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alors que richie tozier prend des livres dans son casier, il sent soudainement une main s'enrouler autour de sa taille, et réprime un air déçu lorsqu'il s'aperçoit que c'est greta qui vient de s'approcher de lui. il a toujours l'espoir de se réveiller dans un monde où il s'agirait d'une autre personne, une personne qu'il pourrait alors embrasser devant tout le lycée sans se soucier des répercussions. mais il s'agit juste de cette fille anodine.
il a envie de lui dire de partir alors qu'elle n'a même pas ouvert la bouche, tout semble l'irriter en ce moment, il n'a même pas pris son pied la veille ; ses pensées étaient accrochées à quelqu'un autre.
- hey rich ! s'exclame t-elle en tournant une mèche de cheveux entre ses doigts. tu es parti plutôt tôt ce matin alors je voulais venir te dire que c'était vraiment sympa, reviens quand tu veux, comme d'habitude.
le bouclé se contente de hausser les épaules, bien trop ennuyé par la présence de la jeune fille pour se gêner à formuler une quelconque phrase.
- et je me disais qu'on pourrait peut-être se voir demain soir. l'équipe de foot joue, et il y a une fête juste après.
embarrassé, richie passe une main dans ses épaisses boucles noires. il n'a vraiment pas envie de s'attirer des problèmes, et pour ça, il faudrait qu'il trouve une excuse rapidement. en plus de ça, se brouiller avec greta signifierait devoir trouver une nouvelle fille avec qui il pourrait oublier que la personne qu'il désire est intouchable, et que ses pensées le mèneront tout droit en enfer.
- malheureusement je suis pas disponible, j'ai promis à eddie de l'aider en maths tous les vendredis. peut-être une autre fois !
il claque rapidement la porte de son casier et s'enfuit pour aller rejoindre son premier cours, qu'il partage avec beverly. lorsqu'il arrive à sa place habituelle, il trouve son amie en train de sourire bêtement devant son téléphone, et décide donc de lui retirer des mains pour découvrir la raison de cette joie, parce qu'il ne serait pas richie tozier s'il ne passait pas son temps à exaspérer ses amis.
- ben, ben, ben... dit-il avec un grand sourire satisfait dessiné sur le visage. notre marsh aurait-elle un crush sur notre cher fan des new kids on the block ?
- autant que t'en as un sur eddie, trashmouth ! réplique son amie, victorieuse, se rendant bien compte que ses mots viennent de déstabiliser le bouclé.
- eddie est mon meilleur ami, marsh. bien sûr que je l'aime, mais no homo. je suis pas du tout gay, la liste des filles avec qui j'ai couché est plus longue que ma bite !
- ça fait combien du coup ? une, deux ?
richie voudrait protester mais il doit déjà s'estimer heureux que bev ne le questionne pas plus en profondeur, richie est parfaitement conscient que la rousse voit clair dans son jeu quoiqu'il se passe. à elle, il n'a jamais su mentir.
le professeur entre alors dans la classe, rendant la suite de la conversation impossible. richie, malgré sa réputation de mauvais garçon, porte une attention particulière à ses cours. très intelligent et sérieux dès lors qu'il y met de la volonté, son principal objectif est de partir de derry à la seconde où il termine sa terminale. et ça, impossible s'il n'obtient pas les meilleurs notes de sa classe, ou alors il pouvait déjà remplir les papiers pour l'université de sa petite ville miteuse.
*
après avoir survécu à ses cours de biologie, d'anglais et de maths, il est enfin temps pour richie de rejoindre les losers à la cafétéria pour le déjeuner. rapidement, il achète un sandwich à un distributeur pour aller s'installer à leur table habituelle. bill, stan et mike sont déjà présents, les deux premiers regardant une quelconque stupidité sur un téléphone, partageant une paire d'écouteurs, laissant le dernier à l'écart. richie lève les yeux, cette manie qu'ont les deux garçons à faire comme si le monde autour d'eux n'existait pas courrait sur les nerfs du bouclé, même s'il savait qu'il pouvait très bien faire la même chose avec son eds.
- si ce n'est pas mon fermier préféré ! s'exclame richie lorsqu'il s'approche.
il s'assoit à côté de mike et les deux commencent à échanger des banalités, lorsque le reste des losers arrive. eddie, comme à son habitude, se place à côté de son meilleur ami, sans savoir que celui aimerait lui dire de se mettre à l'autre bout de la table. comme hier, il porte son foutu short rouge, qui remonte lorsqu'il s'assoit, et que le bouclé à seulement envie de retirer. c'est faux, juste une illusion, je suis juste en manque ; je n'aurais pas dû refuser l'offre de cette pimbêche de greta. la cuisse d'eddie est en contact avec celle de richie, leurs peaux sont séparés par une unique couche de tissu, et le plus grand regrette de ne pas avoir mis un short lui aussi.
il a envie de son meilleur ami tellement fort, et refoule ce besoin avec tant de violence que cela lui fait mal physiquement. il a l'impression de constamment devoir se retenir, quand chaque millimètre de son être veut se jeter sur le petit brun. tellement mal, putain, je dois vraiment baiser.
- eds, mon homme ! dit-il pour s'échapper de ses pensées. je dois aller chez toi vendredi soir.
- tu dois ? en quel honneur ? et puis est-ce que je peux juste exprimer mon horreur face au combo de "mon homme" et "eds" ? parce que mon cerveau hurle.
- oh eds, mon eds chéri, je ne m'arrêterai jamais, tu le sais très bien ! mais sur une note plus sérieuse, il faut que tu me sauves. j'ai couché avec cette fille hier soir...
- me dit pas que c'est encore cette pute de greta, l'interrompt soudain stan en retirant son écouteur.
- ok, je te le dis pas alors !
- richie, commence uris avec un dose de désespoir dans sa voix beaucoup trop élevée, cette fille est littéralement la pire. je comprend, la première fois tu avais bu beaucoup trop d'alcool pour te rendre compte que t'étais en train de fourrer ta petite bite dans cette salope, la deuxième fois aussi, le "jamais deux sans trois" pouvait avoir un aspect comique. mais les fois d'après ? tu vas pas me dire que c'est la seule fille du lycée avec qui tu peux coucher.
- j'ai essayé ta mère mais elle a eu peur de tomber amoureuse en voyant mon corps de rêve ! rigole l'intéressé.
stan lève les yeux au ciel, ennuyé par la vanité de richie, mais incapable de nier le fait présent. la puberté a offert au garçon un visage taillé à la perfection et une musculature plutôt attirante ; il n'a pas de doute sur le fait que richie plait aux filles. aux filles. mais ça, il ne lui avouera jamais, bien trop effrayé de gonfler l'ego du bouclé, mais aussi parce qu'il trouverait sûrement ça étrange. stanley sait pertinemment qu'il en pince pour richie, mais aussi que ça ne pourra jamais mener à rien. il est observateur, et ne peut pas se cacher, même avec toute la volonté du monde, que l'énervant trashmouth prendrait une balle si eddie lui demandait. rien ne sert de se voiler la face.
- mais donc eddiechou, ce que j'allais te dire c'est que cette fille que je ne nommerais pas, dit-il en se tournant vers stan pour lui faire un clin d'œil avant de reposer ses yeux sur le petit brun, m'a invité vendredi. et je lui ai dit que j'allais te donner des cours de maths. donc tu dois être libre.
- seulement parce que j'ai besoin d'une bonne moyenne en maths, rich.
le visage du bouclé s'illumine à cette réponse, il sent à nouveau ce sentiment de chaleur dans tout son corps, ce sentiment qu'il essaie tant bien que mal de réfréner parce qu'il se rend compte chaque seconde d'à quel point c'est mal. eddie aime les filles, et lui aussi. comment aurait-il pu coucher avec greta sans ça ? mais malgré toutes ces pensées restrictives, il ne peut s'empêcher de déposer un baiser sur la tempe du garçon aux milliers de taches de rousseur. plus il le regarde et plus il lui semble magnifique. ses cheveux chocolat aux boucles gracieuses, ses doux yeux brun dans lesquels il pourrait se plonger pendant des heures, ses longs cils, son petit nez retroussé ; tout chez eddie le rend fou. ses lèvres roses ; richie donnerait tout ce qu'il possède pour les embrasser ne serait-ce qu'une seule fois, les imaginer suffit pour ressentir cette douleur dans son bas ventre.
il doit s'enfuir rapidement de cette table, il en est conscient. il ne peut pas être autant en présence d'eddie alors que ce qui est bon pour lui est de l'éviter, pour oublier tout ce qu'il lui fait ressentir. il termine rapidement son sandwich, tout en essayant de ne pas focaliser toute son attention sur le garçon à côté de lui. mais cette tâche est toujours difficile, surtout lorsque celui-ci a sa main posé sur la cuisse de richie, sa jambe à demi nu toujours pressé contre la sienne. dès que leur peaux entrent en contact, tout ce à quoi le bouclé peut penser, c'est qu'il aimerait plaquer le petit contre un mur, retirer ses vêtements et lui faire gémir son prénom." t'es complètement fou mon gars, t'as pas du tout envie de ce genre de choses ; eddie est ton meilleur ami. "
au bord de la crise de nerf, fatigué à force de tenter de ne plus réfléchir à ce genre de pensées interdites, richie marmonne quelques mots d'excuse avant de s'éclipser. la bande se regarde, confuse, cela fait quelques jours que leur trashmouth agit d'une manière étrange, mais personne n'a le courage d'aller lui demander pourquoi. eddie est inquiet pour son ami, cela lui arrive de plus en plus souvent, de s'enfuir alors qu'ils sont tous ensemble, et, quelques fois, c'est lorsqu'ils sont à deux. ces incidents ne sont arrivés que quatre ou cinq fois, lorsqu'ils sont dans sa chambre et que richie prétend que ses parents ont besoin de lui, alors que le petit sait qu'il s'agit d'un mensonge. il essaie de ne pas le prendre personnellement, mais il ressent souvent ce petit pincement au cœur désagréable face à cette coïncidence. peut-être que richie ne l'aime pas ? mais il repousse cette idée, elle lui donne envie de fondre en larme.
de son côté, richie se précipite vers les toilettes, il se sent nauséeux, et il déteste ça. une fois entré, il vérifie que personne ne se trouve dans la pièce - il ne cherche pas à attirer l'attention alors qu'il est au plus bas de sa forme - et entre dans un des toilettes. il se laisse tomber par terre à la seconde où il verrouille la porte, sa tête lui fait mal, il a envie de rentrer chez lui pour pleurer toutes les larmes de son corps. "tellement faible putain, j'ai dû avaler mon sandwich de travers, pourquoi je me comporte comme une gamine ?" alors, après avoir pris une grande respiration, il avance deux doigts au fond de sa gorge avant de les retirer aussitôt, sentant son repas du midi remonter. il a l'impression qu'on vient de lui arracher la trachée alors qu'il régurgite tout, des larmes perlent au coin de ses yeux mais il les essuie rapidement. richie tozier n'est pas faible.
après avoir tiré la chasse d'eau pour voir son déjeuner disparaître, il ouvre la porte et se dirige vers les lavabos. il se rince la bouche, se lave les mains et jette un coup d'œil dans le miroir. il a le teint plus pâle que d'ordinaire et ses yeux sont soulignés par de grandes cernes violettes, il ne peut cacher à personne qu'il va moins bien que d'habitude. tout ça à cause du petit brun. il aimerait bien demander à quitter ce lycée pour ne plus jamais le croiser, mais il sait que cette solution n'arrangerait rien à son problème. parce qu'il sait que ce qu'il ressent lorsqu'il est au contact de son eds, il ne le ressent au contact de personne d'autre. eddie est le seul à lui mettre des papillons dans le ventre, eddie est le seul qui le fait frissonner de son seul toucher, eddie est le seul qui parvient à faire bloquer son putain de cerveau. et il déteste ça, parce qu'il est conscient qu'il en a besoin. mais c'est voué à l'échec.
il doit vraiment penser à autre chose. il hésite quelques secondes à envoyer un message à greta pour lui demander de lui tailler une pipe juste avant que les cours recommencent, mais il y renonce. il préfère sécher, et il ne veut pas que la blonde interprète mal les signaux, parce qu'il est loin de vouloir s'impliquer dans une relation. tout ce qu'il veut, c'est arrêter de ressentir toutes ces choses pour son meilleur ami. alors, après avoir redressé ses lunettes sur son nez, il sort pour se diriger vers la sortie du lycée, mais il se heurte à quelqu'un en chemin. et bien sûr, il fallait que ce quelqu'un soit eddie.
- richie ! le petit semble ravi de le voir. t'es parti tellement vite, j'ai pas eu le temps de te parler de quelque chose.
- je t'écoute eds, répond tozier, embarrassé, voulant rendre cette conversation la plus courte possible.
- comment t'as fait pour séduire toutes ces filles ? parce que je... il s'arrête, visiblement gêné, ses joues devenant plus roses. je suis avec une fille qui s'appelle aurora en art, et j'aimerais l'inviter à sortir.
richie a l'impression d'avoir reçu un coup de poing dans l'estomac, les mots d'eddie lui donnent envie de retourner aux toilettes pour vomir tous les sentiments présents dans son corps. il n'a jamais autant souhaité ne rien ressentir qu'en cet instant, il ne pensait pas qu'une simple phrase pourrait autant l'affecter, et pourtant c'est le cas. il se déteste de ressentir toutes ces choses, il voudrait mieux être six pieds sous terre en cet instant.
- rich ? dit eddie avec une mine inquiète. tout va bien ? on dirait que t'as vu un fantôme... peut-être que tu manques de fer, tu veux un comprimé ?
le petit fouille dans cette banane qu'il porte autour de la taille en permanence avant d'en sortir un boîte circulaire en plastique orange, où sont entassées des dizaines de pilules. richie pose ses yeux dessus, le regard vide, avant de les repousser d'un geste de main. eddie peut voir qu'il ne va pas bien, et que son état semble empirer chaque seconde, et il ressent cette douleur liée à son sentiment d'impuissance. le bouclé est son meilleur ami, et il a l'impression qu'il se transforme en inconnu. et, malgré tout, il n'ose pas lui demander ce qui le dérange.
- je sèche eddie, dit le bouclé avec difficulté, voulant à tout prix s'empêcher de pleurer. on se voit demain.
et, sans se soucier de la réaction de son ami, il s'enfuie à travers les grandes portes du hall du lycée miteux de derry. eddie se sent soudain seul, le coeur serré devant la réalisation que richie trashmouth tozier vient de l'appeler "eddie", il est submergé par un sentiment d'insatisfaction et de peine. pourquoi cette réaction alors qu'eddie lui a simplement demandé de l'aide ? il hausse les épaules, comme si ce geste allait chasser les petites voix lui répétant que son rich ne l'aimait plus, et se dirige vers la salle de son prochain cours.
*
une fois arrivé chez lui, richie monte quatre à quatre les marches de l'escalier pour jeter son sac sur son lit, avant de s'emparer d'un jogging et d'un sweat deux fois trop large pour lui dans son armoir et de se diriger vers la salle de bain. une fois à l'intérieur, il enlève lentement ses vêtements ; ses émotions, et sa volonté de les réprimer, l'ont épuisé. il jette un regard à son reflet dans le grand miroir. il a un corps très masculin, des épaules larges, un torse et des cuisses musclées, les heures qu'il a dédié au sport sont visibles sur tout son corps, et ce qui lui semblait être une victoire a désormais un goût de défaite. peut-être que s'il ressemble plus à une fille alors eddie le regardera enfin ? peut-être qu'il remplacera cette foutu aurora sortie de nul-part ?
il se baisse pour récupérer la ceinture accroché à son jean noir, et se redresse pour l'enrouler autour de sa taille nue. et il commence à la serrer, pour aller le plus loin possible. cela lui fait mal, il sent qu'il prend sa respiration avec plus en plus de difficulté, mais cela lui fait du bien. il voit sa silhouette s'amincir dans le miroir et cela fait naître un sourire sur son visage pâle. peut-être que s'il perd du poids, alors l'idée d'obtenir l'attention d'eddie ne lui semblera plus si impossible ? peut-être qu'il a besoin de perdre juste un peu de masse pour lui plaire ?
il sait qu'il doit l'oublier et l'effacer de son esprit, il sait qu'éprouver tous ces sentiments pour eddie le conduira tout droit en enfer, il sait qu'il devrait s'arrêter maintenant avant qu'il soit trop tard. mais l'idée qu'il vient d'insérer dans son esprit l'a plongé dans une grande extase. il s'imagine les lèvres d'eddie sur les siennes, son corps sous le sien, il se représente leur peaux nues en contact, la tête d'eddie rejetée en arrière sous le coup du plaisir, il tente de ressentir la sensation que produiraient les baisers d'eddie dans son cou et sur chaque millimètres de son corps. ses pensées sont effrénés, incontrôlables, il ressent le besoin d'eddie si fort qu'il en mal.
il doit absolument aller chez greta, il sait qu'il ne devrait pas nourrir les espoirs de la blonde, mais il doit satisfaire sa pulsion charnelle, et il est conscient que s'il le fait seul, ce ne sera pas satisfaisant. alors, comme la veille, il lui envoie un message, et prend une douche en vitesse avant de sortir de chez lui vers la maison de cette fille qu'il déteste tant.