Il a retiré sa propre cape et en a enveloppé les épaules dénudées de Sophie, la serrant contre lui dans un geste ouvertement protecteur et intime.
Puis, il s'est tourné vers moi. Ses yeux lançaient des éclairs.
« Jeanne, es-tu devenue folle ? » a-t-il crié, sa voix résonnant dans la salle. « Comment peux-tu être si vile et cruelle le jour même de ton anniversaire ? Humilier publiquement Sophie pour une simple robe ? N'as-tu aucune décence ? Aucune compassion ? »
Sa partialité était si flagrante, si insultante, que j'en avais le souffle coupé. Il ne m'a pas demandé ma version des faits. Il n'a pas cherché à comprendre. Il m'a vue, m'a jugée et m'a condamnée en l'espace de quelques secondes.
Les larmes me sont montées aux yeux, des larmes de rage et de chagrin cette fois.
« C'est moi que tu interroges ? » ai-je crié, ma voix brisée. « ELLE a volé MA robe ! Une robe IMPÉRIALE ! Elle a enfreint la LOI ! Et c'est MOI que tu frappes ? C'est MOI la cruelle ? »
J'ai pointé un doigt tremblant vers Sophie, qui se blottissait contre lui, le visage caché dans sa poitrine, jouant parfaitement son rôle de victime.
« Regarde-la, Henri ! Ouvre les yeux ! Elle te manipule, elle manipule tout le monde ! Elle n'est pas la sainte innocente que tu imagines ! »
« Tais-toi ! » a-t-il rugi. « N'ose pas insulter Sophie. Elle a déjà assez souffert dans sa vie sans avoir à subir tes crises de jalousie. Tu es une princesse, tu as tout ce que tu désires. Elle n'a rien. Tu ne pouvais pas lui laisser ce petit moment de joie ? »
Ce petit moment de joie. Dans ma vie passée, ce "petit moment de joie" avait été le premier clou de mon cercueil.
Je n'en pouvais plus. La façade de princesse froide et calculatrice s'est fissurée.
« Un petit moment de joie ? » ai-je ri, un rire hystérique et désespéré. « C'est ma fête d'anniversaire ! C'est MA journée ! C'est MON fiancé avec qui elle dansait ! Et c'est MOI la méchante ? »
J'ai regardé la foule, les nobles qui maintenant me regardaient avec un mélange de pitié et de réprobation, complètement retournés par l'intervention du prince héritier. J'étais seule. Complètement seule contre eux tous.
Henri a semblé prendre une décision. Son visage s'est durci. Il a balayé la salle du regard.
« La fête est terminée ! » a-t-il déclaré d'une voix de commandement. « Tout le monde, sortez ! »
Il n'y a eu aucune protestation. Les musiciens ont rangé leurs instruments, les nobles se sont dirigés vers la sortie en silence, jetant des regards curieux et compatissants vers le prince et sa protégée, et des regards accusateurs vers moi.
En quelques minutes, la grande salle de bal s'est vidée. Il ne restait plus que moi, Henri, Louis qui se tenait maladroitement à l'écart, et Sophie, toujours dans les bras de mon frère.
Henri m'a regardée, son visage sans la moindre trace de remords pour m'avoir frappée.
« Tu es une honte, Jeanne. Une honte pour la famille royale. Je ne sais pas ce qui t'a pris aujourd'hui, mais ce comportement est inacceptable. »
« Ce qui est inacceptable, » ai-je répliqué, ma voix retrouvant un peu de sa fermeté, « c'est que tu prennes la défense d'une criminelle contre ta propre sœur. »
« Assez ! » a-t-il coupé. « Tu vas retourner dans tes appartements. Tu es consignée jusqu'à nouvel ordre. Tu ne sortiras pas de ta chambre sans ma permission. »
La punition. J'avais essayé de faire appliquer la loi, et c'est moi qui étais punie. L'ironie était amère.
« Et, » a-t-il ajouté, son regard se durcissant encore plus, « tu vas présenter des excuses à Sophie. »
J'ai cru mal entendre.
« Quoi ? »
« Tu as bien entendu. Tu l'as humiliée publiquement. Tu vas t'excuser. Demain matin, tu viendras la voir et tu lui demanderas pardon. »
Lui demander pardon. À elle. À la femme qui avait orchestré ma mort.
Jamais.
« Plutôt mourir, » ai-je craché.
Le visage d'Henri s'est assombri. Il a fait un pas vers moi, menaçant. « Ne me pousse pas à bout, Jeanne. »
Mais avant qu'il ne puisse dire ou faire quoi que ce soit d'autre, une voix calme et puissante, habituée à un commandement absolu, a retenti depuis les portes que tout le monde croyait fermées.
« Henri. Qu'est-ce que tu crois être en train de faire ? »