Mon sang s'est glacé. Chloé. Ma sœur jumelle. Le simple son de sa voix, une voix si semblable à la mienne, m'a donné des frissons. Nous partagions un visage, une voix, un passé, mais nos vies avaient divergé de façon spectaculaire, surtout après qu'elle ait été adoptée dans une famille riche et que je sois restée à la dérive dans le système. Nous avions maintenu un lien fragile et secret au fil des ans, quelques appels à voix basse, où elle me rappelait toujours : « Ne le dis pas à Damien. Il pense que c'est moi qui l'ai sauvé. »
« Chloé », ai-je soufflé, ma voix à peine audible.
« Mon Dieu, tu as une voix affreuse. » Son ton s'est adouci, une lueur d'inquiétude sincère. « Ça va, sœurette ? »
Sœurette. Le mot semblait étranger, exaltant et douloureux à la fois. Elle m'appelait rarement comme ça.
Avant que je puisse répondre, sa voix a baissé, une pointe d'acier sous le velours.
« Écoute, je sais que c'est soudain, mais Damien est furieux. Tes contrats sont tous annulés. Tes comptes sur les réseaux sociaux... disparus. »
Mon cœur s'est effondré. Je savais que ça allait arriver. Le « nettoyage », comme l'appellerait l'équipe impitoyable de Damien. Supprimer toute connexion gênante avant sa grande annonce de fiançailles.
« Je sais », ai-je dit, les mots une douleur sourde. « J'ai vu. »
« Tu sais ? » Sa voix s'est légèrement élevée. « Pourquoi n'as-tu rien dit ? Pourquoi ne m'as-tu pas appelée ? Appelé Damien ? » Il y avait de l'irritation dans sa voix maintenant, un éclair de sa nature pragmatique et axée sur les résultats.
Soudain, la voix de Damien, empreinte d'une fureur glaciale, a claqué au téléphone.
« Éléna ! Qui est-ce ? Pourquoi ne réponds-tu pas à mes appels ? » Il devait avoir pris le téléphone à Chloé. « Qu'est-ce qui se passe, Éléna ? Pourquoi Chloé me dit que ton compte est fermé ? »
J'ai serré les dents. Il savait maintenant. Savait ce qu'il avait lui-même orchestré. L'hypocrisie avait un goût amer dans ma bouche.
« Je ne voulais pas te déranger », ai-je réussi à dire, ma voix plate.
« Me déranger ? » Sa voix était un grognement sourd, vibrant d'une colère possessive. « Tu penses que voir toute ta carrière pulvérisée n'est pas un dérangement ? Pourquoi n'es-tu pas venue me voir ? J'aurais pu arranger ça. Je peux arranger ça. Tu sais que je peux. » Ses mots étaient une menace, une promesse de contrôle absolu. « N'ose même pas essayer de gérer ça toute seule. Tu es incompétente sans moi. »
La voix de Chloé, douce et apaisante, s'est fait entendre en arrière-plan.
« Damien, chéri, laisse-moi lui parler. Elle est bouleversée. »
« Je ne te l'ai pas dit », ai-je insisté, ma voix gagnant une nuance désespérée, « parce que je ne veux pas que ce soit arrangé. Je ne veux plus faire ça. »
La ligne est restée silencieuse un instant. Puis la voix de Damien, plus froide que je ne l'avais jamais entendue.
« Qu'est-ce que tu as dit ? »
« J'ai dit... que je ne veux plus être une influenceuse », ai-je répété, les mots gagnant en force en quittant ma bouche. « Je ne veux pas de cette vie. »
« Ne sois pas ridicule », a-t-il claqué. « Tu viens au bureau demain à la première heure. On va régler ça. »
« Non ! » Le mot est sorti de moi, brut et défiant.
« Éléna, j'ai dit de venir au bureau ! » Sa voix était un coup de tonnerre, habituée à une obéissance instantanée.
Mes yeux se sont remplis de larmes chaudes et piquantes.
« Pourquoi, Damien ? » me suis-je forcée à demander, ma voix tremblante. « Pourquoi dois-je le faire ? Suis-je juste... un double pratique ? Une version plus facile de quelqu'un d'autre ? » Les mots se sont déversés, des années de douleur se libérant enfin.
Une inspiration brusque à l'autre bout du fil.
« Comment viens-tu de m'appeler ? » a-t-il exigé, sa voix dangereusement douce.
« Damien », ai-je murmuré, le nom semblant étranger sur ma langue. « Tu ne m'appelles jamais par mon nom quand tu es en colère. Seulement quand tu es... doux. Ou quand tu es avec elle. Tu m'appelles toujours "bébé" ou "mon cœur". Jamais juste Éléna. Ça me donne l'impression d'être n'importe qui. D'être personne. » Ma voix s'est brisée. « Suis-je juste quelqu'un que tu peux modeler, quelqu'un qui ressemble beaucoup à Chloé, pour que tu n'aies pas à la chercher si loin ? »
Sa respiration était lourde, saccadée.
« Mais qu'est-ce qui ne va pas chez toi, Éléna ? Pourquoi agis-tu comme ça ? »
J'ai essuyé furieusement mes larmes.
« Parce que je ne veux plus être un substitut ! » La vérité était sortie, laide et sans fard. « Je ne veux pas être ton défouloir pour que tu puisses être charmant pour ta vraie petite amie. Je ne veux plus faire semblant. »
Un rire glacial et sans humour a résonné au téléphone.
« Un substitut ? Ne te flatte pas, Éléna. Ce petit jeu m'ennuie. C'est terminé. »
La ligne est devenue silencieuse.