Léa accepta tout avec un sourire placide. Son attention ressemblait à la performance d'un étranger. Elle l'observait, détachée, comme si elle regardait une pièce de théâtre. Chacun de ses mouvements était calculé, chaque mot une réplique d'un script. Le vrai Antoine était celui qu'elle avait entendu dans le couloir. Cet homme était un fantôme.
Le troisième jour, elle sortit de l'hôpital. Antoine, prétextant qu'elle avait besoin d'air frais, insista pour l'emmener dans un centre commercial haut de gamme.
Et là, dans l'atrium scintillant du centre commercial, ils les rencontrèrent.
Damien et Chloé.
Le visage de Damien se glaça dès qu'il la vit avec Antoine. Un muscle tressaillit dans sa mâchoire.
« Léa », dit-il, la voix tendue. « As-tu oublié ce que tu m'as promis ? »
Chloé se tenait à côté de lui, mal à l'aise, ses yeux passant de l'un à l'autre.
Antoine, toujours en représentation, passa un bras désinvolte autour des épaules de Léa. « Détends-toi, mon frère », dit-il, avec une intonation enjouée qui n'atteignit pas ses yeux. « On prend juste l'air. On ne veut pas contrarier ta belle fiancée, n'est-ce pas ? » Il fit un clin d'œil à Chloé.
Léa baissa simplement les yeux. « On était juste... en train de choisir un cadeau de mariage pour vous », marmonna-t-elle, le mensonge ayant un goût de cendre dans sa bouche.
C'était une excuse plausible, une façon parfaite d'expliquer leur présence ensemble.
L'expression de Damien ne s'adoucit pas. « Très bien », dit-il, la voix sèche. « Alors vous pouvez faire les boutiques avec nous. »
Ce n'était pas une suggestion. C'était un ordre. Il voulait les surveiller, contrôler la situation.
Léa surprit la lueur d'un sourire triomphant sur le visage d'Antoine. Il avait obtenu ce qu'il voulait : plus de temps en présence de Chloé, sous le couvert d'un heureux quatuor. Et Léa était son ticket d'entrée.
Elle les suivit, engourdie, une quatrième roue silencieuse dans leur dynamique tordue. Ils allèrent dans une bijouterie, où Chloé essaya des colliers en diamants. Puis, ils allèrent dans un salon de mariage.
Chloé sortit de la cabine d'essayage dans un nuage de soie blanche et de dentelle. Elle était à couper le souffle.
« Qu'en penses-tu, Dam' ? » demanda-t-elle en tournoyant joyeusement.
« C'est bien », répondit Damien, ses yeux jetant un regard distrait vers Léa.
Mais Antoine était captivé. Il fixait Chloé, son masque glissant un instant, ses yeux remplis d'une adoration brute et non dissimulée. C'était le regard d'un adorateur devant une déesse.
« Antoine, tu peux me prendre en photo ? » demanda Chloé en lui tendant son téléphone.
Il le prit, ses doigts effleurant les siens. Il orienta le téléphone, prenant cliché après cliché, mais il ne photographia que Chloé. Damien, debout à côté d'elle, était complètement coupé du cadre. Léa le vit discrètement transférer les photos sur son propre téléphone via AirDrop avant de rendre celui de Chloé. Il collectionnait ses reliques.
Léa s'assit sur un canapé en velours, observant la scène se dérouler. Une pression sourde et lourde s'installa dans sa poitrine. Elle était une étrangère à tout cela. Le passé avec Damien était un mensonge. Le présent avec Antoine était un mensonge encore plus grand. Et l'avenir... l'avenir était un inconnu handicapé à Lyon. Elle n'avait rien.
Avec un profond soupir, elle se leva et se dirigea vers les toilettes, ayant besoin d'un moment de calme.
Quand elle revint, Damien était parti, appelé par une urgence professionnelle. Chloé essayait maintenant des costumes avec Antoine.
« C'est pour toi », dit Chloé en brandissant un beau costume gris. « Pour te remercier de toute ton aide et d'être un si bon ami. »
Le visage d'Antoine s'illumina d'un plaisir sincère et non forcé. Il prit le costume et alla immédiatement l'essayer.
Il était saisissant. Chloé rayonnait. « Maintenant, il faut juste que Léa essaie une robe pour qu'on voie comment vous allez ensemble ! » dit-elle, sa voix pleine d'un enthousiasme innocent et marieur.