« Carla prendra la suite parentale », dit-il, la voix plate. « Déplace tes affaires dans la chambre d'amis, Braise. »
Je me figeai. « Pardon ? »
« La chambre d'amis », répéta-t-il, croisant enfin mon regard. Il n'y avait aucune excuse dans ses yeux, juste le pragmatisme froid d'un caïd donnant des ordres. « On a besoin de la suite. Il y a le coffre-fort et la ligne sécurisée. »
« C'est chez moi », dis-je, la voix tremblante.
« C'est ma propriété », corrigea doucement Damien. « C'est moi qui paie le crédit. C'est moi qui paie les factures. C'est moi qui paie les vêtements que tu portes. »
Il passa devant moi en direction de la cuisine, se servant un verre sans un regard en arrière.
Je restai là, la peau brûlante d'humiliation. Carla se dirigeait déjà vers notre chambre - *ma* chambre.
Je me tournai et marchai d'un pas décidé vers la suite parentale. Carla se tenait près du lit, passant la main sur la couette que j'avais achetée pour notre anniversaire.
« Charmant », marmonna-t-elle. Elle me regarda avec des sourcils arqués. « Oh, tu es encore là ? Damien a dit la chambre d'amis. Allez, ouste. »
Je pris ma valise dans le placard. Je commençai à y jeter des vêtements. Pas pour la chambre d'amis. Pour la porte.
Je ne resterais pas ici. Je dormirais sur un banc public avant de dormir dans le couloir en face d'eux.
Damien apparut dans l'encadrement de la porte, un verre à la main. Il me regarda faire mes bagages avec un amusement détaché.
« Ne sois pas dramatique », dit-il. « Tu fais tes valises pour l'appartement sur le Vieux-Port ? Très bien. Je ferai livrer tes cartons par un chauffeur demain. Prends juste ce dont tu as besoin pour ce soir et va dans la chambre d'amis. »
Il pensait que je déménageais dans l'appartement de la maîtresse. Il ne pouvait pas concevoir un monde où je le quitterais vraiment.
« Je ne vais pas à l'appartement », dis-je en fermant la valise d'un coup sec et décidé.
« Alors où vas-tu ? » Il rit. « Chez ton père ? Il te revendra à moi pour un jeton de poker. »
Je ne répondis pas. Je passai juste devant lui.
Il m'attrapa le bras. « Braise. Arrête. »
« Lâche-moi. »
« Tu restes », ordonna-t-il. « Nous avons une réunion pour le petit-déjeuner ici demain matin. J'ai besoin que tu cuisines. Carla ne cuisine pas. »
Je le fixai, incrédule. « Tu veux que je te fasse des pancakes après que tu aies amené ta fiancée dans notre lit ? »
« Je veux que tu fasses l'omelette que j'aime », dit-il, son visage se durcissant. « Et arrête d'appeler ça *notre* lit. C'est un meuble. »
Carla sortit de la salle de bain, portant maintenant un peignoir en soie. *Mon* peignoir en soie.
« Chéri », dit-elle à Damien, m'ignorant complètement. « J'ai faim. On commande à ce restaurant français ? »
« Oui, mon amour. Tout ce que tu veux. », répondit Damien, passant sans effort à l'italien.
Il me regarda, puis se tourna vers elle, et continua à parler dans la langue rapide et lyrique de notre monde - la langue des affaires, des secrets, de la famille.
Je comprenais l'italien. Je l'avais appris pour lui. Mais il faisait semblant que non. Il l'utilisait comme un mur pour m'exclure, pour me rappeler que j'étais une touriste dans son pays.
« La bouffe de paysan me donne des brûlures d'estomac de toute façon », dit Carla en anglais, jetant un coup d'œil à la cuisinière où les ingrédients de notre dîner d'anniversaire étaient encore intacts.
Elle se dirigea vers le casier à vin et en sortit une bouteille.
Mon souffle se coupa. C'était un vin rouge millésimé. L'une des rares bouteilles que Damien gardait pour les grandes occasions.
C'était aussi un assemblage riche en sulfites. J'y étais gravement allergique. Damien le savait. Nous avions passé une nuit aux urgences il y a trois ans, lui me tenant la main, à cause d'une bouteille exactement comme celle-ci.
« Ouvre celle-ci », dit Carla en la lui tendant.
Damien prit la bouteille. Il la déboucha sans hésitation. Il versa deux verres.
Il ne regarda même pas l'étiquette. Il avait oublié. Ou pire, il se fichait que j'arrête de respirer, tant que sa nouvelle Reine était heureuse.
Il tendit un verre à Carla. Ils trinquèrent.
Je lâchai la poignée de ma valise. Je n'avais pas besoin de vêtements. J'avais besoin d'air.
Je me dirigeai vers la porte d'entrée.
« Tiens », lança Damien. Il ne se retourna pas. Il jeta juste quelque chose sur la table d'entrée en marbre. L'objet atterrit avec un cliquetis de plastique.
Sa carte American Express noire.
« Va t'acheter quelque chose de joli », dit-il. « Calme-toi. Reviens quand tu seras prête à te comporter. »
J'ouvris la porte.
Alors que le loquet cliquait, j'entendis Carla glousser. Puis j'entendis le bruit d'un verre posé, suivi du son doux et humide d'un baiser.
« Chambre », grogna Damien, sa voix épaisse de désir.
Je claquai la porte, coupant le son. Mais le silence dans le couloir était plus assourdissant. Il hurlait.