- Non ! Je veux que tu réfléchisses à ton comportement ! Quelqu'un peut-il raccompagner Mme Southall dans sa chambre ? Personne ne devra la laisser sortir sans mes ordres !
L'une des femmes de chambre acquiesça immédiatement et traîna Cindy en larmes vers sa chambre, tandis qu'Arielle accompagnait Henrick jusqu'à l'ambulance.
- Papa, pourquoi ne pas laisser Tante Cindy venir avec nous ? demanda Arielle d'une voix douce.
- On dirait qu'elle est très attachée à Shandie. La laisser toute seule ne ferait que l'inquiéter.
Henrick refusa d'un soupir. Il posa un regard sur sa fille et soupira encore plus profondément.
- Petite naïve. La vie à l'étranger a dû te rendre fragile, non ?
- Pas du tout. La vie était belle, répondit Arielle honnêtement.
Elle avait mené une belle existence à l'étranger et ne s'y plaignait pas. Mais Henrick imagina qu'elle se montrait brave en façade et secoua la tête.
- Tu es trop innocente. Comment feras-tu pour t'en sortir ici, à Jadeborough ? Il faudra que je t'apprenne doucement les usages, pour que tu ne te sentes pas étrangère.
- Merci, Papa ! répondit Arielle.
- Nous sommes de la famille. Tu n'as pas à me remercier...
Peu après, l'ambulance arriva à l'hôpital. Shandie fut immédiatement poussée en salle d'urgence : son cœur avait cessé de battre. Henrick et Arielle, inquiets, firent les cent pas devant la salle d'urgence en attendant des nouvelles. Bien sûr, Henrick était le plus anxieux des deux. Arielle et Shandie étaient ses filles biologiques et leur sort pesait sur l'avenir de sa carrière. Quelque chose était arrivé à Shandie il en était mortifié.
Enfin, les portes de la salle d'urgence s'ouvrirent. Dès que le médecin parut, Henrick se précipita vers lui.
- Docteur, comment va ma fille ?
- La patiente est hors de danger immédiat, mais elle devra rester sous surveillance quelques jours. Le venin de ce serpent est particulièrement virulent. Si vous ne l'aviez pas amenée à temps, personne n'aurait pu la sauver. Mais dites-moi... comment a-t-elle été mordue ? Cette espèce de serpent ne devrait pas se trouver à Jadeborough.
Henrick fronça les sourcils, confus.
- Que voulez-vous dire ? Nous vivons dans un domaine au sommet de la colline. Il arrive que des serpents s'introduisent, non ?
Le médecin secoua la tête, grave.
- Cette espèce appartient au Sud. On n'en trouve pas à l'état sauvage ici. Il a donc fallu que le serpent provienne de là-bas. Je pense que c'est une piste que vous voudrez creuser.
La mine d'Henrick se décomposa ; il comprit enfin ce que le médecin insinuait.
- Vous voulez dire que cela pourrait être un acte volontaire ?
- C'est tout à fait possible.
Henrick serra les poings si fort que ses ongles s'enfoncèrent dans la paume.
- Qui ? Qui voudrait faire du mal à ma fille ? s'exclama-t-il, et son regard glissa instinctivement vers Arielle, une lueur de suspicion traversant son visage.
Arielle ne sembla pas remarquer le doute de son père ; au lieu de cela, elle bouillonna de rage.
- Comment osent-ils ! Celui ou celle qui a introduit ce serpent dans notre manoir est diabolique ! Papa, il faut qu'on découvre la vérité. On ne peut pas laisser ce acte impuni !
Les paroles d'Arielle dissipèrent toute méfiance que Henrick avait pu avoir à son égard. Une jeune femme fraîchement revenue en ville ne pouvait pas plausiblement monter un tel complot et puis, si elle avait eu des arrière-pensées, elle n'aurait pas risqué sa vie pour combattre le serpent. Je n'aurais pas dû la suspecter, se dit-il.
- Rentrons d'abord à la maison, Arielle. Je vais enquêter sérieusement et trouver le coupable.
- Tu as raison, Papa. Il faut mener l'enquête ! Le serpent a mordu Shandie aujourd'hui, mais et si demain il mordait quelqu'un d'autre ? Trouve vite qui a fait ça et rends-le responsable ! dit Arielle, la voix ferme.
Henrick ne pouvait qu'approuver. Une fois qu'il découvrirait qui avait apporté ce serpent, il n'y aurait pas de pitié. Après avoir laissé quelques domestiques pour veiller sur Shandie, ils quittèrent l'hôpital pour rallier le manoir, déterminés à tirer cette affaire au clair.
De retour au domaine, Cindy, enfermée dans sa chambre, consultait fébrilement son téléphone. Le message lui apprenant que Shandie était hors de danger la soulagea un instant, mais sa tranquillité ne dura pas. Quand on lui expliqua que l'introduction du serpent semblait être une tentative d'assassinat, la colère remonta en elle.
Soudain, une domestique chuchota à la porte :
- Mme Southall, M. Southall est rentré !
Cindy, lasse d'être confinée, ne tint plus en place. Henrick avait pourtant verrouillé la porte et gardé la clé, mais, abandonnant toute prudence, elle brisa la serrure avec une pierre décorative et se précipita dehors. Henrick et Arielle venaient d'entrer dans la maison quand Cindy dévala les escaliers, hors d'elle.
- Chéri ! C'est Arielle ! Cette garce veut se débarrasser de Shannie , elle a rapporté un serpent du Sud ! Elle est la seule à être rentrée de là-bas. C'est forcément elle ! Il faut faire justice pour Shannie !
Arielle recula, blessée.
- Tante Cindy, à cause de tes soupçons envers moi, j'ai risqué ma vie pour prouver mon innocence. J'ai tout fait pour sauver Shandie, et Yu m'accuses encore ? Et maintenant tu prétends que c'est moi qui ai ramené le serpent ?
Cindy pointa Arielle du doigt, hurlant :
- C'est toi ! Je le sais ! Arrête de faire la pauvre ! Henrick, enferme-la et interrogons-la !
- Assez ! tonna Henrick.
- Tu l'as déjà accusée une fois, peux-tu la laisser tranquille ? Je ferai toute la lumière et vous aurez des réponses ! Maintenant, retourne dans ta chambre, et cette fois, veillez à ce qu'elle ne s'échappe pas !
Les domestiques, obéissants, ramenèrent Cindy en la maintenant de force.
- Chéri, tu dois me croire ! Il faut enquêter sérieusement... criait-elle en se débattant.
Arielle, observant Cindy entraînée en criant et en donnant des coups de pied, fut encore plus persuadée de l'innocence de Cindy. Après tout, si Cindy avait réellement organisé l'attaque, elle n'aurait pas supplié Henrick de mener une enquête.
Parfait. Shandie va payer pour son orgueil et sa méchanceté, pensa Arielle.
Elle se tourna vers Henrick, solennelle :
- Papa, il y a beaucoup de caméras de surveillance ici. Il faut vérifier les enregistrements. Et il faut aussi envoyer des gens interroger les vendeurs d'animaux : quelqu'un a peut-être vendu un serpent récemment.
Henrick l'écouta attentivement et hocha la tête.
- Alfred, je veux que tu commences ça tout de suite.
- Et vérifiez toutes les pièces du manoir, assurez-vous qu'il n'y ait pas d'autres serpents.
Même si la nuit était bien avancée, Henrick était prêt à partir. Après l'alerte du cobra, sa priorité était d'éviter toute autre mauvaise surprise. Au bout d'un moment, le responsable des caméras de surveillance revint en courant avec son rapport.
- Monsieur Southall, nous avons passé les enregistrements au peigne fin. La nuit dernière, vers onze heures, la seule personne à avoir quitté le manoir est la nourrice de Mme Shandie, Janet.
- Janet ? Les yeux d'Henrick se plissèrent, interrogateurs.
- Faites-la venir immédiatement pour l'interroger !
Bientôt, Janet fut amenée de force devant Henrick. Dès qu'elle aperçut son regard, elle se mit à hurler, paniquée :
- Monsieur Southall, je suis innocente ! Je ne suis sortie que parce que mon fils inutile s'était encore mis dans les ennuis ! Je n'ai rien à voir avec l'incident du cobra ! Je vous en prie, j'ai toujours été loyale envers les Southall !
Les supplications de Janet tombèrent dans l'oreille d'un sourd alors qu'Henrick ordonnait de l'attacher. Sans hésiter, les domestiques obéirent.
Ignorant toujours les cris de Janet, Henrick parcourut le hall et trouva une ceinture en cuir laissée par un invité.
- Fouettez-la ! ordonna-t-il en tendant la ceinture à la domestique.
Malgré une hésitation initiale, celle-ci exécuta l'ordre. Croc ! D'un seul coup, la peau de Janet se fendit instantanément. La douleur était telle qu'elle se mit à crier et se tordre par terre. Arielle regardait silencieusement, son regard froid et impassible.
On dirait que la personne qui s'est glissée sur mon balcon pour libérer le serpent est cette vieille sorcière, pensa Arielle, furieuse et sans pitié pour Janet. Elle méritait de payer pour cela.
Après dix coups , Janet était trempée de sueur froide, incapable de pousser le moindre cri. Malgré la douleur, elle refusait toujours de dire la vérité. Elle serait accusée de meurtre si elle le faisait, et elle ne pouvait se le permettre.
La domestique qui fouettait Janet ne put continuer et intervint :
- Monsieur Southall, nous ne pouvons plus la frapper. À son âge, si nous continuons, elle ne tiendra pas.
Henrick comprit l'inquiétude et, de son côté, ne voulait pas de problème avant de découvrir la vérité. Alors qu'il allait donner l'ordre de stopper les coups, un autre domestique revint de son enquête.
- Monsieur Southall, j'ai interrogé les marchés du district sud. L'un des vendeurs a dit qu'il avait vendu à quelqu'un un serpent venimeux à minuit.
Janet se figea en entendant cela, et le léger changement dans son comportement ne passa pas inaperçu aux yeux perçants d'Arielle.
- C'est Janet qui a acheté le serpent ? demanda Arielle.
Le domestique secoua la tête.
- Je n'ai pas demandé, mais j'ai fait venir le vendeur. Il pourra confirmer si le serpent venait de lui.
- Très bien, répondit Henrick.
- Faites entrer l'homme !
Bientôt, le vendeur de serpents entra prudemment et salua Henrick. Après qu'on eut amené le serpent décapité, Henrick demanda :
- C'est ce serpent que vous avez vendu ?
D'un seul coup d'œil, le vendeur acquiesça :
- Oui, monsieur, c'est lui. Certaines écailles de sa queue se sont détachées lors de la transaction, je l'ai reconnu immédiatement.
Henrick ricana et s'approcha de Janet, qui n'osait lever les yeux depuis la mention du vendeur. Il l'amena devant lui et demanda de nouveau :
- Cette vieille femme a-t-elle acheté le serpent chez vous ?
Le vendeur n'avait aucune idée de ce qui se passait, mais savait qu'il ne fallait pas mentir à un homme comme Henrick. Il jeta un regard à Janet et acquiesça :
- Oui, c'est elle. Elle voulait essayer de faire du vin de serpent exotique, alors je lui ai recommandé le serpent le plus venimeux que j'avais.
Avec un témoin et des preuves, la vérité éclata enfin. Henrick repoussa Janet avec colère et lui demanda froidement :
- Alors ? Qu'à -tu à dire pour te défendre maintenant ?
Janet, assise par terre, tremblait comme une feuille et resta silencieuse.
- Janet, regardez jusqu'où cela en est arrivé, » intervint Arielle.
- Il est temps de tout avouer. Avant que la police n'arrive, dites-nous pourquoi vous vouliez nuire à Shandie ! Vous l'avez vue grandir, et pourtant vous vouliez la voir morte ? Ne trouvez-vous pas ça cruel ?
- Non, je ne l'ai pas fait. Pourquoi voudrais-je faire du mal à Mlle Shandie ? Elle est comme une fille pour moi ! balbutia Janet.
- Alors, qui vouliez-vous vraiment nuire ? Mon père ? poursuivit Arielle.
- Quelqu'un vous a-t-il poussée à agir pour me piéger ? Ou allez-vous dire que c'est moi qui vous ai poussée à acheter le serpent ?
Janet fut déstabilisée par cette dernière remarque. Elle voulait affirmer qu'Arielle était la menteuse derrière tout cela. Mais maintenant qu'Arielle l'avait elle-même évoqué, ce serait ridicule de l'accuser. Alors que Janet hésitait encore à dire la vérité, Arielle se tourna vers son père :
- Papa, appelle la police. Une personne aussi vicieuse qu'elle mérite de passer le reste de sa vie derrière les barreaux !
Janet leva aussitôt les yeux vers Arielle et implora :
- Non ! S'il vous plaît, ne le faites pas ! Mes deux fils ont encore besoin de moi.
- Alors dis-nous la vérité. Si tu le fais, Papa pourra encore t'épargner grâce à tes longues années de service.
Janet abandonna complètement. Elle savait ce qu'elle devait faire. Si elle disait la vérité, elle pourrait encore s'en sortir. Sinon, elle irait en prison pour Shandie. Peu importe ce que Cindy et Shandie avaient fait pour elle, Janet n'allait pas se sacrifier autant pour elles.
- Je vais tout dire... sanglota Janet.
- C'est Mlle Shandie qui m'a ordonné de le faire ! Elle m'a demandé d'acheter le serpent et de le libérer dans la chambre de Mlle Arielle. Mais je ne sais pas comment il s'est retrouvé dans la chambre de Mlle Shandie...
Arielle intervint immédiatement :
- Ma chambre est très proche de celle de Shannie, le serpent a donc pu ramper depuis le balcon. Je n'aurais jamais imaginé que Shandie pouvait me haïr autant. Je pensais qu'elle m'aimait parce qu'elle m'a toujours bien traitée...
La voix d'Arielle s'éteignit tandis qu'elle fixait le vide, choquée et incrédule.
- Vieille ordure ! Et cette petite garce ! Vous récoltez ce que vous avez semé ! hurla Henrick.
Il laissa échapper un long soupir et prit quelques respirations pour se calmer.
- Faites venir Cindy. Qu'elle voie par elle-même ce qu'est devenue sa fille si parfaite !
Henrick avait dépensé tant d'argent et d'efforts pour Shandie, et la voilà devenue si froide et cruelle. Qu'ai-je fait pour mériter ça ? pensa-t-il.
- Papa, ne sois pas trop en colère, » consola Arielle.
- Je suis arrivée si soudainement que Shandie n'a probablement pas pu accepter ma présence. Mais je crois qu'elle finira par m'accepter...
- Tu continues à la défendre malgré tout ? Ta gentillesse va te perdre ! Si tout s'était passé comme elle le voulait, c'est toi qui aurais été mordue par le serpent !
Arielle secoua tristement la tête.
- Tout le monde fait des erreurs. Shandie est encore jeune. Elle a beaucoup à apprendre...
Avant qu'Arielle n'ait pu en dire davantage, Cindy fut amenée en bas de chez elle. Après que Janet eut raconté une nouvelle fois toute l'affaire, le visage de Cindy se décomposa instantanément. Comment ai‑je pu donner naissance à une telle enfant imprudente ? Cindy se reprochait de n'avoir cessé de répéter à Shandie que ce n'était pas le bon moment pour frapper Arielle. Non seulement ses paroles étaient restées lettre morte, mais Shandie avait même agi en secret, poussant les choses à l'extrême.
- Je suis désolée, mon chéri. Je n'ai pas su bien éduquer notre fille. Quand elle reviendra, je lui ferai la morale comme il faut ! Arielle, je suis vraiment désolée. Je t'ai accusée à tort. Pardonne ta sœur, je ferai en sorte qu'elle devienne une bonne sœur pour toi.
Voyant l'initiative de Cindy pour présenter ses excuses, Henrick se calma un peu.
- Très bien. Je ne veux pas étaler nos histoires de famille. L'affaire s'arrête ici, dit-il en tournant ensuite son regard vers Janet.
- Quant à cette vieille bonne, elle doit partir. Faites‑la envoyer à la ferme et veillez à ce qu'elle n'ait contact avec personne !
Sur ces mots, Janet fut emmenée et ne remettrait plus jamais les pieds dans la maison Southall. Peu après, Henrick reçut un appel de l'hôpital.
- Monsieur Southall, Mlle Shandie s'est réveillée, mais elle ne veut pas rester hospitalisée. Elle souhaite rentrer chez elle au plus vite.
- Qu'elle fasse comme bon lui semble ! répliqua Henrick sèchement.
Je n'en reviens toujours pas que ma fille puisse être aussi cruelle. Si elle a le culot de vouloir faire du mal à Arielle aujourd'hui, elle pourrait bien me nuire demain ! Comment ai‑je pu engendrer un tel monstre ? Pensa t'il .
Shandie avait signé les papiers de sortie et brûlait de revenir au domaine Southall. Même si son plan initial avait échoué, elle comptait en tirer avantage : elle raconterait à Henrick que le serpent avait été retrouvé dans sa chambre par Arielle. Elle ferait croire à tous qu'Arielle avait voulu lui tendre un piège et laissait entendre clairement qu'elle avait cherché à la tuer.