« Joyeux anniversaire, Auré. J'espère que ce que je t'ai préparé te sera utile... »
Aurélia prit l'enveloppe avec un sourire instinctif, touchée par l'attention. Mais les derniers mots de son père éveillèrent sa curiosité.
« Qu'est-ce que c'est ? »
Thomas hocha la tête, encourageant.
« Ouvre-la, tu verras. »
Intriguée, elle ne perdit pas de temps. Elle déchira l'enveloppe et en sortit un document soigneusement plié.
Dès qu'elle en lut les premières lignes, son corps se figea.
Ses yeux parcouraient le texte encore et encore, comme pour s'assurer qu'elle ne rêvait pas.
« P... Papa... comment tu as obtenu ça ? » balbutia-t-elle, bouleversée.
Sa voix tremblait.
Thomas inspira profondément, visiblement ému lui aussi.
« C'est ce que je voulais t'offrir depuis le jour où tu es née. »
Il détourna légèrement le regard, le temps de contenir ses émotions.
« Depuis que ta mère est partie, je n'ai jamais cessé de supplier le vieux Maître. Je lui ai demandé encore et encore de te libérer. Aujourd'hui... il a enfin accepté. »
Les mots résonnèrent dans l'esprit d'Aurélia.
Libre.
Le mot qu'elle avait si souvent imaginé.
Les larmes montèrent sans qu'elle puisse les retenir. Elles roulèrent sur ses joues, incontrôlables.
« Ma fille... » murmura Thomas en la regardant. « Tu n'es plus obligée de rester auprès du jeune maître Alex. Avec cette lettre, personne ne pourra te forcer à continuer. »
Aurélia tenta de parler, mais sa gorge se noua. Aucun son ne sortit.
Elle n'aurait jamais pensé que son père s'était battu aussi longtemps pour elle.
Encore moins que ce jour arriverait réellement.
Cette liberté... c'était bien plus qu'un cadeau. C'était tout ce dont elle avait toujours rêvé.
Elle finit par réussir à parler, la voix brisée.
« Papa... merci... je ne sais même pas comment te remercier... mais... merci. C'est... le plus beau cadeau que j'ai jamais reçu. »
Le visage de Thomas s'illumina en voyant le bonheur de sa fille.
Il posa doucement une main sur son épaule.
« C'était le seul moyen de mettre fin à cette vieille promesse entre nos familles. Avec ce document, notre dette est effacée. Après moi, plus aucun Molloy ne servira les Grimes. »
Aurélia secoua la tête, encore submergée.
« Papa... merci... vraiment... »
Après quelques instants, Thomas reprit d'un ton plus léger :
« Allez, file. Tes amis t'attendent sûrement. Tu n'as pas besoin de rester ici. Je m'occuperai du jeune maître. »
Aurélia essuya ses larmes.
« Tu n'es pas obligé de le conduire. Je peux appeler son chauffeur. »
Il hocha simplement la tête.
Après un dernier échange, il s'éloigna en direction de la maison.
Pour la première fois depuis des années, il se sentait apaisé.
Un sourire discret étira ses lèvres.
« Cecilia... j'espère que tu vois ça. Notre fille est enfin libre... »
Restée seule, Aurélia prit quelques secondes pour respirer.
Puis elle sortit son téléphone et appela Alvin Rush, lui demandant de venir récupérer Alex.
Une fois l'appel terminé, elle hésita un instant, puis tapa un message.
« Désolée, Maître. Je ne peux pas attendre. Alvin viendra vous chercher. »
Sans perdre davantage de temps, elle démarra et quitta les lieux, direction le restaurant Serendipity.
Quelques minutes plus tard, son téléphone émit un bip.
Elle jeta un coup d'œil.
Comme elle s'y attendait, c'était Alex.
« Aurélia Molloy. Reviens immédiatement. C'est un ordre. Sinon, tu seras punie. »
Elle resta un instant à regarder l'écran... puis un rire lui échappa.
Avant, ces mots l'auraient paralysée.
Elle aurait obéi sans discuter.
Mais plus maintenant.
Elle tenait dans ses mains une preuve officielle : elle n'était plus liée à lui.
Plus personne ne pouvait lui imposer quoi que ce soit.
Elle ignora le message.
Peu après, un autre arriva.
« Auré, j'en ai pour quinze minutes. Sois là quand je sors. »
Aurélia soupira.
Craignant qu'il ne l'appelle, elle envoya rapidement un message vocal.
« Alex... je ne peux pas. Je dois fêter mon anniversaire. »
Elle posa ensuite son téléphone sur le siège passager et fixa la route sombre devant elle.
Son cœur battait plus vite.
La propriété des Grimes, perchée sur la colline, dominait toute la ville. Peu de voitures circulaient dans cette zone réservée aux familles les plus riches.
La route était presque vide.
Aurélia accéléra, impatiente de rejoindre ses amis.
Soudain...
Des phares apparurent au loin.
Une voiture arrivait droit sur elle, beaucoup trop vite.
Elle n'eut même pas le temps de réagir.
Un fracas violent éclata.
Le choc.
Une douleur fulgurante traversa son corps.
L'odeur du sang envahit l'air.
Puis le feu.
Tout s'embrasa.
Et en un instant... tout disparut.
Le silence.
Le noir.
Un froid étrange l'enveloppa.
Aurélia tenta d'ouvrir les yeux, mais rien ne changea.
Aucune lumière.
Aucune sensation.
« À l'aide... quelqu'un... »
Sa voix ne sortit pas.
Elle essaya encore, mais aucun son ne franchit ses lèvres.
Une peur glaciale s'empara d'elle.
Elle ne sentait plus son corps.
Même les battements de son cœur semblaient avoir disparu.
Était-elle encore en vie ?
Ou n'était-elle plus que... quelque chose d'autre ?
Perdue dans ce vide, elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait.
C'était irréel.
Terrifiant.
« L'explosion... c'est ça ? Est-ce que je suis... morte ? »
La pensée la frappa de plein fouet.
« Non... pas comme ça... »
La panique monta.
« Et mon père ? Qui va s'occuper de lui ? »
Le désespoir l'envahit.
« S'il vous plaît... renvoyez-moi... je ferai tout... tout ce que vous voudrez... donnez-moi une autre chance... »
Elle s'accrocha à cette supplication, comme si quelqu'un pouvait l'entendre.
Puis, au milieu de ce néant, une voix se fit entendre.
Faible.
Lointaine.
« Mon Dieu... Mademoiselle Aurélia... »