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PIÈGÉ PAR SON PROPRE DÉSIR
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Chapitre 2 Chapitre 2

Chapitre 2

Marc avait fui la cuisine, remontant les marches vers sa chambre avec une rapidité qui trahissait sa panique intérieure. Il se sentait lâche d'avoir reculé devant la simple présence de Brunette, mais rester aurait été une provocation, un défi lancé à sa propre conscience.

​Il s'effondra sur sa chaise de bureau, face à son manuel d'anatomie. Les schémas complexes du système nerveux, des nerfs crâniens, flottaient devant ses yeux sans que son cerveau ne parvienne à décoder l'information. Brunette. Le prénom se substituait aux termes latins. Il essayait d'analyser son trouble avec l'objectivité clinique qu'il appliquait à ses études, mais les sentiments n'obéissaient à aucune logique biologique. C'était une anomalie, un dysfonctionnement moral.

​Il se força à respirer profondément. Son père lui avait fait confiance. Il avait juré, par son devoir de fils et sa responsabilité d'homme, qu'il agirait bien. Son attraction pour Brunette n'était que l'expression d'un vide émotionnel, d'une réaction excessive à la soudaine intrusion d'une jeunesse vibrante dans leur deuil. Il devait la traiter comme une parente lointaine, polie et distante. Il devait la considérer comme la femme de son papa, rien de plus.

​Pourtant, la maison était vaste et silencieuse, et sa présence n'en était que plus forte. Un léger grincement de plancher. Le murmure d'une chanson. Le parfum floral qu'elle portait, désormais un sillage infime et lancinant qui remontait peut-être l'escalier. Marc ne mémorisa pas un seul nerf crânien. Sa tentative de fuite avait été un échec : même retranché dans son refuge, il était assiégé par elle.

​L'heure tourna jusqu'à la tombée du jour. Marc avait décidé de faire l'ermite. Il préparait mentalement son plateau-repas. Manger seul était plus sûr, plus simple.

​Un coup léger résonna à la porte de sa chambre.

​- Marc ? C'est Brunette.

​Sa voix était douce, mais le son traversa la porte comme un ordre. Marc se redressa, son cœur s'accélérant.

​- Oui ? répondit-il, essayant de paraître accaparé.

​- Je suis en train de préparer quelque chose de simple, une petite pasta al pomodoro. Ton père voulait que nous mangions toujours ensemble. Il ne voulait plus que ce soit une maison d'ermites. Viens, Marc. S'il te plaît. Je me sens seule.

​Le mot "seule" le désarma. Il ne pouvait pas refuser. Ce n'était pas un appel au désir, mais un appel à la décence, au respect des vœux de son père. Refuser aurait été malpoli, et surtout, cela aurait éveillé les soupçons sur sa gêne.

​Il ouvrit la porte. Brunette était vêtue d'une simple robe de coton. Elle n'avait rien de la mariée d'hier ; elle était une femme au foyer, et cette simplicité la rendait encore plus captivante.

​- D'accord, accepta-t-il, avec une politesse glaciale. Laissez-moi juste ranger ça.

​Le dîner n'eut pas lieu dans l'immense salle à manger, mais dans la cuisine. C'était une grande pièce claire, équipée d'un îlot central où Brunette avait disposé deux couverts. Cette configuration créait une intimité forcée, l'opposé exact de ce que Marc désirait. Il s'assit, raide, le regard fixé sur son assiette.

​La conversation démarra par des banalités maladroites. Marc décrivit ses études avec des termes techniques, espérant ainsi créer une distance intellectuelle.

​- C'est fascinant, les études de médecine, dit Brunette, servant le plat. Mais ce que je voulais vraiment te demander...

​Elle fit une pause. Marc leva les yeux, sur ses gardes.

​- Je voulais savoir comment elle était. Ta mère, Éloïse. Daniel en parle peu, c'est encore trop douloureux. Mais j'ai l'impression que si je ne comprends pas l'histoire de cette maison, je ne pourrai pas trouver ma place.

​La question était inattendue, désarmante. Elle ne cherchait pas à s'approprier le passé, mais à le respecter.

​- Ma mère... commença Marc, le ton adouci malgré lui. Elle était tout. La chaleur de cette maison, la sagesse. Elle était... la lumière.

​- J'aimerais l'honorer, dit doucement Brunette, ses yeux fixés sur les siens. Je sais que je ne peux pas prendre sa place. Je ne cherche pas à le faire. Je cherche juste un peu de lumière pour moi aussi.

​Elle posa sa fourchette. Ses yeux s'assombrirent d'une tristesse réelle.

​- Je n'ai jamais été très entourée, Marc. J'ai travaillé dur, seule. Quand Daniel est arrivé, il a représenté... la stabilité, l'affection. Je ne l'ai pas épousé pour sa richesse, je l'ai épousé parce qu'il était la première personne à me regarder vraiment. Mais ici, dans cette maison immense, avec les souvenirs d'Éloïse, parfois... je me sens à nouveau seule.

​Marc fut frappé. Elle n'était pas la jeune mariée naïve ou opportuniste qu'il avait pu imaginer dans ses moments de cynisme. Elle était une femme avec ses propres fragilités, cherchant, elle aussi, à combler un vide. Cette confession créait une complicité soudaine, secrète, qui excluait Daniel.

​- Je comprends, murmura Marc. Parfois, même avec mon père, le silence est lourd. Il y a des choses qu'on n'arrive pas à dire.

​- Alors, ne restons pas silencieux, proposa Brunette, un sourire timide revenant. Dis-moi ce qui te stresse le plus en ce moment.

​Il parla de ses examens, de la pression de devenir le médecin que son père admirait. Elle écouta, attentive, hochant la tête, offrant des mots d'encouragement simples mais sincères. Ils partagèrent un moment de compréhension mutuelle qui les isola du reste du monde. Ils étaient désormais complices dans la solitude.

​La conversation se tarit finalement, laissant place à un silence confortable, ce que Marc avait cherché à éviter toute la journée. Ils finissaient tranquillement leur verre de vin.

​Marc, détendu par la confidence, ne se méfia plus. Il la regarda. Il la vit vraiment. Il remarqua la façon dont elle se mordillait la lèvre, concentrée sur le goût du vin, dont ses cils, longs et sombres, jetaient une ombre légère sur ses joues. Sa beauté n'était pas agressive, elle était douce, attirante.

​Il la fixait trop longtemps. La seconde s'étira.

​Brunette leva soudainement les yeux. Elle le surprit en pleine contemplation.

​Leurs regards s'accrochèrent, et le monde extérieur s'effondra. Dans ce contact visuel soutenu, il n'y avait plus le beau-fils et la belle-mère. Il y avait un homme de vingt ans et une femme de trente ans. Il y avait la question non posée. Marc lut dans ses yeux un mélange d'étonnement, de surprise, de trouble, et, oui, d'une fraction de seconde, une reconnaissance de son désir. Elle ne détourna pas le regard, et ce fut le signal le plus dangereux de tous. Elle était troublée par lui aussi.

​La tension devint si épaisse que Marc crut entendre le bruit de ses propres tympans. C'était un secret partagé sans un mot.

​Le silence fut brisé par le minuteur du four qui sonna brusquement. Brunette sursauta, et le contact fut rompu. Elle se leva, les joues légèrement empourprées, le mouvement brusque.

​- Oh ! Je... je vais faire du café.

​La distance revint, froide et nécessaire. Ils se souhaitèrent bonne nuit avec une politesse trop formelle, comme s'ils venaient de se rencontrer pour la première fois.

​Marc remonta dans sa chambre. Il se tenait debout devant sa fenêtre. Il ne pensait plus à l'anatomie. Il pensait au regard de Brunette. Il était certain d'avoir vu ce trouble dans ses yeux. Cela signifiait qu'il n'était pas seul dans cette culpabilité naissante.

​La réalité était insupportable : il était attiré par la femme de son père, et elle n'était pas indifférente.

​Il attrapa son téléphone. Il devait quitter cette maison. Il devait trouver un appartement près de la faculté. C'était la seule solution morale, la seule façon de respecter Daniel. Mais alors qu'il ouvrait l'application de recherche de logements, une pensée plus forte et plus pernicieuse s'imposa.

​Si je pars, je ne la reverrai plus seul.

​Il reposa le téléphone. La survie morale avait perdu sa première bataille. Il ne pouvait plus fuir. Il resterait.

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