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Sa femme indésirable, son véritable amour
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Chapitre 3

Le lendemain matin, Léa se réveilla avant l'aube. Antoine était étalé sur le lit, cuvant son alcool. Son téléphone était posé sur la table de chevet.

Une certitude froide s'installa en elle. Elle devait voir. Elle devait tout savoir.

Elle prit le téléphone. Il était verrouillé. Elle n'hésita qu'une seconde avant de taper un mot de passe.

C-H-L-O-E.

Le téléphone se déverrouilla.

Son cœur ne se brisa pas. Il se sentait juste lourd, un poids mort dans sa poitrine.

Elle ouvrit sa galerie de photos. C'était un sanctuaire. Des centaines de photos de Chloé. Des clichés pris sur le vif lors de réunions de famille, des captures d'écran des réseaux sociaux, des photos qu'il avait dû prendre quand personne ne regardait. Chloé riant, Chloé parlant, Chloé existant simplement.

Il n'y avait que trois photos de Léa. Toutes étaient des photos de groupe où elle se trouvait par hasard près de Chloé.

Puis elle trouva l'application de notes. C'était un journal intime. Un journal de bord de son obsession.

« Sa fleur préférée est le lys blanc. »

« Elle déteste le café mais adore le thé Earl Grey. »

« Aujourd'hui, elle portait une robe jaune. Elle ressemblait au soleil. Damien est l'homme le plus chanceux du monde. Je le déteste. »

Cela continuait sur des pages, un catalogue méticuleux de la vie d'une autre femme, entrecoupé de ses propres entrées angoissantes sur le fait de l'aimer de loin.

Alors qu'elle se tenait là, absorbant toute l'étendue pathétique de son délire, elle entendit la porte d'entrée s'ouvrir en bas. M. et Mme de Martel étaient de retour de leur week-end.

Elle ne pouvait plus respirer. Elle laissa tomber le téléphone et s'enfuit de la chambre, un cri silencieux piégé dans sa gorge.

De retour dans sa propre chambre, celle qui avait toujours semblé empruntée, elle laissa enfin le barrage céder. Elle s'effondra sur le sol, son corps secoué de sanglots silencieux et sans larmes. Ce n'était pas seulement un chagrin d'amour. C'était une humiliation profonde, cellulaire, qui lui donnait la chair de poule.

Quand la tempête passa, il ne resta qu'un calme froid et dur.

Elle se leva et commença à faire ses valises.

Elle était méthodique. Elle sortit une valise et commença à la remplir des quelques choses qui lui appartenaient vraiment. Les vieilles photographies de ses parents. Un exemplaire usé de son livre préféré. Les vêtements simples et fonctionnels qu'elle avait achetés avec sa petite allocation.

Tout ce que les de Martel lui avaient jamais donné – les robes de créateurs, les bijoux, les chaussures chères – elle le rassembla en un grand tas au milieu de la pièce. Elle trouva la carte du ciel qu'Antoine lui avait donnée à l'observatoire et la jeta par-dessus. Puis elle ajouta la fleur séchée qu'il lui avait offerte lors de leur premier « rendez-vous ».

Elle purgeait sa vie de leur influence, pièce par pièce.

Juste à ce moment-là, on frappa à sa porte. C'était Mme de Martel.

« Léa », dit-elle, sa voix sèche et professionnelle, ses yeux balayant le tas de produits de luxe jetés avec dégoût. « Arrête ces bêtises. Ton père et moi avons quelque chose à te dire. Dans le bureau. Maintenant. »

Elle ne demanda pas pourquoi les yeux de Léa étaient rouges. Elle s'en fichait.

Léa s'essuya rapidement le visage, le masque familier de la contenance se remettant en place.

« Bien sûr », dit-elle.

Dans le bureau formel, avec ses œuvres d'art inestimables et son silence étouffant, M. de Martel alla droit au but.

« Nous avons arrangé un mariage pour toi. »

Léa le fixa, sans comprendre.

« Avec Kenji Simonet », continua-t-il, comme s'il discutait d'une transaction boursière. « Le magnat de la tech de Lyon. Un homme brillant. C'est un mariage très avantageux pour la famille. »

« Mais... pourquoi ? » demanda Léa, sa voix une petite chose brisée.

« Il est paraplégique », ajouta Mme de Martel, une pointe de dégoût dans la voix. « Un accident de voiture il y a quelques années. Mais son entreprise est sur le point de faire une percée majeure, et un partenariat serait inestimable pour la division technologique de Martel Entreprises. »

Ils n'utilisaient plus seulement ses émotions. Ils la vendaient. Corps et âme.

« Tu es notre fille adoptive, Léa », dit M. de Martel, ses yeux comme des éclats de glace. « Tu as un devoir envers cette famille. Nous t'avons recueillie quand tu n'avais rien. »

Elle se souvint du jour où ils l'avaient adoptée. Un coup de pub calculé après que ses parents, deux brillants scientifiques, soient morts dans l'explosion d'un laboratoire causée par un équipement défectueux fourni par les de Martel. Les de Martel avaient étouffé l'histoire, adopté la fille orpheline et s'étaient peints en sauveurs. Toute sa vie avait été une transaction.

Elle regarda le visage froid de M. de Martel, puis celui dédaigneux de Mme de Martel. Puis elle pensa à Damien, qui avait choisi une fusion plutôt qu'elle, et à Antoine, qui l'avait utilisée comme substitut pour une autre femme.

Il ne lui restait plus rien ici. Pas d'amour. Pas de famille. Juste une série de trahisons.

« Quand est le mariage ? » demanda-t-elle, sa voix dénuée de toute émotion.

Mme de Martel parut surprise, puis satisfaite de sa prompte obéissance. « La semaine prochaine. Nous avons déjà pris les dispositions. Tu t'envoleras pour Lyon demain. »

C'était une sentence. Une condamnation à perpétuité. Et Léa, n'ayant plus rien à perdre, l'accepta. C'était le prix de leur charité.

Soudain, Antoine fit irruption dans la pièce, les cheveux encore humides.

« De quoi parlez-vous ? Un mariage ? Léa est avec moi ! » déclara-t-il en lui attrapant le bras.

« Ne sois pas ridicule, Antoine », cingla sa mère. « Ce sont les affaires. »

« Et ça, c'est personnel », rétorqua Antoine, les yeux fous. « Elle m'aime ! »

Il la tira dans le couloir, sa prise ferme. « Léa, dis-leur », la pressa-t-il, sa voix un murmure désespéré. « Dis-leur que tu ne le feras pas. Nous pouvons être ensemble. »

Léa regarda son visage frénétique, le visage d'un homme essayant d'empêcher qu'on lui prenne son jouet préféré. Elle ne ressentit rien. Une partie d'elle, la petite partie naïve qu'il avait si habilement manipulée, était déjà morte.

Au moment où la porte du bureau se referma derrière eux, il la fit pivoter et pressa sa bouche contre la sienne.

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