« Papa, ne dis pas ça... »
« Tu dois accepter ce mariage. C'est la seule façon de te protéger. »
« Non ! Je ne peux pas épouser cet homme ! Il est bien plus âgé... et il a déjà plusieurs femmes ! »
« C'est lui qui pourra te garantir la sécurité... »
« J'ai vingt-deux ans ! Je peux me débrouiller seule ! »
Les voix s'entremêlaient, se superposaient, devenant de plus en plus oppressantes.
« Tu as déjà signé le contrat. On ne peut plus revenir en arrière. »
« Je n'ai rien signé ! »
« Le document que je t'ai demandé de signer... tu t'en souviens ? »
« Papa... pourquoi tu m'as fait ça ? »
« Je suis en train de mourir... »
« Arrête ! Tu ne peux pas dire ça juste pour me forcer ! »
« Regarde ces papiers... »
« Papa... je suis désolée... d'accord... j'accepte... »
Les souvenirs continuaient d'affluer, sans qu'elle puisse les arrêter.
« Écoute-le... il te protégera... »
Puis plus rien.
Un silence brutal.
Aurélia resta figée, l'esprit submergé.
Ces images... ces voix... ce n'étaient pas les siennes.
Et pourtant, elles s'imposaient à elle avec une force troublante, comme si elles faisaient désormais partie d'elle.
Peu à peu, la panique qui l'avait envahie laissa place à une confusion encore plus profonde.
« À qui appartiennent ces souvenirs ? » pensa-t-elle. « Pourquoi sont-ils dans ma tête ? »
Elle se souvenait parfaitement de sa propre vie. De qui elle était. De ce qu'elle avait vécu.
Mais cet homme... cette jeune femme... elle ne les connaissait pas.
Elle tenta d'ouvrir les yeux une seconde fois, mais les referma aussitôt, éblouie par la clarté.
Après quelques instants, elle s'y habitua suffisamment pour distinguer ce qui l'entourait.
Une femme se tenait près d'elle.
Ronde, au visage pâle, les yeux rouges de larmes.
« Merci mon Dieu... vous êtes réveillée, mademoiselle... » sanglota-t-elle. « J'ai eu si peur... j'ai cru que vous ne vous réveilleriez jamais... »
Ses pleurs redoublèrent.
Aurélia la regarda, perdue.
« Pourquoi cette femme m'appelle "mademoiselle" ? Pourquoi pleure-t-elle ? »
Puis, brusquement, un souvenir la frappa.
La voiture.
Le choc.
Le feu.
Elle frissonna.
« Attendez... j'ai eu un accident... »
Elle tourna la tête, observant la pièce autour d'elle.
Elle ne reconnaissait rien.
Ce n'était pas un hôpital.
Ni un endroit familier.
Elle reporta son attention sur la femme.
« Excusez-moi... qui êtes-vous ? »
La femme se figea.
« Mademoiselle... vous plaisantez ? »
Aurélia resta silencieuse.
La panique envahit le visage de l'inconnue.
« Oh mon Dieu... vous êtes tombée dans la baignoire... vous avez failli vous noyer ! Si je n'étais pas arrivée à temps... vous seriez morte ! »
Ses mots résonnèrent étrangement.
Aurélia sentit un frisson lui parcourir le dos.
Elle savait une chose.
La personne qui s'était noyée... n'avait pas survécu.
Et pourtant...
Elle était là.
Vivante.
« Alors... je suis revenue ? » pensa-t-elle, glacée. « Mais... dans quel corps ? »
La femme attrapa sa main, tremblante.
« Mademoiselle... comment pouvez-vous ne pas me reconnaître ? »
Aurélia tenta de rassembler ses pensées, mais tout se mélangeait.
Elle était certaine d'une chose : cette femme connaissait celle qui occupait ce corps avant elle.
« Mademoiselle Aurélia Spencer... vous ne vous souvenez vraiment pas de moi ? Je suis Tilda... je me suis occupée de vous depuis que vous êtes toute petite... »
Aurélia Spencer.
Le nom résonna dans son esprit.
Ce n'était pas le sien.
Elle sentit son cœur s'emballer.
Tilda essuya ses larmes.
« Depuis la mort de votre père... vous êtes tout ce qui me reste... »
Aurélia ne répondit pas. Elle tenta de se redresser, encore vacillante, puis se dirigea vers la salle de bain.
« Mademoiselle ! Attendez ! » s'écria Tilda en la suivant. « Laissez-moi vous aider ! »
Mais Aurélia referma la porte derrière elle et la verrouilla.
« Ouvrez, s'il vous plaît ! » supplia Tilda en frappant. « Ne refaites pas la même chose ! »
Aurélia n'écoutait plus.
Elle resta immobile face au miroir.
Son cœur battait à tout rompre.
Lentement... elle leva les yeux.
Le reflet qu'elle découvrit la cloua sur place.
Ce visage... n'était pas le sien.
La jeune femme dans le miroir était d'une beauté presque irréelle. Sa peau était très claire, presque translucide. Ses traits étaient fins, délicats.
Ses cheveux, longs et légèrement ondulés, tiraient vers un gris cendré.
Ses yeux... d'un bleu profond.
Aurélia porta une main à son visage.
« Ce n'est pas moi... »
Dans son ancienne vie, elle avait un teint plus chaud, marqué par les entraînements en extérieur. Ses cheveux étaient châtains clairs, ses yeux gris.
Rien à voir.
Ses jambes tremblèrent.
Elle s'appuya contre le lavabo pour ne pas tomber.
Les souvenirs qu'elle venait d'absorber lui revinrent en tête.
Le mariage.
Le contrat.
Les supplications.
Et soudain...
Une pensée la frappa de plein fouet.
« Attends... quoi ? »
Son regard se figea dans le miroir.
« Je suis... mariée ? »
Son estomac se noua.
« La septième épouse ?! »
Un mélange de choc et d'incrédulité la submergea.
« C'est une blague... »
À l'extérieur, la voix de Tilda retentit de nouveau.
« Mademoiselle, si vous n'ouvrez pas, j'appelle votre mari ! »
Aurélia sursauta.
Elle déverrouilla la porte et l'ouvrit.
Tilda la regarda avec soulagement.
Aurélia, elle, était encore sous le choc.
« Mon mari... » murmura-t-elle. « Tu sais qui c'est ? »
Elle tenta de fouiller dans les souvenirs de cette autre Aurélia.
Mais une chose était claire.
Elle ne l'avait jamais rencontré.
Elle ne connaissait même pas son nom.