Chapitre 3 chapter three

les yeux dans le vide, richie n'a pas même le courage de poser ses yeux sur eddie. il a faim. il a mangé une barre de céréale ce matin, et s'est contenté d'eau le reste de la journée, il aurait aimé ingérer plus de nourriture mais le bouclé n'est pas faible. il s'est fixé un objectif, il doit le respecter. pas question de se rendre les choses faciles, autant commencer réellement, et puis ce tiraillement lié à la faim est une manière de ne pas penser au petit brun.

il tire une latte de sa cigarette, tente de sentir la fumée détruire ses poumons, avant de rejeter un nuage gris dans le ciel orangé. il est assis sur l'ottoman devant la fenêtre ouverte pour fumer, tandis que son ami est assis à son bureau, essayant de reproduire un exercice que richie lui a expliqué cent fois mais qu'il ne parvient toujours pas à faire. il n'ose pas demander de l'aide à son rich, il a peur de l'énerver. pour la première fois, eddie ne se sent pas a sa place dans cette pièce dans laquelle il a passé des heures, il a l'impression d'être un étranger. le plus grand le regarde à peine, et eddie à l'impression que quelque chose manque lorsqu'il ne sent pas les yeux de son ami sur lui. pas de surnoms non plus, et, le plus dur, pas de contact.

aussi loin que peuvent remonter les souvenirs d'eddie kaspbrak, son ami a toujours été extrêmement tactile, avec tous les losers bien entendu, mais spécifiquement avec son eds. qu'il pose simplement sa main sur son épaule ou sur sa jambe ou qu'il lui pince les joues voire l'embrasse sur la joue ou l'entoure de ses bras, il n'y a pas un jour où richie s'est retenu d'être en contact avec lui. et, même s'il ne l'admettra jamais à voix haute, sentir la présence de son bouclé sur sa présence lui donnait toujours le sentiment d'être en sécurité. bien sûr, cela le faisait rougir, et il demandait à richie d'arrêter, mais cela le faisait se sentir bien. parce que tozier est son meilleur ami.

mais, il ne peut s'empêcher de remarquer que ces moments de contact sont devenus de moins en moins fréquents au cours des derniers jours, comme si richie essayait de s'éloigner de lui. peut-être que richie ne l'aime plus ? peut-être qu'il le trouve barbant avec son asthme et son incapacité à rester sur place ? eddie essaie de repousser les larmes mais il sent la chaleur lui monter aux joues et sa gorge se serrer. des gouttes ne tardent pas à perler au coin de ses yeux, et l'une d'elle finit par glisser le long de la joue du garçon. il réprime un sanglot avec difficulté et jette un regard au bouclé. bien entendu, celui-ci ne lui accorde aucune attention, le regard perdu au loin, sa cigarette à moitié consommé pendant au bout de ses doigts.

le coeur d'eddie se fracture légèrement à cette vue. richie ne l'aime plus, c'est évident, et il cela lui donne envie s'enfuir en courant pour se réfugier chez lui. une nouvelle larme roule sur sa joue, il l'essuie d'un revers de manche. il se sent vide.

- rich ?

le bouclé se retourne avec étonnement. depuis qu'ils sont arrivés chez lui, il ne se sont parlé que sur des questions mathématiques, et entendre la voix du petit après tant de minutes de silence le fait se sentir bien. il repousse cette pensée aussi vite qu'elle est arrivée dans son esprit. c'est juste une illusion, tout n'est qu'une putain d'illusion.

- je t'écoute babe...

il regrette à l'instant où les mots sortent de sa bouche de ne pas avoir réfléchi avant de parler ; le surnom lui a totalement échappé. bien sûr qu'il a déjà appelé son ami comme ça, juste pour le faire rougir et se moquer gentiment de lui, mais c'était avant qu'il réalise qu'il a une stupide obsession sur lui. les yeux d'eddie s'agrandissent à la phrase de richie, il s'apprête à répliquer, mais ne peut nier la vague de chaleur qui vient de parcourir son corps. babe.

- on peut descendre à la cuisine ? je commence à avoir vraiment faim...

- bien sûr ! s'exclame t-il avec un léger sourire, mais un sourire tout de même.

il tire une dernière latte sur sa cigarette avant de l'écraser sur le rebord de la fenêtre et de la jeter dehors, sous les yeux désapprobateurs de son ami. mais il laisse passer, il veut juste passer un bon moment avec lui, et le sourire précédent est un bon signe, n'est-ce pas ? eddie doit être paranoïaque, bien sûr que richie l'aime, ils sont amis depuis la nuit des temps ! il doit juste être fatigué, il faut qu'il arrête de s'inquiéter. mais, son espoir disparaît aussitôt que le bouclé passe la porte. alors que le petit tente de prendre sa main pour descendre avec lui à la cuisine, richie retire brusquement la sienne.

un trou béant se creuse dans sa poitrine, il a peur de perdre son rich. mais il ignore les voix dans sa tête qui recommencent à crier des choses atroces dans son esprit, et suit son ami malgré le poid qu'il ressent dans son coeur.

une fois en bas, le petit s'assoit sur un des plans de travail, profitant de l'absence de maggie ou de wentworth, partis voir un film tous les deux, tandis que le bouclé ouvre son frigo.

- c'est la fin de semaine, alors il n'y presque plus rien... commence t-il, embarrassé. je peux te proposer une part de quiche qu'on peut réchauffer, il y a un reste de pâtes à la bolognaise mais si tu veux je peux aller nous chercher quelque chose à la supérette, ça prendra dix minutes.

- je prendrais la quiche, t'embêtes pas...

le bouclé lui lance un sourire mais le brun ne le voit pas, trop absorbé dans ses pensées. il a l'impression de s'y noyer et de suffoquer, il n'a pas le temps de réfléchir à quelque chose qu'une autre pensée s'invite dans son esprit. rien de positif, juste du stress. il a tellement peur que son meilleur ami ne veuille plus de lui qu'il a l'impression qu'il va s'évanouir.

richie, de son côté, ne se sent pas bien. peut-être est-ce eddie, qui à la tête baissé et semble perdu dans ses pensées. il sait que ce n'est jamais un bon signe, lorsque l'asthmatique est silencieux pendant trop de temps, il sait que cela couve une crise de panique, et il voudrait éviter ça à tout prix. il est conscient que cela ne va que contribuer à nourrir son obsession pour ce foutu garçon, mais il ne peut pas supporter de le voir dans cet état là. alors, hésitant, il le rejoint, replace une boucle brune derrière son oreille et laisse le petit se réfugier dans ses bras. un frisson parcourt l'entièreté de son corps, il sait que ce n'est pas le moment mais jamais dans sa vie il n'a eu autant d'embrasser eddie. le nez plongé dans son cou, il respire cette odeur de vanille et de cannelle, et désire plus que tout au monde ce garçon qu'il n'a pas le droit d'avoir.

mais peut-être est-ce la faim qui le tiraille depuis ce matin, qui fait que richie ne se sent pas bien. et, malgré la sensation de calme que lui procure l'étreinte de son ami, richie tozier s'évanouit.

*

les yeux de richie s'ouvrent avec difficulté, alors qu'il sent une pression sur l'une de ses épaules. il a terriblement mal à la tête, au ventre, partout à vrai dire, et le fait qu'il se trouve allongé sur le carrelage froid de sa cuisine n'arrange rien. sa vision devient de moins en moins floue, et les traits du visage d'eddie, penché au dessus de lui, s'éclaircissent. il a l'air paniqué, ses sourcils sont froncés et ses doigts s'agitent dans sa banane, même la main qu'il a posé sur son ami est fermement agrippée à son épaule.

merde. il sent la vague de chaleur le traverser et se trouve trop faible pour lutter. il aimerait se noyer dans les émotions qu'il ressent pour eddie, mais c'est impossible, c'est mal. il n'a pas le droit d'être attiré par un garçon, qu'est-ce que diraient ses parents, ses amis, ses camarades de lycée ? richie n'a pas besoin qu'on lui répète ce qu'il sait déjà : il ira en enfer pour ça. mais il repousse toutes les pensées négatives au fond de son esprit, il est vidé de toute son énergie, il n'a pas besoin de se compliquer la vie encore plus. il a juste besoin de son meilleur ami.

- eds ?

le visage du petit s'illumine lorsqu'il entend son bouclé parler. richie n'a pas le temps de s'assoir correctement car il manque de retomber sur le sol lorsqu'eddie se précipite dans ses bras.

- j'ai eu tellement peur oh mon dieu ! s'exclame le brun, en parlant si vite qu'il n'a même pas le temps de réfléchir. j'étais si paniqué, tu me faisais un câlin et tout allait bien mais la seconde suivante tu t'écroulais sur le sol et oh mon dieu ! je sais que ce n'est pas ta faute mais s'il te plaît ne me fait plus jamais ça, je ne savais pas du tout ce qu'il se passait ! s'il t'était arrivé quelque chose de grave je...

eddie doit s'interrompre, sa gorge lui fait mal, il n'arrive pas à parler et en sait très bien la raison. il a eu si peur qu'il arrive quelque chose de mal à son ami qu'il pourrait pleurer de soulagement.

richie se détache de l'étreinte du plus petit, pour le regarder dans les yeux. il y voit tant de détresse et a tant envie d'y remédier qu'il doit presque se contraindre physiquement pour ne pas se jeter sur ses lèvres roses.

- tout va bien eds, je vais bien. je te lâcherai pas comme ça, crois moi, je compte te faire chier encore un peu. et je... il s'arrête, ne sachant pas si ce qu'il s'apprête à faire est réellement une bonne chose alors qu'il doit s'éloigner d'eddie. je suis désolé d'avoir été aussi froid et distant, je veux vraiment pas te blesser, tu comptes tellement pour moi spaghetti ! j'étais vraiment fatigué et j'ai mal géré les choses.

eddie se contente de sourire, ne sachant pas quoi répondre, il se sent juste heureux que le bouclé soit conscient à nouveau, et que son silence ai une explication. alors, sans pouvoir vraiment le contrôler, des larmes s'échappent de ses yeux pour rouler sur ses joues, devant le regard désemparé de richie. celui-ci les chasse, il ne veut pas que son eds, la personne qu'il aime le plus au monde, pleure par sa faute. il lui chuchote des "je suis désolé" presque inaudibles qui provoquent une vague de chaleur chez le plus petit, mais il refuse de s'avouer pourquoi. alors, gêné, il se relève et enfouit ses mains dans les manches de son pull oversized. il est adorable, j'aimerais embrasser chaque millimètre de son visage, mais c'est putain de mal. richie doit vraiment se ressaisir.

- j'ai pas vraiment faim rich, juste envie de grignoter. ça te dérange si on regarde juste un film dans ta chambre ?

- aucun problème babe. monte, choisir le film, je prend des gâteaux et j'arrive.

le petit brun sourit, une douce douleur s'installant dans le bas de son ventre, et il ne sait pas s'il aime ou déteste ça. il lève alors les yeux au ciel, et s'apprête à aller dans la chambre de son ami lorsque celui-ci l'interpelle.

- fait juste attention, évite le dossier "kaspbrak" parce que c'est ma sex tape avec sonia.

eddie exhibe son majeur fièrement à richie tandis que l'autre ne retient pas son rire, trop fier de sa blague. le bouclé quitte la cuisine pour aller chercher une boîte de cookies dans son garde-manger. il sait que ce sera seulement pour son ami, hors de question qu'il en ingère un ; il est sûr qu'aurora ne mange pas de cookies. elle doit être fine et légère comme une fée pour plaire à son eds, avec une taille de guêpe et des jambes comme des brindilles. alors non, il n'y touchera pas, même s'il se sent affaibli et qu'il sait que c'est de sa faute s'il s'est évanoui un peu plus tôt, mais il s'est fixé un objectif et doit s'y tenir.

lorsqu'il remonte, eddie est déjà sur son lit, enroulé dans sa couverture et l'ordinateur du bouclé sur les genoux. ce dont richie a besoin en l'instant présent, c'est de ruiner la soirée film, d'enlever les vêtements du brun jusqu'à ce qu'il soit nu et vulnérable devant lui, et de lui faire l'amour avec passion. mais il chasse cette pensée de son esprit, greta ne peut pas être son échappatoire ce soir, et il sait qu'avoir une érection en présence de l'objet de ses fantasmes ne ferait qu'accroître son mal-être.

alors il se glisse à côté de son ami et le laisse se blottir contre lui. son coeur bat la chamade alors qu'une fois de plus, eddie pose sa main sur la cuisse de richie, comme si cela était anodin. ça l'était avant que tu te mettes en tête qu'il te plaise. il sait que c'est vrai, les deux ont toujours été tactiles, mais ces derniers temps cette proximité le rend fou et ce qu'il ressent devient de plus en fort. alors, même si son ami a choisi de regarder carrie, un de ses films favori, tout ce sur quoi il parvient à se concentrer c'est leur position et l'odeur enivrante de vanille et de cannelle.

il ne peut pas vraiment admirer le visage d'eddie mais ses beaux cheveux bruns l'occupent assez bien. après un court moment d'hésitation, il décide de ne pas se restreindre, juste pour cette nuit, et de passer sa main dans la chevelure du brun. il est incapable de se concentrer sur les images de son écran d'ordinateur alors qu'eddie, lui, est plongé dans l'intrigue, sa main voyageant de temps à autre vers le paquet de cookies. richie est absorbé par l'étude des sensations que lui procure le fait de balader ses doigts dans les boucles soyeuses de son ami. il se sent bien, il aimerait rester dans cette position durant le reste de sa vie ; la main d'eddie sur sa cuisse, la sienne dans les cheveux d'eddie, et surtout eddie allongé sur lui. eddie. richie veut eddie. mais cette vérité est trop cruelle alors il préfère se convaincre une nouvelle fois que ce n'est qu'une fantaisie créée par son esprit malade.

le film se termine , eddie se redresse alors lentement, encore secoué par les sensations qui se sont bousculées dans son corps alors que les mains de richie jouaient avec ses cheveux. richie, lui, se lève et se dirige vers son armoire.

- je suppose que t'as rien pris pour dormir étant donné que tu apprécies exploiter mes pulls... il s'arrête, le rouge qui monte aux joues de son ami confirme son hypothèse. t'es impossible spaghetti.

- m'appelle pas spaghetti ! il s'exclame en recevant un pull dans le visage.

le pull est imprégné d'une odeur masculine, de l'odeur de richie. discrètement, il en prend une grande bouffée, cela le fait se sentir en sécurité. il enlève rapidement son short, son sweat et son t-shirt, sans remarquer que son ami détourne le regard. apercevoir le garçon de profil et presque nu lui donne envie de le plaquer contre un mur pour l'embrasser à pleine bouche. il tente de repousser les images qui tentent d'entrer dans son esprit mais n'y parvient pas, il se voit distinctement passer ses doigts sur l'élastique de son caleçon pour le faire languir, passer sa main à l'intérieur, avant de le baisser complètement. il entend presque les gémissement plaintifs et pornographiques du brun, qui passerait ses mains dans son dos pour y enfoncer ses ongles. et puis il le supplierait d'accélérer son mouvement comme si c'était ce qui le maintenait en vie, les jambes tremblantes d'un plaisir nouveau, avant de jouir dans sa main habile.

putain de merde. richie a une érection que même le tissu épais de son jean ne peut pas cacher. il bredouille un mot d'excuse avant de prendre le t-shirt qui lui fait office de pyjama, pour s'enfuir dans la salle de bain. son imagination le rend fou, il a besoin de se calmer. mais il ne peut pas se soulager avec eddie à ses côtés, alors il imagine simplement greta, l'air doucereux qu'elle prend lorsqu'elle tente de le séduire, ses mots doux, et cela suffit pour le dégoûter.

lorsqu'il retourne dans sa chambre, eddie a les yeux clos, et richie ne peut s'empêcher d'admirer d'un air rêveur les taches de rousseur qui parsèment son visage comme des dizaines d'étoiles. le bouclé le rejoint, et ressent un millier d'émotions lorsque le plus petit prend l'un de ses bras pour le passer autour de lui. richie ne peut plus se le cacher, il en est conscient. il ne peut plus nier qu'il est irrévocablement amoureux de son meilleur ami.

                         

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