut-être même pire...

- Ne t'inquiète pas pour cela, j'ai un plan.

- Attends une seconde. Les soldats qui étaient avec toi à Vilune. D'où viennent-ils ?

Avant qu'Armin ne réponde, Jade et Lyra s'approchèrent d'eux tandis qu'Amaris et Daryl discutaient derrière elles.

- Heureusement, nos parents ne travaillaient pas aujourd'hui, dit Daryl. Sinon, ils auraient probablement été pris en otage, eux aussi.

- Tu es soulagé qu'ils soient sains et saufs ?

- Bien sûr. J'ai réfléchi à ce que tu m'as dit. Je pense qu'il est temps de pardonner, et de se réconcilier. La vie est trop courte pour qu'on la vive en ayant de la haine les uns envers les autres.

Ils échangèrent un sourire complice. Mais alors qu'ils continuaient de bavarder, ils furent interrompus par les cris de Jade, qui avait bondi sur Armin en tentant de l'étrangler.

- Toi ! hurla-t-elle. Tu as failli tuer mon frère ! Ordure !

- Jade, calme-toi ! cria Elenna en tirant Armin en arrière tandis que Lyra tentait de retenir Jade. Ce n'est pas ce que vous croyez. Il est de notre côté.

Tout le monde la fixa d'un air interrogateur. Elenna soupira et s'apprêta à tout leur raconter, mais soudain, ils entendirent des bruits de micro. Aussitôt, Armin se sauva. Elenna tenta de le rattraper, mais Lyra la tira par le bras et lui fit signe d'écouter. Le roi Georges d'Islis était monté sur une petite estrade, entouré de sa femme Eléonore et de leur fils Célian. Il prit alors la parole sur un ton solennel :

- Mes chers concitoyens, aujourd'hui est un jour bien triste pour Islis. Selon l'enquête des pompiers et le témoignage des scientifiques de Vilune et des elfes, cet incendie a été volontairement provoqué par un individu encore inconnu. Par ailleurs, quiconque qui aurait une information sur l'identité de cette personne est prié de s'adresser aux pompiers ou aux policiers d'Alvor. Les enqûeteurs d'Oxensio ne vont pas tarder à arriver et vont interroger les habitants de Vilune. Fort heureusement, l'incendie n'a tué personne, il n'y a que des blessés légers. Malheureusement, il a ravagé presque tout le quartier, les maisons et le temple d'Ozhaidar. Nous avons donc le regret d'informer les elfes qu'ils vont devoir trouver un logement, le temps que la forêt se reconstruise peu à peu. Malheureusement, nous ne savons pas combien de temps cela prendra. Nous nous excusons auprès des elfes, mais aussi auprès des scientifiques de Vilune pris en otage par un homme que nous essayons encore d'identifier. Nous remercions également les pompiers ainsi que vous, chers citoyens, qui vous êtes mutuellement aidés. Merci de votre attention et de votre compréhension.

Elenna eut le cœur serré. Amaris se dirigea alors vers elle, la prit par les épaules et lui dit d'une voix douce :

- Tu sais, j'ai une grande maison pour moi toute seule, j'ai beaucoup de place. Si ta sœur et toi avez besoin d'un toit, vous êtes les bienvenues chez moi.

- Je te remercie, Amaris. C'est très gentil à toi. Je préviendrai Hasya.

- Où est Armin ? demanda Jade, l'air énervé. Je crois qu'il faut que nous ayons une petite discussion, tous les cinq.

- Ecoutez, ce qu'a fait Armin est mal, mais ce n'est pas ce que vous croyez.

Et Elenna leur raconta tout. Daryl s'était aussi mêlé à la discussion. A la fin du récit, Jade, Amaris et Lyra se dévisagèrent avec inquiétude. Comment pouvaient-elles être sûres de pouvoir lui faire confiance ? Elenna répéta alors qu'il lui avait confié qu'il enquêtait depuis longtemps sur le royaume de Tyrio et qu'il avait découvert qu'un assaut sur Islis s'y préparait. Cela coïncidait parfaitement avec le danger dont Kiana leur avait parlé. Jade fronça les sourcils et rétorqua qu'il avait intérêt à ne pas avoir menti, auquel cas elle s'occuperait personnellement de lui. Les filles acceptèrent alors de s'allier à Armin, mais décidèrent tout de même de rester sur leurs gardes et de ne pas trop lui parler de ce qu'elles avaient découvert sur leurs pouvoirs. Elenna se mordit la lèvre : elle l'avait déjà plus ou moins fait...

            
            

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