Elle comprenait maintenant. Chloé, peu sûre des sentiments persistants de Damien pour Léa, essayait de la pousser vers Antoine. Pour neutraliser la menace.
Le visage d'Antoine se crispa. Il comprenait aussi. La seule chose qu'il ne supportait pas était d'être publiquement lié à Léa, surtout par la femme qu'il aimait. Cela brisait son fantasme.
« Allez, prenons des photos ! » gazouilla Chloé, inconsciente, les poussant ensemble dans l'espace photo du magasin. Elle prit des clichés, créant une collection de souvenirs heureux et faux.
« Quel beau couple », murmura une vendeuse à sa collègue.
« Ne soyez pas ridicule », cingla Antoine, sa voix sèche et froide. « C'est ma sœur. » Il prononça le mot « sœur » comme une insulte, une façon de mettre le plus de distance possible entre eux.
Léa savait qu'il était de mauvaise humeur maintenant. Elle croisa son regard furieux puis détourna les yeux, retournant à la cabine d'essayage. Elle en avait fini avec cette mascarade.
« Léa, arrête-toi là. »
La voix de Damien coupa l'air. Il était de retour. Et il avait l'air furieux.
Il s'avança vers elle, les yeux flamboyants. « Qu'est-ce que tu crois faire ? Habillée comme ça, avec lui ? » Il désigna Antoine avec colère. « N'as-tu aucune honte ? »
Il lui attrapa le bras, sa prise comme du fer, et la tira en avant. « Va te changer. Maintenant. »
La force de sa traction était trop forte. Léa trébucha, ses pieds s'emmêlant dans la longue robe. Elle tomba, sa tête heurtant le coin d'une table basse avec un craquement écœurant.
La douleur explosa derrière ses yeux. Le monde bascula.
« Léa ! »
Le visage de Damien changea instantanément, sa colère remplacée par la panique. Il se précipita pour l'aider à se relever.
Antoine fut là une seconde plus tard, son propre visage pâle d'alarme, tamponnant la coupure sur son front avec son mouchoir.
« C'est de ma faute », dit Chloé, sa voix tremblant de culpabilité. « Je lui ai demandé de l'essayer. Je suis tellement désolée, Damien. »
Damien tourna sa fureur contre elle. « Pourquoi as-tu fait ça ? As-tu la moindre idée de ce que les gens vont dire s'ils les voient ensemble comme ça ? Les rumeurs vont détruire la réputation de cette famille ! »
Chloé, qui n'avait jamais vu ce côté de lui, parut choquée. Ses yeux s'emplirent de larmes.
« Ce n'est qu'une robe, mon frère », intervint Antoine, sa voix s'élevant pour défendre Chloé. « Pourquoi en fais-tu toute une histoire ? »
« Reste en dehors de ça, Antoine », prévint Damien. « Et reste loin d'elle. » Il pointa Léa du doigt. « Je ne veux pas de toi près d'elle. »
« Je ne l'épouserais jamais ! » rétorqua Antoine, les mots une assurance désespérée destinée à Chloé.
La dispute s'envenima, leurs voix une cacophonie stridente autour de Léa. Chloé, submergée, fondit en larmes et sortit en courant du salon.
Instantanément, les deux frères cessèrent de se battre et coururent après elle.
« Chloé, attends ! »
Ils étaient partis.
Léa fut laissée seule au milieu du salon de mariage, assise par terre dans une robe de mariée qui n'était pas pour elle, avec du sang coulant sur son front.
Une vendeuse s'approcha d'elle timidement. « Madame... à propos de la robe ? Elle a été endommagée. »
Léa baissa les yeux sur la petite tache de sang sur la soie blanche.
« Je la prends », dit-elle, sa voix calme mais ferme.
Elle aurait besoin d'une robe de mariée bientôt, après tout.